SECONDE SECRETE
EXAUCEZ-NOUS , Ô Dieu notre Sauveur ; et. par la vertu de ce Sacrement, défendez-nous de tous les ennemis de rame et du corps, nous accordant votre grâce en cette vie et votre gloire en l'autre.
EXAUDI n lutaris :
, Deus Sa-
noster : ut par hujus Sacramenti virtutem. a cunctis nos mentis et corporis hostibus tuearis, gratiam tribuens in praesenti, et gloriam in futuro.
Le Prêtre ajoute une troisième Secrète, à son choix.
Dans l'Antienne de la Communion, l'Eglise demande que l'homme, régénéré par l'aliment céleste, retrouve la ressemblance de Dieu, selon laquelle il avait été créé dans le principe. Plus notre misère est grande, plus nous devons espérer en celui qui est descendu jusqu'à nous pour nous faire remonter jusqu'à lui.
COMMUNION
RENOUVELEZ votre ressemblance en votre serviteur, et sauvez -moi dans votre miséricorde, Seigneur ! Que je ne sois pas confondu, puisque je vous ai invoqué.
ILLUMINA faciem tuam super servum tuum, et salvum me fac in tua misericordia : Domine, non confundar, quoniam invocavi te.
QUE vos fidèles, soient fortifié; dons, afin que. en les recevant, ils ne cessent pas de les
POSTCOM.MUNION.
Dieu !
par vos
FIDELES tui. Deus, per tua dona firmentur :
ut eadem et percipiendo requirant, et quaerendo
73 5 Le Temps de la Septiiagésime.
sine fine percipiant. Per Dominum riostrum Jesum Christum. Amen.
rechercher, et qu'en les recherchant, ils les reçoivent pour l'éternité. Par Jésus- Christ notre Seigneur.
SECONDE POSTCOMMUNION.
MrNDET et muniat nos, quaesumus Domine, divini Sacramenti munas oblatum : et intercedente beata Virgine Dei Génitrice Maria, cum beato Joseph. beatis Apostolis tuis Petro et Paulo. atque beato A', et omnibus Sanctis. a cunctis nos reddat'et perversitatibus expiâtes, et adversitatibus expeditos.
QUE l'oblation du divin Sacrifice nous purifie et nous protège, Seigneur, nous vous en supplions ; et, par l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux A^. et de tous les Saints, qu'elle soit pour nous l'expiation de tous nos péchés, et la délivrance de toute adversité.
Le Prctre ajoute une troisième Postcommunion, à son choix.
A VEPRES,
Les Psaumes, le Capitule, VHyinne et le Verset ci-dessus, pages 88 et suivantes.
ANTIENNE DE Magtiificat,
IX IT paterfamilias operariis suis : Quid
hic statis tota die otiosi At illi respondentes dixerunt : Quia nemo nos conduxit. Ite et vos in
LE père de famille dit à ses ouvriers : Pourquoi demeurez-vous ici tout le long du jour sans travailler ?
Et ils lui répondirent : Parce que personne ne nous a
Le Dimanche de la Septuagésime.
loués. — Allez-vous-en aussi dans ma vigne ; et je vous donnerai ce qui sera juste.
vineam meam : et quod justum fuerit, dabo vobis.
Nous vous supplions, Seigneur, d'exaucer dans votre clémence les prières de votre peuple, afin que nous, qui sommes justement affligés pour nos péchés, sovons miséricordieusement délivrés pour la gloire de votre Nom.
Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
PRECES populi tui. quassumus Domine, clementer exaudi : ut qui juste pro peccatis nostris affligimur, pro tui Nominis gloria misericorditer liberemur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
NOUS plaçons à chacun des jours de cette semaine quelques-unes des stances que la Liturgie grecque consacre à déplorer la chute du premier homme, dans l'Office du Dimanche qui précède le jeûne du Carême.
IX DOMINICA TYROPHAGI,
POUR avoir transgressé le précepte du Seigneur et goùté, dans son intempérance, un mets rempli d'amertume, Adam fut banni du jardin de délices, et condamné à cultiver la terre d'où il avait été tiré, et à manger son pain après beaucoup de sueurs ; nous donc, aspirons à la tempérance, dans la crainte d'être réduits comme lui à pleurer hors du Paradis, et méritons d'être admis dans son sein.
Le Seigneur, mon créa-
ExciDiT e paradiso voluptatis Adamus , Domini prasceptum, amaro cibo intemperanter degustato. transgressus. damnatusque fuit terrje unde desumptus fuerat colendcc. suoqu'' pani per sudorem multum comedendo ; nos igitur temperantiam appetamus , ne velut ille extra Paradisum ploremus. sed intus admittamur.
