COURS DB CARL RITTER
découvertes géographiques y est prise depuis les temps les plus anciens et conduite jusqu'à la fin du moyen âge, au seuil du xvi* siècle. Elle se divise ainsi en deux périodes générales, l'antiquité et le moyen âge; et, dans chacune des deux périodes, le sujet présente une série de coupes naturelles, selon les grandes époques de l'histoire. Dans l'antiquité, le professeur s'occupe successivement des Hébreux, des Phéniciens et des Carthaginois, des Grecs avant Alexandre, d'Alexandre et de ses expéditions, des Indiens et des Chinois, et enfin des Romains. Dans le moyen âge, les grandes divisions du cours sont au nombre de sept : les migrations des Barbares et la chute de l'Empire, la propagation du christianisme, l'apparition de l'islam et l'empire des khalifes, les courses maritimes et les découvertes des Normans, les relations commerciales des républiques italiennes, les croisades, et finalement les découvertes maritimes des Portugais jusqu'à Christophe Colomb.
Userait inutile d'insister sur ce que ce plan a de rationnel, et sur ce que l'érudition de Cari Ritter y devait répandre d'intérêt. Le professeur, nous l'avons dit, se complaisait dans ces prolégomènes, qui sont les avenues de la science et qui préparent admirablement à en contempler la grandeur. Aussi nous paraît-il que les cahiers publiés renferment plutôt le cadre et la substance des leçons que les leçons mêmes, telles qu'elles se développaient pour les auditeurs, agrandies et fécondées par l'improvisation. C'est un vaste tableau dont les principaux groupes, bien disposés pour la perspective et les proportions, ne sont marqués encore que dans leurs grands contours et leurs traits généraux, quoique çàet là une figure se détache plus particulièrement étudiée, et déjà frappée de ses touches caractéristiques.
Mais la main d'un mattre se reconnaît aussi bien dans la sûreté d'une rapide esquisse que dans la perfection d'une
figure achevée. Tontes les grandes qualités de Cari Ritter se retrouvent dans ces cahiers universitaires^ la profondeur du savoir, retendue et Tuniversalité des lectures» la justesse des aperçus, la fécondité des rapprochements.
Après les Egyptiens et les Hébreux, le professeur arrive aux Phéniciens, dont il suit les navigations et les établissements dans la Méditerranée, puis dans les mers extérieures du Midi, de TOuest et du Nord, en rattachant aux découvertes des navigateurs de Sidon et de Tyr celles de la colonie tyrienne de Carthage. Ici se présente la question d*Ophir, obscure entre les plus obscures. Cari Ritter parait pencher vers l'hypothèse récente de M. Lassen, qm voit Ophir chez les Abhlras du bas Indus ; mais cette opinion a contre elle de bien graves, pour ne pas dire d'in« surmontables objections. Ritter touche rapidement à la navigation d'Hannon, le plus grand fait de l'histoire maritime de l'antiquit*^; et Ton voit que sur le point extrême de cette navigation, il n'avait encore que des idées mal arrêtées. Il faut dire, au surplus, que sur les différents problèmes de géographie critique que soulève Thistoire des anciens peuples navigateurs, Ritter ne se livre guère à des investigations personnelles; il se borne en général à rapport'^r les opinions antérieures, en se rattachant à celle qui lui paraît la plus probable.
C'est la marche qu'il suit pour la navigation des Argonautes, cette tradition fameuse qui ouvre l'histoire de la Géographie chez les Grecs. Prise en elle-même, et à n'y voir que les premiers essais des nautonniers grecs, se hasardant, après les Phéniciens, dans les parages redoutés de la mer Inhospitalière, cette tradition n'offre sans doute qu'un médiocre intén't pour l'histoire positive; mais à un autre point de vue, en suivant les développements de la tradition populaire et ses transformations successives chez les poètes et chez les logoyraphes, depuis les allusions sommaires qu'on en trouve dans Homère et dans