POPULATION DE LA CHINE
plus de houille, ail dire du baroa de RichUiofen^ qu« toite les dépôts connus du reste du monde. Le Ghen^si possède mssi du charbon de terre, ainsi que le Kan-sou et le Ho^ aan, mais en moindre quantité; j'en ai examiné |)lusieuf« gisements au nord du Tdn-ling, et il y en A davantage et de meilleur dans la vallée du Han^ où j'ai tu ausei une grande variété des plus beaux marbres.... »>
Sor la popaltUon de la Chine.
Voici maintenant quelques remarques du savant missionnaire sur la question controversée de la population de la Chine*.
D'après M. Tabbé David, la grande rébellion des dernières années a exercé de tels ravages, que soit massacre, soit dispersion de populations qui ont émigré vers l'ouest, la population de certaines provinces de la Chine centrale a été non pas seulement décimée, mais réduite à la moitié, au tiers et même au cinquième de ce qu'elle était auparavant dans certains départements.
Ce fait doit expliquer en grande partie la divergence des opinions des voyageurs européens sur le nombre total de la population de Tempire du Milieu. Suivant les époques et aussi suivant les régions visitées, les évaluations peuvent présenter d'énormes différences. Cependant, en Tétat actuel, M. l'abbé David croit que son honorable émule, le baron de Richthofen, est loin de compte quand il évalue à cent millions seulement la population actuelle de Tempire chinois.
<c Tous les missionnaires qui connaissent la Chine, dit M. Tabbé David, n'ont qu'une voix pour dire que cette estimation est bien au-dessous de la réalité, et en cela
|. Compare;; oMeisui, p, m,
212 ASIE. (n«* 250-270.)
ils ne s^en rapportent pas uniquement au dire des Chinois eux-mêmes. Us savent tous qu'une maisonnette où en Europe on ne logerait qu'un cheval, une vache et son veau, abrite ici plusieurs familles dont le personnel monte parfois au total de vingt, trente et même quarante individus. Ils savent combien il y a de hameaux et de villages dans un canton ou tou^ combien il y a de Um dans un arrondissement (chiène), combien de chiène dans un département ou fou, combien de fou dans la province (sen). C'est en calculant ainsi, mieux que par kilomètres carrés, qu'on obtient le chiffre le plus approximatif de la population totale de l'empire. »
Dans le Kiang-si, qui a été si longtemps et si cruellement ravagé par les rebelles aussi bien que par les impériaux, sur unç superficie qui peut être prise comme moyenne des autres provinces de la Chine, on trouve treize départements et soixante-dix-neuf arrondissements comptant chacun cinquante-cinq cantons. Prenant pour exemple le canton de Tsi-tou où il à séjourné, et qui passe pour être peu peuplé, M. l'abbé David n'y trouve pas moins de mille familles actuellement existantes.
Si Ton réduit au minimum de quatre le nombre des personnes par famille, ce qui est assurément trop modéré, on trouve quatre mille âmes pour le canton Tsi-tou, et pour les quatre mille trois cent quarante-cinq cantons du Kiang-si, le total approximatif de 17 380 000 ftmes.
Parmi les dix-huit provinces de l'empire, il en est sans doute qui sont moins peuplées que le Kiang-si, mais il en est d'autres dont la population est bien autrement considérable. En prenant donc pour moyenne les dixsept millions du Kiang-si, moyenne assurément inférieure à la réalité, on trouve un chiffre de plus de trois cents millions d'âmes pour tout l'empire.
« Sans doute, dit M. l'abbé David, les voyageurs sont étonnés de voir vide l'intérieur de presque toutes les
lies chinoises, mais en échange j'ai toujours été suris de rencontrer de nombreuses familles établies au ilieu de montagnes que l'on croit solitaires, dans les illées les plus élevées, sur des coteaux escarpés qui )us sembleraient inhabitables, et cela autant à Texteeur qu à l'intérieur de l'ancienne Chine. Ainsi, sur la âière de cette gigantesque frontière qui s'étend de la ^réeauTonking, la population chinoise se trouve mainnant aussi nombreuse que dans les parties limitrophes 3 l'intérieur : elle continue à y faire partie intégrante 3S provinces dont elle émane. »
Les Chinois, en effet, se marient fort jeunes, et n'était misère qui provoquée trop souvent l'abandon des en- Qts, Tavortement et même l'infanticide, n'était aussi la itite vérole qui exerce de terribles ravages, la popula- )n se décuplerait en une vingtaine d'années.
TONKING.
BIRMANIE. PEOU.
1. Vincent (Frank). The land ofthe White Eléphant : sights and scènes in South-Eastern Âsia. A personal narrative of travel and adventure in farther India, embracing the countries of Burma, Siam, Gambodjaand Cochinchina, 187 1-1872. London, 1874, in-8, with illustrations (Low).
2. L'abbé P. Dourisboure. Les sauvages Ba-Hnars (Cochinchine orientale). Souvenirs d'un Missionnaire. Paris, 1873, gr. in-18, 453 pages (Soye).
3. Freih. von Richthofen. Récent attempts to find a direct road to soulh-western China. Hi9/itcays(périodique transformé actuellement en Geographical Magazine) ^ janv. 1874, p. 404-410.
