‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 84 sur 337 · AFRIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

AFRIQUE FRANÇAISE

séNÉOÀL.

354. BoNNAFONT (D'). De racclimatement des Européens, et de l'exis-

tence d'une population civile romaine en Algérie démontrée par rhistoire. Suivi d'une Notice historique sur les beys qui ont régné à Constantine depuis l'an de l'hégire 1123 (1710) jusqu'en 1253 (1837). Part*, 1871, in-8*, 46 p. (Extrait de VUnion médicale.) Bailiière.

355. Hase. Sur rétablissement romain en Afrique. Revue africaine,

n- 88, juillet 1871, p. 300-306.

Ua hasard heureoz ayant mis entre nos mains cette note de l'ëradit philologue, dit le savant éditeor de la Revue, il noos a paru utile de loi donner place dans la A«viMa/Wra<ne, malgré sa date déjà ancienne, à raison des appréciations de Tantear sur ce problème de la colonisation algérienne, objet de tant de systèmes et de controverses.

Tous ceax qui liront cette Note, qui n'est pas seulement Tœuvre d*an savant éminent, mais d*an excellent et judicieux esprit, remercieront M. Cherbonneau de l'avoir reproduite. — Yoy. ci-après.

856. Le D" REBOun. Recueil d'inscriptions libyco-berbères. Paris^ 1870, in-4*. 3 séries. — l** série, 49 pages de texte et 26 planches. 2* série, 12 planches autographiées. — 3* série {Perpignan, lévr. 1871), 5 planches autographiées.

Voir ci-après.

357. G** Faidrerbe. Collection complète des inscriptions numidiqucs l'année géogr. IX. 13

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(libyques), avec des aperçus ethnographiques sur les Numides. Lille, 1870, in-4% 79 pages et 6 pi.

358. Du même : Sur les tombeaux mégalithiques, et sur les blonds de

la Libye. Bulletin de la Soc. d'anthropoL de Paris, 2* série, t. IV, p. 532-542.

Voir ci-après.

359. D. Kaltbrdnner. Recharc)its sur Torlgine des Kabyles. Le Glohe,

organe de la Soc, de géogr. de Genève j t. X, 1871, Mémoires, p. 31-75.

La conclusion de ce savant travail, sans être explicite, tend à donner aux Kabyles, ainsi qn*aaz Ibères, une origine asiatique. « Mon but, dit Tauteor, était bien moins de produire du nouveau que de m'avanoer pas à pas, en m'appuyant partout de preuves solides, et sans me préooouper aucunement du résultat final. Ces quelques pages ne sont donc point la démonstratioi> d'une idée préconçue, mais un simple exposé de la marche suivie, en allant du connu àTinconnu. • Cette méthode circonspecte, en un tel sujet, est la marque d'un esprit sage. Nous regrettons seulement que Tauteur ne soit pas entré dans un côté trèsimportant de ce problème obscur. M. Kaltbrunner n*a rien dit de la chaîne continue d'antiques homonymies ethniques que l'on trouTe dans tout le nord et le nord-est de l'Afrique, depuis TAtlas jnsqa'à l'océan Indien et au pays des Oallas, en passant par les Oasis égyptiens.

9(M). Cb. FiÉRAUD. Notes historiques sur les tribus de la province de Gonstantine. Notices et Mémoires delà Soc. archéoU de laprov. de Constantine, t. XIII, 1869, p. 1-68.

Telar*ma. -r Septa. — Amèr-Chéraga. — Behira-Touna. — Zémonl. — Berranfa.

361* Du même : Histoire des villes de la province de Constantiae. Zbtd«y p. 85-407; et t. XIV, 1870, p. 1-291.

Cette seconde partie renferme llhistoire de la ville et do canton de pigelli. VinUrét du travail de M. Charles Féraud ne es renferme pat dans le cercle limité de Iliistoire locale ; de savantes et Judicieates excursions dans le double domaine de l'ethnographie algérienne et de la géographie comparée «joutent beaucoup à la valeur de ses recherches. Nous recommandons particulièrement, dans rEistoire de Gigelli, les pages consacrées aux Kabyles.

