ASSYRIE
guages ofthe seat ofwar in the East^. Ce travail (dont on vient de publier une édition révisée) à une valeur bien supérieure à celle d'une œuvre de circonstance.
LES PATS DU TIGRE ET DE L'EVPHRATE. ASSYRIE. BIÉSOPOTAMIE. RARYLONIE.
(KDTdiitan. El-DJéiiiéh. Irik-Anbi.)
105 bii. Jules Oppert. Expédition scientifiqae en Mésopotamie , exécutée par ordre du gouTemement de 1851 à 1854, par MM.Folgence Fresnel, F. Thomas et Jules Oppert. Publiée sous lesauspices de Son Exe. M. le ministre d'État. Paris, I. I., gr. in-4 et atlas in-fol., 2 Tol. (t. II, 1858-59, T. I, I" partie, 1862).
106. Du même. Les inscriptions assyriennes des Sargonides et les fastes dé Ninive. Versailles, 1862, in-8, 60 pages. (Extrait des Annales de philosophie chrétienne.)
107. Reisen im Orient, von H.Petermann. Leipzig, 1861-62, 2 vol. in-8, avec une carte de M. Kiepert.
107 6m. W. Francis Ainwortii. The assyrian origin of theizedis, or Yezidis , the so-called Devilworshippers. Transtictions of the Ethnological soc. of London , vol. I , new séries , 1861 , p. 11-44.
108. Bemerkungen zu Oberst-Lieut. Juuus' Karte von einem Theil des Euphrat-Thales. (Remarques sur la carte d'une partie de la vallée de TEuphrate, levée par le lieutenant Julius). Dans les Mittheilungen^ 1862, n" 11, p. 428-431. Avec une carie.
109. A. D. MoRDTMANN. Siahatnahmeî Hodoud (Beschreibung einer Reise nach der Grenze). Ein tûrkisches Werk ûber die Tûrkisch- Persischen Grenzlânder. (Relation turque d'un voyage dans les provinces de la frontière turco -persane). Mittheil.^ 1862, n* 4,
1. London, Longman. In-8 de xviu-134 pages, avec une carte ethnographique des contrées qui entourent la mer Noire.
$ I . Les fouillef de Ninive et de Babyloae. Les écritures cunéiformes. Étades et déchiffrements. Résultats actuels.
Quaod on a franchi au sud la frontière de l'Arménie pour entrer dans la contrée qu'arrose le Tigre et qu'habitent les Kurdes, on touche une terre dont la célébrité historique remonte aux premiers âges du monde ; on est en Assyrie.
On est entré aussi sur un théâtre de récentes explorations dont les résultats sont loin encore d'avoir atteint leur dernier terme, mais qui n'en ont pas moins déjà enrichi l'histoire et la géographie de l'ancienne Asie sémitique d'un grand nombre de faits nouveaux extrêmement importants.
L'espace ne nous permet pas d'entrer ici dans le détail de ces recherches contemporaines, ni de signaler tout ce qu'elles ont donné jusqu'à présent de précieux documents; nous ne pouvons nous dispenser néanmoins d'en rappeler l'origine et les phases principales.
Deux mémorables découvertes marqueront au premier rang parmi les conquêtes scientifiques du dix-neuviéme siècle, la lecture des hiéroglyphes et le déchiffrement des écritures cunéiformes. Expression merveilleuse du génie philologique de notre époque, qui a produit déjà de si grandes, de si belles œuvres, ces deux découvertes n'ont pas seulement la valeur abstraite qui s'attache à la solution d'un obscur et difficile problème; elles ont agrandi l'horizon historique, et, en nous révélant une multitude de faits ignorés ou dont on n'avait qu'une notion imparfaite, elles ont prodigieusement ajouté à notre connaissance du monde ancien.
L'une, on le sait, est due à la sagacité de Champollion; l'autre, peut-être plus difficile encore, ou qui du moins, au point de départ, n'offrait à l'iovestigation qu'une prise en-
core plus étroite, appartient à un philologue hanovrien, le docteur Grotefend.
La découverte de Grotefend, comme celle de Champollion, qu'elle a précédée de vingt ans, est due à une véritable intuition, à une de ces inspirations lumineuses que la méditation a préparées et que fécondera la science.
