‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 97 sur 337 · L'Albert Nyanza · texte numérisé non relu

L'Albert Nyanza

2. On se rappellera qu'Oudjidji, localité visitée par Burton et Speke en 1859, est sur la côte orientale du Tanganika.

Notre première remarque est que la lettre que nous venons de transcrire, très-rapidement et très-incorrectement écrite, n'est pas très-claire quant à la disposition relative des lacs et des affluents. Une simple esquisse insérée par le voyageur dans son message aurait donné de tout ce réseau hydrographique une notion infiniment plus nette. Les voyageurs ne songent pas assez aux mille accidents qui peuvent couper court à leurs communications, ce qui devrait les porter, chaque fois -que Toccasiôn s'en présente, h les rendre aussi nettes et aussi arrêtées que possible au moins pour les choses essentielles. Les explorateurs allemands dont les investigations africaines ont été inspirées et dirigées en partie par le Comité de Gotha, les Heuglin^ les Munzinger, les Beurmann, les Rohlfs, les Mauch etautres^ donnent sous ce rapport un exemple que l'on ne saurait trop rappeler et qui devrait toujours être suivi dans Tintérêt de la science. Il est triste de penser, dans Tintérèt même du voyageur et de sa gloire, qu'à un moment donné un accident, une catastrophe peuvent anéantir les résultats de plusieurs années d'explorations, de fatigues, de périls, d'études, de recherches locales et d'informations, dont l'explorateur aura cru pouvoir réserver l'exposé circonstancié pour le moment de son retour en Europe.

L'habile directeur des Mittheilungerif dans le cas actuel comme en bien d'autres, s'est efforcé d'atténuer ce grave danger. Avec son esprit éminemment pratique, toujours en éveil sur ce qui peut servir la science de la manière la plus effective, le docteur Augustus Petermann a fixé sur une carte spéciale, dans un des cahiers de son précieux journal (qui doit être entre les mains de tout ami de la géographie, ne serait-ce que pour les cartes qui en sont la substance)^ a fixé, dis-je, sur une carte spéciale, les données (si vagues qu'elles soient cDcore) contenues dans les dernières lettres du docteur Livingstone (ci-dessus, n^ 412). Ceux-là seuls qui ont essayé de pareilles constructions sur des

données de cette' nature, peuvent en apprécier la difficulté.

Les indications, souvent indécises et flottantes, données par les lettres trop rapides du voyageur, prennent un corps et présentent un ensemble, ainsi fixées sur l'esquisse du savant cartographe ; d'autant plus que M. Petermann y a fait entrer les données antérieures fournies par les explorateurs et les pombeiros portugais dans la même région depuis la fin du dernier siècle, aussi bien que celles que Ton doit aux communications de Ladislaûs Magyar. C'est un point de comparaison fort utile, que fait encore mieux ressortir le commentaire de M. Petermann contenu dans une note additionnelle. Quoique bien des points de cette esquisse aient dû être laissés à l'à-peu-près et à la conjecture, elle n'en sera pas moins d'un grand secours pour y rapporter les informations ultérieures.

Notre seconde remarque est que dans la communication du docteur Livingstone, à côté des notes persgnnelles et des observations directes du voyageur, une large part est faite non pas seulement aux informations orales, mais aussi aux conjectures. Il va sans dire qu'il y a une grande différence à faire entre ces deux ordres de faits ; nous n'aurions pas même à nous y arrêter s'il ne s'agissait d'un voyageur dont la parole a tant d'autorité. Dans sa juste préoccupation de la question des sources du Nil, rencontrant sur le plateau, entre le 8*" et le 11^ degré de latitude australe, un système d'eaux qui se porte de là vers le nord, mais dont l'issue finale est encore inconnue, Livingstone pense tout d'abord au grand fleuve d'Egypte. Son hypothèse, parfois réservée comme on le verra tout à l'heure, se laisse aller parfois aussi usqu'à l'affirmation absolue ; et Tuue de ses raisons est l'accord qui se trouverait ainsi entre sa conjecture et la carte de Ptolémée. Mais Liviugstone, et bien d'autres avec lui, oublient ici un fait capital. C'est l'énorme déplacement de toutes les latitudes du géographe alexandrin, par suite

