‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 87 sur 425 · HISTOIRE PHYSIQUE DU CHILI · texte numérisé non relu

HISTOIRE PHYSIQUE DU CHILI

CSb ftiten lS98qii6, d'après les conseils de MM. Cuvier, de Junea, Desfontaines, etc., je me décidai à explorer ce IHijseDeore fort .peu connu. J'^r arrivai à la fin de 1829, après avoir parcouru quelques contrées du Brésil et de Buenos- Ayns.

Mon principal but était d*en publier la flore, et, dans cet eqnit, je m'occupais avec toute Tardeur de la jeunesse à en réonîr les .matériaux, lorsque le gouyernemenl crut devoir facfliler mes T03rages en me recommandant d^une manière spéciale anz autorités des provinces. Il me mit également à même de me faire aider par quelques bons préparateurs , ce qui me permît d'utiliser mes études zoologiques, et de réunir des collections assez nombreuses pour pouvoir en faire aussi le sujet d^ule faune.

Les connaissances que Ton possédait alors sur Thistoire natareUedu Chili étaient extrêmement limitées. Quelques plantes seulement avaient été décrites par Feuillée, Molina, Hooker; et si quelques savants, embarqués dans des expéditions scientîflqœs, en augmentèrent un peu le nombre, ils se contenttaûnt de les publier dans leurs relations de voyage ou dans des .revues particulières. Toutes ces descriptions ainsi épar« pillées ne pouvaient donner aucune idée de Tensemble de la végétation du pays, et c'est cette lacune que je voulais faire disparaître à*mon retour en France.

Absorbé'par des publications diverses, je ne pouvais donner tont mon temps à la rédaction de cet ouvrage, que je voulais cependant mener à bonne fin ; et, pour être sûr d'y arriver, je m'adjoignis quelques savants collaborateurs qui voulurent bien traiter les familles qu'ils avaient plus spécialement étudiées. Parmi ces savants, je comptais des botanistes de premier ordre, tels que MM. Richard, Decaisne, Naudin , Montagne, Remy, Clos, etc., et, grâce à leur intelligente et active coopération, j'ai pu terminer cette flore qui comprend à peu près 4000 espèces, décrite dans huit volumes avec un atlas de 103 planches dessinées par M. Riocreux.

Si la botanique du Chili était peu connue , sa zoologie l'était bien moins encore. L'ouvrage de Molina ne parle en effet que de quelques vertébrés, et les savants embarqués dans les Toyages autour du monde , relâchant pour peu de jours dans les ports , ne pouvaient avoir le temps d'en explorer les environs. Cette partie de l'histoire naturelle devait donc m'offrir beaucoup plus de nouveaut«^s , ce qni m'enprapren h m'en occn-

Î94- AifÉniQûE DU SUD. ' (n«" 353-357 . )

per avec tout le soin dont j^étais capable. La faune, qui a été le résultat de mes recherches, ne contient pas moins de 4000 espèces décrites dans 8 volun^s, avec un atlas composé de 133 plancjies, où se trouvent flffurées un grand nombre do ces espèces, avec tous les détails qui les caractérisent. Ici. encore , j*ai été assez heureux de rencontrer de savants collaborateur», tels que MM. le marquis de Spinola, Blanchard, Gervais, Solier, etc., tous très-connus par leur talent dans leurs spécialités. Je n'ai pas besoin de dhre que, dans cette Faune ^ comme dans la Flore, le nombre des espèces nouvelles est très-nombreux, et que les descriptions, précédées d'une diagnose en latin, sont suivies souvent de notices plus ou moins étendues sur un grand nombre de ces espèces. Si à ces deux corps d'ouvrage on ajoute la Minéralogie du savant Domeiko, et là Géologie que nous donnera bientôt, sans doute, le non moins savant géologue M. Pissis , TAcadémie comprendra que rhistoire naturelle du Chili est connue aujourd'hui presque aussi bien que celle de plusieurs des nations les plus favorisées. Le cadre en est tracé, et les nouvelles espèces qu'on découvrira viendront s'y intercaler sans presque changer en rien le tableau qu'il offre sur la physionomie botanique, zoologique et minéralogique du pays.

Pendant tous mes voyages , il m'était impossible de ne pas porter quelque attention à l'agriculture, industrie qui a exercé sur la société du Chili l'influence la plus salutaire, et qui probablement a contribué pour beaucoup à cet état de calniè et de prospérité où se trouve cette république. Elle y forme, du reste , un de ses plus grands éléments de richesse , et son produit est tel , qu'en blé seulement il y a des propriétaires qui en récoltent 20 000 , 40000, et jusqu'à 72 000 hectolitres par an. En réunissant les nombreuses notes que sur ce sujet contiennent mes journaux, j'ai pu , après les avoir groupées et discutées, les publier méthodiquement en deux volumes. Je ne me contente pas de parler des difTérents système de culture suivis , je parle aussi et longuement des mœurs et coutumes des campagnards, et même de Tétat où se trouvait cette indastrie chez les aborigènes lors de la conquête, et des plantes qu'ils cultivaient. Parmi celles-ci, il y avait une espèce de bromus qui leur servait à taire un pain sans levain, ce qui vient contredire l'opinion généralement reçue que le naïe était la seule graminée employée en Amérique.

