RÉGIME DU TIGRE
tour de Babel. On lui attribue également la construction d*un pont sur le Tigre. Quoi qu'il en soit de la légende, il est certain qu'un pont a existé à Tendroit qui porte le nom de Nemroud. On en voit les ruines. C'est là que se trouve Tobstacle le plus sérieux à la navigation du Tigre, entre Mossoul et Bagdad. Il se dresse sous la forme d'un banc de rochers assez élevé pour que les eaux du fleuve y forment une cascade. Ainsi que je l'ai déjà dit, le bateau employé aux essais remonta le Tigre jusque-là, non sans éprouver quelques avaries. Il put néanmoins redescendre facilement jusqu'à Bagdad. Ce voyage a démontré la possibilité de la navigation du Tigre entre Bagdad et les Portes de Nemroud. Il serait d'un grand intérêt pour ces contrées que l'on exécutât les travaux nécessaires pour établir un service régulier jusqu^à Mossoul. Il y a là des contrées fertiles qui ne possèdent pas de débouché. Nous aurons d'ailleurs à étudier plus tard leur état économique.
a A partir de Bagdad, le Tigre est navigable pendant toute l'année jusqu'à Gourna, où il forme, en se réunissant à l'Eu* phrate, le Cholt-el-Arab, et où les gros vaisseaux peuvent arriver en toute saison. Néanmoins, en ce qui concerne cette section du Tigre, de Bagdad à Gourna, on doit faire une légère réserve pour la saison d'été. Au moment des fortes chaleurs, les eaux devenant basses, il se forme dans son lit des amoncellements de sables mouvants, de vraies barres qui rendent la navigation pénible, sans toutefois l'interrompre. A l'époque des chaleurs et de la formation des barres dans le Tigre de Bagdad à Gourna, pendant une période de deux mois environ, le trajet entre Bagdad et Bassorah s'effectue en sept, huit ou dix jours. Pendant tout le reste de l'année, la moyenne du trajet est de trois à quatre jours.
« En général, le cours du Tigre est assez paisible de Bagdad jusqu'à une certaine distance de Gourna, et sur cette partie de son parcours ses rives sont élevées et en pente douce. Au fur et à mesure qu'on se rapproche de Gourna, c'est-à-dire du point de jonction avec l'Euphrate, les sinuosités du Tigro se multiplient, ses rives s'abaissent et son courant devient très-rapide. Pendant la saison des pluies, le fleuve gonflé sort de son lit, inonde les campagnes environnantes pendant un mois environ, et les féconde avec une puissance qui égale celle du Nil, si elle ne la dépasse pas. C'est surtout aux environs da Gourna, là où le peu d'élévation des rives du fleuve facilite son débordement, que l'on en, voit les merveilleux effets. Dès
que les eaux se sont retirées, la nature renaît comme par enchantement, la terre se couvre d'une végétation luxuriante, et les nomades accourent de toutes parts avec leurs troupeaux. Ils sèment et ils récoltent bientôt après. Puis, quand arrive la sécheresse, ilsémigrent.
€ Le Tigre et le Chott-el-Arab offrent sur tout leur parcours, de Bagdad à Bassorah, Taspect le plus pittoresque. Tantôt la vue s'étend sur d'immenses forêts de dattiers, tantôt on aperçoit des fourrés dans lesquels se tiennent les bêtes fauves, les lions, les chats sauvages, des bandes innombrables de chacals. Les sangliers sont fort communs : ils errent en troupeaux nombreux, et très-souvent, lorsque.les rives sont verdoyantes, on en aperçoit et Ton en tue du bateau sur lequel on a pris passage. Les oies sauvages, les pélicans, les ibis, des quantités d'oiseaux de toute espèce, au plumage varié, abon* dent sur les deux rives et dans les lies ravissantes qui surgissent de loin en loin, sur le parcours du fleuve.
« Le cours de TEuphrate et du Tigre se régularise au fur et à mesure qu'ils se rapprochent de la ville de Gourna, située à leur confluent. Ce centre, qui a une population d'environ 6000 âmes, se trouve ainsi situé entre de grandes masses d^eau courante , ce qui explique la particularité curieuse, dans ce pays ravagé par les fièvres, de la salubrité de son climat. Cette considération très-importante, la proximité des terres qui peuvent être arrosées par les canaux, la possibilité, même en l'état actuel, pour les vaisseaux de haut bord de remonter le Chott-el-Arab jusqu'à Gourna, désignent cette ville comme entrepôt futur du commerce d'importation et d'exportation.
« En descendant de Gourna vers Bassorah, on arrive à Kout-i-Frenki (Château des Francs^. Ce nom vient d'une maison qu'un vice-consul d'Angleterre avait fait construire en cet endroit, dont le climat, sans être aussi sain que celui de Gourna, est néanmoins moins meurtrier que celui de Bassorah. On trouve à Kout-i-Frenki des dépôts de charbon. De là, on arrive en une heure environ à Achar, qui est l'échelle de Bassorah sur le Chott-el-Arab.
