TURKESTAN RUSSE
ticulièrement ici, — la vallée de Zarafchan^. — est un jardin ininterrompu?
ce Yambéry, répétant une erreur de Lehmann, appelle « palais d'été de Timour » le tombeau et la mosquée de Chah Zinde. Je pourrais citer bien d'autres méprises. La plupart des Russes qui ont été le mieux placés pour étudier le pays ne croient pas que M. Yambéry soit jamais venu à Bokhara. D'un autre côté, il y a des gens à Samarkand qui disent se rappeler le « Frengi boiteux, » non comme un derviche, mais comme voyageant avec un firman du sultan. Yoyager dans l'Asie centrale, pour un homme qui connaît les langues des habitants et qui s'est quelque peu préparé, est infiniment moins difficile qu'on ne l'a dit ; mais voyager sous les dehors d'un derviche mendiant me paraît le plus mauvais moyen d'étudier le pays. C'est peut-être à cela que M. Yambéry doit de n'avoir pu donner une peinture fidèle de la vie de Bokhara ; de même que ses erreurs et ses fautes, et l'absence de vie dans ses tableaux, proviennent, selon toute apparence, du manque de notes, d'une mémoire peu sûre, et d'un recours trop habituel aux relations des précédents voyageurs.
« En ce qui touche à ses autres ouvrages d'un caractère plus scientifique et d'une plus haute visée , moins on en parlera, mieux cela vaudra. Ses études tchagataïennes, Çagataische Sprachstudieriy sont d'une inutilité absolue pour les investigations philologiques, car c'est une masse d'erreurs*. Il n'y a pas de langue qui porte le nom de
1. Sur ce point, ce jugement parait bien sévère, pour ne pas dire plus, en présence de Tappi^ciation très-diflTérente d'un juge spécialement compétent sur lequel nous reviendrons bientôt. Au surplus^ nous avons nous-môme publié, dans le III* volume de V Année Géographique (1864), un morceau assez étendu sur Vambéry et ses voyages, morceau auquel on nous permettra de renvoyer, d'autant plus que nous y avons touché un sujet curieux et peu connu, les recherches que d'autres Hongrois ont entreprises avant M. Vambéry en diverses parties de l'Orient, à la recherche du berceau des Madjars. l'annâk eioGR, zii. 3
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frontière entre les Ëtats ouzbeks et les Afghans en se portant à Test à partir du 66*" méridien de Greenwich, et que selon toute probabilité elle servira de frontière, à un moment donné, entre l'empire rus^e et Tlnde anglaise, la description précise de son cours, et l'investigation de ses nombreux affluents, sont devenues d'une grande importance pour la géographie politique. » Ces recherches n'ont pas un moindre intérêt pour la géographie scientifique, ainsi que le montrent les mémoires mêmes que nous venons de citer (voy. nos annotations aux n~ 11 et 12 de la bibliographie).
L'ancien lit de l'Oxus, entre le voisinage du lac Aral et la mer Caspienne, est depuis longtemps déjà un sujet de recherches et d'études plein d'intérêt pour les voyageurs, les géologues et les géographes ; M. Lenz, dans un travail important inséré en 1870 aux Mémoires de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg, a exposé les notions acquises jusqu'à ce jour à cet égard (V. YAnnéegéogr.j t. rX-X, 1872, p. 51, n° 95). L'établissement des Russes à Krasnovodsk et leur récente expédition de Khiva, vont compléter, en les précisant, nos informations. Une petite expédition scientifique, organisée dès avant la campagne, et partie de Krasnovodsk dans l'automne de 1872, a eu pour objet l'étude et le levé des steppes où se déroule le lit desséché du fleuve, que les Turkomans appellent Ousboïy c'est-à-dire la Plaine-Basse; le docteur Sievers, qui faisait partie comme géologue de cette expédition, en a rendu compte dans une note communiquée aux Mittheilungen de Gotha (ci-dessus, n« 6). C'est un morceau qui complète utilement, avec la grande carte qui l'accompagne, le mémoire de M. Lenz.