Un travail auquel le public , comme souscripteur de Pou-

CHiu.* 295

igUgt^teMÎt beMCOup, était que V Histoire politique du Chili fii ijoatée k cette pià>licatlon encore trop scientifique pour lui èCndins ce moment de ^rramie utilité. Quoique à peu près AInBger à ces travaux d'érudition, cependant, par déférence psor le GouTeraement et pour le public, je me décidai à Taborder, pereuadé que je n'avais qu'à relater les faits sans portée notable qui se sont passés depuis la conquête. Cétait donc le ainple rôle de narrateur que j'avais à remplir, sans être obligé de m^inapirer de ces idées philosophiques que les faibles conlUttBsaiices que Ton a encore sur cette histoire ne pourraient ptrtnetire, et qui varient, du reste, suivant la manière de penser de chaque auteur.

Pour rendre ce travail aussi complet que possible, je me procurai non-seulement au Chili, mais encore au Pérou et à Bnénos-Ayres , les chroniques et les manuscrits relatifs au ptjs.el, àmon retour en France, je fus passer cinq mois dans las«rchives américaines do Séville, où se trouvent toutes les eorrespàndances des gouverneurs. Grûce fi Tautorisation que pat obtenir pour moi M. de Bourproing, alors notre ainbassadear à Madrid, je pus faire copier un grand nombre de ces prteienz documents, lesquels, réunis îx ceux rapportés du Chili et aux notes prises auprès des frénérnux des guerres de Tindé* pendaace, m'ont mis à même de publier cette histoire jusqu'en 1S30, c'est-ë-dire jusqu'à l'époque où le pays a été délinitivoment constitué. Les huit volumes qui en font partie sont suivis de deux autres contenant des Mémoires originaux dans leur forme native, et des lettres de ces gouverneurs, i)arnn lesquelles se trouvent celles d« conquérant du Chili , P. Valdivia, que j'ai été assez heureux de découvrir et restées jusqu'alors inconnues aux historiens.

Indépendamment des planches d'histoire naturelle, l'Atlas en renferme encore beaucoup d'autres relatives h des vues de paysages, aux mœurs et aux costumes des Chiliens et des Araucaniens. Il contient aussi la grande carte du Chili, copiée et mise en vente par un plagiaire anglais, et des cartes partieUes de chaque province publiées séparément. Au milieu de mes nombreuses occupations, je ne pouvais guère me servir que de la boussole pour mes relevés , et bien que toutes les villes, villages, lacs, rivières et aflhients s'y trouvent au grand complet, leurs positions doivent néccsr^airement un peu se ressentir de la méthode employée et du peu de temps que je pouvais donner à cette carte, inii ne demandait pour le mo-

296 AMÉRI(JbE DU SUD. (n«» 353-357.)

ment qu'une exactitude générale, et qui pouvait être de quelque utilité puisque le Chili ne possédait qu'un canevas trèsincomplet. C'est pour l'obtenir plus détaillée et plus efûcace, pour servir de base à une division cadastrale, à une assiette équitable des impôts , qu'en 1849 le gouvernement voulut en faire lever une basée sur les opérations trigonométriques, et nomma à cet effet une commission d'ingénieurs qui devaient plus tard être aidés par de véritables ingénieurs géographes, sortis d'une école spéciale fondée en 1853. Cette commission fut mise sous la direction de M. Pissis, bien connu de l'Académie, qui, avec le zèle d'utf véritable savant, s'est livré à ce travail avec une louable persévérance. Ce n'est qu'après vingt ans de voyages pénibles et incessants qu'il a pu publier ses grandes cartes régionales, qu'il réunira bientôt en une seule, sur une échelle naturellement réduite.

Tel est l'état de l'ouvrage que j'ai eu l'honneur de présenter successivement à l'Académie. Pendant plus de quarante ans, il a occupé toutes les heures de ma laborieuse existence, et mon seul regret est d'être arrivé à un âge très-avancé, ce qui ne me permettra peut-être pas de mettre à profit les nombreux matériaux que j'avais encore réunis sur la physique terrestre. C'était sans doute beaucoup présumer de mes forces et de mes connaissances que de me décider à entreprendre un tel travail, mais le Chili était alors si peu c^nnu, et j'étais si loin de penser que le développement intellectuel allait si vite s'y réveiller, que jeter les premiers éléments de ces sciences était déjà, suivant moi, un service à rendre au pays, tout en facilitant les travaux des futurs savants, qui y trouveraient le terrain déblayé. Du reste, pouvant compter sur de savants collaborateurs, c'étaient des matériaux que je leur préparais, persuadé que chacun, dans sa spécialité, en tirerait un uUle parti au profit de la science.