362. Capit. Villot, chef du bureau arabe de Constantine. Mœurs, cou-

tumes et institutions des indigènes de rAlgérie. Constantine, 1871, in-12, 438 pages. 3 fr. 50.

363. H. Freiherm v. Maltzân. Ueber die Aussprache der Arabischen

in den verschiedenen Dialecten des Maghrib. Zeitschr. der Deutschen Morgenlâudischen Geselischaft, t. XXIII, 4* cah., p. 655-675. /^tpjy., 1869.

364. G. Bourdon. Étude géographique sur le Dahra. BuikHnde la Soc»

de géogr,, janY. 1871, p. 5-72.

- Excellent travail, dont l'antenr, capitaine au 2* tiraillean algériens, détermine ainsi la circonscription : i Au nord-est de la province d'Oran, dans l'angle aigu formé par la côte et le cours du bas Chélif, se trouve un pays encore très-peu connu, et où la colonisation n'a pas pénétré. La partie la plus orientale de ce territoire forme une subdivision administrative arabe appelée le Cald&t du Dahra. Ce mot de Dahra vient de dahff qui, en arabe, signifie dos ; il exprime très-bien l'aspect général de la contrée. Dans tout le pays du Chélif, on étend le nom de Dahra à toute la région montagneuse située au nord du fleuve, depuis Milianah jusqu'à l'embouchure. Dans la langue usuelle, le mot de Dahra s'emploie même souvent simplement pour désigner le Nord.

Il ne s'agitj dans cette étude, que de la partie de cette région géographique comprise dans la province d'Oran,et à laquelle l'usage a prévalu» chez les Européens d'Algérie, d'appliquer exclusivement le nom de Dahra. »

Nous citerons un seul passage, où se trouve une appréciation de la cartographie actuelle du Dahra, et en même temps une bonne vue de la disposition topographique du pays.

« Une bonne carte topographique du Dahra est encore à faire. La feuille de la carte de l'Algérie au 200,000*, publiée par le Dépôt de la guerre en 1855, et qui porte le titre de Carte tbpographique des environs d'Orléansville, est assez exacte comme plahlm'étrie; mais elle donne une fausse idée des reliefs du pays, surtout dans sa partie basse. Elle est trop chargée. Les pentes des plateaux y sont beaucoup trop accusées, celles des ravins pas assez. Il devrait y avoir plus de parties blanches. Les montagnes y sont représentées par des hachures à peu près perpendiculaires à la direction des cours d'eau et se prolongent jusqu'aux lignes de faite. En réalité, les pentes générales sont bien rarement normales aux ravins. Ceux-ci, sauf dans le haut pays, tiennent peu de place dans la contrée. Us sont tous très-étroits, toujours en forme de Y plus ou moins évasé, et bien souvent sans relation apparente avec les pentes supérieures.

« Tout le Dahra s« compose de plateaux disposés en gradins parallèles à la côte. Les plus basses de ces terrasses sont presque absolument planes, découpées seulement par les cinq ou six grands ravins collecteurs qui conduiaent à la mer les eaux du haut pays. Au-dessus, Jie ^l s'accidente davantage ; les érosions pénètrent plus loin dans les plateau3^, mais les ravins conservent leurs caractère de rigoles toutes récentes. Plus haut, ils s'évasent et deviennent des vallons. On voit que l'œuvre des agents météoriques a été plus longue. Près des crêtes seulement, il y a de véritables vallées en berceau, séparées par des contre-forts amincis et présentant quelques-uns des aspects des vallées des vieilles chatnes. »

365. Capit. A. Cibot. Souvenirs du Sahara. Excursion dans les monts

Aurès (cercle de Biskra). Texte et dessins. ConstarUiney 1870, in-8*, 14 pages (Paris, Challamel).

366. F. Perrier. Description géométrique de l'Algérie. Mémoke sur la

mesure des bases. Paris ^ 1871, in-4% 7111-137 pages et 4 pL (T. X du Mémorial du Dépôt général de la guerre).

