CAMERON
étend du 4* au 9* parallèle au sud do Téqualeur, déasse en longueur 600 kilomètres. C'est au moins seize )i8 la superficie du lac de Genève. La carlë que le voyaeur en a levée en modifie notablement les contours et inclinaison ; c'est, au total, une belle acquisition pour la arte du continent africain.
Une découverte fort importante, si elle se confirme, est elle d'un déversoir que le Tanganîka aurait dans sa artie occidentale. Une rivière large et profonde, quoique mbarrassée d'herbes et de roseaux, recevrait, un peu au ud du 6* degré de latitude australe, les eaux du lac u'elle irait porter au Loualaba, fleuve dont Livingstone ous avait déjà révélé l'existence, mais dont nous igno- 3ns encore la terminaison finale. Peut-être est-ce l'oriine du Zaïre, peut-être de l'Ogovaï ou de quelque ranche considérable d'un de ces grands fleuves : dans état actuel de nos informations, on ne peut rien affirler. Le lieutenant Cameron, d'accord en cela avec des léories antérieures, regarde comme extrêmement proable, d'après des rapports de marchands arabes, que \ Loualaba est la tête du Zaïre, ou Congo (lettre du mai 1874, dans les Proceedings de la société de Géoraphie de Londres, XIX, p. 75). Voici la traduction in- 5grale de la partie du rapport du lieutenant Cameron, j1 que nous le trouvons par extraits dans le Geographi- %l Magazine de Markham (mars 1875, p. 72) :
« Le chef vint à bord et nous informa que le Lououga débouchait dans le Loualaba, mais que la navigaon en était difficile à cause de la quantité d'herbes qui 1 obstruait le cours. Aucun Arabe ne l'avait jamais Bscendu. Le 4 mai, M. Cameron descendit la rivière îndant un parcours de 6 kilomètres et^ demi. Elle 7ait une largeur moyenne de 500 à 600 mètres, et une rofondeur de 3 à 5 brasses. Il fut arrêté par les herbes, lie l'on pourrait néanmoins couper de façon à livrer.
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pgssagB à des pirogues. Au débouché du lac dans la rivière, il existe une barre causée par les dégradations des rives entraînées par les eaux. L'entrée de la rivière a 2400 mètres de large, mais une grande partie est occupée par un banc de sable couvert d'herbes, qui laisse seulement une petite entrée au côté sud, et où il y a une barre sur laquelle le remous vient parfois se briser avec violence. La moindre profondeur sur la barre est d'une brasse et demie; au delà de la barre elle est de 3 -à 5 brasses. Là où la marche du bateau fut arrêtée par les herbes, on avait 3 brasses d'eau.
« L'eau de la rivière a ce goût particulier qui distingue Teau du lac, tandis ([uo Teau de toutes les autres rivières est tout à fait douce. Les rives en dehors do rentrée sont des plaines basses, avec des bancs de sable et do longues herbes, détritus que le lac rejette vers son débouché. Pendant que M. Cameron se trouvait dans la rivière, une (juantité de bois flottant, entraînée par le courant, se frayait un chemin à travers les herbes sans laisser trace de sou passage. 11 lui a paru que là où des troncs de 8 à 10 centimètres de longueur pouvaient passer, des pirogues ordinaires pourraient passer aussi sans trop de travail. Le courant sortait du lac avec une vitesse de 1,10 à 1,15 nœuds à Theure. D'après le chef, à moitié chemin avant d'atteindre le Loualaba, le Loukouga recevait une autre rivière appelée la Lourroumboudji.... »
Le capitaini* Burlon serait porte à croire que selon les saisons le Loukouga ^c'est le nom de la rivière que M. Cameron regarde comme le déversoir du lac) est tour à tour affluent et ef/luoii. Dans la saison sèche, il apporterait ses eaux au lac, dont le niveau est relativement bas ; au temps des inondations, au contraire, le lac y trouverait un écoulement. Encore une opinion à contro- Irr |>:u' une exploration directe.
