Le Temps de la Septiiagèsime
mabus exitiafi familiariter congressus es. inimico veluti bono consiliario usus ? O errorem tuum. miserrima anima mea !
(Canimus te. Maria, Dei gratia plena, lucidum divinae incarnationis tabernaculum ; quare me cupiditatibus fœde obtenebratum illumina, fons misericordise. spes eorum quos omnis spes dereli-
quit.)
livré à un entretien familier avec le serpent si funeste aux âmes ? Pourquoi as-tu pris ton ennemi pour un conseiller plein d'intérêt pour toi ?
Oh 1 quelle erreur a été la tienne, mon âme infortunée !
(Nous vous chantons , ô Marie, pleine de la grâce de Dieu, splendide tabernacle de la divine incarnation 1 Eclairez-moi qui suis en proie aux ténèbres honteuses de mes passions, vous qui êtes la source de miséricorde, l'espérance de tous ceux que l'espérance a abandonnés.)
LE VENDREDI DE LA SEPTUAGÉSIME
A malédiction qui pèsera désormais v^^ sur tout homme a été déclarée à Eve, celle qui regarde la terre ellemême est dirigée contre Adam.
« Parce que tu as écouté la voix de ton « épouse, et que tu as mangé du fruit dé- « fendu, la terre sera maudite à cause de ce « que tu as fait. » Le Seigneur n'admet pas l'excuse de notre premier père; cependant il daigne prendre acte de sa faiblesse et se souvenir que l'homme a moins péché par amour de soi que par une aveugle tendresse pour la créature fragile qui était sortie de lui-même. 11 n'est pas la cause première de la désobéissance. Dieu a déterminé pour lui un châtiment particulier : ce sera l'humiliation personnelle et le travail. Hors du jardin de délices s'étend l'immense désert de la terre, la vallée des larmes, triste exil pour celui qui, pendant plus de neuf cents ans, doit garder au tond de son àme désolée le souvenir des heures si rapides du Paradis. Ce désert est stérile; il faudra que l'homme le féconde, et qu'il en fasse sortir, à force de sueurs, sa chétive subsistance et celle de sa famille. Dans la suite des âges, plusieurs des fils d'Adam sembleront soustraits à la loi du travail ; mais cette exception ne fera que confirmer la vérité de la sentence portée. Ils se reposeront quelques jours, parce que
LP TEMPS DE LA SEPTUAGESIME
ij8 Le Temps de la Septuagésime.
d'autres ont longuement travaillé pour eux; et leur repos ne sera légitime qu'autant qu'ils se mettront en devoir d'encourager par leurs exemples de vertu et leurs bienfaits ce nombre immense de leurs frères sur lesquels la sentence s'accomplit à la lettre. Si le travail s'arrête sur la terre, les ronces et les épines en couvriront la surface; et telle est d'ailleurs l'importance de cette loi à laquelle est soumis l'homme déchu, que l'oisiveté énerve les forces de son corps et déprave son cœur.
Naguère les arbres du Paradis inclinaient leurs rameaux pour que l'homme se nourrît de leurs fruits délicieux ; maintenant, c'est du sein de la terre qu'il devra faire sortir avec effort la plante dont la graine doit le nourrir. Rien ne pouvait mieux exprimer la relation qui existe désormais entre lui et la terre, qui a été son origine et qui doit être son tombeau, que cette nécessité où il est d"arracher à celle-ci l'aliment à l'aide duquel il doit prolonger sa vie. Toutefois, la bonté divine paraîtra encore ici dans son temps, lorsque. Dieu étant apaisé, il sera donné à rhomme de s'unir à son Créateur en mangeant le Pain de vie qui est descendu du ciel, et dont la vertu sera plus efficace pour nourrir nos âmes, que ne l'eût été le fruit de i"arbre de vie pour soutenir nos corps.
IN DOMINICA TYROPHAGI.
DULCis ad vescendum It e fruit de la science dans fructus scienliae in |1* Eden me sembla doux à
Le Vendredi de la Septiiagésùne.
manger ; je fus transporté du désir de m'en nourrir ; mais il s'est changé en poison. O mon âme infortunée ! comment l'intempérance a-t-elle pu te chasser du Paradis ?
