Terme arabe qui signifie « les tribus
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distingue de ceux de FÂtlas que par des différences de dialectes, le nom de tamachek*.
Ce coup, d*œil rétrospectif sur les antécédents historiques d'une race encore si peu généralement connue, et que nous aurons sûrement bientôt tant d'intérêt à bien connaître, n'était pas inutile pour la clarté des informations particulières qus nous pouvons réunir sur les Touftreg. C'est à ceux-ci maintenant que nous allons nous attacher.
La contrée qu'ils occupent est, nous l'avons dit, entièrement comprise dans le Sahara.
Leurs limites, très-bien connues des tribus, englobent au Nord-Ouest l'oasis de Touat, touchent au Nord au Sahara algérien et au territoire de Gh'adamès, pénètrent au Nord-Est dans rintérieur du Pezzan, comprennent à l'Est les oa^is de Gh'ât et d'Aïr, longent au Sud la frontière du Haoussa, et enfin suivent au Sud-Ouest les deux rives du Kouara (le grand fleuve du Soudan) jusqu'à Timbouktou. Si le lecteur veut bien jeter les yeux sur une carte pour y rapporter ces indications, il verra qu'elles embrassent la moitié, au moins de la partie du grand désert comprise entre le Fezzan et TAtlantique.
Dans ces larges limites, qui mesurent plus de 300 lieues dans les deux sens, se trouvent comprises les oasis les plus riches du Sahara, et les plus importantes comme stations commerciales.
Les Touareg s'y partagent en plusieurs groupes distincts. Cette division est plutôt géographique qu'ethnographique ; elle a dû résulter nécessairement de la nature même du pays, dont les parties habitables forment plusieurs centres isolés, entre lesquels les tribus se sont réparties. Ces groupes sont au nombre de quatre principaux.
Ce sont les Hogâr, dans un pays fortement accidenté qui se trouve entre Touat et Gh'ât; les Azkâr, dans Toasis de Gh'ât, et plus au Nord vers Gh'adamès ; les Kélouï, dans l'oasis d'Air; les Ouélimenidèn, sur le Kouara, à l'orient de Timbouktou.
Jusqu'à présent nous n'avons eu de rapports ni avec les Ouéliminidèn ni avec les Kélouï ; nous nous bornerons donc à parler des Azkâr et des Hogâc, les seuls qui nous soient bien connus, et avec lesquels la France algérienne a noué déjà des relations qui ne peuvent manquer de se développer rapidement, au grand profit de nos transactions commerciales et de notre influence dans l'Afrique intérieure. Ces relations, que nous devons hâter de tous nos efforts, ne seront d'ailleurs pas moins
profitables aux Touareg eux-mêmes et à leur bien-être matériel, aussi bien qu'à leur développement intellectuel et à leur amélioration morale.
Les Hôgar peuvent être regardés , à ce qu'il semble , comme le noyau primitif et la partie noble par ezcelience de la nation. Ibn-Khaldoun , l'historien de la race berbère , se fondant sur uoe tradition qui parait positive, rattache leur origine aux Hovàra, une des antiques et importantes divisions de la nation berbère, qui occupait, avant Tinvasion arabe du onzième siècle, le pays littoral baigné par les Sjrtes. Ils ne forment guère, cependant, qu'un corps de cinq cents hommes, et, malgré ce petit nombre, ils sont très-redoutés des autres tribus, à cause de leur vigueur corporelle, et aussi parce qu'ils sont parfaitement armés.
Toute leur' richesse est dans leurs troupeaux; ils vivent uniquement de viande et de lait. Leur habitation principale est un canton montagneux de trois à quatre journées d'étendue, situé à sept journées de Touat entre le Midi et le Levant. Cette montagne que Ton représente comme semée de pics très-élevés, et coupés de belles vallées avec des sources et des eaux courantes, est célèbre dans le désert; les Arabes du Nord la désignent sous le nom de Djebel Hogâr.
D'après les descriptions indigènes , c'est un des plus riches archipels de ce redoutable océan de sable qu'on nomme le Sahara.
Les Azkâr (le nom se prononce aussi Azgber) occupent le territoire de Gh'àt, à la descente occidentale du plateau fezzanien ; mais ils s'étendent à une distance considérable tant au Nord qu'au Midi de ce centre principal , si bien que leur territoire n'a pas, au total, moins de deux cents lieues de longueur. Bien qu'ils aient fait originairement partie des Hogâr, la séparation des territoires a fini par établir entre les tribus une distinction absolue. De même que les Hogâr, ils ne forment qu'un corps peu nombreux; mais, comme leurs valeureux voisins, ils se font redouter par leurs habitudes belliqueuses, et, de même que ceux-ci, on les regarde comme l'aristocratie des tribus touareg.
