BABYLONIE
par une notice très-développée sur les Druzes, écrite à Damas en quelque sorte sous la dictée d*un Druze devenu chrétien. Le second voluine contient la fin de la longue odyssée du professeur. 11 nous conduit de Beyrouth à Haleb, traverse la Mésopotamie dans toute sa longueur jusqu'à Mossouly descend le Tigre et le bas Euphrate jusqu'à Bagdad et à Bassora, coupe le golfe Persique jusqu'au port de Boucbtr, gravit les pentes échelonnées du Farsistan jusqu'à Chiràk, pénètre au cœur de la Perse jusqu'à Yezd, la cité des Guèbres ; puis, revenant vers l'Occident, il voit Ispahan et HamadAu, redescend aux pays du Tigre, touche de nouveau à Mossoul, revoit la terre des Kurdes et les plaines mésopotamiennes, et par le nord de la Syrie arrive à la Méditerranée, le grand chemin de l'Europe.
n était impossible de se tracer un plus bel itinéraire. Tous les pays qui figurent dans l'histoire de l'ancien monde, tous les peuples qui ont joué un grand rôle dans les fastes de Thumanité avant l'avènement de l'Occident, tous les sites illustrés par l'histoire, toutes les grandes cités, toutes les capitales fameuses qui ont autrefois rempli l'Asie de leur nom et de leur splendeur, ont été vus par le voyageur: — Tyr, Sidon, Jérusalem, Antioche, Ninive, Babylone, Séleucie, Gtésiphon, et Bagdad la ville prestigieuse des Khalifes, et Persépolis, la ville des Akhéménides, et la cité des rois Mèdes, Ecbatane la ville aux sept enceintes ; et Bisoutoûn avec sa célèbre inscription, où Darius Hystaspes, le premier de sa dynastie, a laissé sur le rocher un impérissable monument de sa puissance et de sa gloire ; puis, non loin de là, Arbîl, où un autre Darius, le dernier de sa race, vit s'écrouler son empire, l'empire de l'Asie, sous la fortune d'Alexandre. Tel est le cadre magnifique où nous transportent les Courses de M. Petermann ; voilà le merveilleux panorama que le lecteur s'attend à parcourir. Mais, il faut le dire, ces vastes perspectives que semblaient annoncer le théâtre oùnouslraus-
porte le voyageur s'éteignent et se resserrent bien vite dans les pages froidement énumératives de la relation. Ou plutôt ce n*est pas une relation ; c'est à peine un récit, mais seulement un journal, une suite de notes minutieusement relevées jour par jour, heure par heure, durant les marches et à chaque station , sans que jamais le savant professeur permette à sa pensée d'animer et de colorer les scènes qu'il nous retrace. Cette méthode nous a donné un hon itinéraire, qui sera utile au géographe, et dont la carte que le docteur Kiepert y a jointe relève encore la valeur ; mais il n'y faut chercher, rien de plus, pas même cette émotion involontaire que la vue de lieux nouveaux éveille dans l'âme la moins enthousiaste. Jamais le voyageur n'essaye de décrire un site ni d'exprimer une impression. Il suit, impassible, la longue route qu'il s'est tracée, uniquement préoccupé des sectes de l'Asie sémitique dont il s'est proposé d'étudier sur les lieux mômes les rites, les traditions et les dialectes, et aussi des manuscrits orientaux dont il espère enrichir la bibliothèque royale de Berlin. Sous ce double rapport, son voyage a été fructueux. Ses acquisitions ont été nombreuses ; et ceux qui s'intéressent à l'histoire religieuse de l'Orient liront avec fruit les notices que M. Pelermann a recueillies sur les Mandaïtes, sur les Yézidis et sur les Druzes. Une seule chose, nous le répétons, nuit au livre d'ailleurs instructif et minutieusement consciencieux de M. Petermann : c'est la disproportion et le manque d'accord entre l'ampleur du sujet et le caractère de l'œuvre. Le tableau est écrasé par la grandeur du cadre.
Une des populations de cette partie de l'Orient qui a particulièrement occupé l'attention de M. le professeur Petermann, les Yézidis, a été aussi l'objet d'un travail important de M. Francis Ainsworth. Ce peuple remarquable se trouve répandu sur de vastes espaces, en Assyrie, en Mé-
sopotamie, daos le nord de la Syrie, le Kurdistao, TAsie Mioeure et l'Arméaie. Un de leurs sièges principaux est dans les montagnes ie Sindjar, au centre de la Mésopotahùb; nëanmoiDs leur chef spirituel et temporel réside au Toûinage de Nisîve. C'est dans le mâmt canton que se trouve aussi leur place principale de culte et de pèlerinage, ainsi que leur principal lieu de sépulture. M. Aiasworth voit dans ces circonstances caractéristiques autant d'indices de l'extraction assyrienne des Yézidis; il les fortifie par d'autres remarques, en même temps qu'il les étend à plusieurs des autres populations permanentes du p&jB, chrétiens-chaldéens, sabéens, etc. Non -seule ment il a été frappé de la ressemblance que les Yézidis présentent dans, leur aspect géoéral, dans leurs traits et dans la manière dont ils poneot leur chevelure, avec les représentations des sculptures aâSyrieuDes, mais de plus ou retrouve chez eux quelques-unes des pratiques les plus caractériatiqiies de l'ancien culte assyrien. Ces indications sommaires sont développées d'une manière extrêmement intéressante dans l'important mémoire de M. Ainsworth (n* 107 bis), à qui l'on doit d'ailleurs une des meilleures relations que nous ayons de ces contrées.
