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les contrées étrangères, et qui ont justement conquis une notoriété européenne.
Âlger^ par M. Ernest Feydeau (n*" 43), est une philippique toute émue d^indignation contre la transformation de la ville arabe, « en une mesquine et plate reproduction des villes européennes. » L'auteur, connu jusqu'à présent dans la littérature par des productions d'un genre bien diffé*rent, était allé sans doute chercher sous le ciel africain des inspirations et des couleurs locales pour le roman carthaginois dont il méditait déjà la composition.
Les Souvenirs de M. Ch. Thierry Mieg (n*" 44) méritent de nous arrêter davantage. C'est une causerie facile, spirituelle, sans prétention aucune, mais non sans un mérite très-réel d'observation et d'étude. Ses récits attachent, ses anecdotes appellent souvent le sourire, et ses descriptions nous transportent au milieu d'une nature variée, sans aucun des effets cherchés auxquels se laissent trop aisément entraîner les écrivains de profession ; à Toccasion, d'ailleurs, antiquaire, économiste, un peu ethnologue, et sachant évoquer à propos les souvenirs classiques.
M. Hirsch (n*" 45) a visité en 1855 une partie de la province de Constantine. 11 s'est avancé au Sud jusqu'à Biskra , et a fait une pointe sur Lambaesa. Sans avoir de visées scientifiques, il observe avec intérêt l'aspect et le caractère physique des cantons qu'il traverse, et surtout l'état social, économique et agricole des populations. En somme, c'est un livre d'une lecture agréable, et propre à populariser en Allemagne les notions sur l'Algérie.
Le court Mémoire du baron Aucapitaine sur l'oasis d'Ouargh'la (n"" 48) est une bonne étude historique et géographique sur un des cantons les plus intéressants du
Sahara algérien. Je ne puis rien dire de particulier de l'ouvrage de
M. Freeman (n** 49) sur la langue témachek' (l'idiome
des Touareg) n'ayant pas le volume sous les yeux ; j'ignore
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en quoi il peut différer du travail de H. Hanoteaa *, et ce qu'il peut y ajouter.
La société archéologique de Coostaotine * poursuit le cours de ses travaux ; le sixième volume de sod Annuaire, publié il y a quelques mois (n° 50), renferme, comme ceux qui l'ont précédé, d'aboadauts matériaux pour l'étude archéologique de la province et pour la restitution de quelques-uas de ses . anciens sites. Cette année , une inscription votive a révélé le nom d'une localité romaine située à quelques milles an sud de Constantine (l'ancienne Cirta), sur la route 'de Lambësa; cette localité, qu'aucun texte ne mentionne, s'appelait Saddar ou Saddara. L'incription porte : Respublica saddaritanomm. Respublica, dans le style lapidaire de la province , signifie tout simplement une commune ; et celle-ci n'était qu'un pagus, c'est-à-dire un gros village ou un bourg, car son nom ne figure ni dans les itinéraires, ni dans les listes ecclésiastiques. Les restes de constructions que les fouilles ont mis à jour ne laissent cependant pas d'être considérables, et les inscriptions funéraires sont nombreuses. Un fait remarquable dont on est frappé à la lecture de ces inscriptions, c'est le nombre de cas d'extrême longévité qui y sont consignes. Nous en voyons un de 132 ans, un autre de 131 ans, d'autres de 125 et de 115 ans, beaucoup qui touchent à la centaine. Une pierre milliaire découverte dans un lieu appelé Tarmount , à 40 kilomètres de Msila vers le N, 0., sur la route d'Aumale, a confirmé l'attribution que, d'après la seule distance, on avait faite de cette localité à la station ad Aras de l'Itinéraire Antonio.
Des fouilles plus importantes ont été exécutées non loin de Constantine, sur remplacement d'une ancienne cité que
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retendue et la nature de ses ruines annoncent avoir" été une des plus considérables de cette partie orientale de la Numidie; une inscription déterrée en 1855 a fait connaître le nom de celte ancienne ville » qui s'appelait Àrsacal (inscription porte l'ethnique Arsacalitani). Dans les fouilles de cette anné^ on a mis au jour cent trente-cinq nouveaux textes épigraphiques, sur l'un desquels la désignation res. PUB. ARSAGALTrAN. sorctrouve. Enfin, de nouvelles fouilles sur le site de Lambèse, qui a fourni à M. Léon Rénier une si riche moisson d'inscriptions, y ont encore fait découvrir les restes d'un édifice de bains publics et ceux d'un greoier d'abondance.
