‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 36 sur 425 · OROGRAPHIE DE LA CHINE · texte numérisé non relu

OROGRAPHIE DE LA CHINE

poursuit son' cours jusqu'à ce qu'il coupe une autrjB chaîne. Le cours de chaque fleuve se compose ainsi en général de bassins successifs à pente douce, séparés par des passes étroites à travers les montagnes qui les enveloppent. Chacun de ces bassins partiels fut autrefois un lac ; mais le pays a été si longtemps exposé aux érosions, que les lacs sont tous comblés, en même temps que les gorges se sont creusées et adoucies par l'action du courant, si bien que les rivières sont devenues toutes navigables, la plupart même jusqu'à leur source. Dans toute cette région, les lignes du partage des eaux se dessinent irrégulièrement en lignes tortueuses à travers le système des chsdnes parallèles.

A rO. domine un parallélisme semblable; mais les chaînes deviennent plus grandes et plus élevées, et circonscrivent de plus grands bassins, les uns, tels que le plateau intérieur de Sze-Tchouan et du Yiin-nan, remplis jusqu'à un niveau très-élevé degrés d'ancienne formation, et présentant l'aspect de hauts massifs profondément creusés par les eaux courantes ; d'autres, comme dans le Ho-nan inférieur, couverts d'alluvions.

En général, la Chine, au S. de la prolongation du Kouen-loun, est un pays de montagnes presque ininterrompues, d'ime disposition régulière, bien cultivé et trèspeuplé dans les vallées, et revêtu dans les parties hautes d'une végétation luxuriante. Partout le thé prospère.

Au nord du Kouen-loun s'étend à Test la grande Plaine où .se développe jusqu'à son embouchure le Hoang-ho inférieur sur une étendue de 6 degrés de latitude. A la limite de cette plaine s'élève le pays montagneux du Chan-toung.

A rO. de la grande Plaine se déroule une vaste région unie et découverte, composée en partie de plateaux, en partie de larges vallées. De cette région se dégage vers le N. un nouveau système de chaînes inclinées du S. 0.

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au N. E. y et qui va se perdre au milieu du plateau sans eaux courantes de la Mongolie, Toute lu Chine, a,u N. du Kouen-loun, sauf les plaines » alluviales et quelques chaînes, est couverte de lôss sur une épaisseur de 1000 à 1500 pieds. Les chaînes de montagnes sont dénudées et ne portent nulle part de plantations de thé ; mais les étendues couvertes de lôss sont des terres arables d'une grande fertilité.

Le Kouen-louh, dont le nom déjà connu il y a 4000 ans fut appliqué originairement à des montagnes voisines de Khou-khou-nor , se développe sur une étendue de 3700 à 3800 kil., depuis les gorges de la rivière de Yarkand jusqu'à Ngan-king. La partie qui appartient à la Chine se compose de chaînons parallèles, dirigés à peu près de TO. à FB. ; elle forme, jusqu'à la province de Honan, une puissante barrière qui depuis la haute antiquité a été d'une grande importance politique et ethnographique. Sous le rapport géologique, le Kouen-loun est la plus ancienne chaîne de montagnes de la Chine.

M. de Richthofen, dans la communication dont nous donnons le résumé, a finalement appelé l'attention sur la différence qui existe entre les chaînes de l'Asie centrale , et celles de la Chine, différence provenant de ce qu'on Mongolie les unes se réunissent dans des bassins sans écoulement extérieur, tandis qu'en Chine elles vont aboutir à la mer. Il en résulte que les détritus sablonneux, terreux et solubles provenant de la destruction et de la décomposition des montagnes, restent, dans l'Asie centrale, déposés au voisinage immédiat des chaînes, tandis qu'en Chine ils sont entraînés vers les plaines et vers la mer. De là proviennent les grandes différences de nature et d'aspect des deux régions : dans l'une, l'uniformité de la surface, l'absence de types tranchés et individuels, le peu de netteté dans la division des parties du sol, le peu de relief des chaînes, et en même temps le sol im-