196 AFRIQUE. (n* 354-372)

367. G. S. Vereker. Scènes in the sunny South; Including the Atlas

mountains and the Oases of the Sahara in Algeria. Lond., 1871, in-8% 2 vol. 20 sh. (Longmans).

368. Revue africaine, journal des travaux de la Société historique al-

gérjenne. Par les membres de la Société, sous la direction du président (M. Cherbonneau). Alger, 1870-1871 (6 numéros par an, formant un volume).

N« 79,.janv. 1870 : Afrique ancienne, par Frédéric Lacroix, p. la- 44 (Notes fragmentaires. Remarques sur Tétatde la population indigène au temps des Romains. Comp. ci-dessns, n<* 355. Voir notre volume précédent, p. 70, n« 88). — Esquisses historiques sur la Mauritanie Césarienne et lolCxsarea (Cherchel), par B. de Vemeuil et J. Bugnot, p. 45-71. Suite, avec une carte autographiée, n<* 80, p. 130-1 6S. — Les écrivains de TAlgérie au moyen âge, par M. A. Cherbonneany p. 72-78* -^ Lettre à M. Renan (sur les inscriptions libyques), par le général Faidherbe, p. 79-87. (Nous aurons à revenir plus bas sur lés remarques du général.)

N<» 80, mars. Fr. Lacroix, l'Afrique ancienne (suite). — Vemeuil et Bugnot, Mauritanie Césarienne (suite). — E. WathUd, Cirta-Constantine, p- 200-208 (suite aux n°* 81, 82, 83); etc.

N<* 81, mai. Balance de la loi musulmane, traduit de l'arabe par le X)r Perron, p. 209-252. Suite au n<* 82. — Les édiûces religieux de l'ancien Alger, par A. Detoulx, p. 281-298 (fin d'un long travail, qui n*a pas rempli moins de vingt et un articles de la Revue), etc.

N* 82, juillet. Sur un fragment d'inscription carthaginoise inédit, par A. îudot, p. 326-330, et une pi.; etc.

N*^* 83, 84, 85, ne nous sont point parvenus.

N« 86, mars 1871. Topographie et histoire générale d'Alger, par Fray Diego de Haedo (ValUdoIid, 1612), trad. de l'espagnol par MM. Moimêreau et Berbrugger, p. 90-f il «travail commencé au n* 82, et eontiBué aux n** suivants).— Chute de la dynastie des gouverneurs ar*glébites en Afrique. Établissement de l'empire Obeïdite (886-912), par M. E. JVercier, p. 112-137; etc.

N« 87. A. MonnereaUf les inscriptions d'Oran et de Mers-el-Kebir trad. de l'espagnol du général de Sandoval, p. 173-183 ; etc.

N« 88, juillet. La régence d'Alger sous le Consulat et TEmpire, par A. Bertrugger, p. 241-260. — Les inscriptions d'Oran et de Mers-el- Kebir, par le général Sandoval. Trad. de l'espagnol (suite), p. 271-384. — Sur l'établissement romain en Afrique, note de (feu) M. Hom. Yoy. ci'^dessus, n» 355 ; etc.

N*> 89, septembre. La r^ence d'Alger sons le Consulat et l'Empire

(suite). — Inscriptions d'Oran et de Mers-el-Kebir (suite). — A.

DevoulXf l'angle sud-est de l'Alger turc, etc.

369. Recueil des Notices et Mémoires de la Société archéologique de

la province de Conslantine, 2* série, t. III, 1869; t. IV, 18T0. Constantinej 2 vol. in-8*^^ avec pi.

370. Carte de la côte sept. d'Afrique, partie comprise entre Alger et

rtle de Galite. N« 838 (Paru, Dépôt de la Marine. Corrigée ei| 1869).

— Partie comprise entre Alger et les îles Zafarines. N»841 (idem).

37 1. N. DoDRNAUx-DupÉRé. 'La Sénégambie française. Bulletin de la

Société de géographie, juillet 1871, p. 49-69.

Étade importante au point de vue politique aussi bien qu'au point de vue ethnologique.