Ils sont* partagés en neuf familles ou tribus, chaque tribu subdivisée en un certain nombre de clans (falas). De ces neuf tribus mères, il en est une, celle des Aouraghèn , dont le nom a une signification historique d'un grand intérêt. Leur identité avec les Aourigha, ou Awrîgha, des généalogies berbères d'Ibn-
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Khaldoun est évidente ; de même qu'on retrouve dans les Awrigha les Africani ou Afri qui habitèrent de toute antiquité le territoire de Garthage, et dont le nom fut appliqué par les Romains non-seulement à la province qui fut leur première conquête* en Afrique , mais par extension au continent tout entier. En se réfugiant dans le désert, les Awrtgha y gardent vis-à-vis des autres tribus leur suprématie traditionnelle ; un des dialectes les plus répandus parmi les Touareg a pris d'eux son nom.
L'état politique des deux grandes communautés de Hogftr et d'Azkàr est une sorte de monarchie féodale ou oligarchique, dans laquelle le roi (aménoukal) gouverne ayec le concours des principaux chefs des tribus. L'autorité est d'ailleurs fortement tempérée par les habitudes démocratiques qui distinguent la race berbère. Le roi des Azkâr réside à Gh'ât. La couronne est héréditaire, mais non pas en ligne directe ; quand le roi meurt ou qu'il est déposé , ce qui n'est pas rare, ce n'est pas son fils qui lui succède , mais le fils de sa sœur. Le même principe se retrouve dans le droit civil des Touareg, particulièrement chez les familles nobles. Ils donnent de cet usage une raison qui témoigne d'une médiocre confiance dans la chasteté de leurs femmes.
Chez les Touareg, en effet, et l'on peut dire en général dans toutes Us branches de la race berbère, il règne une liberté de mœurs qui, de tout temps, a frappé les étrangers, les Grecs et les Romains aussi bien que les voyageurs modernes. Le vieil Hérodote nous pourrait fournir à cet égard des détails plus curieux qu'édifiants, qu'on retrouve encore amplifiés chez les écrivains latins.
L'organisation intérieure des Azkâr, de même que celle des Hogâr leurs frères , présente une particularité très-remarquable : c'est l'existence au-dessous d'eux d'une race dégradée , d'une population servile tout à fait analogue aux ilotes de Sparte. Ces ilotes du désert sont désignés sous le nom d'imgh'âd, qui est une dénomination générique exprimant leur condition subordonnée. Ils ont encore cela de commun avec les races esclaves du monde ancien, que leur nombre est infiniment supérieur à celui de leurs maîtres. Il leur est interdit de porter la lance et le sabre, armes réservées à la partie noble de la nation.
Le berber des Imgh'âd, moins pur que celui des tribus supérieures, semble témoigner d'un ancien contact avec une langue
du Soudan. Le mélange se révèle d'une manière encore plus frappante dans les traits et la physionomie. Tandis que les Âskâr ei les Hogâr, comme tous les Berbers en général, ont seulement le teint bronzé des races blanches vivant sous le climat des tropiques, avec un type de physionomie qtii rentre tout à fait dans la conformation européenne, les Imgh'âd sont presque noirs, et leurs traits sont plus grossiers , sans qu'on puisse néanmoins les confondre avec le type réellement nègre.
Les Imgh'âd sont chargés du soin des troupeaux et de tous les travaux des plantations et des jardins. Si maintenant on se demande comment une population qui paraît bien évidemment d'extraction berbère a pu, au sein d'une race si jalouse de son indépendance, se trouver réduite à cet état de servage par des tribus du même sang, cette anomalie nous parait expliquée assez naturellement par les immigrations successives des tribus berbères dans le Sahara. Les oasis du désert ont dû recevoir très-anciennement des immigrants de race atlantique : ce sont les Éthiopiens blancs {Leucaethiapes) des auteurs de l'époque romaine. Une autre preuve tout à fait péremptoire, c'est la longue liste des tribus éthiopiennes donnée par le géographe alexandrin Ptolémée, dans la première moitié du deuxième siècle de notre ère, comme habitant au sud de la région de l'Atlas, et dont les noms se retrouvent pour la plupart soit dans les généalogies historiques , soit dans les subdivisions actuelles des Berbers de l'Atlas.
Parmi les clans ou familles entre lesquels les Img'hâd se partagent, il en est un qui porte le nom remarquable de Varvarèn ; c'est un certificat d'origine. Que ces premières colonies du Nord aient trouvé les oasis occupées déjà par des noirs du Soudan, ou que ceux-ci y aient été amenés plus tard, tout indique qu'il se fît, à un degré quelconque , un mélange des deux races. Dans le désert oriental, ce mélange fut assez profond pour y créer la race métisse et tout à fait dégradée des Tibboû ; moins complet dans les oasis du centre, il suffit néanmoins pour y marquer la race blanche d'un ineffaçable stigmate. Il n'est donc pas surprenant que les fières et valeureuses tribus de Hov&ras et des Awrîgha, trouvant devant elles, à leur arrivée dans le désert, ces populations à demi transformées, aient refusé d'y reconnaître leurs frères, et les aient réduites à l'état de sujétion où elles sont encore aujourd'hui.
