PÉGU
le pays, ait été frappé des analogies nombreuses qui se montrent entre le vocabulaire des Pégouans et celui des Eôls ouMoundâs, peuple montagnard du Yindhyâ. Quant au nom de Talaîng, une dérivation extrêmement probable^ pour ne pas dire absolument certaine, le rattache au Télingftna, c'est-à-dire à la côte orientale de llnde, d'où sont parties anciennement, ainsi que de Geylan, les missions religieuses, soit brahmaniques, soit bouddhiques, qui se sont répandues dans toutes les parties de Tlndo- Chine. Ainsi dans les deux noms se résument en quelque sorte les origines du pays : l'un, celui de Mon, révèle la jpopulation originaire, branche de la race Tibétaine ou Mongolique de l'Asie centrale, dont le peuple a gardé les traits et en partie' la langue ; l'autre, celui de Talaïng, rappelle encore la colonisation religieuse partie de l'Inde du Sud à une époque très-ancienne, et qui porta partout avec elle une civilisation relative. « Les Dravidiens du Telingâna (nous reproduisons les paroles de M. Phayre), qui, sans aucun doute, gagnèrent par mer les côtes orientales du golfe du Bengale, mille ans peut-être avant l'ère chrétienne, trouvèrent sur ces côtes de rudes sauvages appelés Moûn, que cinq siècles plus tard on qualifiait encore de BhiloûSj ou Ogres. Les colons dravidiens se sont néanmoins fondus dans la masse de cette race sauvage. Leur nom subsiste, il est vrai, dans celui de Talaïng ; mais il est employé seulement par les étrangers, et n'est pas connu dans la langue du peuple. Bien plus, quoique l'alphabet employé par les Pégouans soit dérivé d'une source indienne par l'intermédiaire des Dravidiens, il ne paraît pas que la langue des Moûn garde aucune trace du dravidien (le tamil), ou du moins ces traces y sont bien faibles. » Toutefois il convient d'ajouter que l'idiome propre des Moûn ne se conserve plus que dans quelques familles et sur quelques points écartés du territoire ; par suite d'une longue domination politique, la langue bir-
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mane (qni est au fond de la même famille) s'eBt imposée à la masse.
Mais en dehors do la langue, l'action de Tanticjue oo^ Ionisation dravidienne se montre dans les noms purement indiens imposés au pays, tels qu'on les trouve dans les chroniques locales dépouillées par M. Phayre. La cAte maritime, depuis la rivière Pa-thïn (la Bassein dés cartes européennes), près du cap Negrais, jusqu'à Tembouchure de la Thân-louïn (notre Salouên) est désignée sous le noBtt àeRâmanya (pays de Râma). Le nom classique de la ville de Moulmeïn (Maoulamyaïng des indigènes) est encore aujourd'hui Râmapoura. Le pays même du Pégu est appelé Hânthâvatt, nom de forme purement indienne. La plus ancienne capitale, Thahtoun, qui figute dans un concile bouddhique au m* siècle avant notre ère, fiit fondée par des colons indiens ; les ruines de cette ville se voient encore sur une petite rivière à une quinzaine de kilomètres de la côte, à 44 milles anglais (71 kilomètres) au N. N. 0. de Martaban. Mais une appellation poor nous d'un intérêt plus direct est celle de Sotevat*nabhoumij expression sanscrite qui signifie Terre de TOr^ et qui est employée dans les chroniques anciennes ; ce nom, qui provenait de l'or que produit le pays, et qui s'y recueille encore dans le sable des rivières, nous donne l'origine de l'appellation qui fut connue des Grecs dTÈgypte à l'époque de leurs rapports avec l'Inde, et qui figure dans Ptolémée sous la forme de Khrysé khârtXj traduction littérale de la dénomination indigène. Le ^ys Birman reçoit, en outre, annuellement du Sud-Ouest de la Chine une quantité considérable d'or, qui a été de toute antiquité l'objet d'un commerce important*.
