‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 168 sur 425 · EXPLORATIONS DAKS LE SAHARA ALGÉRIEN · texte numérisé non relu

EXPLORATIONS DAKS LE SAHARA ALGÉRIEN

hara. « H ne suffit pas, dit-il très-sensément, de concentrer notre attention sur l'administration intérieure de la colonie, sans nous préoccuper de ce qui existe au delà de ses frontières, car Tétat des populations qui vivent en dehors de nos établissements, le prestige dont nous jouissons parmi elles, leur hostilité ou leur amitié pour nous^ influent considérablement sur les dispositions de noé sujets immédiats. Au point de vue politique donc, non moins que dans l'intérêt de la science et du commerce, il importe de. multiplier nos relations avec les peuplades enmronnantes, d'étendre aussi loin que possible notre cercle d'action, et de ne négliger aucun moyen de pénétrer )lu8 avant dans la connaissance de leur pays. En efiet, ;'est le vaste triangle compris entre la mer, le 6« degré le longitude orientale et le 15* de latitude septentrionale, 'est-à-dire le N. 0. du continent, que nous devons choisir »our le principal théâtre de nos recherches et 'de nos explorations. Là est la partie en quelque sorte française de 'Afrique, celle que nous avons le plus d'intérêt à bien onnaitre. Étudier ces contrées, y faire prévaloir notte inuence, y étendre notre commerce, telle est la conséquence >gique, le complément nécessaire de notre domination n Algérie et au Sénégal. »

M. Duperé rappelle succinctement les voyages d'exploation entrepris par des Français, depuis trente ans, tant u S. de l'Algérie qu'à l'E. et au N. du Sénégal ; puis enrant au cœur même du problème, et cherchant les meiliurs moyens qui se présentent pour la solution, il ajoute :

Quatre lignes pr^cipales de caravanes conduisent d' Alêne à Timbouktou : la première et la plus directe part 'El-Abiodh Sidi Ech-dieikh et aboutit an Touât en pasint par le Gourâra; la deuxième mène d'El-Golêa*a à Inâlah, centre poIitiqoiÉ^t commercial du Tidikelt ; la troième, la plus indirecte, la plus longue et peut-être la lus fréquentée pajr le commerce, mène d'El-Ouâd (Soûf ) VkwniE dioGR. XIII. 2

li AFBIQGB- (N* 1-32.)

iCUi'adimèseldeGlà'adâBèstedingsaw b Tènil en l9iig£s«Bi Dolie &OBtîèK dlgéiîeii», Eafia fl qi fnrirtff nae flutrifeflM. iktttft flwnmfldf et iilne Bnlicidkhi sue twiteft beaiitics et que la aatuie leinUe indiqiMff nmii k (^ude toute: dû Sondua : c'est odle ffoi de Figlûg oièBe eu eesis da Tonât en soiveat k oonn 4* l'Oued Siowm; aallieareuseiBe&t l'kosfilité des tâbw dn SL S. saioetin, Béni &lili, Dooî, Ibfenin, ete., noos en intndit Vwùces. Ainsi, quel que soit son point de dépiit, le TOyngear doit pisser par k Tooât. Or, c'est là qiiHin ofartirie ao* toellement infranchissahk se dresse deiant Ini et Feu* ptehe de passer outre.... »

M. bupéré remonte à Torigiae et touche ans cemeade cette défiance qui se dresse ici déduit nous : « Depuis b fonquéte de l'Algérie, et surtout des ailles méridionBlM de Tougourt et d'Ouarglâ, ks Touatiens, jakux de kwr indépendance, nous ont témoigné k plus omhiageuse dé^ fiance. Pour échapper à k conquête qu'ik redoutenii ik n'ont pas vu de plus sûr moyen que de cacher leur paya aux chrétiens en leur en interdisant Tentrée. Gstte tem nmtj le fanatisme religieux du peuple et les intrigues dss grands commerçants de Gh'adâmès, d'In-Çftkh, du Toolt et du Tâfilelt, intéressés à éloigner une concurrence qnî leur nuirait fort, ont, dans le passé, causé toua nos échecH. Plus tard, c'est-à-dire depuis 1864, nnsuiTeetkD des Oulâd-Bidi-Es-Gheikh, au S. de k province d^OiaUi en nous coupant les routes fréquentées qui mènent an Urouràra et au Touât, n^a plus permis de rien tenterdans cette direction. C'est k principale cause qui aujourd'hui fait obstacle à nos progrès, et tant^qu'elle suIh KiKt<ïra nous ne pourrons guère étendre nos relations par le S. 0. «