« La ville de Bassorah n'est pas assise sur les bords du fleuve, ainsi qu'on le croit généralement. Elle est bâtie le long d'un canal qui part d' Achar, se dirigeant vers l'ouest. Elle est aujourd'hui bien déchue de son antique splendeur. Sa population ne dépasse pas 16000 habitants. A part le canal principal au
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nwd et U sud d« Busorafa, le» caimux d'irrigstion sont envahis par les eaui au moment du llu\, qui fait sentir son influence dans le Chott-«l-Aratj et tlau- l'Euphrate «t le Tigre bien en amont <l6 Gourna. Le relliiï laisse ces canaui à sec. Leurs bords sont couverte de tor^ia de dattiers et d'arbres otioriférants. Les habitants du pays ne peuvent suffire à la récolle des dattes. On voit à cette époque de Tannée arrifor de nombreuses troupes d'ouTiiers que fournissent les contrées Toisines. L'eau des canaux n'étant pus potable , on est obligé, à Bassorah, de la taire venir d'Acliur. Ainsi, non- seulement cette ville est placée sous l'inlluoncc directe des immenses marais qui sont formés au nord de rEiiphrate, mais les flèTres y sont encore déreloppàcs par la mauvaise qualité de l'eau qu'on y boit et par les émanations de la rasa des canaux , que le reflux met en contact avec l'atmosphén?. On comprend dès lors que Bassorah, ainsi rendue peu liabiLible, soit tombée progressivement dans une décadence profnndn,
t C'eslàAcharquese trouvent h c]uarantaine,rarseDal,l'hA-' pital et la douane, t^n desrcndnnt d'Achar vers le golfe Peraiijuc, on trouve la rive persane k une distance de quelques milles. A partir de ce point, jiisi|ii'à l' embouchure du Chotl«l' Arab, la rive droite est luri|uc et la rive gauche persane. On aperçoit sur ce dernier teri'itoire la ville de Mohamara. Plus bas, on voit des vill3|;es assez nombreux sur les deux rives. Leurs habitants sont & moitié sauvages.
« Le Chotl-ot-Ai-ab se jette dans le i^olfe Persique par plusieurs eiyibou(;Iiiiri-.;i. Huo -?u1r e-t navigable. Elle est connue dans le paya sous le nom de FaÔ. Il existe en ce point extrême du territoire turc un oentre qui porte le même nom. C'est moins une ville ou un village que la réunion de plusieurs établissements eiclusivements affectés au besoin des différents services du gouvernement. II existe à Fa6 une douanCi une quarantaine et deux bureaux télégraphiques, l'un pour les employés du gouvernement et l'autre pour ceux de la Compagnie anglaise. On sait que la ligne télégraphique internationale de Turquie aboutit à P'aA, d'où elle est reliée à Kuratchl, sur la cAte occidentale des Indes anglaises, par un câble qui, sur ce parcours, atterrit en Perse, à Abouchir. Le pays est administré par un caïmakam, Ktçon de préfet qui a à sa disposition un stationnaire armé de quelques canons et un détachement de troupes. Cette organisation défensive est d'autant plus nécessaire, qu'à proximité se trouve la grande
tribu des Nassari, bien connue pour ses habitudes de rapine.
a Les bateaux profitent du flux et du reflux pour entrer dans le Chott-el-Arab et pour en sortir. On compte une distance de douze milles de Faô à la partie de la mer où la navigation n^oflre plus de dangers. Mais, sur ce parcours de douze milles, les commandants des navires sont obligés de prendre les plus grandes précautions. Le danger provient de ce que le fond du Faô est envasé sur toute sa longueur. Il ne reste pour le passage des bateaux qu'une sorte de chenal dans lequel on ne trouve pas plus de quatre brasses de fond. Si le bateau oblique à droite ou à gauche, il échoue. Ce chenal est indiqué par des bouées qu'a fait poser la Compagnie anglaise de navigation qui effectue les voyages des Indes à Bassorah. Ces bouées sont situées à de grandes distances les unes des autres, ce qui rend la tâche du pilote très-délicate. Les bateaux qui viennent du golfe Persique prennent leurs pilotes à Abouchir, sur la côté persane, ce qui leur occasionne une perte de temps sensible. On en trouve aussi quelques-unes dans Tile persane de Rarik. Les bateaux qui sortent prennent leurs pilotes à Faô. »
Un mot d'ethQologie préhistorique. Sur la théorie des Touraniens
de la Babylonie.
La mémoire de M. Halévy (ci-dessus, n« 149) nous transporte bien loin des préoccupations actuelles du chemin de fer de TEuphrate et de la navigation commerciale du fleuve.
On sait que deux ou trois des orientalistes qui se sont consacrés au déchiffrement des écritures cunéiformes ont inventé, il y a douze ou quinze ans, une théorie historique qui attribue à un détachement des nations touraniennes du nord de TAsie, — c'est-à-dire à quelque j^uplede race turque, vogoule ou finnoise, — l'origine de la civilisation babylonienne, pensant expliquer ainsi les anomalies que présente dans ses formes et sa nature le système d'écriture de l'antique Ghaldée. Jamais tête de savant, depuis les Rudbeck, les Bailly, les Le Brigant, n'avait en-