1 . Ce commerce a été interrompu dans ces derniers temps seulement, depuis les troubles dont le Yunnan est le théâtre.
MISSION DÉ BÎRMANIE. 59
S s. La mission française en Birmanie.
Une miésion fraiiçaise, envoyée récemment en Birmanie pour la ratification d'un traité de commerce , est accompagnée de plusieurs officiers de notre corps d'état-major, particulièrement en vue d'investigations scientifiques. Le colonel Yule, à qui l'on doit la plus belle et la meilleure relation qui ait été publiée jusqu'à présent sur le pays Birman, écrivant, au sujet de la nouvelle mission, à la Société de Géographie de Paris^ exprime le* vœu que nous puissions nous procurer des notions précises sur la contrée qui s'étend au nord-est de Mandalaï (la nouvelle capitale du royaume), et aussi sur le cours supérieur de l'importante rivière Myit-Nguê, qui se jette dans le grand fleuve, à Ava. « Le roi de Birmanie n'a pu se résigner à laisser pénétrer les Anglais dans cette région, mais il sera peut-être plus bienveillant pour les Français, dont les possessions sont beaucoup moins rapprochées i »
« Il serait d'un très-grand intérêt pour la science, ajoute M. Yule, que les officiers français des armes savantes qui ont été attachés, sur là demande de là Société de Géographie de Paris, à la mission de Birmanie, pussent faire un levé complet et détaillé de la cité ruinée de Pagan.
« Lors de notre exploration dans cette région, nous ne sommes restés là que trois jours. Gfes trois jours, je les ai consacrés entièrement à dessiner des motifs d'arcfeitecture. Mais il serait très-précieux d'avoir un plan qui indicjtierâit dkiis son ensemble l'étendue de l'ancienne cité et l'emplacement de ses temples. J'ai été loin moi-même de pouvoir relever tous les détails de l'architecture, et il reste beaucoup à faire à ce sujet.
a A l'un des temples, j*ai vu un véritable chapiteau
68. Ch. £. GovER. The folk songs of Southern India. Madroi, 1872, in-8.
Ceci est une autre branche de Pétude du passé d'an penple, et Boas plus d'un rapport elle a sa place à côté des investigations «rchéolo* giques. M. Gover a joint à son recueil des chants populaires da sud de rinde des recherches sur la langue, les proverbes et les chants populaires des races dravidiennes. Il repousse .ropinion de eeaz qni croient à l'identité d'origine des langues dravidiennes et tooraniennes.
69. The Life of H. T. Colebbooke, by bis son sir T. E. Golebrooke. Lond. 1873, in-8. Portrait (Trûbner).
Un livre consacré à l'un des hommes îles plus éminente dont se glorifie l'Angleterre savante, ne peut être dépourvu d'intérêt; iei, néanmoins, cet intérêt touche surtout aux choses intimes et da (a* mille, et s'élève rarement à la hauteur que le sujet semblait devoir atteindre. Aussi le lecteur ne peut se défendre d'une sorte de dêee|h tion. On se serait attendu, en^revenant sur la vie d'un homme qei a touché, et touché en maître, à toutes les grandes études qai ont an rinde pour foyer au commencement du siècle, études philologiqaet, physiques, mathématiques ou géographiques, à voir ces prof<»idslnvaux replacés dans le cadre que leur ouvrait ce grand dévelof^ment scientifique, précurseur >cle la rénovation des études hlstoriqaea en Europe : l'éditeur de la vie de Golebrooke n'a pas eu cette unbUion. Tel qu'il est, au total, le livre n'en prend pas moins jane place bai honorable parmi les biographies scientifiques de notre époque.
S 1. Quelques mots sur l'exploration archéologique de llnde.
Cette partie de Tétude des anciens temps de la Pëninsuie a repris depuis quelques années , sous la direction dn général Gunningham, un si grand développement et une telle importance, qu'il convient d'entrer dans quelques détails. Ce qui suit est la reproduction d'une note des Highways de Londres, dont le directeur, M. Cléments Markham, est parfaitement renseigné sur les recherches et les travaux de toute nature qui se poursuivent dans rinde.
