SÉNÉGAL
plus heureux résultats, non -seulement pour la consolidation de nos bons rapports réciproques, mais aussi pour l'extension de nos informations géographiques. Nous devons mentionner particulièrement MM. Mage, Vincent et Bourrel, envoyés à peu près simultanément chez les Douaich, les Trarzas et les Braknas. Les rapports publiés de ces trois officiers ^ sont d*un singulier intérêt tout à la fois pour l'étude intime des habitudes et du caractère de ^ ces ^ibus, et pour la connaissance exacte des parties du Sahara comprises entre le Sénégal inférieur et l'Algérie occidentale. La carte de cette portion du désert, grftce i
]. £. Mage, Voyage au Tagant , Afrique centrale (déc. 1859^ jan- Tîer 1860). Manue Algérienne et Coloniale , t.lll, 1860, p. 1-28. Carte.
H. Vincent, Voyage d'exploration de TAdrar (mars-juin 1860), Sahara occidental; tbtd, p. 445-494» avec une carte. — Reproduit dans, le BuUeiin de la Société de géographie f}SLny, 1861, p. 5-37.
Bourrai, Voyage dans le pays des Maures Braknas, rive droite du Sénégal, juin-octobre 1860. Revue Maritime et Coloniale , sept. 1861, p. 511-545, avec une carte.
Pour compléter l'indication des sources nouvelles sur les extrémités occidentales du Sahara , il faut joindre aux relations qui précèdent celle de Léopold Panet, qui traversa le désert, entre Saint-Louis et le Maroc méridional, de janvier à avril 1850 (Relation d'un voyage du Sénégal à Soueira (Mogador), par M. Léopold Panet, indigène sénégalais; Revue Coloniale ^ t. V, 1850, p. 379-445, 473-563), en rapprochant de ce texte Textrait analytique qu'en a donné M. Aug. Petermann dans les Mittheilungen (18G0, p. 101-112), avec une carte qui ajoute beaucoup à la valeur de la relation. Il faut y joindre aussi les informations recueillies à Timbouktou, par M. Barth, sur ces parties du Grand Désert (dans les appendices de sa relation de TAfrique centrale, t. V)^ informations que le D' Petermann a fondues danssa carte de l'itinéraire de Panet. Il faut enfin consulter les Renseignements géographiques sur la partie du Sahara comprise entre rOued-Noun et le Soudan ^ par M. Faidherbe, morceau que nous avons, mentionné dans la note de la page précédente, et le Voyage de Si Bou-Moghdad entre le Sénégal et le Maroc, dont il y a une double relation dans la Revue Maritime et Coloniale, mai 1861, p. 477-494, avec une carte, et dans les Nouvelles Annales des Voyages, juin 1801, p. 257-270. Enfin on peut mentionner encore l'Exploration de la baie d'Arguîn, par le capitaine du génie G. Fulcrand (octobre 1860), Revue Maritime et Coloniale j mai 1861, p. 495-510, avec un plan de ^a ba'o et un plan de l'Ile.
ces précieuses informationSy a pris depuis deui aos un aspect tout nouveau.
Cet ensemble de mesures intelligentes et fortes a replacé notre colonie dans une situation infiniment supérieure à ce qu'elle était depuis longtemps. Une période toute nouvelle de prospérité et de développement a commencé pour elle. Notre position sur TAtlas est pour beaucoup dans cette nouvelle situation. Mattres de deux territoires tels que l'Algérie et le Sénégal» quand nous aurons relié ces deux grandes possessions par une communication sûre et régulière, — et c'est à quoi tendent en ce moment nos efforts, — tout le nord-ouest de l'Afrique sera daus nos mains.
39. Itinéraire historique et descriptif de TAlgérie, comprenant Iq Tell et le Sahara. Par L. Pisssb. Paris. 1862, gr. in-lR de CLXXXYJi-511 pages, avec cinq cartes (Hacnette).
40. £tat actuel de l'Algérie. Géographie physique et politique de r Algérie. Description physique, divisions naturelles, divisions sulturales, produits, zoologie, populations, mœurs et (^utumes, commerce et industrie, administration. Dictionnaire géographique et historique de toutes les localités. Par Achille Fillias. Alger, 1862, petit in-8 de 292 pages (Paris, Hachette).
41. État actuel de l'Algérie, publié d'après les documents officiels, par ordre de S. Ezc. le maréchal Pélissier, sous la direction de M. Mercier-Lacombe, directeur général des services civils de l'Algérie, (par Ach. Fillias). Alger, 1862, in-8, 85 pages, avec une carte.