Depuis l'occupation de Khiva, les études topographiques et scientifiques se sont étendues et régularisées. Plusieurs expéditions ont été organisées à cet effet. L'une d'entre elles, sous la direction des colonels Glukhovski et. dubaron deKaulbars,aeupour mission d'explorer le delta
ANCIEN LIT DE l'oXUS. 25
de rAmou-Daria^pour résoudre la question desavoir comment ce fleuve pourrait être reporté dans son ancien lit. Une autre, commandée par le lieutenant-colonel d'étatmajor IskobelefiF, se livre à la recherche d'un point entre la mer Caspienne et Ehiva propre à devenir un poste stratégique qui tiendrait en respect les Turkomans du S. Une troisième expédition est composée de savants qui se livrent uniquement à des recherches ethnographiques, physiologiques, géographiques et statistiques, dans le but de faire connaître le khanat de Khiva. Les membres qui en font partie sont MM. Bogdanof, Krause, Korolikof et L. Kuhn; ils sont accompagnés d'un photographe. Ce dernier, au rapport de la Gazette du TurkestaUj a déjà pris une suite de vues des plus intéressantes de paysages et de monuments, ainsi qu'une série de types nationaux. M. Kuhn a parcouru presque toutes les villes du khanat, et recueilli quantité de notices statistiques et ethnologiques.
Dès à présent on croit avoir déterminé le point où l'Amou-Daria aurait été détourné artificiellement, au seizième siècle, de son cours vers la Caspienne. Ce changement du cours du fleuve, qui depuis si longtemps provoque les recherches des savants, aurait été effectué au moyen d'une digue appelée OurourirDariay que le colonel Glukhofeky a retrouvée, dit-on, et dont il a déterminé topographiquement la position.
Si, comme on l'assure, ce cours d'eau peut se ramener à rO. pour être relié avec les côtes civilisées de la mer Caspienne, la Russie espère y gagner à l'O. une voie de communication qui épargnerait les dangers et les fatigues d'une marche à travers la steppe.
Les levés topographiques et les observations recueillies par ces différentes expéditions sont centralisés à la section de topographie militaire du Turkestan, et c'est d'après ces données que sera dressée la carte du khanat de Khiva,
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de Bruxelles, de Paris, de Berlin, de Rome, de Copenhague, de Stockholm, de Vienne, de Pesth, de Gonstantinople, de Bucharest, d'Odesea, de Saint-Pétersbourg, de Moscou, arrive à Orenbourg sur TOural, limite du chemin de fer de la Russie asiatique.
« De Calais à Calcutta, on compte 8160 kilomètres de chemin de fer achevés ; l'intervalle à remplir entre Orenbourg et Peïchavèr est de 3740 kilomètres, en tout 11 700 kilomètres pour obtenir une ligne continue de Textrémité occidentale de TEurope à l'extrémité orientale des Indes anglaises.
<c Sur les 3740 kilomètres à terminer, il y en a 2500 sur le territoire russe, d'Orenbourg à Samarkand, et 1200 de Samarkand à Peïchavèr.
« A partir d'Orenbourg, nous avons à traverser des pays dont l'état -major de l'armée russe a déjà étudié la topographie, et nous arriverons à la ville importante de Tâchkend, sur le fleuve Sir-Daria, au sud-est de la mer d'Aral. Autrefois cette ville ne comptait que 50 à 60 000 habitants ; elle a maintenant une population de 150000 âmes. Cette ville est entourée, dit-on, de riches pâturages, de jardins délicieux, de cours d'eau, et l'on y jouit d'un été perpétuel. Sur le reste du parcours on trouve des villes nombreuses jusqu'à Samarkand, où Alexandre avait établi son quartier général, et d'où il se dirigea vers les Indes, en divisant en trois corps son armée de 120000 hommes. Cette ville a été, comme l'on sait, la capitale de Tamerlan.
