AFRIQUE AUSTRALE
remonte le flenve, dont les eaux profondes coulent ici à pleins bords presque au niveau des terres basses et dé* trempées qui sont le domaine étemel des fièvres pemideoses et des insectes dévorants, on arrive, à quatre-vingts milles anglais de la c6te, au confluent d'une belle rivière que les indigènes nomment Ghiré. Les rapports que M. liviogstone avait reçus au sujet de cette rivière le délermin&rent à en faire Texploration. Le Pioruer s'y engagea et s'avança à travers une riante vallée, tonte couverte de villages entourés de plantations. C'était au mois d'août 1861. On parcourut ainsi un espace de deux cents milles ; mais alors se présenta un obstacle iofiranchissable. Des barrières de rochers coupent la rivière et y forment des rapides dont la violence rappelle les cataractes du Nil. Ces rapides se succèdent et s'échelonnent en quelque sorte sur une longueur qui n'est pas moins de trente-cinq à quarante milles, c'est-à-dire de cinquante à soixante kilomètres, et M. Livingstone n*estime pas à moins de douze cents pieds la chute totale de la rivière dans cet intervalle. Il fallut transporter le bateau à bras d'homme jusqu'audessus de la cataracte supérieure. Arrivé là, on vit s'étendre devant soi le bassin large et tranquille d'une rivière qui a presque l'apparence d'un lac ; le véritable lac d'où s'épanche la rivière est cependant encore à soixante milles (environ cent kilomètres). On y arriva le 2 septembre.
On était sur le Nyanza. C'est une vaste nappe d'eau, profondément encaissée entre des montagnes hautes de quatre mille pieds au moins et des plateaux également très-élevés; il ne le cède pas en étendue au Tanganyika exploré en 1858 par M. Burtpn et le capitaine Speke. L'extrémité méridionale du Nyanza, d'après les observations du docteur Livingstone, est par 14® 25' de latitude australe ; et le voyageur estime qu'il doit se prolonger au nord au moins jusqu'au 10* parallèle. Les violentes rafales qui tourmentent les eaux du lac à cette époque de
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tannée, ne pqmiicnt pis an petit vipenr de poosBer sa
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Le Kjanza est d'âne largeor médiocre, sartool dans sa partie méridionale, on il y a une bifurcation. Les eanz en sont douces et très-poissonneuses. Cinq ririères y débouchent du côté de l'ouest, dans la partie reconnue par le Pwnetr. M. Liiingstone estime que l'ahitode du lac andeasnsdn nirean de la mer estdeliOOà 1250 pieds an* g^ais, ce qui rerient i 365 ou 380 mètres. Un autre lac appelé Chinra, comparatirement de peu d*étendne, est voisin vers le sud-est de la pointe méridionale du Nyansa. L'intoralle entre le Nyanza et la côte de Mozambique est de 350 i 400 milles, c'est-à-dire de 130 à 150 de nos lieues communes, ou, en moyenne, de 600 kilomètres.
Quoique cette excursion n*ait été qu'une première reconnaissance, et que les circonstances n*aient pas permis aux explorateurs de pousser beaucoup dans les terres qui bordent le lac, M. Liringstone n*a pas laissé d'y recueillir quelques notions dignes d'intérêt. Les prorinces riveraines sont d'un bel aspect et très-populeuses. Vers le sud, à Touest du lac, les nègres appartiennent à une population appelée Maravi; en montant au nord, on longe successivement le territoire des Marimba, des Matomnboka, des Makousa et des Mazité. Ces derniers sont des Zoulous (les Kafres de nos relations), originaires de cette partie de la côte qui avoisine Sofala, un peu au sud du delta duZambézi.
Nous ne répéterons pas ici les détails que nous avons donnés sur ces populations dans l'article que nous venons de citera En somme, on ne peut pas dire que le docteur
1. Ces détails sont principalement tirés d'une lettre du voyageur publiée dans le Bulletin de la Société de géographie , juillet 1862 ^ p. 55.