Conditor meus Domi-
i6o Le Temps de la Septuagésime.
nus. pulvere e terra accepte, me viviBco spiritu animavit. atque visibilium omnium super terram dominatione, Angelorumque consortio dignatus est ; dolosus autem Satan, serpentis instrumente usas, esca decepit. et a Dei gloria procul amandavit, mortique in infimis terrae addixit : tu vero, utpote Dominus, atque benignus, ab exsilio me revoca.
Stola divinitus texta spoliatus fui miser ego, divino praecepto tuo. Domine, ex inimici fraude violato, foliisque ficulneis et pelliceis tunicis modo circumdor; panem laboris in sudore manducandi sententiam excepi. utquespinas et tribulos tellus mihi ferat.
diris devota est ; sed qui postremis temporibus e Virgine incarnatus es, revocatum me in paradisum restitue.
Paradise, omni honore dignissime. pulcherrima species , tabernaculum divinitus structura, perenne gaudium et oblectamentum, gloria justo-
teur, ayant façonné la poussière de la terre, m'anima d'un esprit de vie. il me donna l'empire sur toutes les créatures visibles de la terre avec la compagnie des Anges ; mais Satan plein d'artifice, empruntant la forme du serpent, m'a séduit par un fruit, m'a repoussé loin de la gloire de Dieu, et m'a livré à la mort dans les abîmes de la terre : vous, qui êtes le Seigneur et rempli de bonté, rappelez-moi de mon exil.
Malheureux que je suis !
pour avoir violé par la fraude de l'ennemi votre commandement, Seigneur, je me suis vu dépouillé du vêtement que vous m'aviez divinement tissu ; maintenant je n'ai pour me couvrir que des feuilles ai figuier et des tuniques de peau. J'ai été condamné à manger au prix de mes sueurs le pain du travail ; la terre maudite ne porte plus pour moi que des épines et des ronces : mais vous qui, dans les derniers temps, avez pris chair au sein d'une ^'ierge, rappelez-moi dans le Paradis, et rétablissez-moi dans mon premier état.
Paradis, séjour digne de tout honneur, beauté incomparable, tabernacle dressé par la main de Dieu, asile des délices éternelles, toi qui es la gloire des justes, la joie
Le Dimanche de la Septuagésime. ibi
des Prophètes, l'habitation des Saints, supplie par le bruit de tes feuilles le Créateur de l'univers de m'ouvrir les portes que j'ai fermées par ma prévarication ; qu'il me rende digne de manger le fruit de l'arbre de vie et de recouvrer les joies que je goiitais si douces dans ton enceinte.
rum, Prophetarum lastitia, Sanctorumque domicilium. foliorum tuorum sonitu Conditorem universorum deprecare, ut fores, quas prasvaricatione clausi. mihi adaperiat, utquedignusefficiar ligni vitJe participatione, eoque gaudio quod dulcissime prius in temetipso deeustavi
LE LUNDI ÛE LA SEPTUAGÉSIME.
^l^^^^t^TJ E serpent dit à la femme : « Pourquoi fe l^^r (' Dieu vous a-t-il commandé de ^•C- J^^Â. " ^^ P^^ mander du fruit de tous ^^jS^ (( les arbres lïu Jardin ? » Tel est le début de l'entretien que notre première mère consent à lier avec l'ennemi de Dieu ; et déjà le salut du genre humain est en péril.
Rappelons-nous tout ce qui s'est passé jusqu'à cette heure fatale. Dieu, dans sa puissance et dans son amour, a créé deux êtres sur lesquels il a versé toutes les richesses de sa bonté. II a ouvert devant eux une destinée immortelle, accompagnée de toutes les conditions d'un bonheur parfait. La nature entière leur est soumise ; une postérité innombrable doit sortir d"eux et les entourer à jamais de sa tendresse filiale. Bien plus, le Dieu de bonté qui les a créés daigne descendre jusqu'à la familiarité avec eux, et dans leur innocence, cette condescendance adorable ne les surprend pas. Mais ceci n'est rien encore. Après l'épreuve qui doit les en rendre dignes, le Dieu qu'ils ne connaissent jusque-là que par des bienfaits d'un ordre inférieur, leur prépare une félicité au-dessus de toutes leurs pensées. Il a résolu de se faire connaître à eux tel qu'il est, de les
Le Lundi de la Septuagésime. lOy
associer à sa gloire, de rendre inhni leur bonheur, en même temps qu'il sera éternel. \'oilà ce que Dieu a fait, ce qu'il a préparé pour ces deux êtres qui, tout à l'heure, étaient encore dans le néant.