Morceaa également important au point de vue économique et au point de vue géographique. L'éminent voyageur a vu par lui-même une par-
%\k ASIE. (n°* 271-29.0)
tu des contrées dont il parle, et il a ea lur les auVre» de kennee Informations, notamment par l'intermédiaire de M. Dopais, négociant de Bua-keoa qoi a joué un grand rôle dans les éTénements réoents da Tonking. M. de Richthofen trace an aperçu du système hydrographique du Tun-nan, des productions et des ressources de cette vaste province, et de ses eommunica tiens avec les contrées environnantes, et il m vient à cette conclusion, que de toutes ces communications avec Textérienr, le Song-ka, on Song-kol, c'est-à-dire la grande rivière da Tonking, est la pins ooarte, la plas facile, la ptais a^antagease sous toiia les rapports.
274. Mac Mahon (colonel À. P.). On our prospects of opening a route to Soutbi-Westem China, and explorations of the French in Tonquia and Cambodia. Proceedingt of the Jloy. Gi^f. foe., vol. XYIII, n» 4, 1874, p. 4$3-4Ç7.
275. Routes de commerce entre l'Inde et la Chiae ooetdeiitale (Extrait libiirement de la Revue d!Edimbo(vrg, avril 1873), Le GM)ej organe de la Société de géographie de Genève, t. Xll, 1873 (n-4^), Bulletin, p. 148-176.
276. Campbell (sîr George] . The peoples between India and China. Geographifial Magaxine, oct. 1874, p. 310.
Communication verbale, sorte de conférence ethnologique, fkite par un observateur familier avec le sujet, dans une des séances de l'Association Britannique à Belfast. On en a ici un court résumé.
277. Gauthier (Mgr), vicaire apostolique du Tonking. Une province du Laos. Annales de la Propag, de la /bt, n" 276, sept. 1874, p. 345.
Tran-Ninh est une principauté laotienne renfermant une population de 40 à 50 000 âjnes. apn territoire, fort vsate, confine à la province du Xu-Nghè, mais les premières habitations en sont éloignées de plus de 60 lieues ; pouL y parvenir, il faut franchir une trentaine de montagnes et de torrents. Depuis la fin du aaoin d'aoïtt jusqu'au mois de décembre, c'est-à-dire pendant la saison des pluies, la route est absolument impraticable à cause de la hauteur des eaux et du manque de ponts. Antrefois, les voyageurs qui faisaient ce trajet devaient concfaer à la belle étoile, mais dans ces dernières années on a fait venir qnelqaesoentaines dft sauvages chinois appeléa Quàa-Meo (eeux qui défvastent le nord du Tonking deirnis cinq ou six ans portent le même nom) ; on le» a échelonnés le long de la route, afin de former de» haB^ieaux où les voyageurs pussent trouver un abri et des porteurs.
La principauté de TranrNmh est gouvernée par un pr^et annamft» non résident; tous les sous-prefets sont indigène». Le ttibut s» paye en argent aux mandarins de la province du Xu-Nghé^
278. BovEX (Haut. -colonel). La Cochinchine française. Entretien fait à la Bibliothèque des officiers, à Versailles, le 17 avril 1873, Paris, 1873, in-12. 45 p., 50 c. (Tanera).
(régale Vial, vicnl de publier un bisisrique des débuts de l'éUbllstamenl colonial que U FriDCe vent fonder dans l'eiUréine Orienl. Ce liTra est Fort inlécesianl, an point de Tue de l'bisloire aurlunt. On y loil se 4lérauler,4'uiiB,rasan à ù (ou méthodique et agrÉkble, les phase! mill- .lairesog diplaipïLiqiuw qui juitj>réparé et amena l>»ietle .préaente de 1b Cocbinchine tranfiise. On y voii jifuttfir Ifi iJigkirBa de^ ibomnes déïoaés El habile» qui ont pris parla ces événemenlf et lésant menés à 'bien : l'arairal Riginll de Genouillï, qui s'cmparail da Tourane eu IBSS,
Bonordi ■ dono d'une intelligence vive et d'une imagination brillante, > dll nnliB iu,leur, et ^^iii Bisit icceiile avec enlbouiiaimeilf mission, da créer un empire uilonïal en Cocbïoohlne; ramirAt de la Ciuidiére. l'amiral Roie, le gDuvernenr actuel, t'amïral Dnpré, le cammandanl Dondkrtde Lagi^i qui eil mort en dirlgeojit i'aiplanlipn .du grand llauve Mékong, et ion ai lii^e amplajtnl. le llonli|i*nl tt« Al«i«sfl*u Oamier, qui a ai tBalbsureuiemant péri au milieu de la miisian.
vices, et une uniformilé ipeki )|rài atuto'ue de régime. qu;li,<'itgis>edel Iles du gollle du Meiiqua on de cellea de l'ooèan Indien, ^p ^iMgal, de Cayenne ou da 11 Cocblachioe et de la Nouvelle-Calé don le.
(L'£ca»aniitl< frantai*:.)
]. PtsSHE, directeur du JardlD JiaUluque de Saigon. Exploration
des provinces occitTeotales du royaume da KmÈr. Année lli7U>
paru, 1873, in-B (Monrocq).
1. Bemoist, inspecteur des ancres indigËoes, Cocbiacbine. Noies
sur l'Inspection de Racb-Gia. Revue maritme et colon., avril
t liri, en, partie das wjureu^iwligènM. Lenteur (oilctiit 1 géographie ancienne d'un «inné Cambadiciu que l'on «berahenlt ïaine ment danslei auteurs avant Kunster etBaudrand.
!. Gabr. MiBCSL. Le Cambodge et les intérÈts français dans l'eï liême Orient. VSconomisIc fronçait, 8 août 1874, p, I52-1&4. Voir ci-après l'eilralt de ce travail.
