INTERIEURE
*,. Cepcodant des objections ee préBentout. La première, très-sympathique au projet si »& réalisation est possible, lui oppose des conditions physiques et des considérations économiques qui méritent la plus grande attention. Le gouTeruement de Tunis, non moins intéressé que notre .-Ugérie dans la transformation annoncée, s'en est préoccupé, oalurellemeot. Un ingénieur résidant à Tunis a été charge par le premier ministre du dey, Khéreddin, homme très-éclairé et d'une éducation toute européenne, d'étudier la question et d'examiner les faits. M. Fuchsa fait connaître à l'Académie des sciences le résultat de son étude (ci-dessus, n° 2S), par une communication dont TOÎci le résumé :
s La récente exploration que je viens de faire, en compagnie de M. le Blant, vice président de la commission financière, dans l'isthme de Gabèe et l'extrémité orientale de la dépression saharienne, ne me permet pas de partager les brillantes espérances qu'avait fait naître le nivellement de M. le capitaine Roudaire, relativement à la création d'une mer intérieure en Algérie ; cet examen me conduit, au contraire, à des conclusions tout opposées. Gomme je n'ai eu à ma disposition que des baromètres anéroïdes, dont les indications, il est vrai, ont pu être corrigées grâce à un double système d'observations simultanées faites à Sfaks et à Tunis, les cotes de hauteur que j'ai obtenues ne sauraient avoir le précision de celles qui résultent d'un nivellement géodésique ou topographique: toutefois, la multiplicité des observations, et le degré satisfaisant de leur concordance, me permettent de croire que les erreurs sont comprises dans des limites assez étroites pour ne pas modifier, dans leur ensemble, les conclusions de mon étude.
t< Ces conclusions, les voici :
ce 1° Il n'y a jamais eu, dans les temps historiques, de communication directe entre la Méditerranée et la dépression saharienne ; cette dernière a toujours constitué un lac salé, le lac Triton d'Hérodote, dont Torigine est identique avec celle de tous les lacs analogues (chotts et sebkhas) dispersés dans le S. de TAlgérie et de la Tunisie. Elle a été et elle est encore séparée de la mer par un barrage puissant, large de 20 kilomètres environ, et formé par un groupe de collines de grès et de roche calcaire, d'une hauteur de 50 à 60 mètres.
« 9," des collines, qui constituent l'isthme de âobè», ont subi un relèvement récent de 12 à 15 mètres, qui n'a dû exereer qu'une influence insignifiante sur le dessé^chement du lac.
« 3° La présence de Teau dans la dé|Hre8sion salia* rienne a coïncidé avec Texistence de grands cours d'eau dans la même région ; elle doit, comme ces derniers, son apparition à une période de grande humidité atmosphérique, et en général à un ensemble de conditions climatériques distinctes des conditions actuelles.
« 4*^ La disparition de ces conditions (à laquelle le déboisement général n'est pas étranger) a été un phénomène cosmique général; elle a produit, dans une vaste zone qui va du Sahara à la Perse, des effets de dessédie^ment à peu près identiques, transformant en désert des régions jusqu'alors renommées par leur fertilité. »
Qu'on nous permette une parenthèse. Les remarques de M. Fuchs sur les conditions générales auxquelles a dû se rattacher l'existence ancienne de grands lacs permanents là où il n'y a plus aujourd'hui que des lagunes à sec durant une partie de Tannée, ces remarques sont, à ce qu'il nous semble, aussi judicieuses que vraisemblables. Il fut un temps, sans contredit, où le Sahara, à le prendre dans toute son étendue, a dû présenter un aspect très-.