42. Exposition universelle de 1862, à Londres. Catalogue spécial, accompagné de notices historiques et statistiques sur les produits agricoles et industriels de l'Algérie. Mai 1862 (Paris). In-8 de XII -147 pages.
ALGÉRIE. 9f
43. Alger, fitude, par Era. Fbtdau. Paris, 1862, gr. in-IS 4e ir* 288 pages (Michel Lévy).
44. Ch. TBiBaRT-MiEO. Six semaines en Afrique, souvenirs de |b ▼oyage. Paris, gr. in- 18 de 356 pages, avec une carte et des - ▼ignettes (Michel Lévy).
45. Reise indas innere von Algérien, duroh dieKabylieund Sahara. (Voyage dans l'intérieur de rAlgérie, à trarers la Kabylie et le Sahara), Ton ly M. Hirscb. Berlin, 4862, in-8, 413 pages avec une carte et trois Tues.
46. Db PouGif ac. Résultats obtenus jusqu'à ce jour par les explorations entreprises sous les auspices du gouTemement de l'Ai- * gérte pour pénétrer dans le Soudan. Avril 1862, in-8, 20 pages, avec une carte.
— Reproduit dans le Bulletin de la Sociiii de ffiographiêf avril 1862, p. 222-239. (La carte réduite.)
48. Baron H. Aucapitàinb. Ouaregla. Sahara algérien. Jf^motref de la Société de géographie de Genève, t. II, 1861 , p. 138-155.
49. H. S. FRBBMAif. A grammatical sketch of the temahug or towarek language. London, 1862, in-8.
50. Annuaire de la Société archéologique de la province de Constantine. Année 1862. Alger, 1862, in-8 de xvi-198 pages, avec i4 planches.
T)!. Revue africaine. Journal des travaux de la Société historique algérienne. 6* année, 1862, in-8.
<( 1 . Aperçu des éludes scienliflques et des opérations géodésiques poursuivies en Algérie et dans les parties limitrophes du Sahara depuis 4830.
Si quelque chose distingue profondément la disposition intellectuelle des temps modernes du caractère des civilisations anciennes, c'est Tesprit d'investigation des nations actuelles de l'Europe, dans leurs rapports avec les peuples étrangers. Là où les Grecs et les Romains se contentaient d'un coup d'œil rapide et dédaigneux, n'estimant pas qu'en dehors d'eux-mêmes rien méritât une étude sérieuse, nous apportons une ardeur de recherche qui veut tout connaître et aller au fond de chaque chose. C'est ainsi que dans le
domaine des antiquités historiques on a fait de nos jours l'année géogr. I. 6
tant de belles découvertes qui resteront une des gloires du dix-neuvième siècle.
Notre colonie algérienne est un frappant exemple de ce profond contraste entre Tesprit du monde ancien et notre esprit moderne. Les provinces que nous occupons dans le nord de TAfrique, les Romains les possédèrent aussi pendant huit siècles, — pendadt six siècles au moins, si l'on veut s'arrêter à la conquête vandale. Dans ce long espace de temps, Rome couvrit ses provinces africaines de travaux et de constructions dont nous admirons encore les innombrables restes. Elle y ouvrit des routes dans toutes les directions ; elle y fonda de nombreuses colonies ; elle y construisit des villes, elle y éleva de magnifiques monuments.
Tout cela importait à la sécurité de sa domination autant qu'à l'administration même du pays ; tout cela d'ailleurs était dans le génie éminemment pratique des conquérants. Mais, à part ces travaux, dont il faut reconnaître la grandeur, qu'est-ce que Rome a fait pour l'étude du pays à un point de vue scientifique ? Quelles notions sérieuses nous a-t-elle laissées sur les populations natives, aussi bien que sur l'histoire de Carthage avant les guerres puniques ? car on ne peut donner le nom d'histoire aux légendes puériles recueillies par Salluste. Les historiens romains songèrentils jamais à ce genre de recherches? les regardaient-ils seulement comme dignes de leur attention ?
Comparez maintenant à cette indifférence du peupTe-roi pour l'élude historique de ses possessions, ce que depuis 1830 nous avons fait en Algérie.
