De Spiritu Sar.cto. c. xii
364 ^e Jeudi de Pâques.
tant qu'elle le cherche ! quel élan de tendresse, quand elle le reconnaît vivant et toujours rempli d'amour pour Madeleine ! Jésus cependant se dérobe aux démonstrations d'une joie trop terrestre : « Ne me touche pas, lui dit-il ; car je ne suis pas monté encore vers mon Père ».
Jésus n'est plus dans les conditions de la vie mortelle; en lui l'humanité demeurera éternellement unie à la divinité ; mais sa résurrection avertit Tàme fidèle que les relations qu'elle aura désormais avec lui ne sont plus les mêmes. Dans la première période, on l'approchait comme on approche un homme; sa divinité paraissait à peine; maintenant c'est le Fils de Dieu, dont l'éclat éternel se révèle, et dont les rayons jaillissent à travers même son humanité. C'est donc le cœur qui doit le chercher désormais plus que l'œil, l'affection respectueuse plus que la tendresse sensible. Il s'est laissé toucher à Madeleine, lorsqu'elle était faible et que lui-même était encore mortel; il faut maintenant qu'elle aspire à ce souverain bien spirituel qtii est la vie de l'âme, Jésus au sein du Père. Madeleine, dans le premier état, a fait assez pour servir de modèle à l'âme qui commence à chercher Jésus ; mais qui ne voit que son amour a besoin d'une transformation ? A force d'être ardent, il la rend aveugle ; elle s'obstine à « chercher parmi les "morts celui qui est vivant ». Le moment est venu où elle doit s'élever à une voie supérieure, et chercher enfin par l'esprit celui qui est esprit.
c( Je ne suis pas monté encore vers mon
A la Messe. 365
Père », dit le Sauveur à cette heureuse femme ; comme s'il lui disait : « Retiens pour le moment ces caresses trop sensibles qui t'arrêteraient à mon humanité. Laisse-moi d'abord monter dans ma gloire ; un jour tu y seras admise près de moi ; alors il te sera cionné de me prodiguer toutes les marques de ton amour, parce qu'alors il ne sera plus possible que mon humanité te dérobe la vue de ma nature divine. » Madeleine a compris la leçon de son maître tant aimé ; un renouvellement s'opère en elle; et bientôt, sur les rochers arides de la Sainte-Baume , seule avec ses souvenirs qui s'étendent depuis la première parole de Jésus qui fondit son cœur et l'enleva aux amours terrestres, jusqu'à la faveur dont il l'honore aujourd'hui en la préférant aux Apôtres, elle s'élancera chaque jour vers son souverain bien, jusqu'à ce que, épurée par l'attente, devenue l'émule des Anges qui la visitent et consolent son exil, elle monte enlin pour toujours vers Jésus, et saisisse dans un embrassement éternel ces pieds sacrés où elle retrouve la trace ineffaçable de ses premiers baisers.
L'Offertoire rappelle le lait et le miel de la Terre promise, au sein de laquelle la prédication des saints Apôtres a introduit nos néophytes. Mais l'autel sur lequel se prépare le festin du Seigneur leur réserve une nourriture plus douce encore.
OFFERTOIRE
tr jour de votre solennité, j J N die solemnitatis vesle Seigneur a dit : Je 1 tras, dicit Dominus, vous introduirai dans une J inducara vos in terram
Le Jeudi de Piques.
fluentem lac et mel. Alléluia.
terre où coulent le lait et miel. Aliehra.
La sainte Eglise recommande à Dieu, dans la Secrète, l'offrande de ses nouveaux enfants; ce pain transformé par les paroles divines deviendra pour eux l'aliment fortifiant qui conduit le voyageur jusqu'au port de l'éternité.
SUSCIPE, qiKTsumus Domine, munera populorum tuoriim propitius .
ut confessione tui Nominis, et Baptismale renovati , sempitcrnam beatitudinem conscquantur. Per Dominum nosliiim Jcsum Chrislum.
Amen.
DAIGNEZ, SciLïnciir, agréer favorablement les offrandes de vos peuples ; afin qu'ayant reçu une nouvelle vie par la confession de votre Nom et par le Baptême, ils obtiennent l'éternelle félicité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On ajoute une des deux Secrètes ci-dessus, page "331.
Dans l'Antienne de la Communion, la voix du Collège apostolique se fait entendre par l'organe de Pierre. Il félicite avec une effusion paternelle ce peuple nouveau-né des faveurs dont il a été l'objet de la part du souverain auteur de la lumière, qui a daigné rendre les ténèbres fécondes.
COMMUNION
fj OPULUS acquisitionis, annuntiate virtutes ejus, alléluia : qui vos de tencbris vocavit in admirabile lumen suum. AlJeluia.
I^euplf: qu'il a conquis , publiez ses grandeurs, alléluia ; c'est lui qui vous a appelés du sein de vos ténèbres à son admirable lumière.
