OCÉANIE. (N
au bout desquels, en décembre de Tannée dernière (1872), il a été rapatrié par le navire russe Vlsoumroud envoyé à sa découverte , car on le croyait pei*du ou mort. M. Maklaï a été ramené à Batavia, où il se proposait de faire un séjour de cinq mois qu'il emploierait à mettre en ordre ses matériaux déjà recueillis, avant de retourner à la Nouvelle-Guinée. Voici, du reste, une lettre qu'il écrivait à bord de Vlsoimiroud, à la date du 11 mars 1873 ; elle est adressée au D' Aug. Petermann, le directeur des MMieilungen :
« Vous savez peut-être déjà que je suis en vie, bien que la nouvelle de ma mort ait failli être une vérité. Dans les derniers jours de décembre, j^ai été surpris dans mon établissement de la Nouvelle-Guinée par Tarrivée de l^Isoumroud, qui, par ordre supérieur, avait été dépêché dans la baie de PAstrolabe, afin de vérifier les bruits répandus sur ma mort par la presse anglaise, et de retrouver les papiers que j^aurais pu lais-, ser. Mes compatriotes furent bien étonnés de me voir aller à leur rencontre sur une prau indigène. C'était le second navire que les Papous eussent jamais vu : le premier était la corvette Vitiaz, qui m'avait amené. Avant et après la corvette, aucun autre bâtiment n'avait paru dans la baie de l'Astrolabe, L'émotion était extrême. La crainte inspirée par le monstre flottant et fumant était telle, que tout le monde voulait fuir dans la montagne ; malgré tous les conseils, on eut grand'peine à retenir ces sauvages, d'ordinaire si hardis et si courageux.
« Par le prochain courrier, j'enverrai à Saint-Pétersbourg, pour la Société de Géographie, une relation succincte de ma vie à la Nouvelle-Guinée, et j'aurai soin que vous en receviez une traduction allemande. Mon but principal en ce qui concerne l'ethnologie et l'anthropologie, a été à peu près atteint. En dépit d'obstacles de toute sorte, j'ai pénétré assez avant dans la connaissance de la vie des indigènes. Cinq mois durant, j'ai été en butte à des tentatives d'assassinat; mais l'indifTérence dont je fis preuve en d'autres circonstances me donnèrent l'avantage sur eux; ils finirent par se persuader que j'étais non-sçulement un être supérieur, mais môme une espèce de divinité. Mais cette croyance ne s'accrédita qu'au bout de cinq mois, et pendant ce temps je fus soumis à de rudeg épreuves, dont je parvins à me tirer.