Voici» parmi les morceaux dont se compose le volume, le titre de ceux qui intéressent la géographie :
Notice archéologique sur Ala-el-Bej (Respublica Saddaritafionim), par M. Cherbonneau;
Lettre de M. le capitaine Payen à M. Cherbonneau sur les ruines de Tarmount, ad Aras ;'
Liscriptions découvertes dans la province de Constantine, depuis le mois de septembre 1861, par M. Cherbonneau ;
De l'ère mauritanienne, et de l'époque de la division de la Ifanritanie Césarienne en deux provinces, par M. Poulie.
Une inscription trouvée en 1861 à Sétif fournit les moyens de fixer irrérragablement à Pan 40 de J. C. la première année de l'ère mauritanienne, laquelle date de Tépoque où la Mauritanie fut déclarée province romaine.
Quant à la date de la division de la Mauritanie Césarienne en deux provinces (Mauritania Câssariensis, Mauritania Stit/lmsis) y elle est de l'an 292, sous le règne de Doclétien.
Le dernier cahier de la Revtie Africaine (n*» 51), le seul que je puisse consulter (tome VI de la série, n® 35, septembre 1862), renferme entre autres morceaux intéressants ime bonne note de M. Tanxier, intitulée : Examen des traditions grecques , latines et musiUmanes relatives à Forigine du peuple Berbère (pag. 353-363) ; une note sur les ruines de Pomaria^ au lieu appelé Agadir, tout près
de Tlemçen, et sur les ruines de Rubrae, ou ad Bubras^ àHadjar er-Roum, près des sources de Tisser (p. 304-369); la première partie d*un travail de M. Devoulz Svr tes édvfices teligieux de F ancien Alger (page 370-382); etc*
§ 6. Les Toaâreg.
Les renseignements que nous avons réunis dans cette notice sur un peuple remarquable à plus d'un titre, et dont nous rapprochent des rapports de plus en plus inti* mes, sont tous empruntés à des témoins oculaires : au docteur Barth, le grand explorateur du Soudan; au rapport de M. Bouderba sur sa mission à Gh*àt en 1858; à M. Hanoteau, officier distingué de notre armée d'Afrique, auteur des deux excellentes grammaires que nous avons mentionnées ; aux ouvrages justement populaires du général Daumas, et enfin aux lettres de notre jeune et savant voyageur Henri Duveyrier, l'hôte et l'ami des tribus du Sud.
Quelques mots d'abord de souvenirs historiques.
Il y a dans le nord-ouest de l'Afrique, depuis la limite du Soudan jusqu'aux rives de la Méditerranée, une race autrefois compacte et souveraine, aujourd'hui éparse et déshéritée : ce sont les Berbers.
Fille de la terre africaine, en ce sens du moins que les plus vieilles traditions, que les monuments les plus anciens nous la montrent dans les mêmes lieux et qu'on ne lui connaît point d'origine étrangère, la race berbère a primitivement couvert toute cette zone extérieure du continent qui se développe en un arc immense depuis la mer des Indes et la mer Rouge jusqu'aux colonnes d'Hercule. et à TAtlantique. Elle forma la population primordiale des vastes territoires que le Nil arrose ou traverse, de même qu'elle occupa les fertiles vallées que TAtlas domine. Mais à l'exception de TËgypte, dont les obscures origines ne projettent aucune clarté sur les temps antiques, elle ne se constitua nulle part en corps politiques réguliers et permanents.