Il y avait trentC'Cinq ans que Carsten Niebuhr, Tillustre voyageur, avait rapporté de Persépolis des inscriptions en caractères inconnus, dont il avait relevé le premier une copie exacte et complète, lorsque le savant hanovrien essaya d'en pénétrer le mystère. Plusieurs tentatives qu'on avait faites avant lui n'avaient conduit à aucun résultat. Rien de plus étrange que ces inscriptions. Un signe unique, une sorte de coin, (cuneus)^ ou de c6ne très-allongé, en est l'élément générateur : de là l'épithète de cunéiforme que Ton a apppîiquée à cette écriture. Ce signe, combiné de diverses façons, produit des groupes qui se suivent en rangées horizontales. Que ces groupes représentassent des sons et des articulations , comme les lettres de nos alphabets, ou qu'ils exprimassent des mots entiers, ou bien eniin qu'ils eussent une valeur idéographique, comme les caractères de l'écriture chinoise ou les symboles astronomiques de nos almanacbs, c'est ce qu'on ignorait absolument. Les écrivains de notre antiquité classique, qui ont mentionné ime ou deux fois accidentellement cette écriture sous la dénomination de lettres assyriennes, ne fournissent aucun éclaircissement sur sa nature. On ignorait également quelle langue s'y trouvait cachée. On pouvait sans doute admettre en fait que des inscriptions rapportées de la capitale de l'empire de Cyrus étaient conçues dans l'idiome des anciens Perses; mais quelle était cette langue de l'ancienne Perse? On ne pouvait guère répondre en connaissance de cause à une pareille question il y a soixante ans, avant les admirables travaux de Rask, d'Eugène Burnouf, de M. Lassen, de Bopp et de leurs émules, qui ont répandu la lumière ^wt
SIO ASIE.
les langues de l'aDcIeQ Iran, et en ont montré les rapports intimes avec le sanscrit.
Tel était le problème complexe et doublement obscur que Grotefeod, en 180S, ne craignit pas d'aborder, et dont un heureux effort de génie lui révéla la solution, que d'autres devaient compléter.
On n'attend pas que nous détaillons ici la marche suivie dans cette recherche par l'intelligeat investigateur. &«tefend, on le conçoit, dut procéder par une série de tâtonnements et de suppositions. La première fut que l'écriture était alphabétique, et cette hypothèse focdamientale s'ast trouvée parfaitement exacte. Son second point de départ fut la détermination de deux noms propres, dans la courte inscription qu'il avait prise pour objet de son étude, d'après certaines appréciations d'une nature très-délicate, et en même temps très- judicieuse , et la supposition que ces noms pouvaient être ceux de Darius et de Xerzès. Il y avait cent chances contre une que ces suppositions n'aboutiraient pas ; par une rencontre où éclate la merveilleuse sagacité du pbilologue, mais qui n'en est pas moins quelque chose de providentiel , elles se trouvèrent tontes justes. Grotefend se vit ainsi maître d'un certain nombre de lettres qu'il appliqua à la lecture d'autres groupes, et qui lui eu fournirent de nouvelles: dès lors l'alphabet était ébauché et la voie ouverte. Les études ultérieures ont rectiSé en différents points ces dernières bases ; elles les ont étendues, mais elle ne les ont pas changées.
Plus de trente années s'écoulèrent avant que de nouveaux travaux y ajoutassent rien de notable. Ce fut notre illustre et toujours regretté Eugène Bumonf qui le premier, après Grotefend, y fit un pas considérable. Une inscription semblable à celle de Persépolis venait d'être découverte au mont Elvend, non loin d'Hamadan; Bumouf la soumit à une étude analytique, et, en y appliquant sa connaissance du sanscrit et du zend, il montra que la langue des inscrîp-
éCBITUHES CDNÂITORUCS. SU
tioDS perses n'était qu'un dialecte de l'antique idiome de la Bactriane (le zend), dans lesquels furent écrits les livres de Z(»Y)astre. Son mémoire, publié au commencement de 1S36, fut suivi, à très-peu d'intervalle, d'un travail de H. Lassen, de Bonn, qui s'était livré de son c6té» précisément dans le même temps, à des recherches analogues sur l'ensemble des inscriptions persépolitaines de Nîebubr. Ces belles études de deux hommes d'uu esprit supérieur sont restées le dernier mot de la science sur cette classe d'inscriptions laissées par Cjrus, par Darius Hystaspes et par les autres princes de cette race akhéménide qui s'éteignit en 331 dans les champs d'Arbelles. CesinscripUons étaient lues, complètement expliquées, et l'alphabet tout à &tit arrêté, sauf pour un très-petit nombre de signes dont la valeur a depuis lors été légèrement modifiée.
