‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 69 sur 337 · CHICAGO · texte numérisé non relu

CHICAGO

les Marseillais des États-Unis. Us ont la réputation d'être vantards; la vérité est qu'ils sont les citoyens les pins entreprenants de la République. Us aiment les gros chiffres, et, comme pour beaucoup d'intelligences vives et peu cultivées, la statistique a pour eux un charme tout particulier. Us tournent et retournent les sommes de leur commerce datis tous les sens, et arrivent à faire des rapprochements insensés. Ils savent combien de fois le bois importé annuellement à Chicago pourrait faire le tour du monde, et ils se frottent les mains d'un air provoquant en énonçant cette singularité. En parlant d'un riche industriel, un Blinois me dit : « U a autant de dollars de revenu qu'il entre de briques dansla construction de telle église. » Après vingt-quatre heures de séjour à Chicago, ce style hyperbolique n^a plus rien qui surprenne. La grandeur des projets dont on entend parler a souvent quelque chose de comique par Texagération; il n'en est pas moins certain que l'on a fait à Chicago des choses vraiment grandioses. Les habitants n'admettent pas l'impossible ; ils sont persuadés que Chicago peut tout foire et finira par tout faire. Qu'elle doive être un jour la première cité de l'Amérique et du monde entier, cela ne fait pour eux l'objet d'aucun doute. L'auteur d'un Cuide très-prosaïque de Chicago écrit de la meilleure foi du monde, ces lignes enthousiastes : < Les Mille et une Nuits ne contiennent rien de plus merveilleux que le développement de Chicago. Rien au monde n'est plus miracu^ leux, plus étrange, plus incroyable que ce développement. Si par un seul exemple nous voulions prouver la supériorité de l'Amérique sur tous les autres pays du monde, si nous étions appelés à démontrer la puissance de ses institutions, l'accroissement de son commerce, l'énergie irrésistible de son peuple, l'extension de son industrie, son aptitude à se servir de tous les avantages que la nature lui a départis, si nous étions appelés k démontrer cela, nous n'aurions autro chose à faire qu'à citer Chicago, la ville modèle ( the stan^

darddty) de l'Amérique. En effet , ponrsuit le voyagenr, cette ville met admirablement en lumière certains côtés delà vie américaine ; elle est comme un abrégé de la grande république. On y trouve toutes les qualités les plus éminentes qui ont fait de l'Amérique la plus grande, la plus puissante et la plus riche nation du monde ; mais on y constate aussi cette choquante absence du sentiment du beau qui rend toute communion intime d'idées entre Américains et EuropéenSy chose difficile, sinon impossible. On y admire une énergie, une vigueur incomparables ; mais en même temps on est amusé par mille ridicules grotesques.... »

Ajoutons quelques renseignements plus particulièrement géographiques, qui expliquent la prodigieuse rapidité de ce développement peut-être sans exemple, même aux États- Unis. Chicago est par sa position le grand centre d'importation et d'exportation de la moitié du territoire américain ; six grandes lignes de chemins de fer qui y aboutissent en forment le centre d'un immense réseau qui rayonne sur toute la région du Mississipi , et de là jusqu'aux deux Océans, par un nombre d'embranchements presque infini.

Le tonnage des navires qui entraient naguère dans son port est diversement évalué ; on ne peut guère l'estimer à moins de 400000 tonneaux. Grenier de l'Ouest, Chicago est en même temps un entrepôt de produits manufacturés et d'articles de luxe, importés en retour de chai^ments de grains et de bois. Cette prospérité est due en grande partie à sa position géographique incomparable à l'extrémité méridionale du lac Michigan, qui est par ses dimensions une sorte de mer intérieure. La ville est traversée par la rivière de Chicago, qui la coupe du nord au sud ; la portion de la ville comprise entre la rivière et le lac est de nouveau coupée de l'est à l'ouest par ce qu'on appelle la Main River ou la Main Branch (rivière principale, branche principale), qui se jette dans le lac. Ce bras de la rivière a été rendu navigable pour presque tous les navires^ quel que

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