En retour de tant de dons gratuits et magnifiques. Dieu ne leur demande qu'une seule chose : qu'ils reconnaissent son domaine sur eux. Rien ne doit leur être plus doux ; rien aussi n'est plus juste en soi. Tout ce qui est en eux et hors d'eux n'est qu'un produit de l'inépuisable munificence du Dieu qui les a arrachés au néant ; leur vie tout entière ne doit donc être que fidélité, amour et reconnaissance. Comme expression de cette fidélité, de cet amour et de cette reconnaissance, le Seigheur ne leur a posé qu'un seul précepte, qui consiste à s'abstenir du fruit d'un seul arbre. L'observation de ce commandement facile est l'unique compensation qu'il exige pour tous les bienfaits qu'il a répandus sïir eux. Cette compensation suffit à la souveraine équité ; elle doit donc être acceptée par eux avec un saint orgueil, comme le lien qui les unit à Dieu, comme le seul moyen qu'ils ont de s'acquitter envers lui.
Mais voici ce qui arrive. Une voix qui n'est pas celle de Dieu, la voix d'une créature se fait entendre à la femme. « Pourquoi Dieu « vous a-t-il fait ce commandement ? » Et la femme s'arrête à écouter cette voix, et son cœur n'est pas saisi d'indignation d'entendre demander pourquoi le divin bienfaiteur a porté tel ou tel précepte ? Elle ne fuit pas avec horreur celui qui ose peser la valeur des ordres de Dieu ; elle ne lui déclare pas qu'une
jG4 ^^ Temps de la Septua^ésime.
telle question lui semble sacrilège. Elle reste, et va répondre. L"honneur de DÎeu ne la touche plus. Que nous paierons cher cette insensibilité et cette imprudence !
Eve répond : u Nous mangeons du fruit des « arbres qui sont dans le jardin; mais pour a ce qui est des fruits de l'arbre qui est au « milieu du jardin. Dieu nous a commandé « de n'en point manger et de n'y point tou- « cher, de peur que nous ne mourrions ». Ainsi, la femme ne se contente pas d'écouter la question du serpent; elle répond, elle engage conversation avec l'esprit pervers qui la trente. Elle s'expose au danger ; sa fidélité est déjà compromise. Si les termes dont elle use dans sa réponse font voir qu'elle n'avait pas oublié le commandement du Seigneur, 'on y sent déjà comme un doute qui tient de l'orgueil et de l'ingratitude.
L'esprit du mal s'aperçoit qu'il a éveillé dans ce cœur l'amour de l'indépendance, et que s'il peut rassurer sa victime sur les suites de la désobéissance, elle est à lui désormais. Il poursuit donc, avec autant d'audace que de perfidie ; « Assurément vous ne mourrez « point ; mais Dieu sait que le jour où vous « en aurez mangé, vos yeux seront ouverts, « et vous serez comme des dieux, connaissant f( le bien et le mal ». C'est la rupture même avec Dieu q-ue le serpent propose ici à la femme. Il vient d'allumer en elle ce perfide amour de soi, qui est le souverain mal de la créature, et qu'elle ne peut satisfaire qu'en brisant les liens qui l'attachent au Créateur. Le souvenir des bienfaits, le cri de la reconnaissance, l'intérêt personnel, tout est oublie.
Le Lundi de la Septuagésime. /65
Comme l'ange rebelle, l'homme ingrat veut devenir Dieu ; comme lui il sera brisé.
IN DOMINICA TVROPHAGI.
REVEILLE-TOI , mon ame infortunée ; pleure aujourd'hui sur les actions :
viens repasser le souvenir de ce malheur qui fit paraître ta nudité dans Eden, au jour où tu te vis privée des délices et des joies éternelles de ce séjour.
Créateur de toutes choses, dans votre bonté et votre miséricorde , après m'avoir tiré de la poussière et m'avoir donné une âme. vous me fîtes le commandement de vous louer avec vos Anges.
Créateur et Seigneur, dans la munificence de votre bonté, vous aviez planté un jardin délicieux dans Eden, et vous m'aviez commandé de jouir de ses fruits si beauï , si agréables, et qui ne devaient pas se flétrir.
O mon âme infortunée ! tu avais reçu de Dieu la faculté de jouir des voluptés d'Eden, à la condition de ne pas manger le fruit défendu de la science ; pourquoi as-tu violé la loi de Dieu ?