372. Côte occidentale d'Afrique, du cap Rozo aux tles de Los. H" 1313

(Paris, Dépôt de la Marine. Carte corrigée en 1869).

— Fleuve Cazamance, jusqu'à rétablissement Zinghiscbor. N* 1270 [idem).

S i*'. La topographie générale de l'Algérie.

Dans son excellent , très-original et très-remarquable travail sur notre colonie algérienne (n* 362), le capitaine Yillot est amené, par ses considérations sur les cultures et les conditions végétales des différentes zones, à jeter un coup d'œil d'ensemble sur la configuration topographique du pays. L'aperçu du capitaine Yillot n'a en lui-même rien de nouveau. L'écrivain n'a pas inventé la topographie algérienne ; mais il l'a très-heureusement saisie et parfaitement rendue, avec justesse et concision. Nous cédons au plaisir de reproduire ces quelques pages, et en même temps nous croyons faire une chose utile. La géographie de notre colonie africaine n'est pas encore tellement familière à la masse des lecteurs, qu'il soit absolument superflu de la leur remettre de temps à autre sous les yeux :

< L'Algérie, comme toute la région qui s'étend au nord de l'Afrique, comprend trois parties distinctes : le Tell, les hauts plateaux, le Sahara.

« Le Tell, coxmu aussi sons le nom de Massif maritime, est formé par des chaînons parallèles à la côte, ^serrant des plaines étroites, qui s'étagenti les unes au-dessus des autres.

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« Ce massif, dans sa plus grande largeur, n'atteint pas quarante lieues ; sa largeur moyenne est de trente lieues. « Il se compose d'une infinité de petits bassins parallèles entre eux et perpendiculaires à la côte. Ces bassias ont leur point d'origine très-éleyé, un parcours restreint ety par suite, un cours torrentueux, des rives escarpées, excepté dans les plaines où elles sont incertaines, un débit très-inégal. Led plus importants de ceô bassins alimenfcdlit des rivièred qui tiontottrnétit péniblement lé pied des monlâgneâ ptmr trouver une issue vers la mer^ Ces rivières roulent, en hiver, des masses d'eau considérables qui les rendent très-dangereuses ; en été, elles sont à sec ou tellement réduites, qu'elles ne méritent plus le nom de cours d'eau. Leurs affluents découpent le sol en une infinité de croupes et de vallées.

< Le Tell n'a point de ces grands fleuves qui attirent la civilisation et ouvrent de larges plaines qui impriment à une contrée un caractère uniforme. Son climat est varia* ble. La quantité de pluie n'est pas distribuée également entre les diverses saisons, comme dans les pays exposés au climat dit «^ océanien. Des pluies diluviennes, des vents d'une violence irrésistible régnent en hiver* L'hiver n'a pas une durée uniforme. En raison du relief, relativement très-considérable, des montagnes du Tell au-dessus du niveau de la mer, les neiges et les froids y sont fréquents et de longue dutée.

c Le printemps établit une transition à peine sensible entre l'hiver et l'été, ' .

« L'automne s'annonce généralement par des pluies torrentielles qui permettent au cultivateur de commencer les labours.

c Trop souvent aussi les pluies sont tardives, les labours en souffrent, et l'herbe du pftturage est lente à croître.

c Les végétaux sont les mêmes que ceux du midi àm 1%

France et des côtes orientales de l'Espagne. Les productions principales sont le blé, la vigne, Tolivier, le inûrier, le figuier, le tabac, le lin, la garance, l'oranger, le citronnier, le grenadier.

«La région du Tell n'offrant pas dé vastes plaines à fonds bas et humides, les forêts sont répandues inégalement sur les crêtes et les pentes déclives. Les essences résineuses se mêlent aux essences feuillues. Cependant le sol, abandonné durant des siècles, s'est recouvert dans les plaines d'une végétation broussailleuse que les défrichements font disparaître chaque jour.