Nous aussi, au milieu même des luttes incessantes qu'il nous a fallu soutenir pour asseoir notre domination sur les Kabyles et les Arabes, nous avons fondé et nous fondons chaque jour de nombreux établissements; nous aussi, nous ouvrons de belles routes militaires à travers le pays ; nous aussi, nous exécutons de grands travaux dans les ports et
dans rintérieur : mais bien d'autres objets, en dehors de l'organisation civile ou politique et de l'administration mih térielle, ont fixé notre sollicitude. Le gouvernement a puissamment encouragé Tétude des deux idiomes indigènes, i*arabe et le berber ; et de cette double étude, de la seconde en particulier, sont sortis des travaux non moins importants pour la philologie générale que pour nos rapports avec les tribus. Les tribus elles-mêmes, tant arabes que berbères, ont été l'objet d'une investigation approfondie dans leur nomenclature et leurs divisions, dans leurs mœurs, leurs usages et leurs idées religieuses, dans leur industrie et leurs habitudes commerciales, dans leurs tra*ditions et leur histoire. Un grand monument historique, Toeuvre d'Ibn Khaldoun, dépositaire des traditions nationales des Berbers sur leurs origines, sur la filiation de leurs tribus et les événements de la conquête arabe, a été traduit. On a déjà fouillé le sol sur une foule de points pour exhumer les restes enfouis de la domination romaine, et on a retrouvé ainsi un nombre infini de monuments, de débris et d'inscriptions qui ont été décrits dans de beaux ouvrages archéologiques ou consignés dans un précieux recueil d'épigraphie romaine. Plus d'une fois, on a vu des compagnies de nos braves soldats, déposant le fusil pour manier la pioche, travailler avec l'ardeur de véritables archéologues, sous la direction d'un officier instruit, à déblayer quelque vieux monument. L'armée a gardé le souvenir du capitaine Carbuccia, à qui l'Académie des Inscriptions a dû plus d'une communication importante. L'étude physique, l'étude géographique, ont marché de front avec les investigations des archéologues. Le pays a été levé pied à pied par nos officiers et nos ingénieurs, à mesure que nos armes nous ouvraient l'accès de nouveaux cantons ; de belles et excellentes cartes ont été ainsi dressées, et Ton peut dire aujourd'hui que le territoire algérien; nous est aussi connu que nos propres départements dans
la plus grande partie de sa vaste étendue ^ Depuis vingt ans et plus, on a pu suivre, année par année, le progrès de ces études multiples, dont les résultats ont été régulièrement déposés dans des ouvrages officiels. C'est ainsi que se sont formées deux volumineuses collections, le Tableau >• de la situation des établissements français et YExploralion scientifique de r Algérie, sans parler des revues spéciales, non plus que d'une multitude de recherches, de voyages, de dissertations et de morceaux particuliers. Le Tableau des établissements français de V Algérie^ à côté de renseignements statistiques d'une nature essentiellement transitoire, contient un grand nombre de documents précieux pour l'histoire, la géographie et l'ethnographie algériennes *, de même que les ouvrages réunis sous le titre commun d'Exploration scientifique^ ouvrages qui sont dus pour la plupart à des membres de nos bureaux arabes, apporteront d'excellents matériaux à la description de notre belle colonie quand sera venu le moment de l'écrire '. Notons en-
1. Le service topographique est constitué en Algérie comme le service de la carte de France; il a produit des travaux remarquables. Parmi les plus récents, il faut citer la carte de nos possessions sahariennes, dressée au 200 000* sur des levés partiels, dont plusieurs au 10000*. Les stations importantes ont été déterminées par des observations astronomiques.
2. La collection , commencée en 1837, se compose aujourd'hui de quatorze volumes; le dernier publié est de 1859.
3. Voici l'indication des ouvrages dont se compose , pour la partie historique, la collection intitulée Exploration seientifique de V Algérie.
Tome 1" de la collection. — Ëtudes des routes suivies par les Arabes dans la partie méridionale de l'Algérie et de la régence de Tunis, par E, Carette, f854. 1 vol.
T. II.— Recherches sur la géographie et le commerce de l'Algérie méridionale, par le même. 1864. 1 voL
T. III. — Recherches sur l'origine et les migrations des principales tribus de l'Afrique septentrionale, par le même. 1853. 1 vol.
T. IV et V. — Études sur la Kabylie proprement dite, par le même. 1848. 2 vol.
rr. VI. — Mémoires historiques çt géographiques sur l'Algérie, par K Pellissier. 1844. l vol.
-t. VIL — Histoire de l'Afrique de Moh'ammed ben-Abi-el-Raïm-el-
CûrOy pour compléter le bilan bien sommaire de ces traTaux et de ces publications, les investigations importantes dont notre établissement en Afrique est devenu l'occasion sur plusieurs des territoires avoisinants : à Touest, sur les provinces du Maroc, encore si peu connues ; à Torient, sur la régence de Tunis et le site de Carthage ; au midi» sur le Sahara et ses oasis, à peine connus de nom il y a vingt ans, et qui nous sont devenus familiers depuis que le général Daomas et d'autres après lui en ont tracé des tableaux aussi animés que fidèles.