Comme les populations éternellement nomades de la haute
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Asie, elle resta partout enchaînée à la vie pastorale. Aussi voiton d'époque en époque ses éléments, plutôt juxtaposés que cimentés par des rapports intimes, se désa^ger, se déplacer, parfois se perdre et disparaître sous la pression des invasions étrangères. Ce sont d*abord les Carthaginois : après les Carthaginois les Romains ; après les RomaîDS, les Grecs de Bjzance; après les Byiantins, les Vandales; puis ce sont les Arabes, et plus tard les Turks ottomans, dont la domination barbare s*est afEaissée devant le drapeau de la France. De ces dominations successives antérieures à 1830, une seule, la domination arabe, a laissé dans le pays, à côté des aborigènes, un second élément de population dans des proportions considérables. C'est vers le milieu du onzième siècle, quatre cents ans après la première ^apparition des musulmans dans l'Afrique romaine et leur première prise de possession, qu'un nouveau flot de tribus arabes déborda sur le Maghreb, extermina ou refoula une grande partie des Berbers de la côte, s'empara des plaines et des plus riches vallées, et y forma la souche des trois millions d'Arabes que Ton y compte aujourd'hui.
Par suite de cette désastreuse invasion arabe du onzième siècle, d'immenses déplacements s'opérèrentj parmi les tribus berbères. Beaucoup se retranchèrent dans les gorges du Djerdjéra^et dans les parties les plus difficilement accessibles de TAtlas, où ils se sont toujours maintenus depuis; d*autres, en grand nombre, abandonnèrent le voisinage de la côte et s'enfoncèrent dans le désert. C'est de celte époque que date la distribution des Berbers, telle que nous la voyons aujourd'hui.
Nous ne parlons pas des tribus les plus orientales, de celles qui demeurent entre la basse Egypte et ce vaste enfoncement de la côte africaine qu'on nomme les Syrles* : celles-là ont complètement disparu, exterminées ou refoulées dans les profondeurs du désert, et des tribus arabes ont pris leur place. Nous nous bornons à la région comprise entre les Syrtes et l'Atlantique.
C'est la région de l'Atlas proprement dite.
Notre colonie algérienne en occupe la partie principale, ayant à l'Est la régence de Tunis, où fut jadis Carthage, à l'Ouest cette contrée de barbares fanatiques qu'on appelle l'empire du
1. C'est dans cet espace qu'étaient situées la Marmarique des anciens (nom qui ne signifie autre chose que terre herhère) et la Cyrénaîque.
Maroc, et aa Sud les immenses plaines sablonnenses, semées d'oasis, qu'on nomme le, Sahara, c'est-à-dire le désert.
C'est dans ce vaste espace que sont disséminés les débris de ce qui fut autrefois la nation berbère.
Elle y forme trois groupes principaux, — si Ton peut appliquer ce terme à une telle dissémination, — distingués par des noms différents : les Berbers du Maroc sont désignés sous l'appellation collective de Chellouh ; ceux de l'Atlas algérien sont connus sous le nom de Kabyles', ou plus correctement Kebaïls; les Berbers du désert sont appelés Touareg.
Touareg est la forme plurielle du nom, dont le singulier est Targhi.
Disons tout de suite que ce nom de Touareg n'est pas une dénomination nationale. Ceux auxquels nous l'appliquons le connaissent à peine et ne l'emploient jamais entre eux. C'est un mot très-probablement d'origine arabe, au moins dans son application collective, quoique la dérivation en soit inconnue, ou du moins incertaine.
Le véritable nom des Touareg, le seul sous lequel ils désignent leur race, est Imôchagh.
n est aisé de reconnaître dans cette appellation générique un nom que les historiens berbers inscrivent en tête des généalogies nationales comme celui du père comniun des tribus, sous la ferme Mazigh ou Amazigh, et auquel on attache la signification de Noble, d'homme Libre.
Les races primitives aimaient à se distinguer par des épithètes d'honneur, que le temps a pour la plupart changées en noms propres. Le nom de Franc, que nous ont légué nos premiers ancêtres, avait, on le sait, précisément la môme signification que le nom d' Amazigh. Les Slaves étaient les Glorieux, les Illustres: les Germains étaient les Guerriers; et ainsi d'une foule d'autres tribus des temps antiques.
Le nom d' Amazigh n'a pas été inconnu aux historiens, non plus qu'aux géographes de l'antiquité. On le trouve employé, à diverses époques de l'histoire, dans tout le nord de l'Afrique, jusqu'aux frontières de l'Egypte; depuis l'invasion arabe, il s'est effacé du souvenir des tribus de la région littorale. La seule trace que Ton en trouve encore dans l'Atlas est chez les Chellouh du Maroc, qui appellent leur langue tamazight ; précisément comme les Touareg donnent à leur idiome, qui ne se