DE LA TRÈS-MAINTE VIERGE
Enfin, Taurore du Soleil tant désiré brille aux extrémités du ciel, tendre et radieuse. L'heureuse Mère du Messie devait naître avant le Messie lui-même; et ce jour est celui de la Conception de Marie. La terre possède déjà un premier gage des célestes miséricordes; le Fils de THomme est à la porte. Deux vrais Israélites, Joachim et Anne, nobles rejetons de la famille de David, voient enfin, après une longue stérilité, leur union rendue féconde par la toute-puissance divine. Gloire au Seigneur qui s'est souvenu de ses promesses, et qui daigne, du haut du ciel, annoncer la fin du déluge de riniquité, en envoyant à la terre la blanche et douce colombe qui porte la nouvelle de paix !
La fête dellmmaculée Conception de la Sainte Vierge est la plus solennelle de toutes celles que TÉglise célèbre au saint temps de F Avent ; et s'il était nécessaire que la première partie du Cycle présentât la commémoration de quelqu'un des Mystères de Marie, il n'en est aucun dont l'objet pût offrir de plus touchantes harmonies avec les pieuses préoccupations de l'Église en cette mystique saison de l'attente. Célébrons donc avec joie cette solennité; car la Conception de Marie présage la prochaine Naissance de Jésus.
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L'inteotion de TÉglise^ dans cette fête^ n^est pas seulement de célébrer ranniversaire de l'instant fortuné auquel commença^ au sein de la pieuse Anne^ la^ie de la très -glorieuse Vierge Marie; mais encore d'honorer le sublime privilège en vertu duquel Marie a été préservée de la tache originelle que y par un décret souverain et universel , tous les enfants d'Adam conti'actent au moment même où ils sont conçus dans le sein de leurs mères. La foi de l'Église catholique^ que nous avons entendu solennellement reconnaître comme révélée de Dieu méme^ au jour à jamais mémorable du 8 décembre i854, cette foi qu'a proclamée l'oracle apostolique, par la bouche de Pie IX, aux acclamations de la chrétienté tout entière, nous enseigne qu'au moment où Dieu a uni l'âme de Marie qu'il venait de créer au corps qu'elle devait animer, cette âme à jamais bénie , non-seulement n'a pas contracté la souillure qui envahit à ce moment toute âme humaine, mais qu'elle a été remplie d'une grâce immense qui l'a rendue, dès ce moment, le Miroir de la sainteté de Dieu même, autant qu'il est possible à un être créé.
Une telle suspension de la loi portée par la justice divine contre toute la postérité de nos premiers parents était motivée par le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. Les rapports que Marie devait avoir avec la divinité même, étant non-seulement la Fille du Père céleste, mais appelée à devenir la propre Mère du Fils, et l'Épouse véritable de l'Ësprit-Saint, ces rapports exigeaient que rien de souillé ne se rencontrât , même un seul instant, dans la créature prédestinée à de si étroites relations avec l'adorable Tiinité ; qu'aucune
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omhre n'eût jamais obscurci en Marie la pureté parfaite que le Dieu souverainement saint veut trouver même dans les êtres qu'il appelle à jouir au ciel de sa simple vue; en un mot^ comme le dit le grand Docteur saint Anselme : a II était juste qu^elle fût ornée « d'une pureté au-dessus de laquelle on n'en puisse con^ (i cevoir de plus grande que celle de Dieu même , cette tf Vierge à qui Dieu le Père devait donner son Fils « d'une manière si particulière, que ce Fils deviendrait « par nature le Fils commun et unique de Dieu et de « la Vierge; cette Vierge que le Fils devait élire pour « en faire substantiellement sa Mère, et du sein de la- « quelle l'Esprit-Saint voulait opérer la conception et «naissance de celui dont il procédait lui-même. 0 (De Conceptu Virginali. Cap. xvra.)