Voilà ce que nous avons fait depuis trente ans en Algérie. La France a droit d'en être fière autant que du progrès de ses armes, car il est digne d'une grande nation de faire marcher de pair l'œuvre de l'intelligence avec l'œuvre de la force. L'Angleterre, qui s'enorgueillit à juste titre des investigations scientifiques qu'elle poursuit ou encourage dans ses nombreuses colonies, n'en pourrait citer aucune où elle ait autant fait dans le môme espace de temps ; et si nous remontons jusqu'aux époques les plus brillantes de la puissance grecque et romaine, on peut dite que Tantiquité tout entière a réuni en dix siècles moins de notions positives sur le monde alors connu, que nous en un tiers de siècle dans nos provinces africaines.
Telle est, il faut le répéter, la difiérence caractéristique des esprits et des temps.
K'aïrouâni, traduite de Tarabe, par MM. E. Pellissier et Remusat. J845. 1 Yol.
T. VIII. — Recherches géographiques sur le Maroc, par M. Renou, 1846. 1 vol.
T. IX. — Voyages dans le sud de TAlgérie et des États Barbaresques de Touest et de Test, par El-Aïachi et Moula-Ah'med , traduits par M. Adr. Berhrugger, 1846. 1 vol. (avec la relation d*uQ voyage de T'aza à Tunis, par M. Favre).
T. X à XV. — Précis de jurisprudence musulmane, par Rhalll ibii- Ish'ak\ traduit de l'arabe par M. Perron, 1848-1854. 6 vol.
T. XVI. — Description de la régence de Tunis, par E, Pelliiier. 1S53. 1 vol.
Je De puis suivre dans ses détails l'histoire scientifique de FAIgérie^ Je voudrais seulement appeler l'attention sur quelques-uns des travaux les plus récents, sur quelques explorations en cours d'exécution, qui ont donné ou qui promettent de remarquables résultats pour Tethnograr^ phie, pour la géographie et pour l'archéologie des pays algériens.
Je dois signaler d'abord, quoiqu'il ait trois ans de dalt, un excellent volume du capitaine Devaux sur les Kébails du Djerdjéra^ Kébail est la véritable prononciation du mot dont l'usage vulgaire a fait chez nous kabyle. Déjà ce groupe de tribus, cantonné dans le massif du Djerdjéra, chaîne abrupte et sauvage qui domine, à Test d'Alger, la zone maritime comprise entre Dellys et Bougie, avait été l'objet de bons travaux de M. Carette, de M. Berbrugger et du général Daumas; mais aucun de ces travaux n'était, à beaucoup près, aussi précis et aussi complet que celui du capitaine Devaux. ËDumération des tribus, usages et coutumes, organisation et gouvernement intérieurs,. tout y est exposé de la manière la plus circonstanciée, aussi bien que la géographie même du pays kabyle, ses productions, ses ressources, et l'industrie des habitants. Ce travail, en partie basé sur l'observation personnelle, en partie sur des informations tout à fait authentiques, a pour nous un grand intérêt; car cette population kébaïle du Djerdjéra, la dernière que nos armes aient soumise, a conservé mieux qu'aucun autre groupe berber de l'Algérie la pureté du sang aborigène. C'est bien là cette vieille race libyenne qui a défendu son indépendance contre tous les conquérants étrangers, contre les Carthaginois et contre les Romains, contre les Vandales et contre les Arabes, comme naguère encore contre notre drapeau.
1. UsKébailes du Djerdjéra; études nouvelles sur les pays vulgairement appelés la Grande Kai>ylie, Par G. Devaux, capitaine au l*' zouaves, ancien chef de bureau arabe. Marseille^ 1859, 1 vol.
V Essai sur la grammaire kabyle j de M. Hanoteau^ est le complément naturel du livre de M. Devaux. M. Hanoteau, comme M. Devauz^ appartient à l'armée d'Afrique. On voit ici développé, pour la première fois sous une forme régulièrement grammaticale, l'organisme tout entier )te cet idiome de la race berbère, — idiome que les anciens aésignèrent sous la vague appellation de langue libyque, — représenté par une de ses branches les plus importantes, n s'y est fait une certaine inuniztion de mots arabes, mais seulement pour l'expression des choses de la religion et de la jurisprudence, pour ce qui représente, en un mot, la civilisation musulmane dans la mesure que les Berbers de l'Atlas la reçurent il* y a douze cents ans; hors de là, le vieil idiome a gardé sa pureté et aussi sa rudesse primordiales. C'est toujours la langue que parlaient les aborigènes de la région Atlantique, lorsqu'une colonie tyrienne, près de 900 ans avant notre ère, vint jeter les fondements de Carthage.