1, Selapobte (L.). Rapport fait au ministre de la Marine et de: Colonies, et au ministre de l'instruclion publique, sur la mis sion sciantiSqite aux ruines des monuments. kfuèrs de l'anoifi Cambodge. Jo(rtnai.of/icid,,l" .«tjiavril |8",4.
216 ASIE. (n" 271-290.)
— J. MoHL. Rapport fait à rAcadémie des Inscriptions sur les inscriptions cambodgiennes adressées à TAcadémie par M. le ministre de la marine. Comptes rendus des séances de rAcadémie, 1874, p. 174-177.
•»■-*' Voir ci-apres.
284. E. Aymonier, lieutenant d'infanterie de marine. Dictionnaire français -cambodgien, précédé d'une Notice sur le Cambodge et d'un Aperçu de l'écriture et de la langue cambodgiennes. Satgon, I. N., 1874, in-4% iv-58-184 pages (autographié, sauf le titre).
Œuvre capitale. La Notice sur le Kambodj est pleine d'informations OQvelle
285. Trêve (Aug.). Notice sur Francis Gamier. Paris, 1874, in-8, 11 pages (Extrait de la Revue maritime),
286. P. de Villeneuve. Les affaires du Tonkin et le traité f^rançais* Paris, 1874, 27 pages (Extrait du Correspondant).
287. RoMANET DU Gâillaud. La France au Tong-king. Réponse à l'article intitulé > les affaires du Tonkin et le traité français, • publié dans le Correspondant du 10 juillet 1874. Paris, 1874, gr. in-8, 32 pages.
L'autenr défend Francis Oamier contre les reproches et les imputatiens injustes que Ton n'a pas craint de lai adresser, et il rétablit, aa sujet de M. Dupais, les faits dénaturés. -- Voir cidres, aux développements.
288. M. Garnier et les affaires du Tong-king. Les Missions catholiques, 13 mars 1874.
289. Sir Arthur P. Phayre. On the history of Pegu (fin). Journal Of the Àsiat. Soc. of Bengal, 1874, Part I, n- 1 et 2, p. 6-21, 120-159.
Voir le dernier volume de V Année ^ p. 55, n» 78.
290. Golfe de Siam, 1" feuille; carte corrigée en 1873. Part*, Dépôt de la Marine" (n» 2306).
La Cochinchine française et le Tonking. Francis Garnier.
Dans cette partie de rextrême Orient, de graves événements ont eu lieu qui sont de nature à exercer une grande influence sur nos futures relations avec ces contrées lointaines, sous le rapport scientifique aussi bien
qu'au point de vue politique. La triste fin de M. Francis Gamier au Tonking a eu dans toute TEurope, aussi bien qu'en France, même au milieu de nos préoccupations, un retentissement que justifiaient assez les circonstances de la catastrophe et les conséquences qu'elle pouvait entraîner. Aucun de nos lecteurs n'a certainement oublié la part considérable de M. Francis Gamier dans la fructueuse expédition du Mékong en 1866, voyage qui n^a pas eu seulement pour résultat une immense récolte de notions nouvelles sur le fleuve et les contrées qu'il traverse, mais qui surtout a ouvert la voie aux futures explorations de toute rindo-Ghine orientale. C'est là le grand côté de l'expédition et son importance capitale. Après avoir dirigé à Paris la publication du magnifique ouvrage dont l'expédition du Mékong a fourni les éléments, — tâche que lui avait laissée la mort de M. deLagrée, chef primitif de la mission, — M. Gamier était retourné, à la fin de 1872, dans l'extrême Orient. H y avait là à compléter une œuvre de premier ordre. Pour la science, c'était l'achèvement de la reconnaissance, dans sa partie supérieure, du fleuve immense qui vient déboucher au-dessous de Ghanghaï après avoir traversé tout le sud de la Chine sous le nom de Yang-tse-Eiang ; c'était l'étude des extrémités occidentales du Yun-nan, que jusqu'à présent les Européens ont à peine aperçues; c'était la reconnaissance des contrées à peu près inconnues qui forment le point de contact du Sud-Ouest de la Chine et du Sud-Est du Tibet ; c'était enfin un premier coup d'œil, un coup d'œil de maître et de savant, sur les abords inexplorés de la légion élevée d'où s'écoulent, comme autant de routes pour les futures explorations, les fleuves et les grandes rivières qui descendent vers les mers de la Chine et de l'Inde. A ce bel ensemble d'études locales M. Francis Gamier s'était admirablement préparé. Il avait la science de l'observateur astronome et le sûr coup d'œil de l'in-
tl6 Asiis. (n'« S71-290.)
génieur ; il a^ait «ecpiis déjà à un haut dagr^ U, Bçi»oce de l'ethnologue et du linguiste.
M. ûrarnier amt d'ailleurs devant les j%m, im Iwt qu'il ne séparait pas de ses investigations scientifiques: c'était de préparer l'avenir des relations conun^ncUies auxquelles notre établissement de la Gocbindiin^ ^t appelé. Ce fut cette pensée qui inspira, il y a kudl aoS| l'expédition du Mékong ; c'est à cette pensée ence^ Kpe se rapportent^ en même temps qu'aujp sciences giof^ phiques, les entreprises qui dioivient eempléler fiette grande expédition. D'autres ekercbent depuis Unfgtêgof^ avec une activité incessante, à s'ouvrir 4mB àm djreo* tiens différentes les routes intérieures dtt Sud 4f feCSune (ci-dessus à la bibliographie, n** 273 à %1^) ; à I1018 qui par notre colonie de la CSochinchûie «èri^atak ^eo f$m6' dons l'accès le plus direct, il ne nous mt {>a0 fieittis 4e négliger la même recherche. U y a là, bous Mti^ flMn en quelque sorte, un marché imnense et 4'uae lichsoflc incalculable.