< En été, l'eau devient rare, les fontaines s'épuiSôtit, les rivières se dessèchent; la recherche de l'eau est une 06cupation qui fait perdre un temps précieux au% Cultivateurs.

a Cette diversité dans l'altitude et le climat sur une surface restreinte, la profondeur et la fréquence des ravins, ont fait naître la petite culture ; l'isolement des populations entre elles, la difficulté de créer des voies de cotnmunication, ont, par suite, contrarié la marche normale de l'offre et de la demande. La nécessité pour le cultivateur d'avoir plusieurs sortes de cultures, l'impossibilité d'établir un équilibre raisonnable entre l'élève des bestiaux et les labours, sont encore des conséquences inévitables des causes exposées plus haut.

< Les hauts plateaux forment la région des stepped oti grandes plaines couvertes d'alfa, sillonnées par de rares inflexions à rives indécises , qui charrient les eaux plu* viales et les déversent dans d'immenses lacs salés.

c Les hauts plateaux ne sont pas tous infertiles. Ils sont situés entre le Tell et le grand Atlas. Lorscju'ils n'ont qu'une étendue limitée, comme dans la province de Gons*tantine, les dépôts atmosphériques et les alluvions, amenés des montagnes environnantes, les recouvrent d'une couche de terre végétale, répartie d'une manière égale sur toute la surface de la plaine.

£00 AFRIQUE. (n«* 354-372)

« Les hauts plateaux sont alors cultivables et jouissent même d'une assez grande fertilité ; mais ils sont sujets aux sécheresses, dépourvus d'eaux courantes» privés de bois. Dans les provinces d'Alger et d'Oran, les hauts plateaux atteignent cinquante, soixante lieues de superficie» et jus* qu'à quatre-vingts dans le Maroc. Les alluvions et les dépôts atmosphériques n*ont apporté là qu'un faible contingent d'humus; le sol est infertile.

« On peut donc dire que la fertilité des hauts pla^ teaux décroît à mesure que leur étendue est plus considérable.

< La chaîne de montagnes dite grand Atlas, qni sépare les hauts plateaux du Sahara, varie de dimensions, d'aspect, d'élévation, suivant la longitude; mais elle conserye le caractère général commun aux montagnes de l'Afrique, aux sierras d'Espagne et aux Cévennes. Elle se décompose en séries de groupes, formés de chaînons parallèles, entre lesquels s'étendent parfois des plaines d'une grande fertilité comme le Hodna, et auxquelles on a donné la dénomination de sous-région des hauts plateaux.

c Ce sont des bassins fermés, plats comme la main. Ils sont entourés de tous côtés par des montagnes dont ils reçoivent les eaux. Ces eaux vont se perdre par évaporation dans un lac salé occupant le point le plus déprimé du périmètre.

« Ces bassins sont généralement peu élevés au-dessus du niveau de la mer. Us forment gradins et s'échelonnent entre la crête de l'Atlas et les plaines du Sahara. Ils participent du Sahara et du Tell. Si les cours d'eau qui descendent dans les Hodna étaient aménagés en vue de Tirrigation, les Hodna deviendraient des greniers d'abondance. Les méthodes de barrage employées par les indigènes dans les Hodna sont dignes d'attention.

< Le Sahara est un ancien fond de mer. Les aspects du Sahara sont très-divers ; dans la province de Gonstantine^

le voyageur ne perd pas la vae des palmiers ; maÎ8 en allant vers l'ouest, et surtout en s'enfonçant dans le sud des provinces d'Alger et d'Oran, il ne rencontre plus que d'immenses plateaux solitaires, coupés par des bas-fonds d'une grande largeur et dont le sol est couvert de sable.

< Le sable n*est pas, ainsi qu'on le croyait, l'indice de la stérilité; bien au contraire, il n'y a guère de végétation que là où se trouve le sable. Le sable du désert rayonne beaucoup, se refroidit plus que l'air, et conserve, à quelques décimètres de profondeur, une certaine fraîcheur qui se communique aux racines des végétaux.