(Vierge, Mère de Dieu, fille d'Adam par le sang , mais devenue ^lè^e du Chrisi-
ADESDUM anima mea infelix, actus tuos hodie defle, memoria recolens priorem in Eden nuditatem, propter quam deliciis et perenni gaudio excidisti.
Pro multa pietate atque miserationibus, Conditor creaturae et factor universorum, me pulvere prius animatum una cum Angelis tuis te coUaudare praecepisti.
Propter bonitatis divitias, plantas tu. Conditor et Domine, Paradisi delicias in Eden, jubensme speciosis jucundisque minimeque caducis fructibus oblectari.
Hei mihi ! anima mea misera, fruendarum Eden voluptatum facultatem a Deo acceperas. vetitumque tibi ne scientiae lignum manducares : qua de causa Dei legem violasti ?
(Virgo Dei Genitrix, utpote Adami ex génère filia, per gratiam vero
i66 Le Temps de la Septuagésime.
Christi Dei-Maier, nunc me revoca ex Eden ejectum.)
Serpens dolosus honorem meum quondam mihi invidens, in Evîe auribus dolum insusurravit unde ego deceptus, hei mihi ! e vitae sede exsulavi.
Manu temere extensa, scientiaï lignum degustavi. quod ne contingerem mihi Deus omnino prasscripserat , et cum acerbo doloris sensu divinam gloriam exsul amisi.
Hei mihi ! misera anima mea, quomodo dolum non nosti ? Quomodo fraudem et inimici invidiam minime sensisti ?
Sed mente obtenebrata Conditoris tuimandatum neglexisti.
(Spes et protectio mea, o veneranda . quae sola olim lapsi Adami nuditatem cooperuisti puerperio tuo. rursus. o pura.
me incorruptionis veste circumda.)
Dieu par la grâce, rappelezmoi dans Eden d'où j"ai été expulsé.)
Le serpent trompeur, envieux de ma gloire, a murmuré la fourberie aux oreilles d'Eve : j'ai été trompé à mon tour : hélas ! me voilà exilé du séjour de vie.
J'ai étendu une main téméraire et goûté le fruit de la science, que Dieu m'avait défendu même de toucher, et tout aussitôt en proie à la plus cruelle angoisse, j'ai perdu la gloire divine.
O mon âme infortunée ! comment n'as-tu pas pressenti la tromperie ? Comment n'as-tu pas deviné la fraude et la jalousie de l'ennemi ?
Mais non, ton esprit s'est obscurci, et tu as oublié le commandementde ton auteur.
(O mon espoir ! ô ma protection ! Vierge auguste !
vous qui seule avez pu voiler la nudité d'Adam tombé, par votre merveilleux enfantement : vous, ô très pure, enveloppez-moi d'un vêtement d'incorruptibilité.)
CtiA CtiA ftiA tftuu CX^ ftlA «TiA Ctu. ctiA ctlA ftlA riJ.
LE MARDI DE LA SEPTUAGÉSIME
^^^ ES promesses du serpent avaient suffi pour étouffer au cœur de la femme tout sentiment d'amour envers celui qui l'avait créée et comblée de biens; elle rêvait déjà l'égalité avec lui. La foi aussi s'était obscurcie en elle; elle s'arrêtait à penser que Dieu pouvait l'avoir trompée en la menaçant de mort dans le cas où elle aurait le malheur d'enfreindre son précepte. Vaincue par l'orgueil, elle lève ses regards vers le fruit défendu ; il lui semble « bon à manger, beau et agréable à la vue ». Ses sens conspirent avec son àme à désobéir à Dieu et à la perdre. La prévarication est déjà commise dans son cœur ; il ne reste plus qu'à la consommer par un acte formel. Enivrée d'elle-même, comme si Dieu n'existait plus, elle étend une main audacieuse, saisit le fruit et le porte à sa bouche. Dieu avait prédit la mort à Tinfidèle qui violerait son commandement; cependant Eve a péché, et elle sent encore en elle la vie. Son orgueil triomphe, et se croyant plus forte que Dieu, elle veut associer Adam à sa coupable victoire. D'une main assurée, elle lui présente ce fruit qu'elle croit avoir mangé impunément. Soit qu'il se sentît rassuré par l'impunité du crime de son épouse, soit que, par le sentiment d'un amour aveugle, il vou-
i68 Le Temps de la Septuagêsîme.
lût partager, le sort de celle qui était )a chair de sa chair et l'os de ses os, notre premier père oublie à son tour ce qu'il doit à son tréateur et sacrifie l'amitié de Dieu. Par une lâche complaisance pour sa femme, il mange le fruit, et en se perdant, il perd toute sa postérité.