LA UWÊ^ INTÉRIEURE. .35
lérent de ee qu'il est aujourd'hui. Les courants faibles
d'une durée tout à bU éphémère qu'y déterminent do
nps à autre leB ondLées accidentelles, n'auraient certai-
ment pas suffi à creuser les innombrables lits sans eau
li le sillonnsiit, et dont quelques-uns ont l'aspect et la
rgeur de véritables fleuves, de très-grands fleuves dessé-
es. Au temps oà l'Igfaarghar', descendu du massif
ontagneux (el jusqu'à présent inexploré] des Âhaggar,
)portait régulièrement au Melgh'ir la masse énorme de
s eaux, aigouf d'hiâ presque épuisées, les lacs que repré-
nte aetueUement la longue chaîne des. sebkhas ou
gunes salines qui s'étendent, sur un développement
i près de 400 kilomètres, depuis le Melgh'ir jus-
u'^iax approches du golfe de Gabès, cette chaîne de
igunes, disonsHAOus, a bien pu former un vaste et véri-
ible lac dans la dépression qui les renferme. Mais de là
un véritable golfe, comme on semble le croire, à un
olfe qui aurait été en effet le prolongement intérieur de
i Petite 8yrte) il y a loin. L'antiquité, à aucune époque,
'a rien connu de semblable. La critique, la vraie criti-
ue, ne trouvera rien de cela dans les textes. Il est
ossible (mais nullement certain) qu'une rivière, débou-
hant vers Gabès, ait autrefois coupé (peut-être même à
es époques relativement récentes) la chaîne de collines
t de dunes qui sépare le golfe de Gabès du Ghott-el-
Lébir; mais si cette rivière a jamais communiqué avec les
ics intérieurs, cela remonte à des temps dont nous
'arvons aucun témoignage, si ce n'est dans des légen-
es, d&ns des fantaisies poétiques, qu'une discussion vé-
ItaUement scientifique réduit à leur valeur. Nous croyons
o&e que dans la question actuelle il faut renoncer abso-
iment à la pensée de s'étayer de témoignages historiques.
1. M. Virlet d*Aou8t a aussi rappelé que dès 1845 il avait, lui aussi, goalé ce fiait (thyiique. Ci-dessus, à la Ixibliographie^ n" ^.
Ceci dit, nous revenons à M. Fuchs, qui touche main tenant quelque chose de la possibilité d'exécution.
« La quantité de terres et de roches qu'il faudrait déplacer peut s'estimer à un minimum de 50 millions de mètres cubes de roche dure, et à une quantité presque égale de terres et de sables. La dépense qu'entraînerait l'abatage et le transport de cette masse énorme de déblais, serait certainement supérieure à 300 millions de francs.
<c Or, ce chiffre nous semble apporter un obstacle difficilement surmontable à la réalisation du vaste projet de la création d'une mer intérieure.... »
Un savant qui depuis de longues annnées a étudié l'Algérie en naturaliste et en physicien, M. Gosson, apporte aussi son tribut d^observations sur le projet Roudaire (ci-dessus, n" 24). M. Gosson ne croit pas non plus à la possibilité pratique de la création d'une mer intérieure, et il en conteste la nécessité, même au point de vue de l'amélioration du climat. Après avoir retracé l'historique des observations et des travaux antérieurement entrepris pour déterminer le chiffre exact de la dépression du Melgh^ir reconnue depuis longtemps, observations auxquelles il a eu lui-même une grande part ; après avoir rappelé qu'un simple coup d'œil jeté sur leMelgh'ir du haut du Koudiat-ed-Dohr, avait suffi pour leur montrer avec évidence, à M. Mares de la Perraudière et lui, qu^un vaste lac salé a dû occuper jadis le lit du chott, actuellement presque à sec, fait dont la salure des eaux, les dépôts de sel sur les points desséchés, la présence de véritables couches de valves du Cardiwm edule dans l'Oued Gh'ir, sont l'éclatante manifestation, M. Gosson ajoute : « Mais cela seul ne saurait faire admettre la possibilité d'amener dans le lit du chott les eaux du golfe de Gabès ; et alors même que cette possibilité serait démontrée, on peut douter que les avantages de l'entreprise fias*
LA MER INTKHlEUBr, 37
sent en rapport ayec les énorme» dépeuse» qu'eatrstneraît sa réalisation.
