ETHNOLOGIE GRECQUE
cienne Grèce a été, depuis le sixième siècle de notre ère, si profondément remuée et renouvelée par les invasions, les déplacements, les exterminations et les colonisations inté» rieures, que c'est à peine si i*on peut dire aujourd'hui qu'un reste de sang hellénique coule encore dans les veines des Grecs modernes. Un écrivain que Ton n'accusera pas d'hostilité contre la nation grecque, le professeur Gervinus de Heidelbetg, dans son Histoire de l'Insurrection et de la Régénération de la Grèce (n** 363), résume ainsi les arguments de Fallmerayer :
Sous JustinieD, la Grèce fut le théâtre d'une catastrophe par suite de laquelle tout le pays fut inoadé par les Âvaro-Slaves, qui laissaient à peine une ville debout, qui massacraient la popuiation hellénique ou la dispersaient dans les tles, soumettant, pendant trois siècles, le pays à l'inQuence slave, et donnant des noms slaves aux fleuves, aux montagnes, aux districts et aux trois quarts de tous les endroits, comme on les retrouve encore en nombre infini dans les districts slaves du Nord. 11 est vrai que plus tard les Slaves furent vaincus en Grèce par les empereurs byzantins (depuis 807), à l'exception des Mélingiotes en Laconie; mais le pays ne se repeupla qu'avec un mélange de gens venus des îles et de TAsie Mineure, ne s'appelant plus Hellènes, mais Romaiques et Chrétiens, ne parlant plus la langue hellénique, mais la langue romaïque. Et cette population néo-grecque, byzantine et déjà mélangée, qui s'étendait sur un fond slave, subit encore, au dixième et au onzième siècle, les invasions des Bulgares et des Uzes, au treizième l'occupation des Francs, depuis le quatorzième siècle les luttes des Ârnautes et des Serbes contre les Turcs pour la domination sur la Grèce en ruine, et dans tous les temps le mélange avec les Albanais immigrants. Si Ton songe que déjà du temps de Plutarque toute la Grèce était déserte et dépeuplée; que le pays était trop petit pour que le moindre coin eût pu échapper à cette irruption des barbares ; que la population était trop clairsemée pour absorber les masses de ces intrus; que la manière atroce dont les Slaves et les Bulgares faisaient la guerre rendait impossible une fusion paisible, et qu'en même temps on se pénètre bien de la nature de la population actuelle et des proportions dans lesquelles elle est composée, on comprend parfaitement que Fallmerayer, cet observateur sérieux et im-
31S EimoPE.
P«n»l, ait pa uriver à 1& concliuioa û Iranch&ntfl qae Toid : Les débris des ancieas Hellènes, depuis la Hscëdoîns jiuqQÏ la Hessénie, sont à peu près anéantis, et ce qni en reite aeon est tellement mélangé d'éléments bariksres, qa'il ne muIc lai ose seule goutte de sanj; hellénique par et sans mélange dut les veines des Romaïqncs Devenus à moitié Sarmates, à nuHiié Albanais, les Rumaïques porti^nt le type des deni races. Am Albanais, ils ont pris leur costume ; eo même temps que nombre de particularités dans Icnr langue et dans leur poésie Ibbt viennent des Slaves, dont la barbarie détniisit, chet las nonveaox Grecs, le sentiment de l'art et de la beauté plastiques qw possédaient à un si haut degré les anciens Hellènes.
Une telle manière de voir, qui démontre froidemeiit la moit d'an peuple immortel, soulève en nous, ajoute le docteotGo vinns, une répulsion instinctive; mais il était plos facile de m révolter contre elle que d'y opposer des rusons valablo. Baa critique pénétrante n'a pu la rétnter.
Le savant écrivain, dans son impartialité historique, admet donc, au moins dans leur sens géa'^ral, les vues de Fallmerayer; avec des réserves, toutefois, suivant du reste en cela l'exemple de Fallmerayer lui-même. Celui-ci n'avait pas dit d'une manière absolue que la race antique lies Hellènes fût entièrement anéantie. Il convenait qu'en certaines parties des côtes, môme sous la domination slave, la langue et la population grecques s'étaient conservées; il reconnaissait que le vieux sang hellénique se retrouve encore dans les lies et sur les côtes égéenoes de ^AQatolî^ aussi bien que chez les Phanariotes de Trëbizonde établis à Constantinoplc. La langue elle-même, malgré l'abâtardissement que lui a fait subir le mélange des éléments étrangers, a gardé au fond une attache étroite à l'ancienne souche. De toutes les langues modernes, c'est peut-être encore, après l'arabe, celle qui est restée le plus près de ses origines.
Tout en faisant ressortir ces puissantes atténuations de la thèse historique de Fallmerayer, M. Gervinus ne pense pas qu'elles suffiraient à rendre raison de ce frappant