Ce premier travail de M. Hanoteau n'a été que le point de départ d'une seconde étude, plus riche encore et plus développée, sur le dialecte berber du grand désert, celui que parlent les Touareg '. Comme cette aère population, si redoutée des caravanes, s'est éloignée du littoral tripolitain vers le milieu du onzième siècle pour échapper au joug arabe, et que son isolement dans les oasis l'a tenue depuis lors complètement à l'abri de tout contact étranger, aucune n'est plus propre à nous rendre l'idiome libyen dans son intégrité absolue.
Nos rapports politiques et commerciaux, qui s'étendent de plus en plus vers Tintérieur, donnent d'ailleurs à cette publication un caractère d'actualité pratique autant que
ï. Paris, 1858, 1 vol.
2. Essai de grammaire de la langue tamachek'f renfermant les principes du langage parlé par les Imouchaf' ou Toudreg, par A. Hanoteau, chef de bataillon du génie. Paris, 1860 (ChaUamel).
scientifique. C'est par le pays des TouAreg, et en partie sans doute par leur intermédiaire, que doivent s'établir nos futures relations avec le Soudan. L'ouvrage du savant officier n'est pas, du reste» exclusivement grammatical; on y trouve sur les TouAreg eux-mêmes, sur leur répartition géographique et leurs grandes divisions, sur leur organisation intérieure, leurs lois et leurs coutumes, des * détails dont plusieurs joignent à leur intérêt propre le mérite de la nouveauté.
Le travail de M. Hanoieau sur le tamachek' ( c'est le nom que les Imoucbagh donnent à leur idiome), fait présager un intérêt particulier. On peut espéror, avec ce nouveau secours, que le déchiffrement des inscriptions libyques n'aura plus de difficultés sérieuses, bien qu'il spit pour le moins très-douteux qu'il y ait à attendre de ce côté quelque chose de considérable pour Thistoire. Mais il n'en est pas de même de l'acquisition de la langue berbère. La connaissance complète et régulière de cet antique idiome ouvre à l'ethnologie un nouveau champ d'études, dont il serait difficile aujourd'hui de prévoir la limite. 11 y a là une famille tout entière des populations primordiales de l'ancien monde, dont les origines et les affinités ont échappé jusqu'à présent à toute investigation : c'est encore un des problèmes, — et non certes le moins important, — dont les études algériennes auront préparé la solution.
Si l'on ne peut raisonnablement se promettre de bien grands résultats du déchiffrement des quelques inscriptions libyques que l'on a découvertes, ou que l'on découvrira peut-être encore dans les limites de la Numidie et de l'ancienne province d'Afrique (l'Algérie et la régence de Tunis), il n*en est pas ainsi, tant s'en faut, des inscriptions romaines dont ces provinces sont couvertes. Il y a longtemps que la richesse du nord de l'Afrique, sous ce rapport, était connue ; mais sous la domination turque, l'exploration en était difficile. Cependant un savant voyageur anglais, le
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docteur Thomas Shaw, parvint, il y a aujourd'hui cent trente-quatre ans, à recueilUr une ample moisson d'observations dans les régences d'Alger et de ïunis« et sa relation, encore utile à étudier aujourd'hui, était restée jusqu'en 1830 le plus abondant répertoire à consulter pour les antiquités, rhistoire naturelle et la géographie des deux régences. Les travaux et les études locales de nos ingénieurs et de nos savants, sans rien diminuer du mérite de cette remarquable relation, ont pu seuls en constater les inévitables lacunes. Dès les premiers temps de la conquête, les recherches qui devaient combler ces lacunes furent provoquées par le gouvernement; — ou plutôt, pour écarter les fictions officielles et rester dans la vérité des faits, Tattention du gouvernement, sollicitée par quelques membres influents de l'Académie des inscriptions, se porta sur cet objet. Le 18 novembre 1833, le ministre de la guerre écrivait à l'Académie :
« J'ai senti les avantages que pourraient offrir une bonne géographie de la Mauritanie, sous la civilisation antique, et une histoire des Romains dans cette contrée, des institutions qu'ils y avaient fondées, des rapports qui s'étaient établis entre eux et les indigènes.... Ces recherches ne me paraissent pouvoir être faites fructueusement que par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Leur étendue et leur portée les rendent dignes de toute son attention, et je ne doute pas que, partageant à cet égard la sollicitude du gouvernement, elle ne s'associe avec plaisir à ses efforts pour l'accomplissement d'une œuvre qui peut attacher une gloire de plus à la conquête d'Alger. »
Cette lettre ministérielle, et d'autres qui suivirent, amenèrent des rapports et des instructions rédigés par M. Walckenaër, au nom d'une commission spéciale. Ce furent des guides fort utiles pour les investigations archéologiques, qui, chaque année, depuis lors, sont devenues plus fructueuses. Deux sociétés d'archéologie et d'histoire.
fondées à Constantine en 1853 S et à Alger en 1856% y ont contribué pour leur part.