La reconnaissance du Mékong avait «enstsité 114 Aôl extrêmement regrettable : c'est que ce bea;^ fleuve, fiar les rapides et les fréquents ressauts qui en ^i^steucàt Je cours, est impropre à l'établissefl^eAt d'une i^avjgatjon régulière au moyen de la vapeur. Mais ea même Jtcffips l'expédition de 1866 avait signalé Texistence d'une Autce route, relativement facile, habitueilement pratiquée jier les indigènes, et qui dès lors appelait tout paj^culièir^ ment l'attention de la France : c'est la route du Tcinking;.
Le Tonking est un grand pays situé au fond du ijolfe qui en prend son nom, entre le Yun-nan et le royaume de Gochincliine, au nord de notre colonie de Saigon.
Dans les temps réguliers, le Tonking reconnaît l'aolorité de la Chine ; dans les temps troublés, comme iCiBUs: que traverse TAsie orientale, il se trouve plus direct^» ment sous la main de la GochinahiAe : naais par le £wt
TONKING. 219
c'est un pays à peu près indépendant^ indépendant d'habitudes et de tradition*
Un grand fleuve, le Song-ka, en traverse toute la longueur, ayant ses sources au fond du Yun-nan, et allant déboucher dans le golfe par un large delta.
C'est une voie naturelle parfaitement navigable, une ligne de commerce facile et sûrOi entre le golfe et le sudouest de la Chine (V. Kichthofen, ci-dessus, n° 273). Le Tonlûng est resté jusqu'à présent en dehors des explorations européennes; c'est un pays on peut dire inconnu* Le peu qu'on en sait est tiré des vagues notices contenues dans les livres chinois, et des quelques renseigne* ments transmis par les missionnaires.
Les missionnaires, jusqu'à ces derniers temps, sont les seuls Européens qui aient pénétré dans cette contrée. Depuis longtemps les missionnaires du Tonking appartiennent exclusivement à la France; sous ce rapport le Tonking est déjà un pays à demi français.
Les facilités que la mission du Mékong avait signalées de ce côté devaient donc axer l'attention du gouvernement.
Une nouvelle expédition destinée à une première reconnaissance du Tonking et de son fleuve fut proposée il y a deux ans et immédiatement résolue.
Cette expédition du Tonking, tout à fait distincte de celle de M. Francis Gamier dans le Yun-nan, devait être confiée à M. Delaporte, qui avait pris une part active à l'expédition de 1866. Elle devait être essentiellement scientifique.
Mais des incidents tout à fait imprévus sont venus modifier toutes les prévisions et donner un autre cours aux événements.
C'est ici que se pressent les faits, incomplètement cou* nus encore dans leurs détails, qui ont amené la fin dé** plorable de Francis Grturnier.
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Un négociant français nommé Dupuis, établi à Han- Keou, dans l'intérieur de la Chine, s'était chargé, dans le cours de 187^, de porter aux troupes chinoises du Yun-nan, alors en pleine lutte contre les Musulmans révoltés, des armes achetées au nom du gouvernement chinois.
M. Dupuis avait choisi, comme la route la plus courte et la plus facile, la voie du fleuve du Tonking.
Mais les autorités locales relevant du gouvernement de Hué, ici comme partout mal disposées envers les étrangers, suscitèrent toutes les difficultés, tous les atermoie ments possibles. Impatienté de ces lenteurs calculées, M. Dupuis devança Tautorisation et passa outre.
On voit d'ici les récriminations, les réclamations du gouvernement cochinchinois.
L'amiral Dupré, gouverneur de la Gochinchine française, sentit le besoin d'envoyer sur les lieux mêmes con stater l'état des choses et concilier le différend.
Il fallait un homme capable, un officier énergique et déjà préparé par ses antécédents : le choix, malheureusement, tomba sur M. Garnier.
Nous disons malheureusement, malgré ce que le choix avait d'honorable en de telles circonstances, parce qu'en le tirant de l'exploration du Yun-nan oi^ il était déjà engagé la mission nouvelle qui lui était imposée a interrompu, peut-être pour longtemps, une entreprise pleine d'espérances, et qu'en définitive elle a eu une issue fatale.
Revenu en toute hâte à l'appel du gouverneur, M. FraiH cis Garnier repartit de Saigon avec une faible escorte, une centaine d'hommes au plus. Arrivé au Tonking, il se heurta dès le premier jour contre le mauvais vouloir des fonctionnaires cochinchinois. Après les tristes événements qui venaient de frapper la France, et que déjà l'on exploitait contre nous, Garnier comprit que moins que
AFFAIRES DU TONKING. 221
jamais la faiblesse était permise. Poussé d'ailleurs à bout, dans son énergique et franche nature, par Tastuce cauteleuse de ces misérables Orientaux, il frappa un coup de force. Il occupa la capitale avec sa petite troupe, enleva d'assaut la citadelle, révoqua d'autorité les gouverneurs des provinces environnantes y fit, en un mot, acte de souveraineté. Ceci se passait aux mois de novembre et de décembre 1873. Par malheur, emporté par sa bravoure, il se vit un jour — le 21 décembre, jour néfaste — enveloppé, lui troisième, par une troupe nombreuse, et tomba criblé de coups. Sa mort a tout changé.
