LES DAMES TINN
Heuglin, qui a renoncé, pour cette course dans le Sud» à son projet de voyage en d'autres parties inexplorées du Soudan.
Mlle tinné et ses volontaires marchent entourés d*une véritable flottille. Des barques chargées de provisions et d'objets d'échange accompagnent le petit vapeur qui porte le pavillon amiral. On a laissé le canal trop pratiqué du haut fleuve Blanc, pour entrer dans le Bi^ el-Ghazal (la rivière des Gazelles), affluent occidental quîise ramifie en plusieurs branches peu ou point connues.
Cest là que les dernières nouvelles laissent notre troupe de voyageurs, bien décidée à sonder le terrain dans cette direction aussi avant que possible, t La saison est décidément bien avancée, écrivait du Bahr el-6hazal, à la date dti 21 mars dernier, la mère de Mlle Tinné, et il peut se faire que nous nous embourbions dans les pluies et la boue ; mais ne vous alarmez pas. Nous avons deux savants pour nous conduire, soixante-dix ou quatre-vingts soldats bien armés pour nous garder, — sans compter la renommée qui nous précède, et l'idée que c'est la fiUe du Sultan qui voyage sur un vaisseau de feu ! » Ainsi , ces contrées sauvages perdues au fond de l'Afrique, dont on ne soupçonnait pas l'existence il y a quelques années à peine, et que l'antiquité avait enveloppées de légendes comme une terre interdite à l'œil humain,
« Nec licuit populis parvum te, Nile, videre, »
sont devenues non-seulement le champ d'études des explorations scientifiques, mais un théâtre ouvert à la curiosité des voyageurs dilettantes. C'est un signe des temps et uq présage de progrès rapides.
En parlant de deux savants qui leur servent de guides, Mme Tinné veut désigner M. de Heuglin et le docteur Steudner, les deux membres principaux de l'expédition dissoute que l'Allemagne, il y a quatre ans, envoya à la
Hremiere ,ni ail attrisié 1, "ne-. Trois semaines av Sleutiner adressait J M Hp ■ Géograpliie de Berlin le r "oyage d'Adoa à Gondar av viendrons tout» rienre. Lai détails snr la nature du Bah
ses affluents; une ohservatio fi«r la position en longitud, Rek (Hachera), qui devait et, 1 ouest ,„e sur l'esquisse p, PetermannetHassensteiii'
le» dernières lettres qu'on »°M<lu 5 juillet (Voir la B.I Quelque temps après la mor
ledoeteurSteuduer.ilavaitél, tene, et fort éprouvé. Il allain « se regardait comme hors d pluies étaient arrivées, les ri inondaient le pays, et il était plus avant. Il fallait attendre a les mêmes obstacles avaient
BARNIH ET HARTMANN. 71
koro pour Khartoum, H. Baker, au lieu de reprendre aveg ses amis le chemin de l'Europe, s'était résolÂment lancé vers l'intérieur dans la direction du sud-ouest, pour aller reconnaître le lac signalé par Speke au nord-ouest du Nyanza sous te nom de Louta-Nzighi (ci-dessus, p. 32), lac qui pourrait bien avoir, dans l'bydrograpbie de cette région lacustre, une plus (grande importance que le «api^ taine Speke lui-même ne l'a supposé. Mais il avait dû, i ce qu'il parait, rebrousser cbemin, et il était revenu 9g nord avec l'inteution de pénétrer dans le grand a^uent orieotal du fieuve Blanc qu'où nomme le Sobat.
La relation des pays du Nil publiée récemment par le docteur Robert Hartmann (n° 6) restera au nombre des plus remarquables, sous tous les rapports, que les eiplorstions contemporaines nous aient valu sur l'Afrique du Nord, Elle mérite, et c'est son plus bel éloge, d'être mise & cAté de la relation du docteur Russegger, dont elle est le digne complément. La géographie et l'ethnologie, aussi bien que les diverses branches de l'histoire naturelle, y puiseront une foule de données eicellentes, de faits nouveaux et bien observés, de savantes et saines déductions, qui ajoutent considérablement aux notions acquises sur la haute Nubie, et qui les affermissent en même temps qu'elles les étendent.