<c Les pluies sont r&res dans le Sahara. Sur certains points, des années s'écoulent sans qu'il tombe une seule goutte d'eau.. En hiver, le Sahara se couvre d'une végétation herbacée dont les bestiaux sont très-avides. Les points qui ont été arrosés par les eaux pluviales sont naturellem,ent les plus riches en pâturages. Les bas-fonds du Mahiguen, du Zergoun, de l'Oued-Labiod, de Sidi-Gheikh, seront-ils un jour rendus à la vie, comme le sont aujourd'hui rOued-Rir' et l'Oued-Souf, et comme l'était jadis rOned-Messaoura? Nous sommes de ceux qui ne croient pas à cet avenir, si désirable pourtant.

< Les principales productions du Sahara sont la datte et les pâturages.

c Ces trois régions, Tell, hauts plateaux, Sahara, sont solidaires les unes des autres, et tiennent une place égale dans l'économie de la production indigène. »

Quant au caractè're général du livre de M. Villot, on n'accusera certes pas l'auteur de poétiser son sujet ; ses tableaux, pris sur le vif, ont avant tout le sentiment de la vérité, de la vérité vraie. C'est là leur grand mérite ; c'est aussi leur attrait. Son plan a d'ailleurs un profond cachet d'originalité. Il prend l'indigène au berceau; il le suit jusqu'à la tombe à travers les incidents de son existence, et,

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dans cette odyssée vivante, il fait entrer une foule d'épisodes qui peignent d'une manière saisissante le caractère, les idées, les mœurs et les habitudes de l'Arabe et du Kabyle.

S 2. L*ezpéditioii de 1870 contre les Oaled-Sidi-Cheikh. AetiuiBitions topographiqaes.

Depuis plusieurs années, des tribus sahariennes s'étaient entièrement séparées de nous. Une des plus importantes, celle des Ouled-Sidi-Gheïkh, habite sur le territoire du Maroc et à proximité de nos frontières. Les Arabes Aà cette tribu faisaient de très-fréquentes invasions dans la province d'Oran ; ils pillaient nos tribus soumises, ils les èSErayaient à ce point que c08 dernières, après une razsia subie au mois de janvier 1870, furont obligées de cher» cher un refuge sur les hauts plateaux. La disette ne tarda pas à les atteindre ; au commencement de mars, elles ne pouvaient plus vivre. Le général de Wimpfen , comman» dant la province d'Oran, fit établir un camp de cavalerie à Ei-Âricha, pour les protéger. Cette mesure devint promptement inefficace. Le camp souffrait, et, en outre, une coalition sérieuse se formait sur la frontière du Maroo. Nos établissements se trouvaient menacés. Dans ces circonstances, à la demande expresse du maréchal Mac-Mahon, alors gouverneur général de notre colonie, le gouvernement autorisa un mouvement offensif. La conduite en fut donnée au général de Wimpfen; nos troupes franchirent lafron* tière du Maroc le 1*' avril. Le traité de 1845 avec le Maroc nous donne le droit de poursuivre sur le terriloire marocain les tribus qui viennent attaquer les nôtres.

Nous n'avons pas à suivre le détail du mouvement mili* taire; une poursuite vigoureuse amena promptement les tribus hostiles à une soumission complète. Ce qui nous intéresse, nous, particulièrement dans cette campagne rapide, ce sont les dociiments topographîqnes que le génie en a

ALaÉRIE. 203

dû rapporter sur un coin inexploré du Sahara marocain. Nos troupes ont dépassé Fighig dans la direction du Ghir. Ce dernier nom éveille des réminiscences classiques et géographiques ^ui appellent tout spécialement l'attention sur cette région encore peu connue. Les circonstances ont relardé jusqu'à présent les publications qu'il nous est permis d'espérer.

s I. Notes tfchiologiqaeB.

