‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 27 sur 425 · LES CASTES · texte numérisé non relu

LES CASTES

savait qu'il pouTait perdre sa caste pour des fautes qui ne tombaient pas sous le coup de la loi. L'immoralité et riyrognerie pouyaient être punies de la dégradation ou de la perte de la caste. En fait, si la caste pouvait être dépouillée de ce caractère religieux que les prêtres, dans leur propre intérêt, ont réussi à leur imprimer, donnant ainsi un caractère religieux et une permanence contre nature à ce qui devait être, comme toutes les institutions sociales, susceptible de changement et de développement, on découvrirait probablement que le système de la caste était bien adapté à Tétat de société et à la forme de gouvernement qui ont jusqu'ici existé dans l'Inde, et que, s'il était brusquement renversé, un tel changement produirait plus de mal que de bien.... H y a dans la caste un sentiment de réciprocité. N'allez pas croire que le riche peut visiter le pauvre et qu'il est interdit aux pauvres de visiter le riche, ni que le brahmane peut inviter le soûdra à dîner et ne peut pas être invité à son tour ; personne dans rinde n'est humilié de sa caste, et le plus infime pariah est aussi fier de la sienne et aussi désireux de la conserver que le brahmane du plus haut rang. » Et l'auteur ajoute en forme de conclusion : « Le système de la caste a sans doute ses inconvénients; mais la plupart d'entre eux sont inhérents à la société humaine, et se font sentir en Angleterre aussi bien que dans ripdc. »

L'auteur, fEiisant un retour sur les conditions sociales en Europe, soulève ici un rapprochement qui ne manque certes pas de justesse. « Il y a des préjugés sociaux qui existent dans tous les pays à moitié civilisés, et qui, même en Europe, n'ont pas tout à fait disparu. On peut même douter que l'interdiction absolue de certains mariages soit plus cruelle que l'interdiction partielle. C'est certainement un fait curieux, inexpliqué jusqu'ici par les psychologues, que les gens deviennent très-rarement amoureux lorsque le mariage est absolument impossible. Or, il

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n^y a jamais eu et il n'y aura jamais aucun dtat de société où n'existent point des distinctions de naissance, de po-* sition, d'éducation et de richesse; et afin de maintenir ces distinctions, les mariages entre les gens des hautes et basses classes, entre les pauvres et les riches, les gens instruits et les gens sans éducation, doivent, dans une certaine mesure, être désapprouvés et défendus. En Angleterre, où les femmes occupent une position si différente de celle qu'elles ont dans l'Orient, où elles ont conscience de leur propre valeur et de leur propre responsabilité, des exceptions se produiront sans aucun doute. Un jeune lord peut se dire que telle pauvre institutrice est plus belle, plus charmante, plus grande dame, plus faite pour le rendre vraiment heureux qu'aucune des riches héritières qui figurent sur le marché des dots. La fille d'un comte peut Se dire que le jeune ministre du village est plus viril, plus instruit, plus comme il faut qu'aucun des jeunes rejetons de la noblesse. Telle est cependant la puissance des traditions sociales, telle est l'influence cachée de la caste, que ces mariages sont violemment combattus par les pères et les mères, par les oncles et les tantes. Dans les pays où de semblables unions sont absolument impossibles, on s'épargne bien des larmes répandues, bien des cœurs brisés.... i> Ge côté pratique et familier, ce retour sur les choses vivantes au milieu des spéculations abstraites de l'érudition, est fréquent chez M. Max MûUer; c'est par là que ses écrits, malgré la vaSté érudition qui les pénètre, offrent aux lecteurs de tous les rangs un charme infini à côté d'une solide instruction.

Encore une citation qui montre bien quelle action réelle, quoique à peine sensible, la civilisation européenne exerce sur la constitution même de la société hindoue.

« En fait,quelque immuables que puissent paraître aux brahmanes les lois de la caste, ils n'ont qu'à ouvrir les yeux, qu'à relire

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leurs anciennes éeritttfes et qu*à regarder la Société qui les entoure, pour se convaincre que la caste n^est pas à Tabri des atteintes du temps. Le président de la Dharmasabha de Calcutta est un isoûdra , tandis que le secrétaire se trouve être un brahmane. Dans le Bengale, les trois quarts deii brahmanes sont les serviteurs des autres. Un grand nombre d^entre eux font le commerce des spiritueux; d'autres fournissent la viande de bœuf aux bouchers et portent des souliers faits en peau de vache. Parmi les birmanes, on en trouve même quelques-uns d'assez honnêtes peur admettre que les lois de Manou étaient destinées à un âge différent, le Satya-youga mythique, tandis que les lois du Kali-youga ont été écrites par Parâsara. Dans des villes comme Calcutta et Bombay, le contact de la société anglaise use, comme par un frottement perpétuel, le système des castes, et, par une action lente et silencieuse, produit des effets que Ton attendrait en vain des plus violentes déclamations contre iMniquité de la caste. Aussitôt que la population féminine de l'Inde pourra être tirée de son état actuel de dégradation ; aussitôt qu'une meilleure éducation et qu'une religion plus pure auront fait comprendre aux femmes de l'tnde le sentiment de la responsabilité morale et du respect de soi^^nême ; aussitôt qu'elles auront appris (ce que le christianisme seul peut ehseigner) qu'il y a chez la femme, dans le véritable amour, quelque chose qui est audessus des lois de la caste et des malédictions des prêtres, ce sera leur influence qui aura le plus de force, d'une part pour faire éclater les barrières artificielles de la caste, et de l'autre pour maintenir dans l'Inde, comme ailleurs^ la vraie caste du rang, des manières, de TinteUigence et du caractôreè »

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