Zeittchrift fur allgenaine Erdkunde, n» 108, p
qu*il8 apprirent la catastrophe dont le cbérif étranger avait été victime.
Le sultan du Ouad&y avait pour vizirs deux de ses neveux, Simélek et Gherma : le premier connu pour on homme bon et juste ; le second, au contraire, redouté de tous à cause de sa cupidité et de ses dispositions cruelles. Or, Yogel avait un très-beau cheval (dont il parle dans ses lettres), qui excita la convoitise de Gherma. Il le fit demander comme présent pour le sultan, et sur la réponse du cbérif que sa monture de voyageur n'était pas un présent qu'il pût &b*e, il offiritde le lui acheter. Yogel ayant naturellement persisté dans son refus, sa mort fut dès lors résolue. 11 faut dire que bien que le commun peuple regardât l'étranger comme musulman, sa qualité de chrétien n'était pas ignorée du sultan et de ses vizirs.
Gherma dénonça doncle faux cbérif comme un magicien qui écrivait avec une plume sans encre (un crayon) ; et d'ailleurs, qu'était-ce que la vie d'un mécréant ? Vogel fut saisi et mis à mort. Cette tragédie (qui dut s'accomplir dans les premiers jours de mai 1856), se passait à une résidence appelée Besché, à seize heures de Vara vers le midi. Vara (ou Oaâra) est la capitale du Ouadây. Lors du passage d'Ël-Abidîn et de Mohammed, il n'était bruit que de cet événement tout récent ; et Simélek lui-même, le collègue de Gherma, leur en parla plusieurs fois en termes de désapprobation et de regret.
En môme temps que les dépèches de M. Munzinger, on recevait fort inopinément à Gotha des lettres de M. de Heuglin, datées non plus d'Abyssinie, mais de Khartoum, premiers jours de juillet. M. de Heuglin, avec ses deux compagnons Steudner et Schubert, avait quitté l'Abyssinie pour revenir directement de Gondar à Khartoum, au lieu de pousser vers les contrées inexplorées du sud, comme il en avait manifesté l'intention. Le voyageur ne dit pas quelle raison Ta fait renoncer à ce projet ; les circonstances poli-
tiques où se trouve en ce moment TAbyssinie n'y sont peutêtre pas étrangères.
Il se produit, en effet, de ce côté, des événements d*un singulier caractère. L'empereur Théodore, maint^ant maître de TAbyssinie entière, à ce qu'il parait, porte bien plus haut ses prétentions. Il a, dit^on, écrit au gouverneur général du Soudan égyptien, qui réside à Khartoum, pour lui annoncer que succédant aux droits des anciens Negous, commç il a succédé à leur couronne, il entend rentrer en possession du Senna'ar et des autres terres limitrophes, qui ont fait autrefois partie de l'empire d'Abyssinie, et qu'il les reprendra par la force, si le gouvernement égyptien n'a pas égard à ses justes réclamations. La réponse du gouverneur égyptien a été de diriger immédiatement cinq ou six mille hommes vers les provinces menacées, et si ces nouvelles sont exactes, il se prépare un sérieux conflit dans ces parties extrêmes de la Nubie. M. de Heuglin dit à ce sujet dans une de ses lettres :
« Il est certain que l'idée fixe du roi Théodore est nonseulement de rentrer en possession de toute l'Abyssinie dans ses anciennes limites, depuis Massâoua jusqu'au Nil, mais qu'il parle aussi de Chasser les mécréants de l'Egypte et de conquérir Jérusalem, afin d'y relever pour lui le trône du roi David son ancêtre*. La géographie abyssine ne va pas au delà de Jérusalem. »
Bien que M. de Heuglin n'ait fait que couper le nord de l'Abyssinie, son excursion n'est pas sans résultats intéressants. Outre le journal même de sa route contenu dans les lettres qu'il n'a pas cessé d'adresser à Gotha', plusieurs
1. C'est une vieille tradition en Âbyssinie, consignée dans les chroniques, qu'à répoque de la captivité des dix tribus, une colonie juive vint se fixer en Ethiopie, et y fonda la première dynastie nationale. Il faut ajouter que le fond de cette tradition peut s'appuyer de quelques passages remarquables des prophètes.
2. De Kérén à Adoa, 28 oct — 14 nov. 1861 , MUtheil. 1862, n» 3,
morceaux particuliers renferment la substance des observations zoologiques et botaniques, géographiques et archéologiques du voyageur et de ses deux compagnons. Nous citerons, dans cette catégorie de documents, une première note de miscellanées physiques et archéologiques sur* les cantons qui touchent à la frontière nord du Tigré et sur divers points de la géographie de la mer Rouge ^; le récit « descriptif d'une excursion aux ruines d*Axoum, suivi de notes zoologiques*; une note sur les régions zoologiques de TAbyssinie, selon les altitudes*; enfin deux autres notes sur l'ornithologie et la zoologie abyssines^. Ce simple relevé indique suffisamment la nature et la direction des observations des trois explorateurs.
§ 5. Trafaux et publications subsidiaires dont l'expédition allemande a été jusqu'à présent roccosion. — Relation des Tojages antérieurs de M. de Beurmanu dans la haute Nubie j et de M. de Heuglin dans la mer Rouge. — Travail de M. de Bchm sur les Tiboû. — Grande carte du Soudan orien* tal de MM. Pctcrmann et Hassenstein, acompagnée de documents inédits.
L'expédition allemande du Soudan oriental n'aura pas seulement apporté son contingent d'informations nouvelles à la géographie de l'Afrique; elle aura été aussi, pour le savant et diligent directeur des Mittheilungeriy l'occasion d'une série d'utiles publications que nous allons indiquer succinctement :
r Mor. V. Beurmann' s Reisen in Nubien und dem Su-
p. 102-107 (dont il faut rapprocher une lettre de M. Steudner, Zeitschrift, n- 107, p. 326-340); d'Adoa àGondar, 26 déc. — 23 janv. Mittheil, n" 7, p. 241-244; des provinces centrales de TAmbara, 12-25 mai, ibid,, n" n, p. 424-427; de Gondar à Kharloum, mai-juin, t&td. , n*10,p. 381-386. Cette dernière lettre renferme des notes ethnologiques relatives aux tribus qui demeurent entre Gondar et Khartoum.