TRIBUS BARBARES
travailler dans l'obscurité et sans relâche aux différentes stations occupées par leurs frères depuis de longues années, si ce n'est depuis des siècles. Leur dévouement est remarquable, leurs succès sont étonnants et je suis de ceux qui pensent qu'ils ont fait et font encore beaucoup de bien. Ils tâchent de gagner des prosélytes par le moyen de Téducation, procédé nécessairement lent, mais dont le résultat, en ce qui concerne le nombre et la solidité des conversions, n'en est que plus satisfaisant. Dans les villes et les villages où il y a une mission romaine, on est sûr de trouver un noyau de familles chrétiennes dans lesquelles la foi s'est transmise de génération en génération, et j'ai été souvent frappé par la tranquillité et l'air de respectabilité que l'on rencontre dans ces communautés, surtout en les comparant avec les habitants païens qui les environnent, comme aussi 'par l'obéissance et l'attachement que témoignent les convertis à leur père spirituel^ nom qu'ils donnent habituellement aux prêtres. » On a vu plus haut ce que M. de Richthofen rapporte des chrétiens du Sze-Tchouan.
S 4. Les tribus barbares du sud de la Chine* Les Lo-los.
Les populations incivilisées qui, sous différents noms *, occupent encore aujourd'hui, comme aux premiers siècles, une partie des districts montagneux du sud et du sudouest de la Chine, offrent un intérêt particulier à l'étude ethnologique; c'est par l'examen de ces races que l'on peut espérer, dans bien des cas, de jeter au moins quelque jour sur les obscurs problèmes qui touchent aux origines. M. do Richthofen, ainsi (jug nous l'avons vu, n'a
1. Le plus répandu est celui ^e Miao-tséj nom que Ton interprète par Fils du Sol^ Aborigènes (voir le tome^P' de V Année géographiqiie, p. 297).
l'année géogr* xu. 7
98 ASIE. (n'»' 86-109.)
pas traversé le Sze-Tchouan sans s'occuper des tribus montagnardes de cette partie de l'empire ; et, parmi ces tribus, il mentionne comme la plus nombreuse et la plus indisciplinée celle des Lo-lps. Elle couvre tout le sud-ouest de la province, depuis les environs de Ya-tcheou-fou (au sud-ouest de la capitale Tchhing-tou-fou) jusqu'à l'extrémité du vaste coude que le Yang-tsé-Kiang décrit là où il touche la frontière tibétaine : c'est, du nord au sud, une étendue de près de quatre degrés. De l'est à l'ouest le territoire des Lo-los n'a pas autant d'extension, mais il est aussi dans ce sens très-considérable. « Un assez grand nombre de ting ou postes militaires — c'est M. de Richthofen qui parle — ont été établis sur différents points au long de la frontière ; mais les garnisons ainsi entretenues à grands frais ne suffisent qu'imparfaitement à maintenir les Lo-los dans l'ordre, et l'on n'a jamais réussi à leur persuader d^ se laisser annexer. Dans le voisinage des ting quelques-uns de leurs chefs ont accepté l'investiture; mais en général les Lo-los du Sze-Tchouan sont les plus complètement indépendants des tribus aborigènes qui existent dans la Chine proprement dite. Les Man-tsé et les Si-fan s'unissent parfois aux Chinois par des mariages : les Lo-los, jamais. Ils font de fréquentes incursions sur le territoire chinois, dans le but d'en enlever du sel, qui leur manque : en dehors de cela ils ont peu de besoins. De mémoire d'homme, les Lo-los ont toujours été ce qu'ils sont aujourd'hui, même dans le temps où les Man-tsé étaient encore les maîtres du pays. On sait que plusieurs des tribus indépendantes du Yun-nan et du Houeï-tcheou sont aussi appelées Lo-lo; mais je ne saurais dire si ce nom leur appartient réellement ou non.
Pour compléter ces informations, je trouve dans le journal hebdomadaire les Mission;^ catholigiues une lettre écrite du Sze-Tchouan au mois de juin 1872 par un de nos missionnaires, M. Crabouiller, donnant sur les Lo-los, leurs