En même temps, les relations que le Fils de Dieu devait contracter avec Marie, relations ineffables de tendresse et de déférence iBliales, ayant été éternellement présentes à sa pensée, elles obligent à conclure que le Verbe divin a ressenti pour cette Mère, qu'il devait avoir dans le temps, un amour d'une nature infiniment supérieure à celui qu'il éprouvait pour tous les êtres qui devaient sortir de ses mains. L'honneur de Marie lui a été cher au-dessus de tout, parce qu'elle devait être sa Mère , qu'eUe l'était même déjà dans ses éternels et miséricordieux desseins. L'amour du Fils a donc protégé la Mère; et si celle-ci^ dans son humilité sublime, n'a repoussé aucune des conditions auxquelles sont soumises toutes les créatures de Dieu, aucune des exigences mêmes de la loi de Moïse qui n'avait pas ^té portée pour elle, la main d'un Fils divin a abaissé
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pour elle rhumiliante barrière qui arrête tout enfant d^Adam veuaut en ce monde^ et lui ferme le sentier de la lumière et de la gràce^ jusqu^à ce qu^il ait été régénéré dans une nouvelle naissance.
Le Père céleste ne pouvait pas faire moins pour la nouvelle Eve qu'il n'avait fait pour Tancienne, qui fut établie tout d'abord, ainsi que le premier homme, dans Tétat de sainteté originelle où elle ne sut pas se maintenir. Le Fils de Dieu ne devait pas soufiFrir que la femme à laquelle il devait emprimter sa nature humaine eût quelque chose à envier à celle qui a été la Mère de prévarication. L'Esprit-Saint, qui devait la couvrir de son ombre et la rendre féconde par sa divine opération, ne pouvait pas permettre que son Épouse fût un seul instant maculée de la tache honteuse avec laquelle nous sommes conçus. La sentence est universelle; mais la Mère de Dieu devait en être exempte; Dieu auteur de la loi. Dieu qui a posé librement cette loi, était le maître d'en affranchir celle qu'il devait s'unir en tant de manières; il le pouvait, il le devait : il l'a donc fait.
Et n'était-ce pas cette glorieuse exception qu'il annonçait lui-même au moment où comparurent devant sa majesté offensée les deux prévaricateurs dont nous sommes tous issus? La promesse miséricordieuse descendait sur nous dans l'anathême qui tombait sur le serpent. «J'établirai moi-même , disait Jéhovah, une « inimitié entre toi et la femme, enti*e ta race et son «fruit; et elle-même t'écrasera la tête. » Ainsi, le salut était annoncé à la famille humaine sous la forme d'une victoire contre Satan ; et cette victoire, c'est la
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Femme qni la devait remporter pour nous tous. Et que Ton ne dise pas que ce sera le Fils de la femme qui la remportera seul cette victoire : le Seigneur nous dit que Vinimitié de la femme contre le serpent sera personnelle^ et que, de son pied vainqueur, elle brisera la tête de Todieux reptile; en im mot, que la nouvelle Eve sera digne du nouvel Adam, triomphante comme lui ; que la race humaine un jour sera vengée , non-seulement par le Dieu fait homme , mais aussi par la Femme miraculeusement soustraite à toute atteinte du péché, en sorte que la création primitive dans la sainteté et la justice (Ephes. iv. 24.) reparaîtra en elle , comme si la faute primitive n^avait pas été commise.
Relevez donc la tête, enfants d'Adam, et secouez vos chaînes. Aujourd'hui, l'humiliation qui pesait sur vous est anéantie. Voici que Marie qui est votre chair et votre sang , a vu reculer devant elle le torrent du péché qui entraine toutes les générations ; le souffle du dragon infernal s'est détouraé pour ne pas la flétrir ; la dignité première de votre origine est rétablie en' elle. Saluez donc ce jour fortuné oh la pureté primitive de votre sang est renouvelée; la nouvelle Eve est produite ; et de son sang qui est aussi le vôtre, moins le péché, elle va vous donner, sous peu d'heures, le Dieu- Homme qui procède d'elle selon la chair, comme il sort de son Père par une génération éternelle.