Le général Cunningham a quitté l'Angleterre au mois de décembre 1870, pour retourner dans l'Inde prendre les fonctions de directeur de l'exploration archéologique. Dans la conduite de cette investigation importante, qui n'intéresse pas moins la géographie comparée que Vi
^e nous ayons sous les yeux présente une grandç correction et une rare délicatesse de touche.
M. Bigrel résume ainsi les travaux de ses devanciers, en même temps qu'il indique les procédés qu'il a suivis dans rétablissement de sa carte :
c< Dès les premiers temps de notre occupation, des officiers de toutes armes se sont préoccupés de reconnaître le territoire soumis à notre domination. Capitaines de canonnières et officiers envoyés en reconnaissance ou chargés de l'administration du pays, recueillaient à l'envi les matériaux qui devaient permettre de reproduire la topographie générale de nos possessions. M. l'ingénieur hydrographe Manen reprenait les cartes < de Dayot et basait sur une triangulation rigoureuse ses beaux travaux hydrographiques. Ce sont ces derniers travaux qui, continués par MM. Vidalin, Héraud, Hatt et Hanusse, m'ont permis d'encadrer avec quelque exactitude les levés à vue et les reconnaissances des cours d'eau faites sur les embarcations. J'ai pu figurer ainsi ces divers parcours, de manière à représenter, avec une certaine approximation, les conditions géographiques de notre colonie.
« J'ai pu également, sur ces données, à défaut d'autres renseignements, tirer partie des cartes annamites et cambodgiennes, travaux informes dans lesquels on remarque un dédain complet de l'orientation, et où il est si peu tenu compte des distances relatives que» les auteurs de ces cartes, conscients de l'insuffisance de leur dessin, ont souvent le soin d'inscrire en toutes lettres les longueurs de route entre les centres de population les plus importants.
« Malgré l'incorrection de ces cartes, les indigènes les ont toujours préférées aux nôtres par suite de l'orthographe défectueuse qui ne leur permettait pas de comprendre ces dernières. Comme toutes les langues monosyllabiques, la langue annamite est très-pauvre, et, dans la
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conversation, l'intonation plus ou fnoins haute de chaq^e syllabe distingue seulement les différentes et très-nombreuses significations du piot. l^eproduite par notre écriture qui ne figure que rarticu}a.tion, cette langue, pour rester intelligible, a donc })esoin d'accents ponventipiirnels en nombre reUtivement considérable. »
M. Bigrei a essayé de combler cette lacune, zn^s iLne se flatte p^ d'avoir complètement réussi, puisqu'il y a dfig dissidences graves entre les philologues eux-n^ômeçi sur ce sujet. Il £aut espérer cependant que les officieri^ 4^ toutes fu'ifies, les missicmnaires et les Français résidents, fourniront les corrections et les additions désirables. IJii service cadastral commence d'ailleurs h s'organise? ^a Cochipclune, avec le concours des inspecteurs ^es affaires indigènes.
Quelques considérations sur la Cochlnchine française.
Un article sans signature, publié dans la Revue du Ministère de la Marine sous le titre la Cochinchîne française en 1873 (ci-dessus n® 75), appelle sous plusieurs rapports une attention particulière ; nous en détachons les considérations préliminaires.
« L'état politique des six provinces placées sous notre autorité est satisfaisant, si l'on tient compte de ce que notre domination ne remonte qu'à dix ans pour les trois provinces de l'Est*, et à cinq ans pour celles de l'Ouest*, et aussi de la différence profonde qui existe entre notre civilisation occidentale et celle d'un peuple dont la langue, l'écriture et les institutions sont presque littérale-
1. 25 février 1863, prise de Gocong par Pamiral Çonard, et pacification des trois provinces fréquemment révoltées jusque-là.