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M. Gameron a aussi déterminé, par des observations très-attentives, le niveau du lac par rapport à TOcéan, point si important dans les questions hydrographiques qui se rattachent à l'étude du continent. Son chiffre, 2710 pieds anglais (826 mètres), ne s'éloigne pas beaucoup de celui qu'avait trouvé Livingstone.
De tous les voyageurs qui se partagent en ce moment la tâche périlleuse d'ouvrir à nos observations les contrées encore inconnues du continent, le lieutenant Gameron se place incontestablement au premier rang. ^lVCC lui nous n'en sommes plus aux simples espérances, l a fait ampleiùent ses preuves. Il a montré, dans le» irconstances les plus difficiles, une fermeté d'âme, une lécision de caractère des plus rares, jointes à rhabileté )rofessionnello'de l'observateur. Ce sont là les qualités nères de l'explorateur* scientifique. Le champ qui s'ourre devant lui est d'ailleurs immense, dans quelque direction que les circonstances le portent, et les premières îiflicultés, qui sont toujours les plus grandes, en sont maintenant surmontées. Nos vœux les plus ardents au nom de la science doivent l'accompagner dans son retour.
Aux dernières nouvelles que l'on a reçues à Londres, — elles datent maintenant de plus de quinze mois, — Gameron, de jetour à Oudjidji dont il a vérifié la position astronomique, latitude et longitude, se disposait à revenir à l'ouest du lac, afin de reprendre avant tout l'examen du cours du Loukouga; il hésitait, cependant, par des considérations de subsides. Peut-être se porterait-il au nord, pour déterminer le système hydrographique de cette région inconnue ; puis, si rien ne venait retarder ou contrarier sa marche, il se proposait de traverser les cinq cents lieues de pays inconnus qui séparent la Tânganika de la côte occidentale de l'Afrique, et de revenir ainsi en Europe par le Congo. Jamais voyageur, si le Ciel le favorise,
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n'aura été salué, nous pouvons le prédire, d'acclamations plus enthousiastes et mieux justifiées.
L'expédition Grandy. Tentative de se porter vers leTanganlka par Pouest,
en remontant le Zaïre. Insuccès.
Cette partie brillante des explorations anglaises en Afrique est une compensation du triste dénouement de l'entreprise qui avait été simultanément dirigée sur la côte occidentale. On sait que la soci-été de Géographie de Londres, lorsqu'elle organisa, à la fin de 1872, la continuation de la grande entreprise de Livingstone, voulut attaquer le continent austral à la fois par les deux côtes, par le Zanguebar et par le Congo. L'expédition de l'Est fut placée sous la direction du lieutenant Cameron, accompagné de plusieurs auxiliaires que la mort ou la maladie ont frappés dès le début; on donna la conduite deTexpédition de l'Ouest à un autre officier de la marine royale, le lieutenant Grandy, secondé par son frère. Une somme considérable, 2000 livres sterling, fournie par la libéralité d'un des membres de la société, avait été mise à leur disposition. MM. Grandy arrivèrent à Saint-Paul-de- Loanda au mois de décembre 1872 [Report, etc., ci-dessus, no 10); de là, ils se rendirent au port d'Ambriz (à peu-près sous le 8* degré de latitucle Sud), où il comptaient se procurer plus aisément les porteurs dont ils avaient besoin, et ils en partirent le 12 mars 1873 pour l'intérieur. Après avoir coupé une partie considérable du Congo, d'abord au N. E., puis au N., ils gagnèrent les bords du Zaïre le 29 août, à une grande distance du point où avait atteint en 1816 l'expédition du capitaine Tuckey, à la relation duquel nous devons, encore aujourd'hui, à peu près tout ce que nous savons de ce grand fleuve. Retenus là par la saison des pluies et par d'autres causes encore, ils y furent rejoints, le 17 avril 1874, par le capi-
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ine HopkinSy qui leur apportait la triste nouvelle de la ort de Liviugstone. Us recevaient en même temps Tinaction de revenir en Angleterre.