Dieu de l'univers, Seigneur de miséricorde, jetez un regard de bonté sur mon humiliation ; ne me rejetez pas pour toujours loin du divin Eden. Qu'il me soit permis, en considérant les beautés que j'ai perdues, de rentrer un jour par mes larmes dans ces biens dont je me suis privé.
Je pleure, je gémis, je me lamente à la vue du Chérubin qui garde avec une épée de feu l'entrée du Paradis désormais inaccessible, hélas !
aux transgresseurs ; à moins que vous-même, ô Sauveur, ne m'en rouvriez l'entrée.
Je me confie dans votre grande miséricorde, ô Christ Sauveur, et dans le sang de votre divin côté, par lequel vous avez sanctifié la nature humaine, et rouvert pour ceux qui vous servent, ô Dieu plein de bonté, les portes du Paradis jusqu'alors fermées à Adam.
(Porte de la vie, porte inaccessible et spirituelle.
Vierge Mère de Dieu, franche du joug de l'homme, par vos prières ouvrez-moi les
Eden visus est mihi, cibi amore capto ; at demum in bilem conversus est.
Hei mihi! misera anima, quomodo intemperantia te e Paradisi laribus exturbavit ?
Deus universorum, misericordiae Domine, ad humilitatem meam bénigne respice, nec a divino Eden longe me ejicias, quo venustates unde excidi aspiciens, fletibus rursus amissa bona recipiam.
Fleo, ingemo, atque lamentor Cherubim ad Paradisi ingressum custodiendum igneo ense locataconspiciens, transgressoribus omnibus, hei mihi ! inaccessum, nisi tu, Salvator, aditum mihi facilem praestes.
Confido in multitudine misericordiae tuae, Christe Salvator. ac divini lateris tui sanguine, unde hominum naturam sanctificasti, et colentibus te aperuisti, o bcne. Paradisi portas antea Adamo prasclusas.
(Vitœ porta, impervia, spiritualis. "Virgo Deipara, innupta, pande mihi precibus tuis Paradisi clausas olim fores,
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quo te meam post Deum auxiliatricem firmumque refugium glorificem.)
portes du Paradis fermées autrefois, afin que je vous rende gloire comme à celle qui, après Dieu, a été mon secours et mon refuge assuré.)
LE SAMEDI DE LA SEPTUAGÉSIME
'arrêt que le Seigneur prononçait contre nos premiers parents devait envelopper toute leur postérité ; mais, quelque sévères que fussent les peines portées contre nous tous, la plus dure et la plus humiliante conséquence de la première faute était la transmission du péché d'origine, qui infectera toutes les générations de la race humaine, jusqu'à son dernier jour. Sans doute, les mérites du Rédempteur promis pourront être appliqués à chaque nomme selon le mode établi de Dieu; mais cette régénération spirituelle, tout en enlevant sans retour la lèpre qui nous couvrait, et en rétablissant l'homme dans les droits d'enfant de Dieu, ne fera pas disparaître toutes les cicatrices de notre mortelle blessure. Sauvés de la mort et rendus à la vie. nous sommes demeurés malades. L'ignorance obscurcit notre esprit sur les grands intérêts qui devaient occuper toutes nos pensées, et un attrait déplorable nous fait aimer nos illusions. La concupiscence tend sans cesse en nous à captiver l'âme sous le joug du corps ; et pour échapper à cette abjection, la vie de l'homme doit être une lutte continuelle. Un amour effréné de l'indépendance nous porte continuellement au désir de l'affranchissement, comme si nous n'étions pas créés pour servir. Le mal a pour nous des charmes,
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et la vertu ne nous paie guère en ce monde que par le sentiment d'un devoir rempli.
C'est pourquoi nous vous saluons avec autant d'admiration que d'amour, ô vous la plus pure des créaturesde Dieu, et cependant notre sœur. Fille d'Eve, qui n'avez point été conçue dans le péché, vous êtes l'honneur de la race humaine. Le sang de notre première mère et le nôtre coule dans vos veines; vous êtes bien la chair de notre chair, et cependant vous êtes Immaculée. Le décret qui nous condamnait à la flétrissure ne devait pas être appliqué à votre très pure Conception; et le serpent, au jour où votre pied vainqueur lui écrasa la tête , sentit que jamais il n'avait eu de droits sur vous. En vous, ô Marie, nous révérons notre nature telle qu'elle était au sortir des mains de Dieu ; vous êtes le Miroir de la justice éternelle.