Les vieilles inscriptions provenant de la race aborigène du nord-ouest de l'Afrique ont pour Tiiistoire et l'ethnologie une importance sur laquelle il n'est pas besoin d'insister; la recherche heureuse qu'en a faite M. le doc*teur Reboud est pour la science un service de premier ordre, que relève encore la critique judicieuse, pleine de réserve et de discrétion, où l'auteur s'est renfermé dans sa publication (n® 356). Une lettre écrite par M. Renan, au nom de l'Académie desinçcriptions^ rend pleine justice à la valeur des découvertes du docteur Reboud. < L'Académie et la Commission des inscriptions sémitiques, est-il dit dans cette lettre, ont reçu communication de vos belles découvertes. Vous rendez par vos fouilles et par vos activas investigations le service le plus signalé à la scimice. Là Commission des inscriptions êénûtiques me chaif;e de vom remercier de vos précieux envois^ et de vous prier de vou«^ loir bien continuer à nous faire part de vos intéressantes recherches. Les Insqriptions libyques prendront place dans un appendice à la fin du recueil. Votre nom, Monsieur^ figurera au premier rang parmi ceux des personnes qui au«* ront contribué au progi^s de cette branche si curieuse de l'épigraphie antique. »

En une autre occasion non moins significative, dans aoii rapport annuel comme secrétaire de la Société Asiatique, M. Renan exprime une opinion non moins fdnnelle sur la

204 AFRIQUE. (n<»« 354-372)

haute valeur scientifique de ces recherches ; et en même temps il est amené à faire un rapprochement que le sujet commande entre les publications de M. Reboud et les théories aventureuses dans lesquelles un autre investigateur se lance à plein collier. U s'agit des communications très-mêlées du général Faidherbe. < M. Reboud, disait Tannée dernière le secrétaire de la Société Asiatiqnei se borne avec une discrétion des plus louables à publier des représentations exactes des monuments, et à raconter les circonstances matérielles des découvertes. Nous craignons que les interprétations qu'y joint le docteur Judas, et les considérations ethnographiques où entre le général Faidherbe % ne tiennent pas devant une critique pins avancée. En pareille matière on ne peut trop se défier des étymologies apparentes^ des coïncidences fortuites de son ; il faut procéder par une théorie organique, par des lois so* lidement établies. Que si, pour éclairer le sujet, on y mêle la question des monuments mégalithiques, entendus au sens des celtomanes, la crânologie, la théorie des races blondes, les origines gauloises, il est à craindre qu'on n'explique obscurum per obscurius. Mais aucun abus de méthode n'enlèvera à ces études nouvelles leur rare intérêt. A côté du monde indo-européen, du monde sémitique, du monde tartare, plaçons sans hésiter un monde africain, berbère, libyque, atlantique, comme on voudra rappeler. Plus tard nous verrons de quel c6té il convient de chercher des congénères à cette classe nouvelle de langues et de peuples. > Il y a longtemps, pour notre compte, que nous nous sommes élevé contre certaines théories auxquelles se laisse aller Thonorable général sur des questions d'antiquités africaines, avec ime complaisance que l'insuffisance de certaines études spéciales explique, études que l'aplomb nûlitaire ne saurait remplacer. Ces réserves, que

1. 11 s'agit sûrement du mémoire ixisciit ci-dessus, au n* 357.

commande Tintérêt de la science, ne nous empêchent pas de rendre justice au zèle des investigations ; et miëme dans le mémoire sur les tombeaux mégalithiques (n"" 358), sans nous arrêter à la partie systématique, nous relevons d'utiles informations sur la dispersion du type blond chez les Berbers de la région atlantique. Il y a là un fait d'un intérêt particulier dans l'ethnographie de la race, fait longtemps mal compris et mal interprété, mais qui se précise de plus en plus par suite des observations locales.

Le général Faidherbe, dans l'intérêt de ses recherches, put interroger quatre chefs berbers du Maroc; sur les questions relatives au nombre de blonds que Ton compte dans les tribus, il reçut les réponses suivantes :

Mohammed ben-Mohammed, thaleb de Demnat (ville à deux journées de Maroc), déclare qa'il a vu des blonds dans toutes les populations chlouah, amazirg ou brabeur (trois dénominations qui pour lui désignent une même race d'hommes), mais qu'ils y sont en minorité, peut-être un sur dix.

El-Hadj Mohammed ben-Ali, d'Erga près de Taroudant, déclare qu'il y a des blonds dans toutes les populations berbères du Sous, mais en minorité, quelque chose comme un sur dix.