Le jeune baron Adalbertde Bamim, 61s de S. A. R. le prince Adalbert de Prusse, était dans sa diz-neuvième année. D'une santé délicate, et fatigué par des études assidues , il sentit le besoin d'un climat plus doux que le ciel de la Germanie. Les lointains et sérieux voyages étaient pour lui une tradition de famille ; il porta sa pensée vers les hauts pays du Nil, auxquels les récentes ezploratious
7S . AFBIQUS.
donnent aujourd'hui tant d'intérât. Un naturaliste ethnologue , le docteur Hartmann, fut attaché au voyage comme conseil à la fois et comme guide du jeune prince, et c'est à cette adjonction que la science doit l'eicelleDt livre que nous avons sous les yeux.
Parti de Trieste le 11 novembre 1859, sur le bateau k vapeur VAm^ka, le prince et sa suile débarquaient à Aleiandrie le 17. Une semaine de séjour dans la ville d'Alexandrie fut employée en excursions sur divers points des environs. C'est comme une prise de possession d'une terre nouvelle dont se dispensent peu de voyageurs. On s'arrêta au Caire jusqu'au 13 janvier, avant de commencer sur le Nil le voyage vers les hjuts pays. Le chapitre de M. Hartmann sur l'Egypte est instructif, et mérite d'être tu même après le Uvre substantiel du docteur Kremer'. L'expédition remonta le fleuve jusqu'à Dabbèh, au-dessQs du Vieux-Dongolah, et là prit la route de terre pour gagner directement Khartoum à travers les steppes de Baioudah, sur lesquelles le docteur Hartmann a donné une excellente étude. A Khartoum, le jeune prince et le docteur eurent occasion de voir la plupart de ceux qui, à divers titres, avaient déjà visité le haut Nil, entre autres notre regrettable compatriote le docteur Peney, qui inspire à M. Hartmann une véritable sympathie. « Ce médecin, dit le docteur, est né dans le pays de Gex, non loia de Genève, et vint au Soudan avec le Tcherkesse Ahmed- Pacha. 11 fit, comme médecin attaché à l'armée, une campagne au Takah sous Ahmed-Pacha Ménékli, et depuis quelque temps il est élevé au poste de chef du service médical du Soudan, avec le rang de major. Pecey a parcouru à plusieurs reprises les hauts pays du Nil, tels que lu Dongolah, le KorJofân, le Takah , le Sennâr, le Fazoki et le fleuve Blanc, et il en a rapporté une bonne connaissance de
. Voirie fttcéitulioiiime lie l'Année géographique, p. 113.
NUBIE. — BASHIM ET HASTlUnK. 73
CM contrdes et de leur histoire naturelle. Cet excellent homme a'est toujours montré aussi obligeant qu'empressé et désintéressé vis-à-vis des voyageurs européens, sus distiDCtion de rang ni de nation ; c'est un témoignage que loi rendait unaDimement des hommes tels que Lepsius, Brehm, Didier et nombre d'aatres. Je me joins à eux de tout coeur. > Le docteur Hartmann ajoute, ce qui est moins généralement connu, que Peney avait épousé une jaune fille de nation galla, qu'il avait rachetée de l'esclavage et fait baptiser sous le nom de Marie. Elle avait, dit-il, le visage rond, plein, un peu camus âe sa race, avec un teint d'un brun mat que relevait l'expression douce de ses yeux bien fendus. Elle était vêtue trës-simplemeot k l'européenne.
Les voyageurs, à partir de Khartoum, remontèrent le Bahrel-Azrek, ou fleuve Bleu, jusqu'au Fazokt, un peu en de{à du 1 L* degré de latitude. Un coup douloureux y attendait le docteur Hartmann. Son jeune pupille, le baron de Barnim, attaqué des fîËvres si pernicieuses sous ce climat, succomba te 12 juillet à Rosérès, apr&s quelques jours de maladie. Ce triste événement ne laissait plus au docteur qu'unepensée et un devoir, ramener le plus promptement possible en Europe les restes de celui qui venait de donner une victime de plus à ce ciel meurtrier de l'Afrique tropicale. L'ouvrage où le docteur a déposé le fruit de leurs études communes sera du moins, pour le nom du jeune prince, un durable monument.
