‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 102 sur 425 · M. BECCARI · texte numérisé non relu

M. BECCARI

un voyage en Perse, lui proposa de faire ensemble le voyage de Plie de Bornéo, qui devait leur offrir une ample moisson à recueillir : c^était en 1864. Les deux voyageurs atteignirent Saravak, sur la côte occidentale de Tlle immense des Daïaks, le 19 juin 1865. Bientôt après, la santé ébranlée du marquis Doria l'obligea de reprendre le chemin de TEurope, laissant Beccari seul à ses recherches. Il les poursuivit durant plus de deux ans et demi, et. forma une magnifique collection de plantes et d'animaux dont il a fait don aux musées de Florence, de Gènes et de Pise. Après un repos de deux ans dans sa patrie et une fructueuse excursion aux côtes africaines de la mer Rouge en compagnie du marquis Antinori, Beccari est revenu à la pensée conçue depuis longtemps de reprendre ses investigations dans les archipels orientaux. Cette fois, le but qu'il avait en vue était, la Nouvelle-Guinée. Afin de visiter avec plus de fruit et d'utilité scientifique cette terre inexplorée, il se familiarisa avec la pratique des instruments d'astronomie, de physique et de géodésie, et il put s'associer un jeune homme d'un caractère entreprenant, ayant le goût des sciences naturelles, et de plus habile photographe. Les deux amis s'embarquèrent à Gênes le 26 novembre 1871 ; et après avoir vu Macassar, Florès, Timor, Banda et Amboine, ils prirent pied, au mois d'avril 1872, sur la côte N. 0. de la Nouvelle- Guinée, dans la partie extrême que M. Ccrruti et le capitaine de Lenna avaient visijtée deux ans auparavant. Après une courte station à l'île Salavatti, Beccari et d'Albertis vinrent s'établir à la baie Doreï, située dans la partie N. de la grande péninsule qui termine au N. 0. la Nouvelle-Guinée : ils y passèrent six mois, laborieusement employés. La santé compromise de M. d'Albertis ramena les deux voyageurs à Amboine vers le milieu d'octobre. D'Albertis s'embarqua pour Sydney, éprouvant le besoin de se refaire au contact de la vie civilisée ; mais

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l'infatigable Bcccarï ne quitta Amboine que pour venir explorer les richesses naturelles des deux groupes de Keï et d'Arrou. Les dernières lettres qu'on ait reçues de lui à rheure qu'il est sont datées de Koual, dans rarchipel Keï, le 27 août 1873.

Quoique les recherches principales de MM. Beccari et d'Altertis fussent dirigées vers Thistoire naturelle, et qu'elles n'aient pas dépassé Textrémité N. 0. de la Nouvelle-Guinée où d'autres naturalistes les avaient devancés, Wallace, notamment, en 1857, ces nouvelles investigations ne laisseront pas de contribuer dans une mesure considérable à la connaissance de la grande terre guinéenne et des petits archipels qui en dépendent. L'ethijographie y aura une part importante. Des portraits, des crânes, et môme des squelettes entiers, vont fournir une base plus large qu'auparavant aux études des ethnologues. La relation dont M. Beccari a contracté la dette sera reçue avec un vif intérêt.

S 3» Le capitaino anglais Moresby à la pointe snd-esl de la Nouvelle-Guinée. % — Le Hév. Wyatt Gill au nord-est du détroit de Torrès.

Une exploration anglaise d'une très-grande importance géographique nous conduit à l'extrémité opposée de la Nouvelle-Guinée , à l'extrémité orientale. Cette exploration appartient au capitaine J. Moresby de la marine royale ; elle a été effectuée sur le navire le BasiUsk, Voici l'aperçu que le capitaine Moresby, en attendant une publication complète, a donné do ses opérations à la dernière réunion de rAssociation Britannique et à la Société de Géographie de Londres (ci-dossus, n° 458).