Les troupeaux, nous l'avons dit, sont toute la richesse de la plupart des tribus; d'autres, et ce sont lesplus opulentes, y joignent
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le reTenn qu'elles tirent descarayanes, dont les Touftreg sesont fidts les conducteurs obligés à travers le désert. Ils ont enfin leurs expéditions (les razzias, selon l'expression arabe), soit contre les populations sédentaires de la lisière du désert, soit contre les caravanes qui ont cru pouvoir s'affranchir de Tonéreox tribu du droit de passage. Ces actes de brigandage ont rendu les Touftreg à la fois redoutables et odieux aux marèhands arabes et aux Berbers sédentaires du Sahara algérien, liais si les Touftreg sont devenus les pirates du désert, n'ontils pas eux-mêmes été autrefois expiûsés de leurs demeures héréditaires, et n'eurent-ils pas dès lors quelque droit de se regarder comme en état de guerre naturelle contre ceux qui furent leurs spoliateurs?
Les Berbers furent convertis au christianisme au temps de la domination romaine, et aujourd'hui encore les Touftreg gardent à leur insu, dans nombre de traits particuliers de leurs habitudes domestiques , la trace des idées chrétiennes. Ils appellent Dieu Mési et un bon génie Anyéîous. Ils adoptèrent la loi musulmane après la conquête arabe du septième siècle, et musulmans ils sont restés comme tous les nomades du désert. Mais leur religion n'est ni gênante, ni rigide. Ils prient peu et ne s'astreignent ni aux jeûnes ni aux ablutions. Ils n'ont guère de musulman que le titre ; aussi les Arabes du Tell parlent-ils des Touareg comme autrefois chez nous on parlait du Turc.
A la lance et au sabre, qui sont ses deux armes principales, le Targhi joint un long couteau fixé dans sa gaîne à l'avantbras gauche, et pour défense un bouclier de peau d'éléphant. Le fusil était rare encore il y a peu d'années ; il devient d'un usage chaque jour plus commun.
Ils portent la moustache longue, et sur le sommet de la tète, dont le tour est rasé, une touffe de cheveux qu'ils laissent croître à la chinoise, et dont ils font une tresse. La manière de raser la tête et de porter la tresse varie selon les tribus ; c'est un signe distinctif. Hérodote en avait déjà fait la remarque dans son énumération des tribus libyennes (c'est-à-dire berbères) du pourtour des Syrtes. Le vêtement consiste en une grande robe (djéba), très-ample, très-large, de couleur blanche chez certaines tribus, mais noire chez le plus grand nombre, ce -qui a fait distingué les Berbers du désert en Touareg noirs et en Touareg blancs. Sous le djéba, un large pantalon est ûié aux hanches par une coulisse, et une ceinture en laine leur serre la taille. La tête est couverte d'un bonnet élevé (chachia) fixé
par une çièce d'étoffe roulée en façon de turban, et dont un des bouts est ramené sur la figure, de manière à cacher le visage tout entier sauf les yeux. Cest le litham, qui est devenu la marque distinctive des nomades du désert. Chez les chefs, ce costume est complété par le burnous, emprunté aux Arabes.
La monture ordinaire du Targhi est le ôhameau méhari ou chameau coureur. Méhari est le nom arabe ; le nom témachek est areggan. Le méhari semble avoir été créé par la Providence exprès pour le désert; aussi tient -il une place importante dans la vie du nomade. Il est pour celui-ci ce que le cheval est pour FArabe de la plaine, un compagnon et un ami, le familier de la tente, le préféré de la famille. Mais aussi dès son enfance, on lui apprend à supporter la faim et la soif, à faire d'énormes courses d'une seule traite, et à ne s'effrayer de rien.
Aussi peut-on dire avec M. Hanoteau, qu'en voyant avec quelle dextérité les Touareg manient ce docile et patient animal, avec quelle facilité ils obtiennent de lui des mouvements que nos meilleurs écuyers n'oseraient demander au cheval le mieux dressé, on comprend tout le parti que l'on pourrait tirer à la guerre de pareilles montures et de pareils cavaliers.
Un dernier fait que nous ne saurions passer sous silence, c'est l'existence chez les Touareg, à l'exclusion de tous les autres Berbers (au moins dans l'état de choses actuel), d'un système d'écriture particulier. Les caractères dont ils se servent, et qui nous sont maintenant bien connus, grâce à la savante grammaire que M. Hanoteau a donnée de la langue tamachek', (on a vu que tamachek', est le nom de l'idiome des Imochagh ou Touareg), ces caractères, disons nous, sont les mônaes au fond que ceux dans lesquels sont écrites d'anciennes inscriptions que les savants avaient depuis longtemps déjà reconnues pour indigènes, et qu'ils avaient qualifiées de libyques, mais sans pouvoir les expliquer. Il est donc certain que ces caractères sont antiques.
Le nom traditionnel de Tafinek\ que les Touâr g donnent à cette écriture, ne l'est pas moins, car il est difficile de n'y pas reconnaître le nom môme des Phéniciens, premiers colonisateurs de ces côtes et fondateurs de Cartbage. L'origine de l'écriture qui s'est conservée chez les Touareg se trouve ainsi remonter à une antiquité reculée, en même temps que dans une dénomination dont la tradition a depuis bien des siècles oublié l'origine, s'est perpétuée la trace des premiers instituteurs de la race africaine. C'est ainsi que, dans un des plus