Un grand progrès était accompli; mais tout n'était pas dit, à beaucoup près, pour le déchiffrement des cunéiformes. On avait remarqué qu'à Persépolis la plupart des inscriptions semblaient être répétées trois fois en colonnes parallèles, comme si le môme texte y eût été donné en une triple version. Il était aisé de voir en effet que dans chacune des trois colonnes de chaque inscription les groupes ou caractères formés par la combinaison du signe élémeataire présentaient un aspect différent, assez différent pour constituer trois écritures absolument distinctes ; dès lors il était très-naturel de penser que chacune des trois écritures représentait aussi une langue différente, sans doute les trois langues principales de l'empire akhéménide, que l'on pouvait supposer, d'après nos données historiques, avoir été le perse, le mède et l'assyrien ou le babylonien. Le texte qui dans ces inscriptions trilingues tient toujours la tSte et sembleainsi occuper la place d'honneur, est le plus simple des trois, celui dont les combinaisons présentent l'aspect le moins compliqué ; et comme en outre c'est cette écriture qui est employée dans celles des iascriptîoii& t\M\
Ht un.
s'eut qn'aae acale ligae, ad dnl ■■Iwilliiiiiiil iu^MMu
que c'était récribiR des Pênes, le peuple dominataB-.
Cefntdoiic iedle-là qae ^attaqaa Gr:tr:'e-i, cctsmc ^nis 1m Baraouf et Lasûi, et le bit pnt'j-. :, ;m*od atiH rencontré juste.
Hm fesuîeot les desx antres éuiturea .
Prorâoîreœent. ponr U emnmodité da discours, oo les distÎDgiu par les qnalificaticms d'&iîUuea de Iï deoxiëiiK et de la troisième eqiëce, la première espicr r^uot celle des Perses, et l'on cnt anssi poorinr attacher '.-. la deuxième espèce la désignatiCT de midique, omunT- j. U troisième (qui est la pins eomplûiaée), ladésignalioD iVcritureAn^ylomenne.
Lorsqu'on avait essayé d'appliquer tes valtnrs rectninues de l'écriture perse aux sigaes analogues des deux antres espèces, on avait bien vite reconoa qu'il D'en sortait aucune lecture acceptable.
Evidemment les écritures étant autres , les alphabets étaieots différents.
Il fallait reconstituer le double alphabet des deux dernières espèces.
Pour cela, du moius, on avait une base et un point de départ. Cette base c'était dans les noms propres qu'on la devait trouver.
L'écriture perse devenait ainsi, pour l'écriture médique et l'écriture babylouienne, précisément ce que la partie grecque avait été pourla transcription démotique et la transcription hiéroglyphique de la pierre de Rosette.
On commença donc par bien déterminer (ce qui n'était qu'une œuvre d'attention et de patience) la correspondance des noms propres entre le teste perse et les traductions parallèles de chaque inscription trilingue, afin d'arriver, par la décomposition de mots dont la prononciation était connue, à y reconnaître les signes exprimant les différents les différentes articulations. C'est la marche que
l'on doit nécessairement suivre dans le dérrichement de toute écriture inconnue.
Afin de procéder par ordre, et, dans une matière aussi )bscure, de n'aborder les difficultés que l'une après Taure, ce fut l'écriture médique, ou de la deuxième espèce, juel'on étudia d'abord.
C'est le docteur Westergaard, un savant danois qui avait )assé plusieurs années dans l'Inde occupé de travaux phiologiques, et qui, en revenant de l'Inde, s'était arrêté en 'erse, qui le premier attaqua sérieusement, en 184i, le léchiffrement des textes méJiques de Persépolis.
Eugène Burnouf y avait fait quelques tentatives ; mais ;omme il avait senti que l'instrument dont il était sûr, le «nd et le sanscrit, lui faisait ici défaut, il s'était promptenent arrêté, ne voulant pas s' aventurer sur un terrain DOÎDS familier.
Le docteur Westergaard reconnut eu effet bien vite que a langue qualifiée de médique n'avait rien de commun Lvec les idiomes iraniens, ou du moins que les éléments loalogues au perse et au zend ne s'y rencontraient qu'en letit nombre. Sans dissimuler son étonnement, et même in premier sentiment de méfiance, il annonça que la angue cachée sous l'écriture de la seconde espèce semblait e rapprocher des langues touraniennes de l'Asie centrale, 'est-à-dire du turk primitif, du finnois et des idiomes
Une conclusion si peu attendue ne pouvait être reçue ans vérification. Un savant français déjà familiarisé avec s cunéiformes persépolitaîns, M. de Saulcy, reprit après f^estergaard (en 1850) l'examen approfondi des textes méiques, et fut conduit précisément au même résultat.
