‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 94 sur 425 · ÉTATS-UNIS. ABORIGÈNES · texte numérisé non relu

ÉTATS-UNIS. ABORIGÈNES

Empire ont appris le chemin des États-Unis, et ils comptaient, on 1870, pour 63 254 dans le chiffre de la population entière. Us y remplissent une foule d^offices, qui restent généralement dans d'autres pays le lot des femmes, lavant le linge, faisant les lits, promenant les enfants. Au surplus, le Chinois ne se mêle point au reste de la population qui l'entoure, et ne fait point souche d'Américains, n n'émigre jamais sans pensée de retour, et quand il a fait sa fortune, métier dans lequel il excelle, il faut que mort ou vivant il revoie son pays natal.

Lorsqu'au commencement de ce siècle Volney visitait TAmérique du Nord, on évaluait encore à 650000 le nombre des aborigènes répandus dans l'Union entière. Aujourd'hui, quoique sa superficie embrasse d'immenses territoires indiens qui en 1800 restaient en dehors de V Union, le C&tisus ne porte qu'à 383 812 le chiffre total des Peaux-Rouges, et encore ce chiffre est-il réduit à 321 000 par un autre document, peut-être plus digne de foi, le rapport du ministre de l'intérieur sur les Indiens. De ces Indiens, il y en a 25 731 de taxés et 123141 de recensés; 75000 habitent TAliaska, ou ancienne Amérique russe, 3662 sont dispersés dans la Floride, la Caroline septentrionale, Tlndiana, Tlowa, le Texas, et 60 000 environ peuplent ce qu'on a nommé le Tert*itoire Indien proprement dit, à Toucst du Missouri et de l'Arkansas.

Ce territoire offre une superficie de 44154 240 acres, et ne compte actuellement qu'un habitant par 600 acres. >■ On a calculé que si tous les Indiens de la République, à part ceux de l'Aliaska et ceux qui sont dispersés dans les Etats susnommés, consentaient à être transportés dans ce territoire particulier, chacun d'eux jouirait en moyenne d'une concession de 180 acres, tandis que leur départ des territoires qu'ils occupent à cette heure ouvrirait au travail des blancs une contrée d'une aire de 96692 731 acres. La difficulté est d'amener les Peaux-Rouges à renoncer à

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leurs habitudes séculaires de vie indépendante et nomade. Il ne semble pas, toutefois, qu'ils aient un autre parti à prendre devant le flot croissant de Témigration blanche, qui réclame à grands cris les terrains de chasse et les réserves que les Indiens occupent. Quelques tribus semblent résignées à ce sacrifice. Tel est le cas des douze tribus qui portent le nom collectif de Cherokîs. Ceux-ci ont toujours fait preuve d'une aptitude assez marquée aux choses de la civilisation. Ils publiaient un journal en leur langue, lorsque Alexis de Tocqueville se trouvait aux Etats-Unis ; aujourd'hui ils s'occupent de leur, organisation intérieure, et discutent même des question constitutionnelles.

Pour compléter ce dénombrement, il reste à parler des Noirs : de 757 208, dont 59 521 libres, qu'ils étaient en 1790, ils étaient arrivés en 1860 au chiffre total de 4441830, dont 488 078 libres. Dans l'espace de dix années, ce nombre ne s'est accru que de 38170. « Tel qu'il nous a été donné à nous-même de l'observer de près, la race noire nous a paru engourdie et abâtardie par de longues années de dégradation et de servitude, mais nullement frappée de cette déchéance irrémédiable et de cet idiotisme incurable auxquels certains ethnologues veulent la condamner. » Il est vrai que livrée à elle-même, elle n'a pas fait preuve, pas plus à Libéria, sur la côte d'Afrique, que dans l'ancien Saint-Domingue, d'aptitude à la civilisation et à la liberté. Il s'agit maintenant de savoir ce qu'elle saura faire dans ce milieu de l'Amérique si différent à tant d'égards de tous les autres. Des témoignages qui viennent de divers côtés, qui émanent de personnes avant vu et entendu, nous montrent sur l'autre rive de l'Atlantique des noirs déjà riches et instruits, des noirs ^es noirs prédicateurs, tition de ces populations et de ces races entre 'oncs géographiques de l'Union est intéres-