Alléluia.
Le Jeudi de Paquet.
Les effets de la divine Eucharistie sont exprimés avec effusion dans la Postcommunion. Ce mystère sacré confère tout bien à l'homme; il le soutient dans le voyage de cette vie, et il le met d'avance en possession. de sa fin éternelle.
POSTCOMMUNîOX.
SEIGNEUR, exaucez nos prières, et faites que cette communion sacrée au mystère de notre rédemption nous confère* le secours pour la vie présente, et nous assure les joies de l'éternité.
Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
EXAUDi. Domine, preces nostras : ut redemptionis nostrae sacrosancta commercia , et viras nobis conférant prasentis auxilium, et gaudia sempiterna concilient. Per Dominum nostrum Jesum Christum.
Amen.
On ajoute une des deux Postcommunion; ci-dessus, page 332.
L'œuvre du Fils de Dieu se développe de plus en plus ; les êtres vivants paraissent aujourd'hui sur notre terre ; les eaux et les airs se peuplent d'habitants. Dans les eaux, c'est déjà le mouvem-ent de la vie ; dans les airs, c'est le mouvement, la vie, avec un chant vif et mélodieux, qui vient rompre entin le solennel silence de la terre, où l'on n'avait encore entendu que le bruissement des arbres, lorsque le souffle des vents agitait leur feuillage. Les deux mondes, naturel et surnaturel, se pénètrent encore ici. Les eaux donneront naissance, par le saint Baptême, à d'autres poissons ; et de la terre s'élance-
Le Jeudi de Pâques.
ront vers le ciel, sur les ailes de la contempla- ;
îion, d'autres oiseaux, lorsque le Seigneur '• créateur aura visité, sous la forme humaine,
ce monde dont sa main puissante élabore suc- ;
cessivement et sans effort les diverses et mys- i
térieuscs parties. Aidons-nous de cette belle j
prière du Bréviaire Mozarabe pour rendre nos it
actions de grâces au Verbe divin, en ce cin- ^ quième jour de la création.
CAPITULA. I
DEUS qui, m operatione quinti diei repti- Ha animariim vivarum, homines scilicet rcnovatos per sacramentiim Baptismatis, condidisti :
et volatilia cœli, animas vidclicct sanctoriim ad superna volantes, manifesta virtutum luce, formasti ; prœbe animabiis nostris invictum de tua resurrectione solatium :
ut per te renova li resurgamus ad gloriam, per quem regenerati sumus ad vitam.
/'^ Dieu qui, clans l'œuvre ^ ' du cinquième jour, avez créé les poissons des eaux vives, qui signifient les hommes renouvelés par le sacrement du Baptême ; . et qui avez formé les oiseaux du ciel, qui représentent les âmes des saints, dont le vol tend vers les régions supérieures par l'éclatante lumière des vertus : accordez à nos âmes l'invincible consolation qu'apporte votre Résurrection ; afin que, .par vous renouvelés, nous ressuscitions pour la gloire , ayant été par vous régénérés à la vie.
A la louange de la glorieuse Marie-Madeleine, dont la sainte Eglise exalte aujourd'hui les mérites, nous plaçons ici deux des nombreuses Séquences que le moyen âge lui avait consacrées, et qui se chantaient autrefois dans l'Octave de Pâques. Pleines d'une
Le Jeudi de Pâques.
touchante naïveté, elles respirent l'amour le' plus tendre envers cette bien-aimée du Christ, dont le nom est lié pour jamais au récit de la Résurrection, et dont le crédit est si grand sur le cœur de celui qui daigna la choisir la première pour attester aux Apôtres et à tous les siècles la victoire de la vie sur la mort.
ire SÉQUENCE.
D'Agneau devenu Lion, le Christ victorieux se lève avec gloire , armé de son trophée.
Par sa mort il a vaincu la mort : par son trépas il a ouvert les portes.
C'est cet Agneau qui fut suspendu à la croix, et qui racheta le troupeau tout entier.
Nul alors ne lui compatissait ; mais une douleur ardente consumait le cœur de Madeleine.
Dites-nous , Marie . q ic vîtes-vous en contemplant la croix du Christ ?
J'ai vu Jésus que l'on dépouillait, et les mains de^ pécheurs qui relevaient en croix.
Dites-nous , Marie , que
SURGIT Christus cura trophïeo, Jam ex Agno factus Léo Solemni victoria.
Mortemvicit sua inor-
Reseravit seram portje Suas morlis gratia.
Hic est Agnus qui pendebat , Et in cruce redimebat Totum gregera ovium.
Cui cum nullus con-
dolebat, Magdalenam consume-
bat Doloris incendium.
Die. Maria quid-vidifi Contemplando crucem Christi ?
\'idi Jesum spoiiari, Et in cruce sublevari }-'cccatorum manibus.
Die, Maria, quid vidisti
LB TEMPS PASCAL. — T. l.