Ce fait singulier de la parenté turque de la seconde ingue des inscriptions akhéménides a été proclamé de litae par un troisième investigateur, M. Norris, dans un ïog mémoire de 1853.
Il faut toutefois reconnaître que, pour en mettre la démonstration dans tout son jour et en élucider toutes les conséquences, Tezamen final de cette question attend encore un philologue versé dans la connaissance des langues dites touraniennes, et qui puisse ainsi appuyer sa conviction sur quelque chose de plus intime que le simple rapprochement de mots laborieuscônent puisés dans les vocabulaires.
Le fait de l'existence d'une population de race touranienne en Médie au temps des AÛiéménides n'a du reste en soi rien d'anomal. A toutes les époques, les hordes de l'Asie centrale, les Scythes, comme disaient les anciens, ont envoyé de nombreux essaims dans les chaudes contrées de l'Iran et jusque dans les contrées sémitiques, soit pour des courses passagères, soit pour des établissements fixes. Aujourd'hui encore la population pastorale de la Perse est presque entièrement turque par le sang et la langue, et personne n'ignore que la dynastie régnante des Khadjars est elle-même d'extraction turkomane.
M. Norris avait eu d'ailleurs pour son étude un document infiniment supérieur par son étendue aux textes sur lesquels avaient pu travailler Westergaard et M. de Saulcy ; ce document, c'est la partie mède (mède au moins par l'écriture, sinon par la langue) de la grande inscription de Bisoutoun.
Vers la limite occidentale de l'ancienne Médie, à une journée de Kirmanchah sur la route de Hamadân, il existe un monument antique qui avait depuis longtemps frappé les voyageurs, mais dont on n'a eu une connaissance entière que dans ces derniers temps. Ce sont des figures, accompagnées d'une longue suite d'inscriptions cunéiformes, gravées sur la face unie d'un énorme rocher, à près de trois cents pieds au-dessus du sol. La localité porte le nom de Bisoutoim. Un officier de la Compagnie des Indes, le colonel Rawlinson, qui a longtemps occupé
éCRITURES CUNÉIFORMES. 215
le poste de résident britannique à Bagdad, et qui depuis vingt ans et plus a rendu d'inappréciables services aux études cunéiformes, le colonel Rawlioson, disons-nous, a rénssi le premier, en faisant élever à grand'peine et à grands frais des échafaudages devant le rocher autrement inaccessible, k prendre une copie complète do l'inscription. CettB inscription est trilingue comme celles de Persépolis; elle appartient k Darius Hystaspes, qui succéda k Cambjrse, fils de Cynis, en 521 avant l'ère chrétienne. Le colonel Rawlinson a publié successivement, de 1846 ii 1853, les trois textes de i'inscriptioo; mais il ne s'est occupé personnellement que de la partie perse. C'est M. Norris, comme nous l'avons dit, qui a commenté le texte médiqne.
En même temps qu'en passant d'une espèce à l'autre les trois écritures cunéiformes se montrent de plus en plus compliquées, le système de lecture et d'interprétation suit lui-même, dans ses complications, une progression parallèle. L'écritare de la seconde espèce n'est déjà plus alphabétique, comme le persépolitain; elle est syllabique. Chaque articulation, accompagnée de sa voyelle, soit initiale, soit finale, y est représentée par un signe distinct; et comme les combinaisons vocales qui résultent de ce système sont nécessairement très-nombreuses , les signes sont aussi très-nombreuz.
Ce ne sont pas là les seules difficultés de l'écriture médîque ; mais ces difficultés ne sont rien comparées à celles qui se présentent quand on aborde l'écriture de la troisième espèce. Celle-ci n'est pas seulement syilabique ; elle est de plus en partie idéographique, c'est-à-dire qu'elle a des signes en grand nombre qui expriment l'idée des choses, sans qu'on puisse appliquer à ces signes une prononciation connue. Le même signe remplit tantôt un rôle idéographique, tantôt un rôle phonétique, sans que rien (an moins en apparence) avertisse d'J rôle qu'il lui faut attri-
l|Der dans tel ou tel autre cas. Une anomalie non moins «mbarrassaate de ce système d'écriture, qui semble la pr«miëre et grossière ébauche d'une représentation graphique de U parole humaine, c'est qu'on y trouve le même signe employé pour représenter des sons et des articulations entièrement différents : fait ^'on a désigné sons le nom de polyphonie. Nous noua bornons à indiquer les cunplîcations les plus frappantes.