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santé à oonnaitre. Li race soiT>e «si restf^ surtout diiTis IfiB anciens Etais à esclaTes, qnoiqn'oUe ait d^a^^sc-z nombreux représentants dans les Etats de la XoTavelle-Anjrleteire et qu'elle fiorisse an Kansas. La race jaune est à peu près cantonnée en Californie : l'on a déjà dit la distribution de la race rouge. Quaui aux immipunts de la race blanche, on ne les trouve guère que dans le Xord, rOuest et IXst, à pan quelques groupes isolés que Ton rencontre dans la Vircinie occidentale, le Kentuckv, le Tennessee et quelques antres Etats du Sud, C'est dans les centres manufacturiers et minier de l'Est que cette population se montre la plus dense, de même q\io le long des grandes voies ferrées des Etats du centre.

L'émigration préfère la forêt à la prairie : c est pourquoi les régions très-boisées du Michigan sont phis peuplées que les prairies de Tlndiana et de T Illinois.

Le phénomène de l'accroissement des grandes villes, si visible dans l'ancien monde, se fait encore plus remarquer en Amérique. Quand la révolution de 1776 éclata, Boston, Baltimore. Philadelphie étaient des villes dont la population variait entre vingt et trente mille âmes : ce sont aujourd'hui des centres qui comptent la première 250 000 habitants, la seconde i67 000 et la troisième 676000. A cette époque, Détroit et Chicago étaient des bourgades, tandis qu'aujourd'hui Tune de ces localités est peuplée de .79 000 âmes, et Tautrc de 298000. Saint-Louis de Missouri, qui en 1834 n^était encore qu'un rendez-vous de trappeurs, de chasseurs et de Peaux-Rouges, a maintenant une population do 310 864 âmes. Cincinnati dans TOhio n'en compte pas moins de 216 000, tandis quil y en a 191000 à la Nouvelle-Orléans, si chétivc sous la domination française, et 149000 à San Francisco en Californie. C'est surtout dans le Far-West que les villes naissent et s'élèvent avec une rapidité merveilleuse. On n'a-pas le temps, ou on nepror»'^

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' pas la peine de baptiser leurs rues composées de maisons en bois ; on se contente de leur appliquer des numéros. Mais dès le premier jour de leur existence ces villes improvisées possèdent un maire et un conseil municipal, une imprimerie, une boutique de libraire, un journal, une banque, un bureau de poste et un télégraphe.

A la tête de toutes ces cités figure New York, dont la population, qui était de 513 669 personnes lors du recensement de 1860, était arrivée dix ans plus tard au chiffre de 942 292, et doit aujourd'hui atteindre celui de 980880, si la proportion de 15 pour 100 d'accroissement, qui a été signalée de 1860 à 1870, ne s'est pas démentie. Brooklyn, qu'un bras de mer seul sépare de New York et qu'on peut considérer comme son faubourg, n'était qu'une toifte petite ville lorsque les Anglais y battirent les Américains, et maintenant sa population approche de 400 000 âmes.

S 3. Un voyageur diplgmate.

Le nom de M. Hùbner a été prononcé tout à l'heure, à propos du jugement que lui, Allemand, il a porté sur la masse de l'émigration allemande, telle qu'elle se montre aux États-Unis. M. Hùbner nous est déjà connu; nous l'avons rencontré en Chine, et nous savons quelle est la valeur de cet esprit finement observateur. Ses remarques sur la société et les habitudes américaines méritent de nous arrêter un moment.

C'est en 1871 que M. Hùbner a entrepris son voyage de délassement et d'observation ; il voulait voir, et il a vu en effet, les États-Unis, le Japon et la Chine. Dans la première de ces trois contrées, sur laquelle on porte en Europe tant de jugements contraires, le voyageur s'attache avant tout à rétude des conditions sociales. Voici à

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