Après avoir rappelé le projet de voyage à In-Çàkh^ sug* géré par M, Soleillet et adopté par k Chambre du com-> inerce d'Alger (on n'en connaissait pas encore le résultat),

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M. Dournaux-Dupéré touche une question dont s^est longtemps préo6cupi le inonde scientifique et le monde commercial, la Qommunication courante entre TAlgérie et le Sénégal à traifetB le Sahara. Sous le rapport commercial, ses vues, à ee sujet, diffèrent absolument de celles qui ont eu longtemps la vogue. « Aujourd'hui, dit-il, qu'un stemep peut transporter en dix ou dou2e jours, d'Oran ou de Marseille à Saint-Louis, et réciproquement, à raison de (joarante ou cinquante francs la tonne, toutes les marchandises encombrantes ou non, il n'y a pas lé moindre inlérèt à ouvrir des communications par terre entre le Sénégal et l'Algérie. Même pour la ligne droite, le voyage le plus rapide durerait trois mois et demi; même pour les marchandises les plus avantageuses, le fret serait dix fois plus élevé. Les paquebots actuels vont en moins de dix jours de Dakar à Bordeaux, et aucun voyageur n'aurait l'idée de préférer à cette voie si rapide celle des caravanes. Cette question est donc la dernière qui doive nous occuper. Ce n'est pas à la conquête l'une de l'autre que nos colonies doivent tendre, mais à celle des plus proches régions de l'immense pays des noirs; c'est-à-dire, pour le Sénégal, le pays compris entre sa frontière et Timbouktou; pour l'Algérie, toute la contrée comprise entre cette ville et le Damergou.

« Sous le rapport politique et commercial, la route la plus intéressante, à bien reconnaître dans l'O., est donc celle de Timbouktou à Ségou par le Niger, voie commerciale de l'avenir. Là, le Massina offre à l'explorateur un champ d'observations toutes neuves, des villes importantes à reconnaître, Hamd-AUahi surtout, que nul Européen n'a encore visitée ; une foule de questions géographiques et scientifiques à étudier (car, dans son rapide passage, Caillié, souvent obligé de se cacher, n'a pu qu'en effleurer quelques-unes), et enfin le cours du Niger (le Djolibâ), à relever d'une manière précise depuis Kabara

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jusqu'à Sansandig'. Toutes ces choses sollicitent la venue d'un Européen en état de les bien apprécier.

ce La deuxième voie, par Oualâta, le pays des Tâdjakânt, des Oulâd-Embârek et des Douaïch (Ida Oû-Aich), peu intéressante pour le commerce, Test beaucoup pour la science, surtout en ce qui concerne l'hydrographie saharienne. Pour nous servir des termes mêmes de M. H. Duveyrier, dans les notes qu'il a bien voulu nous donner pour ce travail : « Un voyage fait par un homme de <c science, muni d'instruments, de Timbouktou à Oualâta <c et à Saint-Louis, donnerait l'occasion de faire plus de « découvertes, au point de vue de l'intérêt et de la nonce veauté, qu'un voyage par Ségou. A Oualâta, on étudie- « rait l'ancienne population nègre Azêr du pays, qui s'est « conservée au milieu de Tenvahissement des Berbers, « et entre Oualâta et Timbouktou, le système complexe ce des marigots ou des affluents qui, sillonnant cette a région, s'en vont au Niger. »