Les textes assyriens de Persépolis sont trop peu étendus pour servir de hase à une étude hérissée de pareilles difficultés; celui mfime de Bisoutoun, tr^s-endommagé par l'infiltration des eaux qui en ont rongé une partie notable, n'y aurait pu suffire. Mais dans le temps même que le docteur Westergaard publiait ses recherches sur l'écriture médique, des découvertes aussi importantes qu'inattendues apportaient inopinément une masse énorme de matéiiauz à l'investigation de l'écriture assyrienne.
Ces découvertes sont celles qui sont sorties, de 18<i2 à 1854, de l'exploration du site de Ninive et de plusieurs autres localités antiques de l'Assyrie et de la Babylonie.
L'initiative en appartient à la France, et M. Emile Botta est le premier qui ait eu l'honneur d'y attacher son nom.
Le nom de M. Layard y vient prendre rang immédiatement après celui de M. Botta, et, après ceux-ci, on y trouve encore des noms éminents, M, Fresnel, M. Oppert (qui publie en ce moment les résultats de ses explorations l»byloniennes avec M. Fresnel), M. Lottus, et M. Rawlinson lui-même, qui n'est resté étranger à aucune des recherches, à aucun des travaux dont la paléographie cunéiforme a été l'objet depuis les publications d'Eugène Burnouf et de M. Lassen.
On sait quelle richesse de monuments de toute sorte est sortie des fouilles de Khorsabad , de Nimroûd et de Koïoundjik, sans parler de celles de Babylone et du bas Euphrate. C'est par centaines que se comptent les inscrip-
lions eshumées, et parmi ces inscriptions il y en a d'une très-grande étendue. En présence de celte abondance de textes Qouveau3 , on conçoit quelle impatience on dut éprouver d'en pénétrer le sens.
De toutes parts les savants se mirent à l'œuvre, M. Botta, M. Lœwenslern et M. de Saulcy en France, en Italie M. Luzzato, en Angleterre M. Hincks et M. Talbot, M. BawlinsoQ près du théâtre môme des découvertes, et enËn le dernier de tous, peut-être, mais non le moins vigoureux de ces champions de la science, M. Jules Oppert, Allemand par sa naissance. Français par son association aus recherches de M. Fresnei à Babylone et par toute la suite do ses travaux ', ont creusé en même temps cette mine nouvelle de l'épigraphifl orientale.
Chacun a suivi sa veine ; tous en ont rapporté quelque chose au trésor commun.
Cette simultanâité de travaux et d'efforts, rare dans une sùence nouvelle, a donné en quinze ans plus de résultats peut-être qu'un labeur isolé n'en aurait produit en un demisiècle. Toutes les difficultés, sans doute, ne sont pas résolues, toutes les obscurités ne sont pas dissipées ; mais les bases essentielles sont solidemeot assises. On a constaté d'une manière indubitable que la langue des inscriptions assyro-babyloniennes est sémitique, ce que l'on pouvait déjà prévoir par les seules indications de la Genèse. Déjà , l'on est certain (des épreuves solennelles ne laissent à cet égard aucun doute) de comprendre le sens général d'un texte historique, et d'en traduire en toute sécurité au moins la plus grande partie. Les hésitations qui peuvent rester encore sur quelques points de lecture se restreignent chaque jour et ne tarderont sûrement pas à disparaître tout à fait.
I. H. Oppett appartient aujourd'hui tout k f«it ï la France par d«t Utlrei de grande D«tunlisatioD.
(.'anabe stock. 13
A quels temps appartiennent les inscriptions cunéiformes, particulièrement celles de l'Assyrie? Remontentelles aux périodes antiques de la monarchie, donnent-elles les moyens de résoudre ou d'éclairer les nombreux problèmes qui ont été depuis deux siècles l'achoppement des chronologistes? Ce sont là des questions qui s*offirent naturellement à l'esprit de tous ceux à qui l'ancienne histoire de l'Orient n'est pas étrangère.
Jusqu'à présent les* inscriptions connues sont bien loin encore de remplir toutes les lacunes, d'éclaircir tous les doutes, de dissiper toutes les difficultés de la chronologie aissyrienne; mais déjà elles y ont ajouté des faits nombreux et considérables, et dans le cercle qu'elles embras* sent elles en ont fixé d'une manière certaine plusieurs points des plus importants.