Sir Henry Rawlinson, dans son Address annuelle à la ciété de Géographie de Londres au mois de novembre 174, dit, pour expliquer ce rappel, que la mort de Lingstone rendait désormais l'expédition sans objet. L'exîdition sans objet ! Tentreprise la plus neuve, la plus nsidérable, et aussi la plus riche en promesses, si les plorateurs avaient réussi à s'ouvrir par Touest l'accès i plateau central et de la région des grands lacs ! Il est sdr que le président de k société de Londres n'a pas ut dit, n'a pas voulu tout dire. Le rappel, évidemment, était que pour le cas où l'expédition serait encore retele sur le Zaïre, et on eût été heureux de ne plus l'y ouver. Pour atténuer ce coûteux échec, M. Rawlinson, la vérité, en rejette la cause sur, les circonstances qui nt propres à ces contrées de l'ouest, sur les dispositions )stiles des populations et sur le peu de confiance qu'on îut mettre en elles. « Aussi, ajoute Sir Henry, le prinpal résultat de ce hasardeux voyage a été de montrer ixtrême difficulté, quant à présent, de pénétrer dans ntérieur de l'Afrique en partant d'un point quelconque i la côte occidentale entre l'équateur et le 10* degré de titude Sud, et par conséquent l'improbabilité que l'expétion allemande, qui doit partir de cette côte, puisse fectuer son projet d'atteindre dans l'intérieur la mystéeuse capitale de Muata Yanvo. »
L'expédition allemande. Longue expectative. Abandon final.
Moaveauz projets.
« Là OÙ l'Angleterre n'a pas réussi, semblait dire le
'ésident de la société de Londres, qui pourrait réussir? »
L'Allemagne savante s'est sentie piquée au vif par cette
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sorte d'interdit national. — Il faudra voir, s'écrie fièrement le D*^ Petermann dans ses Afittheilungen^ si la ce puissante Allemagne » acceptera si aisément cette prophétie décourageante.
Assurément les obstacles sont grands, les difficultés énormes, et celles que Ton signalait à Londres sont bien réelles. Dans un article spécial sur ce sujet, un des habiles auxiliaires que l'éminent directeur du journal géographique de Gotha est assez heureux pour voir groupés autour de lui et de son œuvre, M. Behm, a plutôt grossi ces difficultés qu'il n'a voulu les amoindrir (ci-dessus, n' 13). Ce n'est pas seulement des populations, de leur mauvais vouloir, de leur apathie, de la jalousie et de l'avidité d'une quantité innombrable de petits chefs dans ces contrées où Ton ne trouve pas de grandes dominations capables d'apporter aux voyageurs une protection étendue et réellement efficace, — ce n'est pas seulement de là que viennent les empêchements : ils sont aussi dans le climat et le pays, dans le climat dont l'insalubrité dépasse toute expression, dans le pays couvert d'impénétrables forêts sur d'immenses étendues. Voilà Jes obstacles qu'il ne faut pas se dissimuler.
Il ne faudrait cependant pas non plus les exagérer. Sans doute les bas pays de la zone littorale, dans ces portions de l'Afrique comprises entre les tropiques, ont été trop souvent mortels aux constitutions européennes. Un soleil ardent, des pluies torrentielles, de vastes marécages, des nuées d'abominables insectes, sont des fléaux bien faits pour abattre les constitutions les plus robustes; mais il ne faut pas oublier que ces redoutables fléaux ne sévissent, à vrai dire, qu'au voisinage de la côte. En général, le pays s'élève rapidement par de pittoresques gradins, et dès qu'on les a gravis on se trouve dans un milieu d'une tout autre nature. Les parties connues q e l'iinjnense pourtour montrent sans nul doute ce que sont
KXPHOITION ALLEMAND!::. Il
es portions encore ignorées. L'expérience a fait voir que le plateau de 1000 à 1200 mètres d'altitude qui constitue [a plus grande partie, sinon la totalité de l'Afrique australe, jouit en général d'un climat auquel les Européens s'accommodent aisément; même sous Téquateur, on a trouvé des contrées que l'on peut ranger parmi les plus belles et les plus salubres du globe. Sortir promptement de la bande littorale et gagner le haut pays, tout est là.