Et comment n'admirerions-nous pas la pureté incomparable de Marie dans sa Conception immaculée, lorsque nous entendons, dans le divin Cantique, le Dieu même qui l'a ainsi préparée pour être sa Mère, lui dire avec l'accent d'une complaisance toute
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d'amouF : « Vous êtes toute belle, ma bien-aimée, et il a n'y a en vous aucune tache. » (Gant. it. 7. ) C'est le Dieu de toute sainteté qui parle; son œil qui pénètre tout ne découvre en Marie aucune trace , aucune cicatrice du péché; voilà pourquoi il se conjouit avec elle, et la félicite d» don qu'il a daigné lui faive. Après cela, nous étonnerons-nous que Gabriel, descendu des cieux pour lui apporter le divin message , soit saisi d'admiration à la vue de cette pureté dont le point de départ a été si glorieux et les accroissements sans limites ; qu'il s'incline profondément devant une teHe merveille, et qu'il dise : « Salut, ô Marie, pleine pe grâce ! » Gabriel mène sa vie immortelle au centre de toutes les magnificences de la création, de toutes les richesses du ciel; il est le frère des Chérubins et des Séraphins, des Trônes et des Dominations; son regard parcourt éternellement ces neuf hiérarchies angéliques où la lumière et la sainteté resplendissent souverainement, croissant toujours de degré en degré ; mais voici qu'il a rencontré sur la terre, dans une créature d'un rang inférieur aux Anges , laplénittuie de la grâce^ de cette grâce qui n'a été donnée qu'avec mesure aux Esprits célestes,- et qm repose en Marie depuis le premier instant de sa création, C'est la future Mère de Dieu toujours sainte',- toujours pure, toujours immaculée.
Cette vérité révélée aux Apôtres par le divin FiJs de Marie^ recueillie dans l'Église, enseignée par les saints Docteurs , crue avec une fidélité toujours plus grande par le peuple chrétien, était contenue dans la notion même d'un^ Mère de Dieu. Croire Marie Mère de Dieu^ c'était déjj^croire impKcitement que celte en qui devait
se réaliser ce titre sublime n'avait jamais rien eu de commun avec le péché^ et que nulle exception n'avait pu coûter à Dieu pour l'en préserver. Mais désormais l'honneur de Marie est appuyé sur la sentence explicite qu'a dictée l'Esprit-Saint. Pierre a parlé par la bouche de Pie; et lorsque Pierre a parlé , tout fidèle doit croire ; car le Fils de Dieu a dit : « J'ai prié pour a toi^ Pierre^ afin que ta foi ne défaille jamais» (Luc. XXII. 32.) ; et il a dit aussi : « Je vous enverrai l'Esprit « de vérité qui demeurera avec vous à jamais^ et vous « fera souvenir de tout ce que je vous avais enseigné. » (JOHAN. XIV. 26.)
Le symbole de notre foi a donc acquis, non une vérité nouvelle, mais une nouvelle lumière sur la vérité qui était auparavant l'objet de la croyance universelle. En ce jour, le serpent infernal a senti de nouveau la pression victorieuse du pied de la Vierge-Mère, et le Seigneur a daigné nous donner le gage le plus signalé de ses miséricordes. Il aime encore cette terre coupable; car il a daigné l'éclairer tout entière d'un des plus beaux rayons de la gloire de sa Mère. N'a-t-elle pas tressailli, cette terre? N'a-t-elle pas ressenti à ce moment un enthousiasme que notre génération n'oubliera jamaist Quelque chose de grand s'accomplissait à cette moitié du siècle; et nous attendrons désoi'mais les temps avec plus de confiance, puisque si l'Esprit-Saint nous avertit de craindre pour les jours où les vérités diminuent chez les enfants des hommes, il nous dit assez par l\que nous devons regarder comme heureux les jours où les vérités croissent pour nous en lumière et en autorité.