Dans sa rapide invasion, qui rappelle, il faut le dire, rhéroïsme castillan du seizième siècle et les Portugais de Vasco de Gama, Garnier a-t-il devancé ses instructions ? nous le croyons sans peine. La poignée d'hommes qu'on lui avait donnée n'indique certes pas une pensée de conquête à main armée. U a, dit-on, été désavoué. Nous ne savons, mais ce que nous ne voulons pas mettre en doute, c'est qu'il ait été rien dit ni rien fait, quelles qu'aient été les résolutions commandées par les circonstances, dont la France ait à rougir.
Toujours est-il que les quelques soldats que nous avions au Tonking ont été rappelés, que nos missionnaires et les chrétiens du pays ont témoigné de vives appréhensions , tristement justifiées , et que les projets scientifiques dont nous nous félicitions sont pour le moment ajournés.
Insistons encore sur l'attitude héroïque du brave et regretté Francis Garnier. « Il avait bien compris la situation et s'y était dévoué, dit une lettre écrite de Saïgon. Il était au milieu de rebelles et de pirates qui depuis plus de deux ans parcourent, pillent et mettent à sac le Tonking : il ne pouvait donc s'imposer à eux que par un grand coup d'audace. C'est ce qu'il a voulu faire glorieusement.
2SS ASIE. (n<^ 271-290.)
ee D'un autre cMé, les populations approuTiienl Tea^ toyé de la France, et en secret faisaient des Tonix pour son succès. Oamier exécuta son plan et triompha ; tout le pays l'acclama et il en prit possession au nom de là France, qui comptait ainsi deux millions d'habitants de plus et une des plus richesprovin ces du globe. Mais, M* chant combien lui avaient été hostileê les autorités de la province, il ne pouvait réellement pas les conserver' eeiia sa juridiction, même en attendant des secours de Saigon, car il n'avait qu'une poignée d'hommes. Il crut devoir s'organiser de telle sorte qu'il n'eût plus à craindre an* cune agression de la part des autorités indigènes ; c'est pourquoi il changea tout de suite les mandarins de la province.
« Francis Gamier avait conduit et mené toutes ehosês en vrai commandant en chef; il était sorti victorieux de toutes les épreuves et des embûches que lui avaient tetH dues les Annamites, unis alors aux dévastateurs du Tonking contre nous. En moins de quelques jours, avec ea poignée de braves, il était devenu un héros légendaire.
(c Malheureusement, entraîné par sa bravoure et ayant à exécuter une dernière sortie pour expulser des environs de notre citadelle d'Hannoï un gros de pirates qui noui inquiétaient, il partit avec son aide, le jeune et généreict Balmy, accompagné de quelques matelots : c'est là qail a péri dans une embuscade...»
HÎBtoiiqae de notre oolonie ooehinohinoiM.
Malgré ces tristes événements, le gouvernement de Hué, comme suzerain du Tonking, a été amené à signer, le 15 mars 1874, un traité qui donne satisfaction à nos justes exigences. Trois ports du Tonking nous sont ouverts, la circulation dans l'intérieur du pays est librey
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COCHINCHINÉ FRANÇAISE, 823
Texercice dé la feligiàû chtètienne est garattti. Si h Imt n'est pas complétemeni atteint, ^essentiel est obtenu.
Avant de transerirele texte du traité, nous allons repff oduire le raprpcxri qui en a été fait à TAsscinblée natio^ nale par une Comzbitisiort sociale '.'Ce do^ttent est d'un grand intérêt; iï fetritce rliistôri({tt6> dotnplet de ïiotfô colonisation de Téxtréme Orient :
Il y à prèsi d'un siède qu^ la France eile royaume d'Aï somte de Montmorin au non ^vèque d'Adran au nom d( j TAnnam. Par ce traité, q\ L787, la France s'engageait <i i Dour l'aider à triompher des le ses Etats, un corps de tr is avec un matériel ae
De son côté, le roi de Cochinchine cédait à la France, < ;oute propriété comme en se veraineté, la pi l'île de T( *ane et File de Poulo-Condo , nous étions auioi es à ians le port de Tourane, qui devait appa nir c nent aux deux puissances, les établis: ts j ue
maires tant à notre navigati( et à notre < ]u a ^e-
)aration et à la reconstruction de nos bâtim* le plus, jouir d'une liberté absolue d'écl < auon
Ians tout le pays, à l'exclusion des aut p ii
le notre religion étaient enfin sau' aés.
Ge traité ne reçut qu'une exécution partielle, car nous ne burnimes pas de corps de troupes, et nous ne primes pas )OSsession de la presqu'île de Tourane : mais, cependant, ^râce au concours de quelques ofûciers français, MM. Ghai- ^neau. Vannier, Ollivier et Dayot, dont les noms sont restés )opulaires dans le pays, Tévêque d'Adran put organiser quel» [ues troupes solides avec lesquelles le roi de Gochinchine parvint à vaincre les rebelles et à restaurer sa dynastie.
Dès lors, l'influence de la France fut prépondérante en Gohinchine, et le christianisme y ût les plus rapides progrès.
Malheureusement, à la mort du roi Già-long, en 1820, Tinluence hostile aux étrangers prévalut; nos officiers furent
1. La CSommission avftit poUr président Tamiral de la KonCière I«e )oury ; elle a eu pour rapporteur M. l'amiral Jaurès.
224 ASIE. (n*»* 271-290.)
obligés d'abandonner, en 1823, un pays où ils avaient exécuté les plus remarquables travaux d'art militaire, et les persécutions contre les chrétiens, suspendues sous Già-long, recommencèrent pour se prolonger jusqu'à nos jours.