La plus ancienne des inscriptions jusqu'à présent connues (celle d'un roi Tiglath Pilésèr antérieur de plusieurs siècles à son homonyme des livres bibliques), est, selon toute probabilité, de la première moitié du dixième siècle avant notre ère * ; elle n'atteint pas, conséquemment, aux époques reculées de la monarchie assyro-babylonienne. Les inscriptions ninivites restent de môme (au moins jusqu'à présent) fort en deçà d'une période où elles auraient pu apporter une lumière bien précieuse, je veux dire la longue période des expéditions égyptiennes, qui commen-
1. £q ceci nous sommes en'désaccord avec deux savants dont Popinion ferait loi pour nous s'il ne s'agissait que d'interprétation épigraphique, M. Kawlinson et M. Oppert; mais en dehors de la philologie, les déductions qui se peuvent tirer des monuments appartiennent à la critique générale. Sir Henry Rawlinson porte l'inscription de Tiglath Pilésèr I**^ au commencement du onzième siècle avant l'èrechrétienne ; M. Oppert la fait remonter jusqu'au douzième siècle. Les raisons qui nous obligent de rejeter ces deux dates sont exposées sommairement dans une note lue, au mois de novembre 18G1, devant l'Académie des inscriptions, et imprimée au cahier de février 1862 (p. 136 et suiv.) de la Revue archéologique, sous le titre de Note sur quelques points de la chronologie assyrienne.
INSCRIPTIONS CimÉIFORMES. 319
cent avec Toulhmès III, de !a dix-huitième dynastie, dans le cours du dix-septième siècle avant l'ère chrétienne, et se continuent jusqu'à Ramessès le Grand {ie Sésostris des Grecs), au commencement du quinzième .'iècle. Ces temps reculés de la monarchie ninivite n'eurent-ils pas de monuments commémoratifs, ou bien ces monuments antiques furent-ils détruits par le temps et les révolutions ï C'est ce que nul ne saurait dire.
Sans remonter jusqu'à ces phases lointaines de l'histoire d'Assyrie, tes inscriptions n'en touchent pas moins à des périodes importantes des annales du monde. Sur plusieurs points elles y apportent de précieuses ioformations. Les temps auxquels elles appartiennent coïncident, d'une part, avec les rapports, presque toujours hostiles, qui mirent l'Assyrie et Babjlone en contact avec ies pays syriens et les Juifs après Salomon, et d'une autre part elles nous conduisent aux événements qui préparèrent le formidable conflit de la Grèce et du Grand Roi.
Elles nous donnent, d'un cAté, la contre-partie des annales juives, et de l'autre elles mettent quelques-uns des récits d'Hérodote en regard de documents d'un caractère hautement officiel.
De part et d'autre elles ajoutent beaucoup aux notions fournies par les livres saints et par l'historien grec, en mfime temps qu'elles appuient d'un témoignage irrécusable l'exactitude de ces deux sources vénérables de l'ancienne histoire.
Malgré les lacunus qu'elles laissent encore dans les fastes de la monarchie assyrienne, elles éclairent d'un jour tout nouveau les temps qui ont précédé immédiatement et ceux qui ont suivi la première chute de Ninive et le démembrement de l'empire au milieu du huitième siècle. Elles nous font assister, sous plusieurs règnes glorieux antérieurs à 747, aux conquêtes extérieures qui donnèrent à la monarchie ainivite son immense étendue. Elles rendent à l'histoire
des noms jusqu'à présent ignorés ou à peine entrevus, qui ont joué un grand rôle dans les événements de ces temps reculés.
Enfin, elles jettent une lumière inattendue sur un des chapitres les plus obscurs des annales de l'Egypte, sur l'histoire de la vingt-deuxième dynastie. Elles révèlent pour la première fois des faits et des rapports qui font pressentir, si elles ne le donnent pas entièrement, le mot d'une grande énigme historique.