En attendant l'heure de la proclamation solennelle du grand dogme, la sainte Église le confessait chaque année , en célébrant la fête d'aujourd'hui. Cette fête n'était pas appelée, il est vrai, la Conception immacidée, mais simplement la Conception de Marie. Toutefois, le fait de son institution et de sa célébration exprimait déjà suffisamment la croyance de la chrétienté. Saint Bernard et l'Angélique Docteur saint Thomas s'accordent à enseigner que l'Église ne peut pas célébrer la fête de ce qui n'est pas saint; la Conception de Marie fut donc sainte et immaculée , puisque l'Église, depuis tant de siècles, l'honore d\mefête spéciale. La Nativité de Marie est l'objet d'une solennité dans l'Église , parce que Marie naquit pleine de grâce; si le premier instant de son existence eût été marqué par la flétrissure commune, sa conception n'eût pu être l'objet d'un culte. Or, il est peu de fêtes plus générales et mieux établies dans l'Église que celle que nous célébrons aujourd'hui.
L'Église grecque , héritière plus prochaine des pieuses traditions de l'Orient, la célébrait déjà au vi« siècle, comme on le voit par le Type ou Cérémonial de saint Sabbas. En Occident nous la trouvons établie dès le vnie siècle, dans l'Église gothique d'Espagne. Un célèbre calendrier gravé sur le marbre, au ix^ siècle, pour l'usage de l'Église de Naples, nous la montre déjà instituée à cette époque. Paul Diacre, secrétaire de Charlemagne, puis moine au Mont-Cassin, célébrait le mystère de l'Immaculée Conception dans une Hymne remarquable, que nous donnerons tout à l'heure, d'après les manuscrits du Mont-Cassin , de Subiacoet de
BéDéyent. En 1066, la fête s'établissait en Angleterre à la suite d'un prodige opéré sur mer en faveur du pieux abbé Helsin, et bientôt elle s'étendait daus cette île par les soins du grand saint Anselme, moine et archevêque de Gantorbéry; de là, elle passait en Normandie , et prenait possession du sol français. Nous la trouvons en Allemagne sanctionnée dans un concile présidé, en J049, par saint Léon IX; dans la Navarre en i090, à Tabbaye d'Irach, en Belgique, à liége, en 4142; c'est ainsi que toutes les Églises de l'occident rendaient tour à tom* témoignage au mystère, en adoptant la fête qui l'exprimait.
Enfin, l'Église de Rome l'adopta elle-même, et par son concours vint rendre plus imposant encore ce concert de toutes les Églises. Ce fut Sixte IV qui, en 1476, rendit le décret qui instituait la fête de la Conception de Notre-Dame dans la ville de saint Pierre. Au siècle suivant, en 1568, saint Pie V publiait l'édition universelle du Bréviaire Romain; on y voyait cette fête inscrite au calendrier, comme l'une des solennités chrétiennes qui doivent chaque année réunir les vœux des fidèles. Rome n'avait pas déterminé le mouvement de la piété catholique envers le mystère; elle le sanctionnait de son autorité litm*gique, comme elle l'a confirmé, dans ces derniers jours, de son autorité doctrinale.
Les trois grands états de l'Europe catholique, l'Empire d'Allemagne, la France et l'Espagne, se signalèrent, chacun à sa manière, par les manifestations de leur piété envers Marie immaculée dans sa Conception. La France^ par l'entremise de Louis XIV, obtint de
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Clément DCque la fête serait célébrée avec Octave dans le royaume; faveur qui fut inentôt étendue à l'Église universelle par Innocent XII. Déjà^ depuis des siècles, la Faculté de théologie de Paris astreignait tous ses Docteurs à prêter serment d'e soutenir le privilège de Marie; et elle maintint cette pieuse pratique jusqu'à son dernier jour.
L'empereur Ferdinand lil^ en 1^7^ fit élever suila grande place de Vienne une splendide colonne couverte d'emblèmes et de figures, qui sont autant de symboles de la victoire que Marie a remportée sur le pédié, et surmontée de la statue dé notre Reine immaculée^^ avec cette pompeuse et catholique inscription i