‹ L'Année géographiqueChapitre 69 sur 236 · ETHNOLOGIE TOURANIENNE. S · texte numérisé non relu

ETHNOLOGIE TOURANIENNE. S

rethnogràphie asiatique et la configuration du continent n*est pas seulement dans les limites générales : on peut le reconnaître également dans la distrÔ)ution des nombreux rameaux de la race. De même que les hautes plaines centrales, qui sont le domaine propre des tribus mongoles» envoient aux mers environnantes tous les grands fleuves qui sillonnent l'Asie vers le sud, Test et le nord, de même il semble que les migrations anté- historiques ont ici rayonné d*un foyer central, suivant, comme les eaux, les grandes pentes qui conduisent aux rivages, ou plutôt des** cendant les vallées mêmes où s*écoulent les fleuves; s*épanchant dans les vallées latérales, se déployant avec leurs troupeaux là où les plaines s'élargissent, et finalement fortoant dans chacun des grands bassins une communauté distincte, souche primordiale d'où sont sorties avec le temps autant de nations dififérentes, plus ou moins civilisées selon que leurs développements ont été comprimés ou favorisés par les conditions extérieures.

Cette vue n'est appuyée sans doute d'aucun témoignage historique, car les temps qu'elle embrasse sont antérieurs à toute tradition ; mais elle ressort invinciblement de la distribution même des peuples de l'Asie orientale, et de la formation des nationalités selon les grandes régions naturelles. Sur le plateau même, la contrée montagneuse comprise entre la crête himâlaienne et la chaîne du Kouènloun (prolongation orientale de l'Hindou-koh) présente, sous le nom de Tibet, une région tout à fait différente des steppes de la Mongolie, entre le Kouèn-loun et le système altaïque; aussi la nation qui s'y. est développée diffère-telle à tous égards des hordes mongoles. Adossées à l'escarpement méridional du plateau tibétain, et recueillant les eaux qui en descendent, les deux grandes péninsules que sépare le golfe du Bengale, — l'Inde et l'Indo-Chine, — ont l'une et l'autre reçu du nord leurs populations primitives par les grandes vallées qui coupent ou coxi\ouT\i^i:\\

l'HimAlaya, les vallées du Sindh et de la ÇoutoudrI, du GaDge et du Brahmapoutre, de l'IrAvadl, du MeÎDam, et des autres fleuves qui partagent en bassins parallèles U presqu'île extra-gaugâtique. Les peuples de cette deroiâre péninsule, auxquels ne s'est mêlé (au moins dans une proportion appréciable) aucun élément étranger à leur propre sang, ont gardé sans altération leur tjpe originel, bien qu'ils aient formé dans leurs vallées respectives un certain nombre de groupes nationaux qui se distinguent surtout par leurs idiomes, — idiomes très-différeats pour le voyageur, trés-rapprochés pour le philologue*. Dans la presqu'île gangétique, au contraire, la colonisation Arienne a changé depuis bien des siècles le caractère ethnographique de la péninsule. Par une généralisation abusive 'du nom de la nation conquérante, on s'est habitué à ne voir daus les Indiens qu'une seule race, et dans cette race qu'un rameau de la famille des .peuples blancs, ce qui est vrai seulement de la tribu arienne; mais au-dessous des Aryas, depuis que l'attention s'est portée sur l'étude scientifique du pays des brahmanes, on a reconnu qu'une race absolument différente forme, dans une proportion très-considérable, le fond, la couche inférieure de la population, et que cette couche inférieure, par la langue aussi bien que par le type physique, appartient à la famille des peuples de souche œongolique ou touranienne. A l'est du Tibet, trois vastes bassins fluviaux forment, entre la mer et le plateau, une grande région naturelle oii s'est développée la nationalité chinoise, la plus ancienne branche historique de la souche touranienne, la seule où se soit produite une civilisation originale. Le Japon et la Corée, l'un renfermé

1. La iflne anamiiique (la Kanibodj, li Coohinchine et le TodIcîd) forme une classe à part dans la presqu'île Irans-gangélique. Toul indique que les populations de cette zAne y sont anivèes par le sud de 1* Chine, ce qui est d'ailleuri parrailetnent en rapport avec la dispoiilion phjrsique du pay».