« Entre Samarkand et Peïchavèr, nous sommes à peu près dans l'inconnu, avant d'aborder l'ancien Caucase indien, actuellement Hindou-Kouch, prolongement de l'Himalaya vers l'ouest. Nous savons cependant que l'on trouvera des centres de population, entre autres Balkh, que les historiens regardent comme la plus ancienne ville du monde et qu'ils appellent Oum-Beled (la mère des villes). Il existe trois ou quatre passages de caravanes dans l'Hin-
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dou-Rouch conduisant à Touest et à Test de la ville et de la rivière de Caboul, qui se jette dans Tlndus au-dessus de Peïchavèr. »
M. de Lesseps touche ici quelques mots de l'origine du projet, et de la manière dont il convient, à son avis, d^en poursuivre Texécution.
« n ne faudrait pas, ajoute Tillustre ingénieur, que dans la question du chemin de fer destiné à relier en Orient l'empire russe à Tempire britannique, on pût attribuer aux initiateurs de ce projet un autre sentiment que celui de servir la civilisation et l'humanité.
« Je rencontrai dernièrement à Gonstantinople un groupe d'ingénieurs, de travailleurs et de capitalistes, qui, après avoir concouru aux travaux du canal de Suez, avaient été appelés à participer aux travaux des chemins de fer de la Turquie d'Europe.
« L'ingénieur, M. Ciotard , qui nourrissait depuis plu^ sieurs années un projet de communication par chemin de fer entre les possessions russes et les Indes anglaises, me demanda de me mettre à la tête des études et des négociations destinées à servir de préliminaire à l'exécution du projet. Après m'être mis d'accord avec un ancien ami, trèscompétent dans la question, le général Ignatief, ambassadeur de Russie à Gonstantinople, et mû par le désir d'être utile aux travailleurs qui m'avaient donné tant de preuves d'intelligence et de dévouement dans la campagne de l'isthme de Suez, j'acceptai la proposition de M. Gotard. Vous connaissez les correspondances qui ont été publiées à ce sujet.
« A mon retour à Paris, je me suis mis en relation avec le prince OrlofiF, qxii a bien voulu, lors du passage de l'empereur de Russie à Ems, lui soumettre ma correspondance, et qui a immédiatement obtenu de Sa Majesté l'ordre de seconder et de protéger, depuis Orenbourg jusqu'à Samarkand, les études qui vont être entreprises.
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« Nos premiers explorateurs seront représentés par M. Gotard, par un ingénieur russe, un ingénieur anglais et un autre moi-même, mon second fils, Victor de Lesseps, secrétaire d^ambassade en disponibilité.
<c Une grande entreprise teÛe que celle à laquelle ila se dévouent commencera par le désintéressement le plus complet, sans que nous ayons rien à demander à des gouvemements en dehors de leur protection. Nos explorateurs partiront prochainement. Ils voyageront à leurs risques et périls, avec leurs propres ressources et celles de quelques amis, qui s'exposeront à perdre leur mise de fonds si l'entreprise n'aboutit pas.
<K Des sommes importantes ont déjà été mises à ma disposition. Croyez, messieurs, qu'il y a dans ce monde beaucoup plus de bien que de mal. Depuis vingt ans j'ai eu souvent sous ma direction jusqu'à 40000 personnes : j'ai reconnu qu'il n'y a pas eu deux pour cent d'ingratitude et de méchanceté.
« Je considère l'entreprise que nous allons tenter comme étant plus facile que celle du canal de Suez, pour laquelle il a fallu inventer des instruments qui n'existaient pas, tandis que l'on a fait partout des chemins de fer, et que l'on ne rencontrera pas, dans les 3740 kilomètres à terminer au centre de l'Asie, plus de difficultés que n'en ont rencontré lès 8160 )Lilomètres de chemins de fer exécutés aux deux extrémités de la ligne.
« Nous avons calculé que la première exploration, suivie dhin avant- projet à soumettre à la science, durerait un an. On emploierait deux ans aux études définitives, et six ans à l'exécution. »
Que le vaste projet soulevé par M. de Lesseps se réa- HsCy et se réalise dans un temps prochain, cela est hors de doute ; les immenses intérêts commerciaux et politiques auxquels ce projet touche en sont de sûrs garants.^Quelques