Vainement, à diverses époques, avions-nous essayé de renouer des relations avec la Cochinchine et de protéger nos missionnaires ; les tentatives faites par Bougainville en 1825, par le capitaine Laplace en 1831, par le capitaine de vaisseau Lapierre en 1847, aussi bien que la mission de M. de Montigny en 1852, avaient complètement échoué, et chaque fois» pour ainsi dire, qu'un de nos navires arrivait dans la baie de Tourane, l'apparition de notre pavillon semblait être le signal d'un nouveau massacre de chrétiens. C'est ainsi qu^à la suite du meurtre de Mgr Diaz, mis à mort par ordre du roi, à Nam- Dinh, en 1857, sur la simple nouvelle qu'un navire français croisait en vue des côtes de la Cochinchine, la France fut conduite à envoyer dans ces parages, en 1858, une escadre commandée par l'amiral Rigault de Genouilly, qui s^empara de Tourane.
Peu de temps après, par une heureuse inspiration, l'amiral Rigault de Genouilly allait reconnaître s'il ne se trouverait pas dans le sud un lieu d'établissement préférable à |Tourane, et, remontant avec la plus grande hardiesse la rivière Don-nal, s'emparait de la ville de Saïgon, véritable capitale de la Basse- Cochinchine.
La guerre de Chine étant survenue sur ces entrefaites, nous abandonnâmes Tourane et nous ne gardâmes à Saïgon quMn faible détachement de troupes, sous le commandement du capitaine de vaisseau Daries : mais, aussitôt le traité de Péking signé, l'amiral Charner, qui commandait la flotte française, reçut Tordre de se rendre en Cochinchine pour y assurer notre établissement, et bientôt les provinces de Saïgon et de Mitho tombèrent en notre pouvoir. Enfin, en mars 1862, l'amiral Bonnard ajoutait à nos possessions la province de Bièn-Hoa. Le 5 juin 1862, la cour de Hué acceptait un traité en vertu duquel les trois provinces occupées étaient abandonnées à la France, ainsi qu'une indemnité de guerre de 4 millions de piastres *. Une partie de cette indemnité fut payée à l'Espagne; les troupes espagnoles qui avaient opéré avec nous évacuèrent
1. L'indemnité annamite a été fixée à 4 millions de piastres, payables en dix années, à dater du 5 juin 1862; sur cette indemnité il
COCHINCHINE FRANÇIASE. S25
la Basse-Cochinchine, et la France se trouva en possession d'une nouvelle et grande colonie.
Cependant trois provinces de la Basse- Cochinchine restaient encore sous la domination du roi Tu-Duc ; séparées du royaume d'Annam par nos provinces, elles ne tardèrent pas à devenir le refuge des malfaiteurs, et un centre d'agitation d'où des tentatives insurrectionnelles furent incessamment dirigées contre nous.
Après différentes expéditions, sur Go-Cong en 1863, sur Long-RaT en 1864, sur les vallées de Gia-Phu et de Gia-Ding en 1865 et en 1866, Pamiral de la Grandière, qui avait plusieurs fois informé la cour de Hué que, si elle ne pouvait pas faire la police des provinces de Fouest, il se chargerait lui-même d'y rétablir Tordre, dut se résoudre à occuper définitivement, en 1867, les trois provinces de Ving-Long, de Chaudoc et de Ha-tièn, qtd vinrent s'ajouter à nos possessions.
Dans ce nouvel état de choses, une modification au traité de 1862 devenait nécessaire pour régulariser notre situation. Des négociations furent entamées et poursuivies avec la cour l Hué en 1868 et en 1869, mais la guerre de 1870 éclata, et tout resta en suspens.
Aussitôt après la guerre, les négociations furent reprises, et le gouvernement annamite annonça qu'il était disposé à envoyer des ambassadeurs en France : ces anijbftssadeurs arrivèrent effectivement à Saïgon.
L'amiral Dupré, gouverneur général de la Cochinchine, s'efforça alors d'obtenir que les clauses du traité à intervenir fussent débattues et arrêtées à Saïgon, afin d'éviter une perte de temps considérable.
Il ne laissait pas ignorer, en même temps, aux envoyés du roi Tu-Duc, que le souverain de i'Annam devait renoncer à toute idée de nous voir abandonner les provinces de l'ouest de la Basse-Cochinchine, dont la possession était indispensable à la tranquillité et à la sécurité de notre colonie, mais il ajou* tait que nous étions disposés, par une juste compensation, à faire le sacrifice dçs sommes considérables qui nous étaient encore dues en exécution du traité de 1862.
Une circonstance fâcheuse, et qui aurait pu avoir les effets
n'a été payé que 1 800000 piastres; il reste dû aujourd'hui 2200000 piastres, dont la moitié à TEspagne. Tout payement a cessé depui»
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les plus déplorables, vint, sur ces entrefaites, rendre le séjour des ambassadeurs à Saigon obligatoire.
Un négociant français avait conclu avec le gouverneur de la province du Yun-nad un marché par lequel il s'engageait à lui livrer des armes et des munitions, en échange desquelles il devait recevoir des minerais de cuivre et d'étain. Ce négociant, après avoir vainement sollicité du gouvernement anna* mite l'autorisation de remonta le fleuve Song-koï, se décida à agir de vive force, et avec quelques bateaux et une troupe assez peu nombreuse à sa solde il força le passage et parvint en effet au Yun-nan.