Ce sont là, sans doute, de sérieux résultats ; ce ne sont pas les seuls, à beaucoup près, qu'aient donné jusqu'à présent les explorations assyriennes. Sans nous initier à la vie assyrienne aussi profondément que les peintures égyptiennes nous font pénétrer dans la société des temps pharaoniques, les bas-reliefs de Ninive ne laissent pas de nous révéler bien des particularités intéressantes d'habitudes et de 'mœurs. Ce sont comme autant de textes vivants que nous pouvons maintenant rapprocher des textes classiques d'un Hérodote, d'un Ctésias, d'un Xénophon. Mais nous ne pouvons entrer ici dans cet ordre de considérations. Et puis, tout est loin d'être dit en fait de découvertes. Bien des localités archéologiques sont encore à trouver ou à explorer, et là même où les recherches ont été poussées le plus avant, il s'en faut bien que les fouilles soient épuisées. Le site même de Ninive est à peine entamé. Un seul tumulus, celui de Koioundjik,y aétéouvert; mais c'est à peine si jusqu'à présent la pioche a pu attaquer le tumulus deNébi- Younnas,etle reste de l'immense enceinte est encore intact. Qui peut dire ce que ce sol historique réserve à l'avenir?
$ 2. La relation de notre expédition scientifique à Babylone.
Sans avoir ouvert une mine à beaucoup près aussi riche que les fouilles assyriennes, notre expédition française
BABTLONE. 231
de la Babylouie ne laisse pas d'avoir eu d'importants résultats pour l'histoire et l'archéologie. Le premier de tous est la relation môme que M. Oppert en a écrite.
Les fouilles de Ninive, dont la France a eu la glorieuse initiative, se poursuivaient depuis sept ans et avaient déjà donné leurs plus beaux résultats^ lorsque le gouvernement français, en 1851, résolut d'envoyer une autre expédition sur le site de Babylone. M. Fulgence Fresnel, déjà connu par de savantes recherches sur les antiquités de l'Arabie, avait suggéré cette expédition babylonienne; la direction lui en fut confiée. On lui adjoignit M. Jules Oppert, déjà remarqué, quoique jeune encore, par ses profondes études orientales, ainsi qu'un habile architecte, M. Thomas. M. Fresnel, épuisé par de longues fatigues, est mort sur le Tigre; à M. Oppert est revenue dès lors la lourde tâche d'élaborer les matériaux de l'expédition et d*en publier les résultats.
Cette tâche, M. Oppert l'a élargie encore, en y rattachant un grand ensemble d'études sur le déchiffrement de ces signes presque cabalistiques qu'on appelle les écritures cunéiformes. Il est un des sept ou huit orientalistes qui sont entrés courageusement dans l'effrayant dédale de cette étude divinatoire, et il y a marqué de prime abord sa place au premier raug. Les mémoires où il expose la nature des écritures cunéiformes, où il en discute les principes organiques, où il en fait l'application aux monuments par la lecture des inscriptions, remplissent un des deux volumes de la relation, — le premier publié (il y a déjà trois ans), quoique le second dans la disposition de l'ouvrage. Dans le volume actuel (n"" 105), nous nous trouvons seulement en face du voyageur. •
La mission part de France, touche à Malte, à Alexandrie, à Beyrouth, débarque à Alexandrette, coupe le nord de la Syrie par Alep, franchit l'Euphrate^ traverse la Mésopotamie jusqu'à Mossoul et au site de Ninive, descend \e Tvgi^^
voit Bagdad, et arrive enfin aux lieux où fut Babylone. Après avoir rendu compte des opérations de la mission sur le site de la ville de Nabuchodonosor, le narrateur nous conduit dans la Babylonie inférieure, où il y a aussi des ruines remarquables, et de là nous ramène vers Ninive, qu'il veut examiner et décrire avant de regagner l'Europe.
C'est là que nous laisse cette partie publiée de la relation, dont la conclusion formera une seconde et dernière livraison.
M. Oppert, quoique Allemand, écrit dans un très-bon français, et ses récits se font lire avec un intérêt soutenu. Avons-nous besoin d'ajouter que la science profonde de l'auteur se mêle au tissu tout entier de la relation? Sur la plupart des lieux qu'il mentionne, il a des remarques géographiques ou historiques souvent neuves, toujours instructives, bien que sur quelques-unes on puisse faire ses réserves. Nous croyons, par exemple, que le savant voyageur aura quelque peine à faire accepter aux géographes son identification de la Mespila de Xénophon (que jusqu'ici tous les critiques se sont accordés à placer à Mossoul), avec Khorsabad. Nous n*avons pas de respect superstitieux pour les opinions reçues; mais nous respectons beaucoup les textes quand ils s'accordent avec les circonstances actuelles du local et des distances. M. Oppert est- il bien sûr aussi que ce soit à la ville de Mossoul que le léger tissu de coton que nous appelons mousseline doive son nom? Jusqu'à présent on a toujours fait honneur de la chose et du nom à la cité indienne de Masulipatnam. Mais nous aurions honte, quand il s'agit d'un ouvrage d'une telle portée, *de nous arrêter longtemps sur de pareilles minuties.