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prégné de sels, là maigre végétation des steppes, les lacs salés dans les dépressions, et jQnalcment la vie nomade des populations, privées de limites politiques. Dans Tautre région, c'ési-àrdire dans la Chine méridionale, tout se dessine en masses nettement définies, en contrastes fortement accusés entre les montagnes et les vallées, des rivières au lit profond, une population sédentaire, Tagriculture, la civilisation. La partie de la Chine située au N. de la prolongation du Kouen-loun, à une époque géologique relativement récente, fut, comme TAsie centrale, un pays de bassins sans écoulement.

S 4. Un voyageur-diplomate : le baron nûbner. ChanghaiV Les villes chinoises. Les misiionnaires français. Les intérêts politiques ut commerciaux. Le voyageur.

Pour n'afficher aucune visée scientifique, les remarques de M. Hûbner sur la Chine (Bibliographie, n» 94) n'en ont pas moins une très-haute valeur. M. Hûbner est un diplomate viennois qui a occupé, en France et ailleurs, les postes les plus élevés ; il fut signataire, comme représentant de TAutriche, au traité de Paris do 1856. Esprit , éminent, observateur profond et judicieux, et avec cela homme de tact et d'esprit, — d'un esprit parfois tout parisien dans la meilleure acc(;ption, M. Hûbner a le coup d'oeil vif et sûr, le jugement sobre et ferme de l'homme d'État. Les appréciations ont une portée pou commune sous une forme souvent piquante ; la langue est pure, facile, pleine de finesse et d'entrain. Ajoutons que le livre est au fond des plus sérieux et des plus instructifs; de la première à la dernière page on reste sous le charme de cette causerie souriante dans sa gravité, qui nous porte, sans un instant de fatigue, au milieu des pays et des peuples vers lesquels nous attirent aujourd'hui les plus grands intérêts de la politique, du commerce et de Tétude.

C'est par Changhal qu'après avoir vu les États-Unis et

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le Japon, M. Hûbner entre en Chine. Cette place a pris une telle importance, comme centre du commerce européen dans FEmpire-Céleste , que Ton ne sera probablement pas fâché de trouver ici quelques détails précis sur son origine et son état actuel. Située non loin de l'embouchure du Yang-tse-kiang, sur les bords d'une rivière profonde accessible aux plus grands navires, Changhal était, depuis un temps immémorial, le port naturel de Sou-tcheou, ville riche et florissante, qui, grâce à sa situation sur le Grand-Canal, au centre d'un réseau d'artères navigables, est considérée comme le principal emporium du N. de la Chine. Des canaux et des criques relient les deux villes. La distance qui les sépare n'est que de 150 kilomètres. Déjà, au milieu du siècle dernier, des agents de la Compagnie des Indes avaient recommandé d'établir une factorerie à Changhaï. L'exécution de ce projet s'est fait attendre pendant quatre-vingt-dix ans. Ce fut seulement à la suite de la première guerre, et en vertu du traité de Nanking, dont la principale clause ouvrait le territoire et le port de Changhaï aux étrangers, que les Anglais purent prendre pied dans cette ville. Cependant, si la naissance de l'établissement fut laborieuse, les progrès du nouveau-né furent encore plus lents, et sa vitalité resta longtemps problématique. Le climat passait pour malsain et l'était en effet, car le sol de cette immense plaine alluviale *qui forme la province de Kiang-sou s'élève à peine au-dessus du niveau de la rivière. La pierre et le bois y manquaient, et le terrain était marécageux. A quelques pieds au-dessous de la surface, on trouvait de l'eau. Il fallait donc bâtir sur pilotis et faire venir la pierre de loin. Pendant une dizaine d'années on vivotait. Heureusement, le commerce de la soie avait pris un essor inattendu. D'autres étrangers arrivèrent. Les gouvernements de France et des États-Unis demandèrent et obtinrent des concessions, et les Chinois vendirent à vil prix

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les potagers et les champs qui entouraient la ville. CS'est sur ces terrains que' s'élèvent aujourd'hui les somptueuses constructions du Changhal européen.