Je ne puis entrer dans l'analyse des riches matériaux dont le livre se compose. Naturellement, les pays du Nil au-dessus de l'Egypte en forment le sujet principal. L'ethnologie y tient une grande place ; c'est , je l'ai déjà dit, avec l'histoire naturelle, la partie dominante de l'ouvrage. C'en est aussi la partie excellente. Je ne puis que signaler les chapitres, ainsi que les appendices, consacrés au Sennàr, aux Foundj, à la Nubie et aux Bedja. La l'année cÉooa. H. ' ^
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docteur y développe savamment une vue que tous les faits acquis coa&rmeut de plus en plus, et que l'on peut regarder aujourd'hui comme définitivement acquise h la science : c'est que toat«s les populations non nègres du nord-estde l'Afrique, les Oalla, les Somâl, les Daoakll, les Aga6 d'Abyieinie, les Berbers ou Bérâbra de la vallée du Nil, les Bsdja de la Nubie orientale avec leurs nombreuses ramifications, les Abbadèh du désert d'Ëgypti?, et enfin no grand nombre des tribus soi-disant arabes ài'ouestdu Nil, dans le Kordof&Q, le DArfour, etc., c'est, dis-je, que toutes MB populations appartienoent à une seule et môme race aborigène du nord de TAfrique, les Kouschites des livres h&reuz et des Egyptiens pharaoniques, et les Ëtbiopiens des Grecs. Il y a longtemps qu'avec beaucoup moins d'autorité, et sur des cousidérations plus particulièrement historiques, j'ai avancé et développé la même opinion.
Le deuxième volume de !a rclatiou de M. Trémaui (a* fi) touche en très-grande partie aux mêmes pays que Urelatioil allemande, à la vallée du Bahr el-Azrnk depuis Kbartoum jusqu'au Fazokl. Ce soat surtout des souvenirs et des impressions, dont le récit est attachant et pleia d'in* tèrèt, surtout quand l'auteur ne cherche pas k s'élever à certaines théories générales contre lesquelles l'état de la Bciaice, aussi bien que les principes rigoureux qui président aujourd'hui à ses investigations, auraient dû le pré-
M. Antoine d'Abbadie, le célèbre explorateur des pays abyssins, a publié cette année la troisième partie de sa Géodéiù lïStkiapit (n* 10). Cette publication se compose entièrement de formules, d'exposés de méthodes, d'iii-
ABTssmnE.— d'abbadie. 75
néraires réduits à leurs éléments abstraits, de relevés de positions géodésiques et astronomiques, et enfin de la liste des points, au nombre de 857, dont cet ensemble effrayant d'observations et de calculs a fourni les trois coordonnées, la latitude, la longitude et l'altitude, c'est-àdire la hauteur absolue au-dessus du niveau de la mer. Quelques pages d'introduction rappellent les circonstances principales des courses de l'auteur et de son frère Arnauld d'Abbadie dans les contrées éthiopiennes, où dix années presque sans interruption, de 1838 à 1848, furent consacrées à des travaux et à des études approfondies et souvent pénibles sur la topographie, l'ethnologie et les idiomes d'une région qui était devenue pour eux comme une seconde patrie. Quelques communications partielles, et de nombreux fragments de correspondance, avaient fait attacher à ce voyage les plus hautes espérances scientifiques ; ces espérances sont bien loin d'être complètement satisfaites par la publication actuelle. Nous avons là sous les yeux des matériaux plutôt que des résultats : des matériaux d'une grande valeur, assurément, mais qui ne touchent qu'à un des nombreux éléments de l'étude du pays, et qui d'ailleurs, par leur forme même, ne s'adressent qu'à un public très-restreint. Ces matériaux immenses rapportés de TAbyssinie par les deux explorateurs, c'était sous la forme vivante et sensible d'une carte élaborée qu'on en attendait Tapparition. Et ce n'était pas seulement une carte infiniment supérieure à tout ce que nous possédons que l'Europe pouvait attendre d'un aussi long séjour et d'un dévouement scientifique aussi absolu : c'était le curieux tableau d'une nature qui offre encore les plus singuliers contrastes de civilisation et de barbarie; c'était l'étude approfondie des éléments très-divers dont cette population se compose. M. d'Abbadie lui-même sent bien qu'il n'a pas acquitté sa dette, puisque actuellement encore il exprime l'espoir de publier un jour cette relatioa