PORTUOAIS. 5^
Livingstone ait découvert le Nyanza, puisque ce lac, ainsi que le Chiré, avait été d^à mentionné par plusieurs voya* geors ou pambieros portugais, et qu'il figura, sous le nom deMaravi, sur les cartes de d'Anville; mais comme, en définitive, les renseignements portugais, d'ailleurs très* vagues et très-imparlsits, n'ont jamais eu en Europe une publicité véritable, à ce point que les cartographes avaient cm faire acte de haute critique en efiacant des cartes d'Afirique le Haravi de d'Anville, les résultats positifs et précis des reconnaissances du missionnaire anglais équivalent réellement à une découverte. Un petit vapeur con-struit de manière à se démonter pour franchir les cataractes du Ghiré devait d'ailleurs retourner prochainement au lac à la date des dernières lettres de H. Livingstone, et on peut ainsi attendre encore de ce côté une exploration complète et circonstanciée. Ce qui apporte un stimulant de plus à ces reconnaissances anglaises, c'est que les pays qui avoisinent le Nyanza sont signalés par le voyageur, ainsi que par son frère Charles Livingstone de qui Ton a aussi des communications fort intéressantes, comme admirablement propres à la culture en grand du coton, cette souveraine préoccupation de l'époque actuelle.
$ 2. Le réveil des Portugais. M. Sa da Bandeira.
16. Zambezia e Sofàlla. Mappa coordenado sobre numerosos documentos antigos e modemos, porluguezes e estrangeiros, pelo V* de Sa da Bardbira: Lisboa, 1861 , une feuille.
17. Notes sur les fleuves Zambézé et Chiré, et sur quelques lacs de TAfrique orientale, par M. le vicomte de Sa da Bandeira. (Trsrduit du portugais par M. de la Roquette, dans le Bulietin de la Société de géographie y juin 1862, p. 351-361.)
18. Cartes portugaises de l'Afrique. {Bulletin de la Société de géographie de Genèrey t. II, 1861, p. 110-113.)
Les explorations du D' Livingstone ont éveillé Témulation rétrospective des Portugais. L'un d'eux, M. le vi-
comte Sa da Bandeira, qui a occupé à Lisbonne le poste de président du conseil des colonies et qui est aujourd'hui à la tête du ministère de la guerre, a construit» sur des matériaux, portugais, une carte du bassin inférieur du Zambézi, afin de montrer qu'avant les voyages du missionnaire anglais on possédait en Portugal de nombreux documents sur toute cette grande région de l'Afrique orientale. L'intention est des plus louables, et la thèse du noble auteur est hors de contestation; — à la condition, toutefois, de la renfermer dans les limites où nous l'avons posée à la fin du précédent paragraphe. Le premier travail sérieux de notre illustre d'Anville sur l'Afrique en 1727^, et le mémoire publié il y a dix ans par M. Desborough Cooley^ sur les lignes de communication à travers l'Afrique australe*, sans parler de l'essai de Bowdich' et de beaucoup de morceaux partiels, ont montré depuis longtemps tout à la fois quels secours on peut tirer des documents portugais pour la carte des parties de l'Afrique comprises entre les côtes d'Angola et de Mozambique, et ce qu'on peut attendre de ces documents. Des noms, des aperçus, de vagues indications, rien de précis, rien de scientifique. Il est impossible de ne pas reconnaître que la première expédition du docteur Livingstone et les reconnaissances encore incomplètes de son voyage actuel, ont incomparablement plus fait pour la carte et pour l'ethnographie de l'Afrique australe, que les n^atériaux plus ou moins tardivement publiés, recueillis par les Portugais depuis trois siècles et ' demi sur ces vastes contrées qui relèvent nominalement
1. Carte de V Ethiopie orientale située sur la mer des Indes, entre le cap Guardafouin et le cap de Bonne-Espérance, dressée sur les meilleurs mémoires, principalement sur ceux des Portugais (pour la Relation d'Abyssinie du R. P. Jérôme Lobo, traduite du maouscrlt portugais par M. le Grand).