Il nous est impossible de suivre ici M. Oppert dans son riche et bel itinéraire ; nous nous bornerons à quelques mots sur Babylone même, but principal de l'expédition.
BABTLONE. 223
La détermination précise de Varea occupé par l'antique métropole présentait plus d*un genre d'intérêt. Au rapport d'Hérodote, témoin oculaire, l'enceinte extérieure de la ville formait an immense carré, dont chaque côté avait une longueur de cent vingt stades (environ vingt-deux kilomètres, ou cinq de nos lieues communes), et qu'entourait de toutes parts, un fossé profond rempli d'eau. Les murailles, épaisses de cinquante coudées royales, étaient hautes de deux cents coudées.
Ce prodigieux ouvrage a de quoi effirayer l'imagination ; il laisse bien loin en arrière la masse si vantée des pyramides d'Egypte. Qu'on se figure une surface plus grande que le département tout entier de la Seine, environnée d'une muraille de quatre-vingts pieds d'épaisseur, et haute de cent cinq mètres ou trois cent vingt-cinq pieds, — précisément la hauteur de la flèche des Invalides : voilà Babylone. Ninive avait une étendue ou moins égale. Ajoutons qu'on aurait une fausse idée de ce^ vieilles capitales de l'Orient, dont l'immense développement flattait l'orgueil des princes, si l'on en voulait juger par l'aspect de nos cités modernes.
C'étaient, à vrai dire, des camps retranchés autant que des villes. La cité proprement dite n'en occupait que !a moindre partie; la résidence impériale, avec son enceinte fortifiée, ses vastes constructions et ses jardins immenses, en était toujours séparée. Le reste se composait de terrains cultivés, d'où se détachaient çà et là des agroupements d'habitations, qui ressemblaient moins à des faubourgs qu'à des bourgades distinctes. Tel était, à Babylone, le lieu qu'on nommait Borsippa, qu'une tradition plus ou moins authentique désignait comme la tour de Babel, ainsi que l'exprime, au rapport de M. Oppert, le nom cunéiforme qui signifie la Tour des Langues. Quant aux destinées de Babylone après les temps anciens, la vieille métropole, déchue, ruinée, dépouillée de ses monuments et de sa
splendeur, conserva cependant un reste de vie longtemps encore après Tavénement du khalifat. Ce fut seulement dans le onzième siècle qu'abandonnée par une colonie juive qui en formait depuis longteûips la population principale, elle perdit jusqu'à son nom que remplaça le nom de HÛlah, bien que ce dernier lieu n'occupe, sur la droite de l'Eu* phrate, qu'une très-petile partie de ce ^i fut autrefois la cUé deBabylone. Ainsi s'éteignent les gloires du monde.
S'il nous est interdit de nous arrêter avec M. Oppert aux diverses stations de'son itinéraire, à plus forte raison ne pouvons-nous entrer dans l'examen de ses interprétations épigraphiques et des conséquences qufil en ûre. Ici nous aurions eu à soumettre au savant orientaliste des observations d'une toute autre gravité que celles que nous avons jetées tout à l'heure sur des points de détail. Il nous est impossible, par exemple, nous ne dirons pas seulement au nom de toutes les données connues de l'histoire, mais aussi au nom du simple bon sens, qui a aussi ses droits même dans les choses d'érudition, il nous est impossible, disons-nous, d'admettre que les hordes grossières de l'Asie centrale, qui de tout temps se sont répandues en incursions passagères dans les chaudes et basses contrées du Midi, y aient apporté les premiers germes de la civilisation babylonienne. Nous nous refuserions à cette conclusion monstrueuse, alors même (ee que nous ne croyons pas) que les quelques faits épigraphiques sur lesquels s'appuie M. Oppert seraient hors de tout doute possible, et qu'ils ne seraient susceptibles d'aucune autre explication.
Mais, nous le répétons, ce n'est pas ici que de telles controverses peuvent trouver place ; et d'ailleurs une ou deux opinions hasardées, qui ne touchent pas au fond même des choses, mais seulement à l'interprétation de certains monuments d'une explication difficile, ne sauraient diminuer à aucun degré la haute valeur de la publication de M. Oppert.