de sa méthode prodigieusement erronée de réduire les dis» tances. Dans le cas actuel, ce que Ptolémée porte au 12* degré de latitude australe doit se ramener aux environs de réquateur ; de même que la source du Nil d' Abyssinie, qu'il met sous Téquateur, est en réalité vers le 12* deçré de latitude nord. Ce sont là des choses familières d. qui'» conque a fait une étude tant soit peu critique de Pœuvre géographique de Ptolémée ^ ; ce qui n'empêche pas que déjà en Angleterre les raisoanements et les discussions pour ou contre ont été leur train , sans que nul semble avoir eu soupçon de la fausseté radicale du point de départ. Laissons donc là Ptolémée et ses prétendues latitudes, pour nous attacher aux faits constatés par l'observation; et si l'on oublie si aisément à Londres la leçon de réserve ^e devrait donner l'exemple encore si récent de Speke et de sa prétendue découverte « des sources du Nil, » n'oublions pas, nous, combien il est difficile de réagir contre la fausseté d'une première impression. Que le système d'eaux dont Livingstone n'a eu jusqu'à présent qu'une vue trèsrapide et très-limitée, à 2 ou 300 lieues au sud de l'é-quateur, appartienne au haut bassin du Nil, cela n'est pas impossible sans doute, bien qu'il y ait sur ce point de se» rieuses objections; mais sachons attendre, avant de nous prononcer, que l'explorateur ait vu les choses par luimême, et qu'il ait pu fixer ainsi ses doutes et les nôtres.

Nous arrivons maintenant à la lettre adressée par le docteur Livingstone au comte de Clarendon ; c'est dans cette dépêche que l'explorateur expose avec le plus de détail la suite de ses recherches '.

1. Voir la discussion fondamentale de ce point de critique dans Touvrage couronné par rAcadémie des inscriptions en 1860 : le Nord de V Afrique dans VarUiquiié grecque et romaine^ p. 477 et suiv. Pa/riSj 1863, in-8».

2. Nous y avons introduit un certain nombre d'additions, qui précisent quelques faits particuliers, tirées des autres lettres écrites sous

« Mylord, lorsque j'eus l'honneur d'écrire à Votre Seigneurie, au mois de février 1867, j'étais persuadé que je me trouvais alors sur la li^e de faîte qui sépare le Zanû)ézi soit du Congo, soit du Nil. Des observations plus étendues m'ont convaincu depuis de l'exactitude générale de mon impression à ce sujet ; et tant par ce que j'ai vu que par ce que j'ai appris de natifs intelligents, je crois pouvoir assurer que les sources principales du Nil se trouvent entre le 10« et le 12« degré de latitude sud, c'est-à-dire presque dans la position que leur assigne Ptolémée, dont le fleuve Rhaptus est probablement la Rovouma^ Sachant toutefois que d'autres se sont trompés, et n'ayant aucune prétention à l'infaillibilité, je n'affirme rien d'une manière positive, particulièrement sur les contrées qui sont à l'ouest et au nord-ouest du Tanganlka, attendu que mes observations n'ont pas encore atteint ces parties du plateau; mais si Votre Seignerie veut bien parcourir la courte esquisse que je vais lui tracer de mes découvertes, elle verra que les sources du Nil ont été cherchées jusqu'à présent beaucoup trop loin dans le nord. Le grand fleuve prend naissance à 400 miiïes environ au sud de la partie méridionale du Victoria Nyanza, en deçà dé tous les lacs, sauf le Bangouélo.

a Quittant la vallée de la Loangoua [au 12« degré de latitude sud], rivière qui va se jeter dans le Zambézi à Zumbo, nous commençâmes à gravir ce qua nous prîmes d'abord pour une grande masse de montagnes, mais ce qui n'est en réalité que l'escarpement méridional d'une région élevée de 1000 à 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer *. On peut dire d'une manière générale que ce plateau occupe, au sud du Tanganlka, un espace de 350 milles de côté '. Il est couvert en partie de forêts plus ou moins épaisses; sa surface est ondulée, parfois

la même date à d'autres personnes. Cet additions accidentelles ont été renfermées entre crochets [ ].

1. Le D' Livingstooe est là dans une immense erreur. La position du fleuve Rhaptus , très-approximativement fixée par les Périples où Ptolémée avait puisé les éléments de cette partie de sa carte, ne peut se chercher qu'aux environs de Zanzibar, probablement à la rivière Pangani, un peu au delà du 5* degré de latitude australe; la Rovouma est à 5 degrcs ou 125 lieues plus loin, au delà du 10'' degré.

2. Livingstone dit de 3000 à 6000 pieds anglais, ce qui est un pcn au-dessous de notre conversion; mais pour des approximations de cette nature, il n'y a pas lieu de chercher une précision illusoire.

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