Les traits des Yézidis sont très-marqués ; l'œil est noir, comme la chevelure, le uez proécainent ou légèrement arqué. Leurs cheveux, qu'ils portent longs, s'échappent du turban en mèches bouclées. Leur langue maternelle est un dialecte du kurde.
Ils ne s'expliquent pas volontiers sur les dogmes de leur religion ni sur les pratiques de leur culte. Ils adorent un Être suprême. Ils ont, dit>on, un profond respect pour l'Ancien Testament , et en ont adopté la cosmogonie ; ils ne rejettent pas le Ffouveau Testament, non plus que le Koran, mais sans leur accorder la même vénération qu'au canon juif.
Le trût le plus remarquable de la religion des "^^ùàSs
est le culte 4u'ils rendent à Satan ; du moins le respect qu'ils professent pour l'esprit du Mal (qu'ils appellent Tchéliby le Seigneur) ne diffère guère d'un véritable culte. Les musulmans les désignent sous le nom de Cbaitân Pouroust, les adorateurs du diable. M. Petermann, qui a recueilli à Mossoul diverses informations sur les Yézidis, dit que sans repousser absolument ce nom, ce n'est pas celui qu'eux-mêmes se donnent. Us se nomment Davàsèn (au singulier Dasénl). Ils aiment du reste à rattacher la dénomination de Tézidis au mot kurde Yezd, Dieu.
La note des MiuheUungen (n? 109) sur une carte manuscrite de la partie du cours de l'Euphrate qui se prolonge immédiatement au-dessous du site de Babylone, levée par le lieutenant Julius et envoyée de Bagdad avec de trèscourtes remarques, sera utile pour fixer certaines données de la géographie ancienne.
Une autre sorte d'intérêt s'attache à la note communiquée par M. Mordtmann sur une relation des provinces de la frontière turco-persane imprimée en turc à Constantinople (n® 110). L'ouvrage a pour auteur Méhémed Kourchid Effendi, qui remplissait, en 1839 et 40, les fonctions de secrétaire près de Dervich Pacha, le commissaire turk adjoint à la commission mixte turco- persane-européenne qui fut chargée d'étudier sur place et de rectifier la frontière commune de la Turquie et de la Perse. Le livre contient la description géographique et statistique des six gouvernements frontières de Bâsra, Bagdad, Ghehrzor, Mossoul, Vân, et Baïazid; il donne, en particulier, des notions étendues sur les tribus pastorales qui les habitent. M. Mordtmann exprime le vœu qu'une traduction, ou tout au moins de bons extraits fassent entrer dans la circulation scientifique de l'Europe ce que l'ouvrage contient de neuf; qui pourrait, mieux que le savant orientaliste lui-même, s'acquitter de cette tâche ?
LA PBR8B.
110. Martin Haug. Essays on the sacred language, writings, and religion of the Parsees. Bombay, 1862, in-S. ?m-370 pages.
— La aeconde partie de ce Tolume se trouve aussi annoncée à part
sous le titre de : Outline ofa Grammar of tKe Zend IdJiyiioge (82 pages).
111. Michel BaiAL. De la géographie de TAtesta. Journal Asiaêique, juin 1862, p. 482-497.
112. Vivien de Saint-Martin. L'Iran et ses populations aborigènes. Revue Germanique, octobre 1861, p. 607-621.
113. Nicolas de Khanikoff. Mémoire sur la partie méridionale de l'Asie centrale. Paris, 1861 (1862), in-4'', 234 pages, avec un plan et une carte.
114. B. DoRN. Bericht ûber eine wissenschaft^che Reise in dem Kaukasus und den stldlichen Kûstenlseadern des Kaspichen Meeres (Rapport sur un voyage scientifique dans le Caucase et dans les provinces qui bordent au sud la mer Caspienne). Bulletin de VAcadémie de Saint-Pétersbourg, t. IV, n" 6 (oct. 1861), p. 344-
— Voyage scientifique dans le Mazandéran, le Ghilan, les provinces
musulmanes du Caucase et le Daghestan, par M. Dorn, de l'Académie de Saint-Pétersbourg (Résumé analytique, par M. N. DE Khanikoff). Journal Asiaiiquef février 1862, p. 214-225.
115. ReisederK. preussischen GesandtschartnachPersien, 1860 und 1861 ; geschildert von D**. H. Brugsch (Voyage de l'ambassade prussienne en Perse, 1860-61). Leipzig, 1862, in-8, xiv-418 pages, avec une carte et des gravures dans le texte.
115 bis. J. C. Hantzsche. Topographie und Statistik der persischen Turkmanen (Notice topographique et statistique sur les Turcomans de la Perse). Zeitschrift fur allgemeine Erdkunde, n** 1 10, aug. 1862, p. 97-103.