Dans la splendeur sans nuage de votre sainteté, daignez vous souvenir Se nous qui gémissons sous les conséquences d'un crime dont vous n'avez pas contracté la solidarité. Vous êtes l'irréconciliable ennemie du serpent ; veillez sur nous, afin que sa dent meurtrière ne nous atteigne pas. Conçus dans le péché, enfantés dans la douleur, que notre vie du moins échappe à la malédiction. Condamnés au travail, aux souffrances et à la mort, que notre expiation, par vos mérites et votre secours, nous devienne salutaire. Trahis sans cesse par les penchants de notre cœur, enivrés du présent, si prompts à oublier, si ardents à nous tromper nousmêmes, le mal nous dévorerait, si la grâce de votre divin Fils ne nous était sans cesse offerte
Le Samedi de la Septuagésime. iS3
pour triompher de nos ennemis intérieurs et extérieurs. \'ous êtes, ô Immaculée ! la Mère de la divine grâce. Obtenez-la pour nous toujours plus abondante, et versez-la sur ceux qui se glorifient en songeant qu'ils n'ont point un autre sang que le vôtre.
Pour louer Marie, en ce jour du Samedi, nous emprunterons la Prose suivante aux anciens Missels de Cluny :
SEQUENCE
ANTONS, tout pécheurs que nous sommes, les louanges de la Mère de Dieu :
implorons d'elle le remède à nos maux.
Elle est le principe de notre confiance ; elle est notre espérance qui brille aux cieux d'un éclat nonpareil.
Elle soutient et nourrit les vertus ; en elle se confient les mondes supérieurs ; en elle espère notre demeure terrestre.
Vous que l'on nomme Etoile de la mer, conduisez et dirigez nos pas ; soyez pour nous Médiatrice de la paix.
Comme l'astre qui luit au ciel et dirige le naufragé sur les flots, ainsi vous brillez pour nous.
Vous êtes la lumière de ce
AD laudem Matris Dei • Modulemur licet rei, Poscentes remédia.
Hsec nostras forma spei, Spes mirandae speciei.
Quae vernat in gloria.
Haecvirtutis nutrimentum, Spes solaris, sola laris Terreni fiducia.
Stella maris quae vocaris.
Passus rectos et directes, Da pacis su£Fragia.
Sicut sidus naufrago.
ns dux in \ u praîclara.
Fulgens dux in pelago,
Mundi lux in tenebris.
1 84 I^£ Temps de la Septuagésime.
Stella niîeas ce-iebris.
Deo cara.
In sede cœlica Résidens. haec mellica Aimitte cantica.
Virgo pia.
Paventi psallere,
Trementi pro scelere
Des ausus.
Tu plausus,
Veri vena.
Tu cceii regina.
Mundi medicina.
Munda scelus nostrum.
Piissima.
In mortis ruina.
Nos ad vitam mina.
Placans Deum, Tu benignissima.
Cara parens. o Maria,
Patris parens, Virgo pia.
Nos in umbrae mortis via
Sedentes illumina I
Ut te nobis Stella duce, Tui Nati tuti Cruce.
Mereamurcoeli luce
Per te frui, Domina.
Amen.
monde, malgré ses ténèbres, l'astre resplendissant, ô vous tant aimée de Dieu !
Assise sur le trône du ciel, écoutez la mélodie de nos cantiques, Vierge compatissante.
A celui qui, tremblant pour ses péchés, n'ose chanter vos grandeurs, donnez le courage de vous louer, source de vérité.
Reine du ciel, remède de la terre, purifiez nos crimes, ô très clémente !
De la mort où nous sommes, rendez-nous à la vie ; apaLsez Dieu, ô miséricordieuse !
Vous êtes, ô Marie, la Mère de celui qui vous créa, la Mère qu'il aime, la Vierge pleine de bonté : nous sommes assis dans l'ombre de la mort : daignez nous éclairer.
Conduits par vos rayons, protégés par la Croix de votre Fils, puissions-nous mériter de jouir un jour de la lumière céleste, par vous. 6 notre Dame 1 Amen.