k un désir peut-être irré M. d'Abbadie porte ce s moiûdres détails, depuis 1' qu'à l'orthographe compliq rendre l'exacte prononcia liéUs, il faut en revenir to^ le mieux est l'ennemi du h nous, une publication proi des imperfections et des lai été mille fois préférable li ( long et plus rude que ne fi nous exprimons, c'est l'admi vous pour, les longues -et rie qui nous les inspire, et la c que tant de matériaux d'un s pour la science. A qui demai La note suivante , que nou riodique et que nous avons écrite par M. d'Abbadie luiet complète de sa Géodésie (f .
t Jusqu'ici les vova^fi"'" "'
D ABBADŒ. 77
basùt la oarte do pays parcours ; hearenx encore n les dAermlDationi obtenues k l'aide des astres ne présentaient pas d'erreurs manifestes I Le voyage aiécuté par M. d'Abbadie en Ethiopie, de 1838 à 1B50, offre le premier eiemple d'une véritable trisngnlatioD aenéê \ bonne fin par un obserrateur isolé, muni seulement d'un théodolite, de chronomètres et de Mxtutts. H. d'Abbadie a pu conduire une chaîne de triangles depuis U cAta de la mer Rouge jusque dans l'iutérieur du mystérienz paya de Eaffa, situé sous le &• parallèle de latitude nord, o4 aucun Européen n'afsit eucore pénétra jusqu'alors.
< La Géodésie d'Ethiopie renferme les résultats de ses obser- Tirions, le calcul des latitudes et des longitudes détemdnëu par la lune, le soleil et les étoiles ; enfin les tours d'horiion ou relèvements de signaux faits au théodolite, su moyeD desquels on a pu construire le canevas des cartes qui accompagnent net ouvrage, et fixer les 8S7 positions de lieux dont il renferme la liste. Da plus, on y trouve l'exposé complet des méthodes â'obseTv&tion et des procédés de calcul mis en usage par l'auteur, et dont l'ensemble constitue oe qu'il appelle la Géodéne expéditive. Ce qu'il y a de plus nouveau dans cette manière d'opérer, c'est l'emploi hardi des signaux naturels ou points saillants offerts parrborizon (tels que montagnes, arbres, huttes, églises, etc.) ; l'accord intérieur des positions de H. d'Abbadie, lesquelles reposent essentiellement sur des gisements réciproques formant les cétés et les diagonales d'un grand polygone, justifie pleinement cet expédient si simple, si naturel et si délicat, lorsqu'on sait s'en servir avec précsutiou et discernement. L'ouvrage de M. d'Abbadie renferme encore des tables destinées àfaciliterles calculs. On peut le considérer comme un manuel de géodésie simplifiée. Trois fascicules de cet ouvrage ont paru: le quatrième et dernier contiendra neuf carteB, et le répertoire ou table alphabétique des matières. >
En attendant la relation ie M. d'Abbadie, nous recevons avec intérêt les communications moins étendues, miùs plus rapides, des récents voyageurs. Celles du regrettable docteur Steudner (n" 1 1), de même que le volume du docteur Brebm (n° 12), s'adressent surtout aux naturalistes ; la géographie, toutefois, peut aussi retever dans la première de ces deux pablica^ons, la seule que nous ayons en ce moment sous les yeux, d'eKcellentes obwt-
ï-*4 page. (Paris, Dup,3 n- Du m^me. Etudes éavni
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