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dans son archipel, l'autre circoQscrite dans sa péninsule, ne sont, comme centres intellectuels, qu'uoe double émanation, un double reflet de la civilisation chinoise. Plus au nord, les autres rameaux du tronc touranicn n'ont pas dépassé, là où ils l'ont atteinte, la limite de la vie pastorale. Les tribus descendues dans le bassin île l'Amour, et de là par extension dans les plaines glacées de la Lena, y ont formé un groupe étendu qui porte dans le oord le nom de Toungouses, dans le sud celui de Mandchous. On sait que ta dynastie qui gouverne actuellement la Chine est d'origine mandchoue. EnCn, des vallées herbeuses de l'Altaï, ou, pour mieux dire, de la grande région alpestre qui couvre au nord les plaines de la Mongolie, sont sortis, selon toute apparence, et ont rayonné en diverses directions, les autres rameaux de cette inépuisable famille : au nord, vers l'océan Glacial, les tribus samoièdes ; au nord-ouest, vers l'Oural et les mers boréales de l'Europe, les tribus finnoises; au sud-ouest, vers la Trasoxiane et la Caspienne, les tribus turques'. Ces deux dernières branches de la famille touranienue, les Purks et les Fiooois, sans s'âtre jamais élevées, dans l'échelle de la civilisation, même au niveau des branches orientales de la race *, n'en ont

t. On peut voir quelles grandes divisions et quelles subdivisions l'homiDe qui a creusé le plus avant les Études (ouraniennes, AlGXandr« Caslrèa, a êlablles au sein de celte immense ramille, dans ses EfhnohgUehe Vorleiungn nher di- Atlaiiclten Voilier, traduites et éditées pu H. Schierner sous les auspices de l'Académie impériale (Saint- Péterabourg, 1S37, In-g). M. Max HQller, dans sa Lettre déjà citée ï H. te chevalier Bunsen sur le ;joint où sont arrivées ces recherche» (diniles Ontlitut, voi. I, p. S74 et suivOi » m'a en regard leadwi- ■lons Élablies par Castrén et celles que Rask avait proposées il y a qoarante ans. Nous avons à peine besoin de faire remarquer que la déDomioation de famille rourant'enne remplace, chez H.Max HOller, l'appellation de famille allaiqut chez Caslrén.

2. Les Turks Ottomans sont seuls arrivés ï un degré de civilisation nlalivemeiil élevé. Mais les Ùsmanlis sont une race transformée par le mélange du sang grec, et leur cîtilisatioD esi toute d'emprunt. El enoort jusqu'oA descend-elle au-deasoui du la surface!

pas moins joué un très-grand rôle dans Thistoire du monde. Elles ont fatalement pesé, depuis les temps antiques, sur le sud-ouest de l'Asie et sur l'Europe orientale. Elles y ont causé, à diverses époques, de sanglantes perturbations; ce sont elles qui ont amené, dans les quatrième et cinquième siècles de notre ère, ce prodigieux ébranlement du monde occidental qui brisa l'empire des Césars et prépara la reconstitution de l'Europe. Attila, Tchinghiz-khâu et Tamerlan, les trois grands noms de la race, apparaissent dans lïistoire comme d'effrayants météores qui jettent une lueur sinistre au milieu des tempêtes.

Il y a longtemps que les ethnologues physiologistes, Blumenbach en tête, ont formé de ce grand ensemble de peuples, remarquables en effet par l'analogie, souvent même par l'identité du type physique entre les branches les plus distantes, il y a longtemps, disons-nous, que les ethnologues en ont formé une seule racCy qu'ils ont distinguée par les appellations de race jaune ou de race mongole^ selon qu'on empruntait l'épithète qualificative à l'un des traits les plus frappants de l'apparence extérieure, ou que l'on croyait pouvoir rapporter la race tout entière à celle de ses divisions qui en occupe le point central. Mais l'analogie physique était la seule qu'on y pût reconnaître. Abel Rémusat, qui s'était proposé en 1820 de rechercher si elle existe également dans les langues S arrive sur ce point à une conclusion négative. cLa ressemblance de quelques expressions turkes, mongoles et mandchoues entre elles, ne doit pas, dit-il, faire penser qu'il existe entre les trois langues une analogie essentielle et fondamentale. Il y a entre elles plus de différences qu'il n'y en a entre le russe, l'italien et l'allemand. » Il est vrai que cette raison, qui pouvait paraître alors concluante, a cessé de l'être depuis que la philologie comparée repose sur les lois que lui a

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