Revenant aux meilleures routes à suivre dans ces explorations, M. Dupéré ajoute : ce L'Européen arrivant de Timbouktou et voyageant sous le patronage des marabouts El-Bakkâï, qui, comme on sait, sont des Eounta, y serait, sans nul doute, bien accueilli, mieux, en tout cas, que s'il y arrivait de Saint-Louis en commençant son voyage par ,1*0. Cet itinéraire à travers un pays qu'aucun Européen n'a encore abordé (sauf le pays des Berâkna visité par Gaillié en 1824, et par l'enseigne Bourrel en 1860] oâ'rc une abondante moisson de découvertes en tous genres ; et le voyageur qui, parti d'Algérie, arriverait au Sénégal après avoir visité le pays des Touareg Oualâta et le Tichit, aurait accompli assurément une exploration des plus mémorables... »

« De ce rapide exposé de la situation politique du Sahara centrai et du Soudan occidental, on peut conclure qu'un voyageur qui, partant du N., parviendrait à fran-

ir ou k toui 11 elles d'atteiuuii: muuui.

protection du cijcf de« I lit par Ségou, soit par ' robable, où cen deux voi isterail, comme dernière aodenm et Akka. »

du To ,1 rait des chances

de te ville, grftce à

k&l, lier le Sénégal,

lia. . le I , fort peu

il lui

la lig "i. par

Les vues de M. Douma avaient attiré l'at-

tndon de la Chambre du < i Alger ; une alloca-

on, augmentée par le sub fournir à Paris le

linistère du commerce, n 1 à môme d'en-

«prendre le voyage dont il i In prépaie l'itiné-

dre. La route un peu déto ii , i îs que l'on regardait >mme la plus sûre, allait do Tougourt à Gh'adâmës, tachait à Gh'àt, revenait de là à l'O. sur Idélës dans I pays des Ahaggar, et di ce point devait se porter sur imbouktou. M. Duperé se mit en route vers la fin 'avril 1874, plein d'ardei. * et de conSaDce. Il était ac- )mpagné d'un négociant français établi à Tougourt, [. Joubert. Les deux voyageurs étaient i (jh'adàmËa dans IS derniers jours de mars ; ils en partirent le IS avril our atteindre Gh'ftt. C'est dans le trajet de (jh'ad&mès

Gh'ftt qu'ils ont péri assassinés par un parti d'Arabes ba'amba. Voici les renseignements qu'a transmis à Paris, ir cette déplorable catastrophe, le consul de France à ripoli.

MM. Duperé et Joubert, accompagnés d'un domestiue arabe qui avait servi dans les spahis, d'un guide et s deux ou trois chameliers, étaient à sept journées de b'adAmès, conséquemment à mi-chemin environ de la [lie targhl de Ch'ât, lorsqu'ils furent rejoints par une

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troupe de sept indigènes. D'après leurs explicationR, M. Duperé crut pouvoir sans inconvénient les adjoindre à sa petite caravane. Laissons parler la dépèche de notre consul : « Après avoir distribué aux survenants ^elques provisions, on se remit en marche. Tout à coup les nouveaux venus, profitant d'un moment d'inattention, se précipitèrent sur MM. Dournaux- Duperé et Joubert, ainsi que sur leur serviteur Ahmed ben Zerma. En un instant ces trois infortunés furent jetés à terre et percés de coups. Les Gha'amba les dépouillèrent de leurs vêtements, et se livrèrent au pillage. Ils ne laissèrent sur le sol que quelques livres imprimés en caractères européens.

« Les témoins de cet attentat étaient les chameliers qui avaient été loués par M. Doumaux-Duperé à Gh'adft*mes, et qui, considérés comme neutres par les brigands, furent épargnés. Ils revinrent à Gh'adâmès et informèrent le gouverneur de cette ville. Les tristes épaves de la caravane furent transmises au consul de France de Tripoli^ M. Delaporte, qui en dressa Tinventaire. Quant aux Gha*amba, ils se réfugièrent chez les Touareg Ahaggar, avec lesquels ils étaient de connivence.

« Si MM, Doumaux-Duperé et Joubert n'étaient pas tombés sous les coups des rôdeurs Gha'amba, il est plus que probable qu'ils n'auraient pas vu la fin de leur éûpe. Une troupe de dix Touareg Ahi^gar, détachée d'un parti qui venait de faire une razzia sur Gh'adâmès, s'était mise à leur poursuite. Elle rebroussa chemin en apprenant des Gha'amba eux-mêmes que leur besogne était faite.

