‹ L'Année liturgique (volume 2)Chapitre 92 sur 189 · I. Heb. XI, 8.— 2. I Cor. vu, 3i. — 3. Heb. xiii · texte numérisé non relu

I. Heb. XI, 8.— 2. I Cor. vu, 3i. — 3. Heb. xiii

2 28 Le Temps de la Septuagésime.

livrent à rintempérance et à une dissipation coupable, sous le prétexte que la sainte Quarantaine va bientôt s'ouvrir 1 On s'explique aisément comment les mœurs naïves de nos pères ont pu concilier avec la gravité chrétienne ces adieux à une vie plus douce que le Carême venait suspendre, de même que la joie de leurs festins dans la solennité Pascale témoignait de la sévérité avec laquelle ils avaient gardé les prescriptions de l'Eglise. Mais si une telle conciliation est toujours possible, combien de fois n'arrive-t-il pas que cette chrétienne pensée des devoirs austères que l'on aura bientôt à remplir, s'efface devant les séductions d'une nature corrompue, et que l'intention première de ces réjouissances domiestiques finit par n'être plus même un souvenir ? Qu'ont-ils de commun avec les joies innocentes que l'Eglise tolère dans ses enfants, ceux pour qui les jours du Carême ne se termineront pas par la réception des Sacrements divins qui purifient les cœurs et renouvellent la vie de l'âme ? Et ceux qui se montrent avides de recourir à des dispenses qui les mettent plus ou moins sûrement à couvert de l'obligation des lois de l'Eglise, sont-ils fondés à préluder par des fêtes à une carrière durant laquelle, peutêtre, le poids de leurs péchés, loin de s'alléger, deviendra plus lourd encore ?

Puissent de telles illusions captiver moins les âmes chrétiennes ! puissent ces âmes revenir à la liberté des enfants de Dieu, liberté à l'égard des liens de la chair et du sang, et qui seule rétablit l'homme dans sa dignité première î Qu'elles n'oublient donc

Le Dimanche de la Quinquagésime. 22g

jamais que nous sommes dans un temps où l'Eglise elle-même s'interdit ses chants d'allégresse, où elle veut que nous sentions la dureté du joug que la profane Babylone fait peser sur nous, que nous rétablissions en nous cet esprit vital, cet esjprit chrétien qui tend toujours à s'affaiblir, bi des devoirs ou d'impérieuses convenances entraînent durant ces jours les disciples du Christ dans le tourbillon des plaisirs profanes, qu'ils y portent du moins un cœur droit et préoccupé des maximes de l'Evangile. A l'exemple de la vierge Cécile, lorsque les accords d'une musique profane retentiront à leurs oreilles, qu'ils chantent à Dieu dans leurs cœurs, et Qu'ils lui disent avec cette admirable Epouse du Sauveur : « Conservez-nous purs, Sei- « gneur, et que rien n'altère la sainteté et la (' dignité qui doivent toujours résider en « nous ». Qu'ils évitent surtout d'autoriser, en y prenant part, ces danses libertines, où la pudeur fait naufrage, et qui seront la matière d'un si terrible jugement pour ceux et celles qui les encouragent. Enfin qu'ils repassent en eux-mêmes ces fortes considérations que leur suggère saint François de Sales : Tandis que la folle ivresse des divertissements mondains semblait avoir suspendu tout autre sentiment cjue celui d'un plaisir futile et trop souvent périlleux, d'innombrables âmes continuaient d'expier éternellement sur les brasiers de l'enfer les fautes commises au milieu d'occasions semblables, des serviteurs et servantes de Dieu, à ces mêmes heures, s'arrachaient au sommeil pour venir chanter ses louanges et implorer ses misé-

23 o Le Temps de la Septua^ésime.

ricordes sur vous ; des milliers de vos semblables expiraient d'angoisse et de misère sur leur triste grabat : Dieu et ses Anges vous considéraient attentivement du haut du Ciel; enfin, le temps de la vie s'écoulait, et la mort avançait sur vous d'un degré qui ne reculera pas i.

Il était juste, nous en convenons, que ces trois premiers jours de la Quinquagésime, ces trois derniers jours encore exempts des saintes rigueurs du Carême, ne s'écoulassent pas sans offrir quelque aliment à ce besoin d'émotions qui tourmente tant d'âmes. Dans sa prévision maternelle, l'Eglise y a songé ; mais ce n'est pas en abondant dans le sens de nos vains désirs d'amusements frivoles, et des satisfactions de notre vanité. A ceux de ses enfants sur lesquels la foi n'a pas encore perdu son empire, elle a préparé une diversion puissante, en même temps qu'un moyen d'apaiser la colère de Dieu, que tant d'excès provoquent et irritent. Durant ces trois jours, l'Agneau qui efface les péchés du monde est exposé sur les autels. Du haut de son trône de miséricorde, il reçoit les hommages de ceux qui viennent Tadorer et le reconnaître pour leur roi ; il agrée le repentir de ceux qui regrettent à ses pieds d'avoir suivi trop longtemps un autre maître que lui ; il s'offre a son Père pour les pécheurs qui, n)n contents d'oublier ses bienfaits, semblent avoir résolu de l'outrager en ces jours plus que dans tout autre temps de l'année.

Page 1