Mais rëre capitale de Fépigraphie algérienne date, à vrai dire, de 1850, époque où M. Léon Renier, aujourd'hui membre de TAcadémie des inscriptions, fut chargé d*une mission officielle pour la recherche des inscriptions romaines en Algérie. Les découvertes de cet archéologue éminent dépassèrent toutes les espérances; et, en même temps qu'une foule de momiments inédits furent mis en lumière, les inscriptions antérieurement connues furent soigneusement revisées. Telle fut l'abondance des matériaux ainsi réunis en quatre ou cinq années, que M. Renier en a pu former un ample recueil, l'un des plus riches et des plus savamment ordonnés qui existent pour aucune des contrées de l'antiquité classique*.
Cet admirable travail est d'une valeur inestimable pour l'histoire de la colonisation romaine et pour l'administration coloniale, aussi bien que pour un nombre infini de points particuliers de l'histoire publique et de l'histoire civile; mais il est surtout précieux pour l'ancienne géographie des provinces algériennes. On peut dès à présent reconstruire, avec très-peu de lacunes, la carte de l'Afrique romaine et le tracé des anciennes voies. Ce travail, qui manque encore, n'attend qu'une main exercée aux élaborations de la géographie critique ; les éléments sont là presque entièrement rassemblés.
On formerait une bibliothèque des seuls ouvrages publiés
1. La Société archéologiqw de la province de Constantine. Elle publie un Annuaire à époques indéterminées, dont il a jusqu'à présent paru six volumes.
2. La Société hittorique algérienne. Elle publie depuis son origine, sous le titre de Bévue africaine y un journal dont le sixième volume est en cours de publication. Nous reviendrons tout à Fheure sur les travaux de ces deux sociétés.
3. Inscriptions romaines de VAlgérie^ recueillies et mises en ordre par M. Léon Renier. Paris, 18.55 à 1861, 1 vol. gr. in-4.
giuis 1830 sur rAlgérie^ et en particulier des publications jrïodiques. Je viens de mentionner deux journaux archéo- ^ques, organes des sociétés de Constantine et d'Alger; Ins outre ceux-là, et sans parler des feuilles quotidiennes, ^n'est dans la colonie aucun intérêt spécial qui n*ait eu, n n'ait encore ses représentants. Quelques-uns ont eu un iractère officiel. Il y a quinze ou seize mois, lors de la réation du ministère de TAlgérie, il s*en fonda un qui lérite d'être distingué. Organe officiel de l'administration t sorti directement des bureaux, le nouveau recueil reçut I titre de Recu^ algérienne et coloniale. Cette revue s*est it remarquer par le soin qui a présidé à sa composition ; par Texcellence de ses documents. Malheureusement, sxistence de la Revue algérienne n*a pas été de longue mrée; née avec le ministère de l'Algérie, elle est morte rec lui*. Jusqu'à présent, son héritage n'a pas été reiieilli*.
§ 2. Historique des expIoralioDS du Sahara algérien.
Dans Thistorique des reconnaissances poussées vers le ud au delà des provinces algériennes, vers ces parties du ahara coupées encore d'oasis habitées et qui précèdent les Dlitudes sablonneuses et absolument inhabitées du Grand désert, on peut reconnaître, avec la brochure de M. de Pognac (n"" 46), deux périodes bien distinctes. Pendant la remière, essais et tentatives isolées; elle s'étend jusqu'à année 1857 et se fait surtout remarquer parle voyage de [. Renaud jusqu'au Touat (1850), celui de M. Berbrugger
1. La Hevue algérienne et coloniale ne comprend que deux années, 359-1860.
1. Un autre recueil orticiel publié par le ministère de la marine, iEerue Maritime et Coloniale j a succédé à la Revue algérienne. Ce ouyeau recueil a une grande valeur à d'autres égards; mais rAlgérie *y a pas sérieusement figuré jusqu'à présent.