A part toutes les nouveautés que renferme cet ouvrage, peu connu à cause de la langue dans laquelle il est écrit, il a peutrtre aussi un peu contribué à cet élan intellectuel qui déjà, depuis plusieurs années, passionne la jeunesse chilienne. L'activité de la presse en oftre un curieux exemple par tous les livres qu'elle publie. J'ai eu l'honneur d'en présenter, au nom (lu gouvernement chilien, un très-grand nombre à l'Académie, et la bibliothèque en a reçu depuis et en recevra encore d'autres par des envois successifs. L'esprit sérieux et cultivé dans lequel ils sont écrits prouve la dignité qu'ils mettent h leurs

CARACOLiS ET SES MINES. 297

0ft Poaage utile qu'ils yeulent en faire. Aussi quoique I9 CUH wdt la République la moins étendue en superûcie de tootat edlee d*origine espagnole, elle n'en est pas moins la |ilas tranquille , la mieux constituée , et celle où les progrès ■ont le plus florissants et des plus continus*.

S 4. Caracoles et ses mines d'argent.

M. Deletse, ingénieur en chef des mines, vient de communiquer à la Société de géographie des renseignements sur les mines d'argent découvertes à Caracoles, au Chili, près de la limite du territoire bolivien^. Ces renseignements sont dus à un témoin oculaire, M. A. Pesse, viceeonral de France à Copiapo, qui a fait deux voyages dans le pAT* et y a séjourné pendant cinq mois.

Un Français, M. Amous de Rivière, associé à M. José Dias-Gana, sujet chilien, qui dirige une entreprise de a ehercheurs d'argent » à Méjilloncs, avait mis à la dis> position de ce dernier une centaine de mille francs pour poursuivre les recherches dans la zone argentifère de

1. An moment même où nous transcrivons cette lettre de M.Claude Caj, nous apprenons que la mort vient de frapper subitement le laborieux auteur du grand ouvrage dont U rappelle^ dans ce dernier éerity la pian et Thistorique. Nous consignerons, dans la Nécrologie, les détails qui sont connus sur la vie de ce savant.

3. Caroeoliê est un canton de rextrémité septentrionale du Chili, dus le désert d'Atacama, sur les confins de la Bolivie, à égale distance de la mer et de la Cordillère des Andes. Le territoire de Caracoles a nna longueur d'environ 25 kil. du N. au S., vers le 23* degré de latit. S. C'est en 1870 qu'on y a découvert les riches minerais d'argent qui font aujourd'hui sa célébrité Un établissement s'y est fondé qui a pris promptement le caractère d'une ville. Trois chemins condnitent de ce point à la mer. Le plus septentrional aboutit au port de Gobija en Bolivie; les deux autres vont aux ports chiliens de Majillonaa et d'Antofasgasta. Par ce dernier chemin, il y a 55 lieues de bonite route; il n'y en a que 40 jusqu'à Méjillones, et 29 jusqu'à Cobya^ la fin de 1872, la ville de Caracoles renfermait de 5 à 6000 individus, dont 500 Boliviens ou autres de diverse origine, le reste» do nationalité cliilienne.

298 AMERIQUE DU SUD. (n<" 353-357.)

l'Amérique du Sud. En 1870, les chercheurs de M. Diaz- Gana découvrirent des gisements argentifères dans un endroit à peu près désert, situé à 39 lieues, à vol d'oiseau, du littoral, vers 23® latitude S. On baptisa cet endroit du nom de Caracoles, à cause du grand nombre de coquilles fossiles qu'on y trouvait.

On était loin de se douter, au premier abord, de l'importance de ces gisements ; cependant les premières exploitations conduisirent à des résultats si considérables, que tous les capitalistes du Chili consacrent aujourd'hui leurs principales ressources à l'acquisition de territoires argentifères et aux établissements de toute nature qu'entraîne leur e^^ploitation.

Les premiers propriétaires des terrains découverts ont vu s'élever rapidement les offres qiii leur étaient faites pour la cession de leurs droits. Ces offres devinrent telles, que M. Diaz-Gana opéra cette cession pour le prix fabuleux de sept millions cinq cent mille francs. M. Arnous de Rivière, qui a vendu un peu plus tard, a réalisé à son four, pour sa quote-part, la somme de dix millions do francs. En dépit de l'énormité de ces frais d'acquisition, les compagnies par actions qui exploitent actuellement le territoire de Caracoles, servent à leurs actionnaires une prime de 200 à 300 pour 100.

Ces compagnies sont au nombre de trente-quatre, et leur capital s'élève à soixante-sept millions quatre cent quinzç mille francs.

Il y a quatre routes qui mettent Caracoles en communication avec les ports du littoral. Comme elles ont toutes à traverser des pays de montagnes, elles doublent presque la distance qui sépare Caracoles de la mer en ligne droite, et leur parcours est encore difficile. Un chemin de fer en voie d'établissement, et dont les travaux sont poussés avec une extrême activité, reliera dans Seiix ans 1(! territoire des mines au port de Méiillones, qui

Page 1