Les reconnaissances ont été dirigées sur trois parties de la côte du S., au N., au N. E. et à TE. du détroit flo Torrès ; ce champ d'opérations présente en droite ligne, de l'O. à l'E., un développement de huit degrés,

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900 kilomètres. Sur les deux premiers points, au N. et au N. E. du cap d'York ( pointe N. E. du continent australien), les reconnaissances du Basilislc n'ont fait iCfue préciser le tracé de plusieurs parties de- côtes déjà relevées, et en bien constater la nature; mais tout à fait à l'E., à l'extrémité même de la Nouvelle-Guinée vis-à-vis de Tarchipcl de la Louisiade, l'exploration maritime a conduit à de véritables découvertes, qui modifient complètement la carte.

Jusqu'à présent, même depuis les mémorables explorations du capitaine Stanley, ^\xv le Rattlesnake^ en 1849, la pointe orientale de la Nouvelle-Guinée était figurée sous la forme compacte d'un coin, se projetant vis-à-vis de la Louisiade et couvert au N. par les îles d'Entrecasteaux. Le Basilisk a reconnu qu'elle se termine, au contraire, par une large bifurcation. « La Pointe des Bruyères du capitaine Stanley, Jleath Point^ est une île élevée [distincte de la terre ferme. L'extrémité S. E. présente une pente rapide d'une hauteur de près de 600 mètres, dominant un détroit que le capitaine Moresby a nommé détroit de la Chine, China Strait^ et qui sépare le continent de l'île Hayter, haute et de forme irrégulière. L'île Hayter, à son tour, est séparée par le Fortcscue Strait d'une autre île qui a reçu le nom de Moresby, masse élevée d'où se projettent des pics de 600 mètres au-dessus de la mer. » C'est à la carte à nous montrer nettement cette configuration.

Les remarques du capitaine Moresby ont un intérêt particulier pour l'ethnologie. Au N. du cap d'York, vers les îles Bristowe et Talbot, où la côte, basse et marécageuse, est coupée par l'estuaire d'un fleuve considérable dont on ne connaît que la partie inférieure, les naturels sont des hommes de très-petite taille (en moyenne 1 mètre 6), trcs-foncés de teint,- aux cheveux crépus et laineux: ce sont de véritables nègres mélanésiens. Ils vivent des

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légumes farineux qu'ils cultivent. Us sont armés d'arcs, de flèches et de tomahâks ou casse-têtes, et paraissent être dans un état d'hostilité perpétuelle avec les tribus qui les avoisinent. Mais lorsqu'on a contourné le large golfe qui de ce point s'arrondit vers le N. E., et qu'après un intervalle de 3 à 400 kilomètres on approche de la baie Redscar, où la côte (qui de là redescend au S. E.), qui se relève graduellement, est dominée par des montagnes hautes de 3500 à 4000 mètres, la physionomie et le caractère des indigènes changent comme l'aspect du pays. La peau n'est plus noire, mais d'une nuance cuivrée plus ou moins intense ; les cheveux, coupés ras chez les femmes, sont frisés, mais non laineux, et relevés en chignon chez les hommes. Les femmes -seules se tatouent ; les hommes se peignent seulement le visage d'une manière bizarre et parfois grotesque. Malgré tout, cette population est affable et paraît intelligente ; la race est tout à fait distincte de celle du détroit de Torrès. Le pays est semé de villages toujours ombragés d'un bouquet de cocotiers. Les maisons sont élevées sur des poteaux audessus du sol, à la manière des Malais. « Les officiers du ffasilisk allaient et venaient dans le pays à travers les villages, aussi librement qu'ils l'auraient fait en Angleterre. Si un marin s'égarait dans un fourré, on le ramenait obligeamment vers le village, et les naturels mettaient leurs provisions à la disposition de l'étranger avant de le reconduire jusqu'au vaisseau. »

Le peuple de la pointe orientale ressemble à ces derniers indigènes. Il est, comme ceux-ci, de couleur cuivrée, plutôt claire que foncée ; ils sont bien faits, actifs, et leur physionomie respire l'intelligence. On voyait fréquemment les hommes bercer les enfants sur leurs bras, avec toutes les marques de Taffection. Ils savent confectionner des vases en argile culte. Il est du reste impossible de voir un plus beau pays.

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