à Touggourt par la régence de Tunis dans la même année \ et celui de Bonnemain à Gb*adamès, en 1856*. La seconde ^ période s'ouvre en 1858 par la mission de M. Ismaïl Bouderba, interprète au bureau arabe de Lagbouat, vers les Touareg de Gb'àt, mission qui a donné des résultats fort considérables pour la géographie, en nous apportant les premières notions des parties jusqu'alors inexplorées du Sahara berber comprises entre le Ouargh'la et Gh'àt, sur une ligne de plus de trois cents lieues. Le journal de M. Bouderba et la carte, ou plutôt l'esquisse qui l'accompagne, ont été publiés dans la Revue algérienne et cotoniale.
L'objet principal de la mission de Bouderba n'était pas l'exploration scientifique, toutefois ; on voulait préparer les Touareg à nouer avec nous des relations de trafic. Notre envoyé , à son arrivée à Gh'àt , y trouva les esprits mal disposés; des avis, venus du Fezzan et d'ailleurs , avaient répandu le bruit que les Français envoyaient étudier le pays dans le but de s'emparer de Gh*àt et d*en expulser les Azghèrs. A force de prudence, cependant, et en faisant habilement appel à leur bon sens, en même temps qu'à leur intérêt, le négociateur parvint à ramener à peu près toute la partie influente de la population :
« L'intention du gouvernement français , leur disait-il , « est de faciliter le commerce entre les négociants de TAI- « gérie, de Ghadamès, de Gh'àt et autres pays, et non pas c de se mêler de vos affaires intérieures. N'écoutez pas les « bruits répandus par des gens qui voudraient garder pour ft eux le monopole du commerce pour en accaparer tous « les profits. Vous ne cultivez pas ; les routes seules vous « font vivre : vous avez tout avantage à lier avec nous des
1. Les résiiltats archéologiques de cette tournée ont été publiés par M. Berbrugger dans la Becue africaine,
2* La relation, rédigée par M. Cherbonneau, a été publiée dans leà Kcuvelks Annales des Voi/o^fi, juin 1857, p. 257-291, a\'ec une carte.
ALGÉFUE. 109
c relations. Plus une rivière reçoit d'affluents , plus son c volume augmente. Vos chameaux , employés aux trans* c ports « vous rapporteront le double de ce qu'ils vous c donnent actuellement.... » Ce fut par des discours de ce genre» appuyés de cadeaux selon Tusage, que Bouderba réussit à gagner complètement l'esprit de la majorité des chefs. On se quitta les meilleurs amis du monde. C'était un terrain bien préparé.
Pendant le séjour d'une semaine que Bouderba fit à Gh'âty il arriva chaque jour des caravanes de Tripoli, du Fezzan et de TËgypte ; outre cela, il se trouvait déjà en ville plus de six mille ballots qui attendaient les caravanes du Soudan. Les marchandises étaient pour la plupart des produits anglais.
Les autres informations que l'intelligent voyageur a rapportées de Gh'ât sont des plus instructives et d'un grand intérêt.
Mais cette seconde période est principalement signalée par les longues et fructueuses explorations de M. Henri Duveyrier, auxquelles nous allons consacrer tout à l'heure un article spécial. On y peut mentionner encore plusieurs excursions de moindre importance dans quelques-unes des oasis situées au sud de la province d'Oran.
c Pour ne rien omettre de ce qui se rattache à ce sujet , (nous reproduisons ici les paroles de M. de Polignac), il faudrait encore citer les beaux travaux de forages artésiens exécutés dans le Souf et le Oued Gh'ir, sous l'impulsion du général Desvaux commandant la division de Constantine. Dans ce « pays de la soif, » la possession d'un puits est une puissance; sa création, presque une œuvre divine. Dans les guerres des Touareg et des Chàmbas , on a vu un parti conserver l'avantage sur l'autre pendant plus de vingt ans, grâce à la connaissance d'une source ignorée de ses adversaires. Les nappes d'eau jaillissantes ouvertes dans notre Sahara , ont fait naître de riches oasis en des lieux
l'année OâOGR. I. 1
1 10 AFRIQUB.
OÙ tQute végétation semblait être à jamais ensevelie sous un linceul de sable. »
Le document que nous citons ajoute : < On peut conclure de notre exposé que les habitants des oasis sont encore hostiles à nos explorations , tandis que les Touftreg se laisseraient aller facilement à les favoriser.