Il est vrai qu'un autre empêchement se présente : la difficulté des transports. Cette difficulté est formidable, en effet, et elle est inhérente à' toute expédition organisée sur une grande échelle. C'est en cela qu'un voyageur résolu (deux au plus allant de compagnie), robuste, bon marcheur, bien préparé aux observations scientifiques, un Burckhardt, un Seetzen,un Barth, un Kraft, un d'Abbadie, un Schweinfurth, un Nachtigal, un Stanley, allant de peuplade en peuplade, de tribuen tribu, vers un but déterminé^muni de médicaments plus que de bagages, et apportant aux Noirs les avis et les secours avidement recherchés du médecin, garantie presque certaine de respect et de prestige, c'est en cela, dis-je, qu'un simple voyageur, dans ces conditions, aura plus de chances de réussite qu'une nombreuse expédition exigeant de véritables armées de porteurs, très-coûteuses à former et encore plus difficiles à maintenir. Les plus grandes découvertes, c'est à l'initiative individuelle, non aux expéditions organisées, qu'on les doit. Il faut d'ailleurs reconnaître que le problème présente, sous ses deux aspects, de graves difficultés, particulièrement en ce qui touche à l'Afrique, et que peutêtre on y peut trouver un moyen terme. Dans tous les cas, il semble que dans les contrées de l'Ouest l'organisation d'une nombreuse expédition rencontre encore plus d'empêchements que sur la côte orientale.il paraît bien que c'est là qu'est la cause principale du défaut de réussite de l'expédition anglaise, car nous ne, voulons mettre
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en doute ni l'énergie, ni la résolution, ni rhaJ[)ileté de celui qui en avait la conduite. Aussi le docteur Petermann, pour mettre l'expédition allemande à raJ[)ri de cette difficulté capitale, proposait-il d'y employer, en guise de porteurs, des éléphants domestiques que l'on tirerait de l'Inde (ci-dessus, n*" 14) ; mais le dénouement aussi brusque qu'inattendu de l'entreprise a coupé court à tous les embarras.
L'expédition allemande, sous la conduite du D' Gûssfeldt, était arrivée depuis le mois de juillet 1873 à la côte occidentale de l'Afrique du sud, d'où elle se proposait de pénétrer dans l'intérieur. Elle avait établi son quartier général à Ghïnchôcho, factorerie hollandaise, située à un degré au nord de l'embouchure du Zaïre, un peu au delà du 5* degré de latitude australe ' . DifTérentes causes l'y avaient retenue depuis lors, — d'abord la saison dos pluies, puis la nécessité de réparer les pertes matérielles causées par un accident de mer au sortir de Sierra Leone. Le temps, du reste, avait été mi^à profit. Des excursions avaient été faites en diverses directions, pour prendre langue et se préparer d'autant mieux à la grande entreprise ; quelques-unes de ces excursions, notamment le voyage au Nangha (ci-dessus, n» 15), avaient déjà une véritable importance. On avait recueilli de^ informations, et plusieurs nouveaux auxiliaires étaient arrivés d'Allemagne. Il paraît que l'on se serait proposé de partager l'expédition en plusieurs troupes qui auraient rayonné dans un cercle plus au moins ouvert selon les circonstances, afin de multiplier et d'étendre les chances d'informations. Mais ici, comme toujours, la grande, l'énorme difficulté était de réunir les moyens de transport. Cependant le D^ Gûssfeldt avait réussi, après d'énormes pertes de temps, à engager à grands frais une cen-