LA MER IM1VHBURB DU SAHARA
faites à de grandes dist-ances. Dans eus régions sablon- Deuae», le» rayons lumiaeux, ra^nt to sol écbautTé pu le soleil, éprouvent souvent des déviaitons considérabloB ; on y ïoit se produire tous Jea jours le phénomène du mirage. 11 était donc nécessaire de se munir d'un niveau à lunette et do mires graduée» pour y faire un nivellement de proche en proche. Cette opération, exécutée en 1^73, avec le concours du capitaine NoU sur un trajet de IS& kilomètres, nous prouva que le bord occidental du lit du Cbott Melgh'ir était de 27 mètres aii-dessou3 du niveau de ta mer, et ijue ce lit avait une inclinaison moyenne de 25 centimèlrofl par kilomètre dans la direction de 1*2., d'où il résulterait que cehii du Chott Setlcm est à plus de ko mètres au-dessous du niveau de la mer. Il est établi d'ailleurs, par le rapport sur les opérations de la méridienne do Biskra déposé au ministèic de la guerre, que l'erreur probable totale des nivellements géodésique et géométrique est inférieure à 60 eenlimètres. Il était donc mathématiquement démontré que les Gbotts Melgh'ir et Sellem occupaient le fond d'une vaste dépression du sol. Il était naturel dès lors de supposer que cette dépression 96 continuait par les Ghotts Qh'araa et El-Djérid jusqu'à peu de distance du golfe de Gabès, et qu'il suffirait de la relier à ce golfe par un canal pour la transformer en mer intérieure. »
Cette dernière assertion devance probablement de beaucoup la pensée qu'en a eue M. le capitaine Koudaire.
C'est une conception qui s'est graduellement développée dans l'esprit do l'habile ingénieur, comme on le voit par ses propres communications; timide, d'abord, et à peine indiquée, l'idée s'est bientôt agrandie, et finalement elle s'estformulée dans les vastes proportions d'une mer intérieure à créer au S. de l'Atlas de Gonstantine, là où s'étendent aujourd'hui des déserts sans eau. On pouvait créer là une nature nouvelle, un autre climat, tte
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nouvelles conditions d'existence pour toute une r^ion déshéritée. L'art allait accomplir un nouveau prod^ : les grandes conceptions de M. de Lesseps allaient être égalées.
Or, que faut-il pour accomplir cette transformation merveilleuse? tout simplement ouvrir un assez large canal à travers l'isthme étroit, peu élevé, de nature sablonnBiise, qui sépare le golfe de Gabès — la Petite Syrte des anciens — de la chaîne de lagunes enfoncées qui s'avance jusqu'à 12 kilomètres de la mer : cette voie ouverte, les eaux de la Méditerranée se précipiteront d'elles-mêmes dans cette dépression profonde, dans ce fond de cuve qui se présente devant eUes, et elles y reprendront leur nivean. Ce canal aujourd'hui fermé, cette mer intérieur ellemême, n'ont-ils pas d'ailleurs existé déjà? Oui, ceU est certain, M. Roudaire le croit du moins. Le fleuve Triton, et le lacus Tritonis qu'offt célébrés les anciens poètes et qui sont mentionnés jusqu'en des temps postérieurs à notre ère, qu'est-ce autre chose? Ge n'est donc pas une création à faire ; c'est tout simplement un état de choses ancien à rétablir.
Ainsi présentée, la chose est des plus simples et des plus séduisantes. L'Académie des sciences, saisie de la question par l'auteur, en a déféré l'examen à une commission spéci≤ l'Assemblée nationale, sur la proposH tion d'un de ses membres, a voté une certaine somme pour subvenir anx premières études. D'éclatantes adhésions se sont prononcées pour le projet de M. Roudaire. M. Le Verrier, l'illustre astronome, l'actif propagateur des études météorologiques, regarde comme un bienfait pour l'Algérie la substitution d'une vaste nappe d'eau au désert de sable; M. de Lesseps, que tout ce qui est grand attire, a chaleureusem^ent soutenu l'idée au sein de l'Académie (ci-dessus, n° 25). Il s'agit donc, on le voit, de quelque chose de très-iconsidérable et de très-sérieux.