Hadj-Ali ben-Mohammed, du Djebel Bezzouz, au sud de Thaza, dit qu'il y a chez les Chlouah Beni-Mtir, comme chez tous les Chlouah, Amazirg ou Berbers, des blonds dans la proportion approximative de un à dix.

La note •heureusement retrouvée de M. Hase (n° 355), note d'une grande portée dans son laconisme, nous ramène à des intérêts plus actuels. Cette note ne saurait être trop méditée par ceux à qui elle s*adresse. Nous en détacherons seulement un ou deux paragraphes qui la résument en quelque sorte et en font septir la portée.

806 AFRIQUE. (n^ 354-372)

c Au deaxième siècle de notre ère, Timmense majorité de la population libre de la Namidie et de l'Afrique proconsulaire était romaine, non par son origine, mais par sa langue, sa littérature, ses institutions, son patriotisme. Vurbs «terna, lô geniuspopuli romani^ comptaient au nombre de ses divinités. Qu'il y ait eu mêlées à cette grande masse quelques véritables colonies militaires, colonia sagatx^ cela est certain : on peut même supposer que des vétérans, se Axant dans ces établissements et cultivant des terres appartenant à TËtat, y ont amené leurs femmes parlant latin comme eux, mais nées en Espagne, dans les Gaules, dans la Germanie, devenue, elle aussi, en partie romaine. Peut-être y avait-il même, dans le nombre, quelques femmes ou filles originaires d'Italie, bien que cette contrée ftX déjà dépeuplée du temps de Vespasien ; mais ces colons ne for* matent certainement qu'une partie extrêmement faible de la population. Ils étaient pauvres et peu considérés. Ce qui a induit en erreur plusieurs écrivains modernes, c'est le nom de colonie que prenaient au troisième siècle presque toutes les villes un peu considérables de TAfrique romaine. On ne s'est pas rappelé qu'alors ce nom, fort ambitionné et recherché par le3 municipalités provinciales, n'était plus qu'un litre d'honneur semblable à celui de bonne ville que les rois de France donnaient jadis aux grandes cités du royaume, i

Et plus loin :

f Pour faire voir comment le génie romain, favorisé, il est vrai, par des cirsonstances extraordinaires qui ne peuvent se reproduire, avait absorbé les peuples réunis sous sa domination, je n'ai cité que quelques traits saillants que j'aurais pu multiplier à rinfini. En terminant cette note, je ne veux nullement juger les mesures que nos généraux prennent en Afrique. Notre situation y est entièrement différente. Nous n'y trouvons plus les sujets dociles de Massinissa, ni les riches colonies phéniciennes, industrielles, commerçantes et éclairées. Nous avons affaire à une race grossière, dont réternelle inimitié est le résultat d'une croyance religieuse immuable, et chez laquelle, au sein même de la paix et de la possession la moins contestée, ne pouvant changer la religion ni faire concevoir à ces peuples d'autre lois que celles qu'elle à consacrées, nous parviendrons difficilement k associer les vainqueurs aux vaincus. D'après ce que j'ai vu en Afrique , c'est peut-être une philau-

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thropique utopie que de rôver la civilisation des peuples mu* sulmans de FAtlas. D'ailleurs, rislamisme est paresseux de sa nature. Peut-être faudrait-il cultiver nous-mômes la terre africaine, et remplacer par des colous européens, au moins sur quelques points, les indigènes, si la barbarie de ceux-ci, leur fanatisme et leur manière d'envisager la liberté, leur rend trop odieuses les institutions de notre ordre social : ou bien faudrat-il coloniser en Algérie non comme les Romains, mais comme les Russes Tout fait dans les royaumes jadis mabométans de Razan et d'Astrakban, comme ils vont peut-être le faire en Gircassie ? Mais heureusement je n'ai point à me prononcer sur ces grandes et difficiles questions. J'ai dû me borner à indiquer historiquement, d'après les témoignages unanimes des anciens auteurs et des monuments, la différence énorme qui a existé, et qui, je le crains, existera toujours, entre la position des Romains en Afrique et la nôtre. »

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