Nous n^entrerons pas ici dans le détail de toutes les complications qui survinrent : réclamation du gouvernement annamite au gouverneur général de la Gochinchine française, et demande de notre aide contre les agissements du négociant français ; envoi au Tonking de quelques hommes et d'un officier dont le nom honore la marine et dont la mort est à jamais regrettable, le lieutenant de vaisseau Garnier; préparatifs d'attaque contre notre envoyé par un chef militaire portant le titre de grand maréchal et appelé Nguyen-tri-phuong; initiative prise par le lieutenant de vaisseau Garnier, qui enlève avec 150 hommes la citadelle de Hanoï défendue par cinq mille hommes, et fait prisonnier le grand maréchal blessé ; émoi de la cour de Hué, qui demande des explications à Tamiral Dupré, lequel répond que nous n'avons fait que déjouer des préparatifs d'attaque contre nous qui venions au Tonking en conciliateurs et sur la demande même du gouvernement annamite ; mort de M. Garnier dans une sortie ; envoi du lieutenant de vaisseau Philastre pour mettre fin à une situation fâcheuse de tous points.
Tout cela demanderait des développements que ne saurait comporter ce rapport, mais, si nous avons rapidement indiqué ces faits, c'est k cause de leur influence sur la conclusion du traité.
En premier lieu, la volonté fermement exprimée par notre gouvernement de rester en rapports d'amitié avec le gouver* nement annamite, et le soin constant pris par l'amiral Dupré de prouver aux ambassadeurs du roi la droiture de nos intentions et la loyauté de nos actes, firent, à n'en pas douter, la plus profonde impression sur l'esprit des ambassadeurs, 'et aussi sans doute sur l'esprit du souverain. En outre, par suite de ces événements, le séjour des envoyés annamites à Sali^OQ
iMtant prolongé, il devait arrirer infailliblement que ces maularlns, l'un et l'autre d'un mérite supérieur, seraient ft^appés les avantages que notre civilisation peut donner à un pays.
a Comment, disait un jour à l'amiral Dupré le premier am- )assadeur qui venait de visiter les environs de Saïgon, cornnent vois-je tant d'habitations où respire l'aisance, tant de )etites maisons couvertes en tuiles, )à où on ne voyait autre- 'ois que des cases couvertes en chaume ? »
« Deux mots sufflront pour vous l'expliquer, répondit l'amiral : nous maintenons l'ordre et la justice, et de la protection lu travail naît la prospérité. »
Les ambassadeurs ne pouvaient manquer d'attirer l'attention du roi sur les progrès de notre colonisation et sur les t)ienfoits qu'elle entraîne pour les habitants de la Basse^ uochinchine ; d'autre part, l'état de trouble et de désordre du TonlLing, l'impuissance du gouvernement annamite k réprimer les déprédations des bandes de rebelles chinois, l'affaiblissement chaque jour plus grand de l'autorité souveraine, bout ne devait-il pas rappeler au roi Tu-Duc que son bisaïeul Già-long avait dû à une alliance avec la France de voir son autorité rétablie et la tranquillité renaître dans ses États ?
Quoi qu'il en soit, après des négociations activement et heureusement poursuivies, un traité a été conclu le 15 mars dernier, et il nous est permis d'espérer aujourd'hui qu'à une ère de trouble et de déûance va succéder une ère d'apaisement, de confiance et d'estime réciproque. La portion de terriloire qui nous a été concédée est suffisante. La France n'en désire pas d'autre, et la nature semble, du reste, avoir tracé ellecnème les limites de nos frontières. Ce n'est donc pas un voisin ambitieux que le royaume d'Annam aura désormais près :1e lui, mais un allié qui sera fidèle à ses engagements, et qui, ik comme partout, aura à cœur de conserver son renom de loblesse et de générosité.
Il nous reste, après ce rapide historique, à faire ressortir les avantages qu'assure à la France le traité en question.
La souveraineté pleine et entière de la France sur les six provinces de la Basse-Cochinchine est reconnue par le royaume d'Annam, et cette reconnaissance doit infailliblement donner un nouvel élan à notre colonisation, car l'incertitude qiji existait à ce sujet favorisait singulièrement les excitations au désordre et à l'insurrection que quelques agitateurs prêchaient dans les campagnes.
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Les populations des trois provinces de Touest, qui pouvûent jusquMci se demander si ces contrées resteraient à la France et si elles ne seraient pas persécutées un jour pour s^ètre attachées à nous, pourront maintenant, rassurées sur ravenir, se rapprocher de ceux qui leur apportent les bienfaits si éclatants de la civilisation.
Sans doute, ainsi que le dit si bien Tamiral Dupré dans un de ses rapports, c il faudra du temps pour faire la conquête morale d^une population fine et intelligente, capable d^enthousiasme, mobile d'humeur, qui nous observe avec étonnement sans bien comprendre encore où nous voulons la mener ;îi faudra beaucoup de prudence, de modération et de patience, pour ne pas Teffaroucher et pour dissiper sa défiance; il ne faudra toucher qu'avec réserve à sa législation, à ses mœurs, à tout ce qui fait le fond de sa civilisation très-réelle, quoique bien différente de la nôtre ; il faudra une inébranlable fermeté dans la répression des désordres ; il faudra ne pas appesantir le joug et éviter de demander au pays plus qu^il nMtdt habitué de donner à ses anciens maîtres. Avec ces précautions, une administration juste et bienveillante arrivera à faire aecepter notre souveraineté à la population indigène, qui apprécie déjà la tranquillité dont elle jouit, et qui trouve son intérêt à cultiver la terre sans inquiétudes et à en vendre librement les produits sans jamais avoir à redouter ni exactions ni spoliations.