Mais à peine ont-ils l'un et l'autre brisé le lien qui les unissait à Dieu, que tout aussitôt ils retombent sur eux-mêmes. Dieu habitant dans la créature qu'il a élevée à l'état surnaturel, lui donne un être complet ; si la créature le chasse d'elle-même par le péché, elle se trouve dans un état pire que le néant : elle est dans le mal. Cette âme naguère si belle et si pure n'est plus qu'une ruine effrayante. Réduits désormais à eux-mêmes, nos premiers parents sont saisis d'une honte inénarrable. Ils ont voulu devenir des dieux, s'élever jusqu'à l'Etre infini ; et les voilà en proie à la lutte de la chair contre l'esprit. Leur nudité jusqu'alors innocente les effraie; ils cherchent à la voiler, afin de ne pas rougir d'eux-mêmes, eux tout à l'heure pleins d'une si noble assurance, au milieu de ce monde soumis à leur empire.
L'amour d'eux-mêmes qui les a séduits a obscurci en eux le souvenir de la grandeur et des bienfaits de Dieu, et ils ont toulé aux pieds son commandement; ce même aveuglement leur enlève jusqu'à la pensée de confesser leur faute et d'implorer la pitié du Maître qu'ils ont offensé. Saisis de stupeur, ils ne savent que fuir et se cacher.
Le Mardi de la Septiiagésime. 15 g
IN DOMINICA TVROPHAGI.
MOI misérable, je fus par vous, Seigneur, comblé d'honneur dans Eden. Hélas :
comment me laissai-je induire en erreur ! Victime de la jalousie de Satan, j'ai mérité d'être chassé de devant votre face.
Chœurs des Anges, arbres du Paradis qui en faites la gloire , pleurez sur moi qu'une indigne tromperie a séparé de vous, et a chassé loin de Dieu.
Plaines verdoyantes, ombrages plantés par la main de Dieu, vous qui êtes les délices de ce jardin, que vos feuillages versent des larmes sur moi qui suis nu et privé de la gloire de Dieu.
(Sainte et puissante Princesse, qui avez ouvert à tous les fidèles les portes du Paradis que nous ferma la désobéissance d'Adam, abaissez devant moi les barrières de la miséricorde.)
L ennemi plein d'envii centre moi, l'adversaire des hommes, sous la forme du serpent, m'a ravi 1 heureu.T séjour du Paradis, et m'a arraché à la gloire éternelle.
Je pleure, et mon âme est en proie à l'angoisse ; je voudrais multiplier mes larmes, lorsque je considère et
MISER ego, honore a te, Domine, in Eden affectus fui : hei mihi !
quomodo in errorem inductus, et diabolica invidia appetitus, depulsus sum e facie tua ?
Angelorum ordines , Paradisi ornamenta, et plantarum quaî illic sunt decus. me fraude misera abductum et a Deo longius digressum lugete.
Pratum beatum, plantatae a Deo arbores, Paradisi deliciae . e foliis velut ex oculis lacrymas nunc effundite super me, nudum et a Dei gloria abdicatum.
(Domina sancta, quae fidelibus omnibus Paradisi januas ab Adam per inobedlentiam quondam clausas aperuisti. misericordiae mihi fores expande.)
Invidens mihi olim inimicus, hominum osor, beatum Paradisi domicilium me specie serpentis supplantavit, atque ab aeterna gloria submovit.
Lugeo et animo discrucior, oculisque lacr)-marum multitudinem adjungere exopto , respi-
- 0 Le Teyyips de la Septuagésime.
ciens et intelligens partam mihi ex transgressione nuditatem.
Dei manus me e terra plasmavit ; at in terram rursus revertendi miser legem accepi ", quisnam me ejectum a Deo. et inferos pro Eden assecu:um non defleat ?
(Te. labis omnis expers Dei Genitrix, fidèles universi mysticum gloriâe thalamum annuntiamus. unde lapsum me, precor. o pura, aptum fac Paradisi thalamum.)
que je comprends enfin la nudité qui m"est échue, par suite de ma transgression.
La main de Dieu m'avait formé de terre ; ô malheur !
j"ai entendu prononcer sur moi un arrêt qui me condamne à retourner dans la terre. Repoussé loin de Dieu, au lieu d'Eden, je trouve la tombe : qui ne pleurerait mon sort ?
(Mère de Dieu, exempte de toute tache, nous, fidèles, nous célébrons le trône mystique de votre gloire ; daignez, ô toute pure, me préparer pour les joies du Paradis, moi qui ai eu part à la chute.)