« Les assassins sont bien de la tribu des Gha'amba, mais ils figurent au nombre des rebelles qui ont soutenu le chérif d'Ouargla Mohammed ben Abdallah dans sa lutte contre la France, et qui se sont ensuite ralliés au parti de Bou Ghoucha. Ges rebelles sont les principaux instigateurs de la haine qui anime les peuplades du Sahara contre la France, depuis le Maroc jusqu'au Fezzan» »

ûanfl le temps qua M. Doumaux-Doperé, de regret» taille mémoire, recevait du gouTernement et du conuncrce d'Alger la mission si tristement interrompue, un'autre voyageur non moins ardent et non moins d^votié^ M. Paul Soloiilet, BOHraettait de hoq cdté à la Clmmbi-e du commerce de notre cotonio un projet d'entreprise dans un» autre direction. Celie-ci, prenant Lagh'ouât pour point de d>-part, devait se rendre au Touât par le Mzab. Le proje^ appuyé d'un mémoire qui en justifiait fortement l'utilité^ obtint, cooime celui de M. Duperc, Tassentiment de la Chambre, et une souscription promptemcnt couverte par les principaux négociants d'AJger {9000 francs enviroil)( permît à M. Soloiilet de se mettre en route 4 la fin de décembre 1873.

Il est bon de nous arrêter, avec M. Soleillet, sur <[uelques-unes do ses tonsidérationB préliminjiires. « Au mommtoù làdominaUen turque viat s'étesdte sur le littoral duN. de l'Afrique, ^crit-il dans son mélnaire (ci-dessuB^ a" 15), des caravanes nombreuses importaient dans la fiégenc« d'Alger les produite de l'Afrique centrale et du Soudan-, et un commerce considérable d'échange amenait dans 4efl porta de la Régence un mouvement de transit important sur ces divers produits.

« Le jour où le drapeau français vint flotter sur les murs d'Alger, ce mouvement commercial s'était détourné déjà de l'Algérie^ pour allei' aboutir, par deux voies différentes» au littoral de la Méditerranée et à celui de l'Océan,

« Quelles sont les causes ^i ont motivé ce changement de direction dans le comm^-ce du Sahara et du Soudan?

o Elles sont de plusieurs natures et peuvent se répartir en deux catégories : Hutnque de sécurité des routes^ in-

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fluence étrangère hostile à Timplantation de la France en Algérie....

« L'insécurité des routes était la conséquence forcée d^un état de guerre à peu près permanent entre notre armée et les indigènes de la Régence ; 3» mais d'autres causes étrangères nous créaient de bien plus grands obstacles.

« Inspirer aux populations du Soudan un sentiment de méfiance envers la nation conquérante d'une portion du N. de FAirique ; présenter au Maroc, à Tripoli et à Tunis cette même puissance comme prête à étendre sa domination sur les contrées situées à TE. et à PO. de l'Algérie; se poser en protecteur de ces pays, que la France ne songeait nullement à attaquer : c'était, de la part de l'Angleterre, une manœuvre très-Aofrtte, qui, jointe à l'insécurité des routes du S. de l'Algérie, par suite de Pétat de guerre permanent, lui permettait d^inonder ces contrées de ses produits manufacturés, et de centraliser entre ses mains le commerce d'exportation qui se faisait jadis par la Régence d'Alger.

ce C'est, en effet, ce qui s'est produit. Le courant commercial du Soudan avec le N. de l'Afrique a continué de venir jusqu'à In-Çâlah^ point central du transit qui s'effectue entre ces diverses contrées; mais, cessant toute relation suivie avec le N., il s^est dirigé vers Grh'adâmès et Tripoli au N. E., et vers le Tafilet et Mogador au N. 0.... »

Nous ne pouvons suivre le voyageur dans sa route à travers le Sahara de notre province d'Oran, d'autant moins que pour les détails de l'itinéraire les observations scientifiques sont réservées, et feront l'objet d'un rapport complémentaire que nous attendons avec grande impatience. Celui-ci contient seulement, sur In-Çâlah et les oasis intermédiaires, des informations descriptives d'un sérieux intérêt. Ces informations, en grande partie nouvelles,

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