On a beaucoup parlé du climat insalubre de la Cochindiine; qu^il nous soit permis de mettre un peu en garde contre les exagérations qui pourraient se produire à ce sujet. Et tout d'abord, ne saitron pas que toute colonie nouvelle doit forcément payer un large tribut ? Demandez à PAngleterre ce que lui a coûté Calcutta; demandez à la Hollande ce que lui a coûté Batavia; demandez, si vous le voulez, à l'Algérie, ce que lui a coûté la Mitidja : mais quand donc la crainte des maladies a-t-elle fait reculer les vaillants pionniers de la civilisation? D^aiUeurs, la période la plus mauvaise est sans doute passée pour nous; notre établissement en Cochinchine date déjà de douze années» et à mesure que des casernes se sont élevées pour nos soldats, à mesure que des maisons confortables ont été construites par nos colons, l'assainissement s'est fait et il ne peut à coup sûr que progresser chaque jour. Qu'on n'oublie pas qu'il n^ a pour ainsi dire pas de maladies épidémiques en Cochinchine, et que pour les Européens les conditions de santé dépendent
presque toujours du plus ou du moins d'observation des règles d*hygiène.
Ajoutons enfin que Tun des avantages du traité sera précisément de nous donner la possibilité de créer au Tonking un établissement sanitaire où nos malades de Cochinchine, qui ne sont la plupart du temps qu'anémiés, viendront reprendre des forces sous une latitude plus élevée.
Le second point important du traité est celui qui donne à la religion chrétienne des garanties sérieuses pour son libre excercice et pour son développement.
Sur cette terre arrosée, hier encore, du sang de tant de martyrs, où Ton compte aujourd'hui huit évèques, envhron quatre cents missionnaires et prêtres et plus de cinq cent mille chrétiens, il sera enfin permis à nos coreligionnaires de professer leur foi sans avoir à redouter les plus épouvantables supplices. En retour, la sagesse de nos évèques et de nos missionnaires nous est un sûr garant qu'ils prendront soin de veiller à ce que les populations chrétiennes se montrent les plus respectueuses de l'autorité du souverain de l'Ânnam.
Un troisième point du traité est celui qui ouvre au commerce de toutes les nations un port dans la Cochinchine occidentale, un port dans le Tonking, et qui assure le libre transit par le fleuve du Nhl-Hâ (oaùg-koj), depuis la mer jusqu'au Yun-nan.
La France, après avoir, de concert avec l'Angleterre, ouvert de nouveaux ports de la Chine au commerce européen, vient donc de poursuivre son œuvre de civilisation et de progrès, en obtenant l'ouverture de l'Annam. Ce royaume sera, du reste, le premier à retirer des fruits de sa concession, car partout où le commerce européen pénètre il apporte avec lui la tranquillité et le respect des propriétés comme celui des transactions. Le sud du Tonking verra bientôt disparaître ces bandes l'insurgés qui y entretenaient un état de désordre permaoent.
Nos navires protecteurs en auront bientôt fini avec cette lotte de pirates qui, depuis un temps immémorial, exerce des *avages sur les côtes, empêchant toute sortie de navires, tout commerce, et jusqu'à la pêche dont les populations du littoral rivent en grande partie, débarquant des hordes de bandits {ui pénètrent dans l'intérieur et se livrent à des pillages de oute espèce, enlevant les honmies pour les livrer aux raco-
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leurs de coolies, vendant les femmes pour remplir las maisons de débauche de la Chine.
Là où régnait la plus odieuse barbarie vont régner désormaisi sous Tabri de notre pavillon, Tactivité commerciale, l'ordre et la prospérité. Déjà, sous la protection d^un simple poste que nous avons conservé à Haï-phuong, à Tembouchure du fleuve du Tonking, un immense marché se tient tous les cinq jours, où les populations apportent des denrées et des objets d'échange de toute sorte.
Enûn, messieurs, le traité qui vous est proposé nous assure cet avantage d'avoir à l'avenir auprès du roi Tu-Duc un chargé d'affaires dont l'action conciliatrice fera certainement disparaître les malentendus ou les dissentiments qui pourraient s'élever entre nos nationaux ou nos coreligionnaires et les agents du gouvernement annamite.
Quant à l'Espagne, qui, ayant une injure à venger, avait été notre alliée en Cochinchine, nous devions nous montrer aussi soucieux de ses intérêts que des nôtres.
-Je ne m'étendrai pas plus longuement sur les avantages rér ciproques résultant de ce traité, l'exposé des motifs si clair et si précis de l'honorable ministre des affaires étrangères suffisant parfaitement pour vous faire connaître toutes les questions de détail. Il est un point important, cependant, sur lequel nous devons encore nous arrêter : c'est la convention spéciale qui réglera les rapports commerciaux.
Votre Commission eût vivement désiré que le traité de commerce lui eût été soumis en même temps que le traité qui règle les rapports politiques entre l'Annam et la France. Malheureusement, la nécessité d'envoyer des pouvoirs au nouveau gouverneur de la Cochinchine a retardé l'arrivée en France de cette convention, qui ne pourra vous être présentée qu'après la prorogation, mais, dès aujourd'hui, M. le ministre de la marine a bien voulu nous communiquer la teneur de l'article 1*', qui est ainsi conçu :
« Art. ler. — Conformément aux stipulations de l'article 11 du traité du 15 mars, le roi d'Annam ouvre au commerce étranger, sans distinction de pavillon ou de nationalité, ses ports do Thih Naï dans la province de Binh-Dhinh, de Ninh- Haï dans la {province de Haï-Dzuong, la ville de Hanoï et le fleuve do Nliï-IIâ, depuis la mer jusqu'à la frontière chinoise. » Les autres articles règlent les questions dédouane» les droits de phare et d'ancrage, les frais de pilotage, etc., etc.