« n y a plus : Je dattier, il ne faut pas l'oublier, est la véritable richesse du Sahara. Lee conditions eesentiellea à la culture de cet srbre précieux, qui à lui seul subvient à presque tous les besoins des habitanlK, et, par l'abri tulélaire iju'il leur offre, est la base de toutes les autres cultures, sont une grande somme de chaleur au moins pendant l'été, la pureté du ciel, la rtirelé des pluies, la sécheresse de l'atmosphère el une humidité suffisante du soi. Dans leur langage imagé, les Arabes résument ces conditions en disant : » Le dattier, père et roi des oasis, " doit plonger son pied dans l'eau ot sa tête dans le feu » du ciel. >• Or c'est dans la région même désignée pour être envahie par la mer projetée, ou dans son voisinage presque immédiat, que le dattier donne ses plus abondants et ses meilleurs produits ; c'est le pays des dattes par eïCellence, le Blnd-^l-Djmd, qui serait occupé par la mer nouvelle ou s^oumis h l'influence de son voisinage. Si le climat de cette partie du Sahara devait se rapprocher de celui du littoral méditerranéen, où le dattier ne mûrit qu'exceptionnellement ou imparfaitement ses fruits, ne serait-il pas à redouter que la production des dattes, véritable richesse de la conlive et presque son seul article d'exportation, ne f£tt compromise, même à une assez grande distance du littoral de la mer nouvelle? Les cultures qui pourraient Btre introduites compenseraîentrelles U perte certaine à laquelle on exposerait le pays? >>
M. Cosson signale une source de richesses à ses yeux bien moins hypothétiques pour le S. de l'Algérie que la mer saharienne : ce serait la multiplication des puits artésiens; ce serait le rétablissement des puits indigènes effondrés, et des encouragements donnés à la plantation d* nouvelles oasis ou h l'extension des oasis actuelles, en exemptant d'impAts pendant un certain nombre d'an-
38 AFRIQUE. (n*^ 1-32.)
nées les dattiers de nouvelle plantation. Le boisement des points non irrigables ou impropres à la culture du dattier par les espèces d'Acacictë qui produisentla gomme, procurerait aussi des avantages certains.... »
M. Gosson est loin de contester l'opportunité de l'exploration géodésique projetée, pour laquelle l'Assemblée nationale a alloué un crédit de 10 000 francs. Cette exploration donnera sans doute d'utiles résultats scientifiques, en fixant les positions et l'altitude encore indéterminées ou incertaines d'un grand nombre de points du Sahara algérien et tunisien. « Il y aurait mdme, dit M. Cosson, un véritable intérêt à ce qu'un géologue, un naturaliste et un archéologue fissent partie de la mission ; mais, je dois le répéter, il me paraît démontré que l'étude attentive de la configuration du pays et de ses conditions générales rendra évidents les dangers et l'inutilité de la mer saharienne, alors même que, contre mes prévisions, la possibilité matérielle de son exécution serait établie. »
Le projet de M. Roudaire trouve un nouveau contradicteur dans un géologue qui a fait du Sahara une étude toute spéciale, M. Pomel * (ci-dessus, à la bibliographie, n" 30). M. Pomel compare l'étendue déprimée des cbotts algériens à celle du lac Tchad, et il ne voit pas eomment une aussi petite surface mouillée pourrait modi* fier le climat du pays. Des masses d'eau bien autrement importantes, celles de la mer Rouge, de la Méditemmée et même de l'océan Atlantique, n'empêchent point le désert de s'étendre jusqu'à leur rivage sur de vastes espaces ; au milieu même de l'Atlantique, Tarchipel du cap Vert offre une véritable constitution saharienne.
1 . Sur la pablication de M. Pomel intitulée le Sahara, roy. le pricédant volume de V Année géographique, p. 356, n* 316, 0t p. 2M.