« Plus j'examine cette ville, écrit M. Hûbner, plus augmente mon admiration. Certes, l'emplacement, une plaine marécageuse et plate, n'a rien d'attrayant. Au point de vue du pittoresque, c'est même le plus laid paysage qu'on puisse imaginer. Les résidences des riches négociants, de grands édifices imposants, magnifiques, prétentieux, ne sont pas tous des chefs-d'œuvre d'architecture; et, comme climat, Ghanghaï est entaché, à tort de plus en plus, d'une détestable réputation. Ce que j'admire, c'est la hardiesse, la constance, l'activité riche d'expédients, élastique, infatigable, du génie anglo-saxon qui a conçu l'idée de fonder ici une ville, qui l'a réellement fondée, qui a lutté victorieusement avec la nature et avec toute sorte de difficultés : résistances sourdes du gouvernement chinois, attaques des rebelles, catastrophes commerciales, rivalités entre les immigrants de divers nations, dissensions au sein même des résidents britanniques. Sans -doute, tout le mérite ne revient pas aux Anglais : le gouvernement français peut en réclamer sa part. Mais les huit dixièmes des capitaux engagés dans le commerce et la navigation sont anglais, et la population blanche, envisagée au point de vue de l'origine, montre la proportion de quatre pour un entre les résidents anglais et ceux de toutes les autres nations chrétiennes.

. « La différence entre le génie du peuple français et les fils de la vieille Angleterre, si frappante dans l'extrême Orient et partout où les deux drapeaux flottent à côté l'un de l'autre, cette différence, ajoute M. Hûbner, s'impose ici pareillement à l'observation du voyageur. La factorerie anglaise est née de l'initiative des particuliers, aidés do l'appui moral et, exceptionnellement et temporairement, des forces militaires et navales du gouvernement. Les

établissements français sont l'œuvre du gouvernement, accomplie avec ou sans le secours des nationaux. Les agents officiels de la France marchent à la tête des colons; les fonctionnaires britanniques en forment Tarrière-garde et la réserve. Les premiers inspirent et dirigent leurs nationaux ; les seconds protègent et très-souvent doivent contenir leurs compatriotes. Retirez l'action de ces fonctionnaires, amenez le pavillon français, rappelez le stationnaire du port, et il est à parier un contre 4ix que dans quelques années rétablissement aura disparu. Dans une factorerie anglaise, les choses se passeraient tout autrement. Après le départ des représentants officiels et des troupes de la reine, les résidents pourvoiraient euxmêmes au maintien de Tordre, et, s'il le fallait, à la défense contre un ennemi extérieur. Il y aurait peut-être de mauvais moments à traverser, mais il est presque sûr que les éléments respectables finiraient par prévaloir et par fonder un état de choses, sinon bon, du moins tolérable. Les Français, je le répète, partiraient à la suite des autorités civiles et militaires, et le peu qui en resterait s'amalgamerait avec les indigènes. — On peut être une grande nation, dit le voyageur en forme de conclusion, et n'avoir pas la vocation de coloniser. »

C'est un reproche qu'on a fait plus d'une fois à la France; nous conviendrons volontiers, non d'une manière absolue, mais en thèse générale, que le fait est vrai. Toutefois, sans eulrer dans la discussion théorique des avantages ou des désavantages relatifs des nations essentiellement colonisatrices, nous disons que la trèsgrande différence qui existe à cet égard entre la France et l'Angleterre, tient à des causes organiques qui ne sont pas au désavantage de la France. Notre pays, quoi qu'en disent les économistes, n'a pas à se plaindre de son lot. Revenons à Ghanghaï.

Un vaste enclos contient les différents édifices du congu-

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