‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 39 sur 425 · LES LO-LOS · texte numérisé non relu

LES LO-LOS

habitudes et leur genre de vie, une intéressante notice d'où je tire les détails suivants.

Les Lo-los du Sze-Tchouan, selon toute vraisemblance, ont avec les Lo-los que les géographes placent à rintôrieur de rindo-Ghine un même dialecte, une même origine et des mœurs semblables. Les guerres, les révolutions, et surtout les empiétements séculaires de la race chinoise, auront sans doute amené le rétrécissement de leurs frontières, et fait de leur pays deux sortes de tronçons....

Le type lo-lo, plus expressif que le type chinois, a les traits du visage assez réguliers et les formes vigoureusement constituées. Ce qui les dépare, c'est un certain air de sauvagerie rembruni par la malpropreté.

Les Lo-los s'épilent la- barbe par coquetterie, eux qui pourtant ne se lavent jamais ; ils laissent croître leur chevelure, qu'ils tressent et ramènent sur le haut du front en chignon pyramidal. Cette espèce de corne chevelue est enroulée dans une bande de toile; elle leur donne un aspect pittoresque, et même martial, au dire des Chinois.

Les femmes ont un chapeau de feutre noir, dont les bords tiennent lieu de parasol et de parapluie. Elles portent une espèce de casquette plate, étoffée et dépourvue de visière*, et un collier surchargé de clous d'argent ou de verroterie. Une sorte de jupon leur descend à mi-jambe. Des pendants d'oreilles en argent, dont le poids fait toute l'élégance, tombent jusque sur les épaules.

La religion des Lo-los est celle des sorciers; elle ne consiste guère qu'en conjurations des esprits malfaisants, d'après eux uniques auteurs du mal. Ils redoutent le démon et les imprécations diaboliques; aussi, afin do se soustraire à leurs funestes influences, portent-ils sur eux des amulettes en fruise de talismans, et accrochent-ils aux murs des maisons des branches d'arbres ou des crânes d'animaux. La divinité qui est pour eux Tobjet d'une grande vénération est un certain Oulang^ le premier des humains et l'inventeur des céréales ; il fut aussi, disent»-il8, un célèbre tueur de bètes fauves. Pour le

1. Cbtte coiffttM, oommime à, d'autres peuplades de Umôme région, est figurée dajx^ un des types qui unt élc joints à la relation pei^sonnelle de M. FVancis Ganiter, d'après les dessins de U . Delaporle {U Tmr du fmmdg, u XXf, a* 646, p. 328).

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représenter pendant les sacrifices, ils fichent en terre un bâton sur lequel ils jettent un vêtement quelconque.

Les bonzes n'ont, dans la tribu, d'autre caractère distinctif * que leur titre ; ils remplissent Toffice des médecins.

Les Lo-los ont une idée vague de la vie future : après la mort, Tàme s'envole au ciel, et s'y attache sous la forme d'une étoile. Ils savent qu'un déluge a submergé autrefois le monde, et ils prétendent que leurs ancêtres s'y sont soustraits sur le mont Po-lo.

Les Lo-los se divisent en une multitude de petites républiques ou tribus indépendantes. Tout ce qui est en dehors de la parenté ou de la tribu est considéré comme un ennemi contre lequel tous doivent se prémunir.

Chaque famille a pour objet direct et absolu son propre père, dont l'autorité sur les enfants et sur les esclaves est illimitée. Toutefois les femmes sont protégées contre les brutalités de l'arbitraire par leur parenté, et même par leur tribu....

S s* Les Liss us, ou Li-tzou.

M. Tabbé Desgodins, dont nous avons déjà plus d'une fois et dont nous aurons encore à louer le zèle et les utiles communications, a transmis -à la Société de Géographie de Paris les notes recueillies par un de ses collègues, le P. Dubernard, pendant une course dans la contrée limitrophe de la Chine et du Tibet ; ces notes se rapportent particulièrement aux Lissons, nom dont la véritable forme pourrait bien être Li-tzou. Parti de Tze-kou, localité située sur les bords du Lan-tsang, à huit jours de marche au sud du Yerkalo (selon les indications du P. Desgodins), le missionnaire traversa, dans la direction de Test à Touest, les montagnes qui séparent le Lan-tsang du Lon-tzé, et atteignit le versant d'une autre chaîne qui lo conduisit au Lou-tzé-kiang. De là, à travers une succession de villages assez rapprochés, il arriva à Ta-so, résidence du chef lissou. « Une chaîne très-élevée sépare Ijcs Lissous des Lou-tzc, que les Chinois appellent Pa^-gid.

