‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 68 sur 337 · LES AMÉRICAINS DU MORD · texte numérisé non relu

LES AMÉRICAINS DU MORD

nez rien de ce qui est vraiment noble et beau. Vous n'avez ni poète, ni philosophe, ni musicien, ni statuaire, ni peintre de premier ordre; vous avez des parleurs, mais point de penseurs; vous vivez, à peu d'exceptions près , dans une ignorance complète des belles-lettres et des beaux -arts. Vous êtes jeunes, c'est-à-dire vous êtes des enfants; les futilités vous amusent, et vous ne pouvez comprendre ce qui est grand et sérieux. Vous pillez notre littérature, mais vous ife traduisez et n'imitez que ce qui en est faible ou mauvais ; nos grandes œuvres ne vous sont accessibles que dans les éditions ad immi Delphini, Vous nous empruntez nos acteurs, et vous en faites des saltimbanques; nos cantatrices, et vous en faites des chanteuses de cafés-concerts. Vous montrez les tableaux de nos maîtres comme on montre chez nous les géants à la foire, en attirant la foule au bruit .du tambour et de la trompette. Vous vous moquez de notre aristocratie, mais personne de nous ne recherche le commerce des grands et la distinction avec autant de fureur que vous. Vous rendez nos modes ridicules en les exagérant: lorsque nous marchons sur de hauts talons, il vous faut des échasses. Somme toute, nous nous passerions beaucoup plus facilement de vous que vous ne pourriez vous passer de nous, et vous ne devriez pas oublier que tout ce que vous avez produit de grand, vous Tavez fait avec les instruments que vous nous avez empruntés. > Ces arguments ad hominem ne servent à rien, poursuit le voyageur.... L'Anglais ne manque jamais de relever le gant que son cousin lui lance ; il se fait le champion de l'Europe en général, de l'Angleterre en particulier. II ne décolère pas, et neuf fois sur dix il n'emporte de son séjour en Amérique qu'un souvenir aigri par les discassions qui ont marqué son passage dans ce pays, dont la grandeur très-réelle lui est restée cachée derrière des défauts et des ridicules plus apparents.

L* ANNÉE GÉOOR. 1%. 9

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Plas impartial^ l'auteur fait ressortir Tautre cftt4 du tableau, « Il n'est point difficile de critiquer l'Amérique, où la surabondance de forces et de richesses de toute espace engendre nécessairement de nombreux et choquants abus. Aucune nation du monde n'offre autant d'armes & ses détracteurs que la Grande République. Ainsi que les gens réellement forts, les États-Unis dédaignent de dissimuler leurs faiblesses, et n'hésitent point à laisser voir leur cuirasse. Cependant un pays où les femmes sont charmantes, où les hommes sont énergiques et inteUigents, où la libertêf au lieu de briller stérilement dans les discours et les livres, vit d'une existence forte et saine dans les lois et dans les coutunies ; un pays qui attire chez lui les déshérités de l'Europe et qui les enrichit, où l'étranger est accueilli avec la plus large -hospitalité : un tel pays ne manquera jamais de défenseurs à opposer à ses adversaires, »

S s. A propoi dA GhiMgo,

M. Lindau, dans le rapide itinéraire que lui fait parcourir le grand Railway du Pacifique, touche à la ville de Chicago ; et il nous laisse en passant, sur cette cité phénoménale, de curieux détails auxquels l'effroyable catastrophe qui vient d'anéantir la ville donne une singulière actualité. n Chicago, située à la pointe S. 0. du lac Michigan, est une ville merveilleuse par la rapidité incomparable avec laqi^elle elle s'est accrue et par sa prospérité inouïe. Voici quelques chiffres extraits de documents ofGciels, qui me paraissent vraiment curieux. En 1829, Chicago avait 30 habitants ; en 1834, 1 800; en 1844, 8 000 ; en 1850, 28 000; en 1855, 80000; en 1863, 150000; et enfin au dernier recensement, celui de 1866, 264836. Aussi les Illinois qui habitent Chicago sont-ils très-fiers de leur ville. Ce sont

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