LA HEJI INliWEURB. 39
La région des chotts n'i pu être nn golfe d« la mar, tuisque les scdiments qui s'y sont déposés ne contiennent [ue des orgaoistnos d'eau douce ou Baumâtre. Ces 8é£iienls se sont déposés pendant les lemps quaternaires et [)TéhistoriqDM à la Ëo desquels «'est instauré le régime physique actuel de cette région et di> tout le Sahara, qui remonte ainsi jusqu'au» temps les pins recalés de W a>f~ thologie des peuples médilerranéenij.
M. Houdaire, ejoolc M. Pome), conaidire comme iiiw Terité d^moDlrèe l'existeaco de la mer Saharienne et le prolongement de la PbIïIo Syrtc dans la région des cfaottM. Dr, les documents sur lesquels il fonde son opinion sont loin d'avoir la valeur qu'il leur attribue. M. Pomel eiamine ce point do très-prÈs, et il conclut que ni dans Bérodote, ni dans les autres textes, rian n'indique une coutiguration aulrc que celle que m'ui connaissons maintenant. Scylax décrit la cDte avec soin ; il s'arrête peu néanmoins aux détails du fond du golfe tant redouté et probablement mal connu. U est le premier auteur qui amploie l'expression de Petite Syrte pour le lac Triton. [< Dans cette Syrte, dit-il, est l'Ile nommée Triton et le neuve Triton avec un temple d'Athénc Tritogène, L'ouverture de ce lac est petite et il s'y trouve une Ue. A la marée basse, le golfe n'est quelquefois plus navigable, étant obstrué par des récifs et des bancs de aable. "
Pour Scylax, comme pour StrabonetPtoltaiée, l'entrée ie la petite Sjrte est entre l'Ile Kerkena et le continent. A.ujourd'hui elle est encore aussi encombrée qu'autrefois. Scylax est le dernier navigateur qui confonde le lac Triton et le golfe de la Syrte, Après lui, on fait la découverte d'un lac qui ne communique pas avec la mer; plus tard, on trouve encore un autre lac, l'ie lac Pallas, » et u enfin le lac Cbélonidès. » L'obscurité des Hctions mythologiques se dissipait lentement, sans avoir encore complètement disparu au temps des Pline et des Ptoléméa. »
0. La création d*iina mar intériaare an Algéria inflaaraii-alla tnr la cUmal
da la France?
Voici une question subsidiaire que le projet Roudaire a soulevée; un de nos géologues, M. Gh. ârad, s'est chargé d'y répondre.
(c On a exprimé la crainte, dit M. &rad dans une note adressée à TÂcadémie des sciences, qu'une mer intérieure d'une grande étendue venant à se former dans le Sahara algérien, le climat de la France n'en éprouvât une influence nuisible; en tout état de choses, cette appréhension n'est pas fondée. Suivant toute probabilité, Tévaporation d'une nouvelle mer intérieure, longue de 350 kilomètres sur 60 de large, produite par l'inondation des lacs salés du Sahara algérien, augmenterait en effet la pluie sur les versants de l'Atlas et des monts Auras, mais sans donner plus de développement aux glaciers des Alpes. La grande extension des anciens glaciers des Alpes, attribuée par les géologues suisses, et notamment par Escher de la Linth, à l'existence d'une mer à la sur&ce du Sahara, ainsi que la réduction des glaces par suite de la disparition de cette mer, est une hypothèse sans aucun fondement. J'ai constaté, dans une communication insérée au Compte rendu du 28 octobre 1872, que les terrains du Sahara algérien se composent, sur la plus grande étendue, et sauf peut-être dans la dépression du Ghott Melgh'ir, de dépôts d'atterrissements fluvials, et non pas de formations marines susceptibles d'indiquer l'existence d'une mer sur toute cette région pendant l'épocpe glaciaire. Je puis démontrer aussi que l'apparition des vents Ichaods sur les versants des Alpes ne dépend pas non plus de la constitution physique du Sahara. »
M. Grrad décrit la nature du vent chaud que dans les Alpes on nomme le fœhn^ et qui y accélère, au printemps,