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Les Lissons occupent une double vallée au sud du Tibet, entre les fleuves Lan-tsang et Lou-tzé, à deux journées do marche en* ligne directe au sud de Tzé-kou, et à dix étapes au sud de Yerkalo. On trouve cependant quelques villages lissons très-près ^de Tzé-kou. Ils se multiplient en aval du Lan-tsang-kiang, et beaucoup plus sur la rive droite que sur la rive gauche. » Les limites dos Lissons dans le sud ne sont pas connues de M. Tabbé Dosgodins.

<( Les Lissons figurent officiellement au nombre des peuples soumis au Céleste Empire, mais à titre plus fictif que réel. Ceux de la rive gauche du Lan-tsang, qui appartiennent évidemment au Yun-nan, payent un tribut peu considérable aux chefs indigènes ; ce tribut est beaucoup plus difficile à recouvrer de l'autre côté du fleuve, mais de part et d'autre on n'obtiept ni les corvées, ni le contingent militaire que les Lissons sont censés devoir au gouvernement impérial. On en a pu cependant raccoler quelques centaines pour faire la guerre aux musulmans révoltés, du Yun-nan, en sollicitant leur caractère aventureux et leur amour du pillage.

« Ce sont des sauvages qui rappellent un peu les Germains de l'époque romaine. Le contact des Tibétains et des Chinois n'a pu les civiliser. Il est dans leurs traditions de se mettre en révolte tous les vingt ou trente ans contre l'empire chinois, le plus souvent sans autre prétexte que celui de revendiquer leur indépendance. Mais ici ils diffèrent des anciens Germains en ce qu'ils dédaignent l'emploi de la ruse. Ils entrent en guerre ouverte et ont soin de faire savoir à l'avance, par des ambassadeurs, qu'ils vont se mettre en campagne. L'ambassadeur est chargé de remettre aux chefs ennemis une baguette portant différents emblèmes, tels qu'une plume, un morceau de bois calciné, un petit poisson, etc. Le porteur doit alors expliquer chaque emblème. La plume signifie que

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les Lissous arriveront avec la rapidiié de l'oiseau ; le bois calciné, qu'ils incendieront les villages ennemis ; 4e poisson, qu'ils noieront ceux qui essayeront de leur résister, etc. »

Quand on lit ce détail caractéristique, on se rappelle Tusago absolument sembLable que les historiens d'Alexandre attribuent aux Scythes. C'est un rapport tout à fait remarquable.

« Les armes dos Lissons, poursuit le missionnaire, sont une arbalète avec des flèches empoisonnées, un long sabre et un bouclier en rotin tressé. En temps de paix, ils passent leur temps à la chasse ou à lifi culture du sol. Ils choisissent les lieux couverts de forêts, y mettent le feu et cultivent la terre ainsi préparéo ; dès qu'elle s*épuisey ils passent à d'autres forêts. Leurs maisons sont fort grossières. Les parois en bambous -croisés laissent passer la pluie et le vent ; ce ne sont en réalité que des hangars recouverts d'herbes sèches. Leur vêtement, semblable à celui des Chinois, est d'une étoffe de chanvre très-grossièrement tissée, à moins qu'ils ne portent les robes de soie qu'ils ont conquises dans la guerre; ils n'en prennent d'ailleurs aucun soin et ne semblent en tirer aucune vanité. Les esclaves qu'ils font ne sont pas durement triâtes ; ils partagent la vie de la famille, mais constituent une sorte de capital en réserve. On les vend dans certaines occasions, ou plutôt on les échange contre du bétail. Les femmes sont traitées sur le pied des esclaves. Elles sont rarement battues ; mais quand elles déplaisent à leur mari, celui-ci les revend sans hésitation et sans scrupule. La polygamie est générale dans le pays.

« Les Lissous s'enivrent aussi souvent qu'ils le peuvent. L'or est très-abondant dans leur pays, et constitue, sous forme de globules, une sorte de monnaie que Ton évalue au poids de la balance chinoise. Leur religion est un pur fétichisme; ils ne croient qu'aux mauvais esjMrits,

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