2. 20,22, 24 juin 1S67, occupation successive des citadellts de Vinh-Long, Chaudoc et Hatièn par l'amiral do La Grandière.
ment empruntées à la Chine. Il faut cependant se tenir en garde contre les illusions que pourrait inspirer la tranquillité matérielle du pays, et ne pas se hâter ^'en conplurei que dès à présent notre domination est yolontairement acceptée par 1a grande majorité de la population indigène. Quelques-uns résistent obstinément, plusieurs se résignent et se soumettei^t à la loi du plus fort ; le plus grand nombre apprécie la tranquillité dont il jouit, trouve son intérêt à cultiver sa terre sans inquiétude, à en vendre li|)reineQt les produits, et se laisse guider par soç^ intérêt plutôt que par ses sympathies. Il faudra de longues aiiQéos d'effort^ pour consolider notre domination, pou? faire la conquête morale d'une population fine et intelligente, capable d'enthousiasme, mobile d'humeur, qui nous observe avec étonnement sans biei^ comprendre encore où nous voulons la mener. U faudra beaucoup de prudence, de^ modération et de patience pour ne pas l'effaroucher et pour dissiper sa défiance ; il faudra ne toupher qu'a,vec réserve à s^ législation, à ses mœurs, à tout ce qui fait le fond de sa civilisation très-réelle, quoique bien difTérente de la nôtre; il faudra une inébranlable fermeté dans la répression des désordres, dont le foyer permanent se trouve au cœur du delta du Mékong, dans un triangle fofmé par les villes de Bentre à Test, Vingh- Long à l'ouesti et Tra-vinh au sud ; il faudra surtout ne pas appesantir ie joug que nous faisons peser sur elle, et éviter de demander au pays plus qu'il n'était habitué à doniiei' i. ses anciens nialtrcs. Les impôts, principalement ceux qui pèsent sur les rizières, sont lourds et devront être prochainement diminués.
« Avec ces précautions, une administration juste et bienveillante sans faiblesse arrivera avec le temps à faire accepte^ notre souveraineté, surtout lorsque nos relations avec la couy de Hué seront régularisées par un traité ; car l'incortitude qui existe à ce sujet favorise singulière-
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ment les excitations au désordre et à rinsoumission que quelques agitateurs prêchent dans les campagnes. Quelle est la part du gouvernement annamite dans toutes ces menées? H est impossible de la définir exactement. H est probable qu'il les voit sans déplaisir, qu'il les encourage même secrètement, prêt à nier toute participation, manœuvre que faute de preuves nous ne pouvons lui reprocher.
« L'occupation des trois provinces occidentales par l'a;miral de La Grandière a complètement modifié la situation créée par le traité de 1862. Depuis plus de trois ans, nous demandons au gouvernement annamite de reconnaître firanchement le nouvel état de choses, moyennant des' concessions que nous sommes disposés à faire. L'amiral Ohier n'a autant prolongé son séjour en Gochinchine que dans l'espoir de conclure cet arrangement définitif; il a payé de sa vie son dévouement. Peu après l'arrivée de son successeur intérimaire, la guerre désastreuse de 1870 a éclaté ; elle a eu dans l'extrême Orient un très-grand retentissement, et nos voisins en ont prudemment attendu les conséquences, pour régler d'après elles leur ligne de conduite.
«M. le contre-amiral Dupré vient d'être investi de pleins pouvoirs pour traiter au nom du gouvernement de la République. Il s'est hâté d'en informer la cour de Hué, en insistant pour la reprise immédiate des négociations ; il attend encore la réponse.
<c Notre situation vis-à-vis du Eambodj est restée ce qu'elle était à l'arrivée de l'amiral Dupré ; il n'est pas probable qu'elle se modifie sensiblement du vivant du roi Norodom. Les communications à vapeur régulières tout récemment établies entre Saigon et Pnum-Penh commencent à attirer des étrangers au Kambodj ; des relations fréquentes et faciles décideront, sans aucun doute, des industriels à s'y fixer pour exploiter ou transformer