« L'explication en est simple : ces derniers sont les convoyeurs du désert, et peu leur importe, après tout, entre quelles mains se trouve le commerce, pourvu que ce commerce soit actif. Les habitants des oasis, au contraire, savent que si nous nouons des rapports d'échanges avec le Soudan, nous pouvons absorber ce commerce à leur détriment. Ainsi les marchands des oasis du Sahara nous redoutent, et ses nomades nous recherchent. »
La Notice officielle expose en terminant des vues dont on ne peut contester la sagesse :
« Dans tous les voyages qui ont été récemment entrepris, aucun de nos explorateurs n*est tombé victime de quelque attentat. Une semblable éventualité serait doublement malheureuse; elle serait très-préjudiciable aux progrès que nous poursuivons, en nous léguant aux yeux des populations la nécessité d'obtenir des réparations. Les voyages à Taventure conduiraient un jour ou Tautre à un pareil résultat. Il convient d'agir avec le concours des grands chefs, des chefs religieux surtout, que le gouvernement ne cesse de chercher à se concilier. Entretenir les bonnes dispositions de ces chefs, et en gagner d'autres de proche en proche par leur intermédiaire ; en faire les guides de nos explorations, sans vouloir leur imposer un programme arrêté à l'avance et qui sera peut-être devenu impossible au moment choisi pour l'exécuter; nouer en même temps des relations commerciales, et procéder peu à peu du connu à l'inconnu : telle est la méthode pratique et sûre qui nous permettra, avec les essais du passé, d'assurer un avenir fécond en résultats. »
, ALGÉRIE. M. DUYETRIER. 111
Par cet aperçu si rapide et si incomplet qu'il soit, on peut juger de ce que, depuis trente ans, notre établissement de l'Algérie a procuré de notions nouvelles sur la géographie, l'histoire et l'ethnographie d'une vaste région de l'Afrique.
$ s. Note pirliciilièfe tar les exploratioiiB de M* Henri Dnreyrler.
M. Duveyrier est jeune, instruit, plein d'ardeur, n quitta Paris au commencement de 1859 avec l'intention d'explorer dans toute son étendue le Sahara algérien et le Sahara marocain, d'en étudier la géographie et la nature physique, et d'en fixer les points principaux par des observations astronomiques, ce qui est pour ces parties \m des grands desiderata de nos cartes. Les circonstances ne lui ont pas permis de s'avancer beaucoup .vers l'Ouest. Après une tentative infructueuse dans la direction du Touat, il dut concentrer ses recherches sur les parties du Sahara algé* rien qui s'étendent sous les méridiens d'Alger et de la province de Constantine, et, plus à l'Est, dans le Sud de la Tunisie. Mais dans ces cantons, sur lesquels, au total, nos renseignements sont encore bien incomplets, les courses de M. Duveyrier lui ont donné de grands résultats, et ses lettres promettent à la science une foule de données neuves et précieuses.
Le voyageur avait consacré déjà plus d'une année à ces premières explorations, lorsqu'au mois d'avril 1860 il revint à Biskra. Biskra, on le sait , est un de nos postes les plus importants de l'Algérie méridionale. Le gouvernement colonial n'avait pas perdu de vue l'entreprise heureusement entamée seize mois auparavant par Bouderba; les courses de M. Duveyrier dans la direction du pays des Touareg parurent une occasion favorable d'y donner suite par une nouvelle démarche. Le jeune voyageur
fut officiellement chargé d*aller à Gh'àt renouveler les ouvertures déjà tentées. Il prit, pour s'y rendre, la route de * Gh'adamès, place située dans le désert, vers Tangle nordouest du Fezzan, entre Tripoli et Gh'àt. La fermeté d*un chef ami de la France lui ouvrit les portes de cette dernière ville, malgré le mauvais vouloir de ceux qui déjà s'étaient montrés hostiles à Bouderba. En 1861, M. Duveyrier est revenu à Alger par Mourzouk et Tunis, et il a revu la France au commencement de 1862, se proposant de retourner sur le théâtre de ses premières explorations dès qu'il va en avoir publié les résultats.
$ 4. Les publicalions récentes.
Nous n'avons pas eu de grandes publications sur l'Algérie ; quelques-uns des livres dont nous avons transcrit les titres en tête de cette section ne manquent cependant pas d'intérêt.
L'État actuel de l'Algérie^ que M. Achille Fillias a publié à Alger môme (n*>,40), est une description méthodique des trois provinces algériennes, un peu succincte, un peu rapide, mais qui sera utile à qui ne voudra avoir qu'une idée générale de notre colonie. La brochure qu'il a rédigée sous le même titre général (n®4l) reproduit en substance les mêmes faits. Le grand mérite de ces deux écrits est d'être entièrement basés sur les documents officiels.
Le Catalogue des produits algériens qui figurent à l'Exposition de Londres, est un document précieux pour l'histoire économique de la colonie.
V Itinéraire historique et descriptif de M. Louis Piesse (n** 39), est infiniment plus riche en détails; c'est un de ces Guides substantiels de la collection Hachette, guides à la fois pratiques et savants, qui sont devenus l'indispensable Vade nucum de quiconque veut visiter la France ou