f) Le Vendredi de Pâques
cette Octave où elle doive exalter le triomphe d'un tel vainqueur, c'est assurément le Vendredi, où elle avait vu expirer, « rassasié d'opprobres » {Thren. m, 3o), celui-là même dont la victoire retentit présentement dans le monde entier.
Arrêtons-nous donc aujourd'hui à considérer la Résurrection de notre Sauveur comme l'apogée de sa gloire personnelle, comme l'argument princ^ipal sur lequel repose notre foi en sa divinité. « Si le Christ n'est pas ressuscité, nous dit l'Apôtre, notre foi est vaine » (I Cor. xv, 17); mais parce qu'il est ressuscité, notre foi est assurée. Jésus nous devait donc d'élever sur ce point notre certitude au plus haut degré; voyez s'il a manqué de le faire ; voyez si, au contraire, il n'a pas porté en nous la conviction de cette vérité capitale jusqu'à la pltis souveraine évidence de fait. Pour cela deux choses étaient nécessaires : que sa mort fût la plus réelle, la mieux constatée , et que le témoignage qui atteste sa Résurrection fût le plus irréfragable à notre raison. Le Fils de Dieu n'a manqué à aucune de ces conditions ; il les a remplies avec un divin scrupule : aussi le souvenir du triomphe qu'il a remporté sur la mort ne saurait-il s'elTacer de la pensée des hommes; et de là vient que nous éprouvons encore aujourd'hui, après dix-neuf siècles, quelque chose de ce frisson de terreur et d'admiration que ressentirent les témoins qui eurent à constater ce passage subit de la mort à la vie.
Certes, il était bien réellement devenu la proie de la mort, celui que, vers la dixième
Le Vendredi de Pâques. S-j-j
heure du jour, Joseph d'Arimathie et Nicodème descendaient de la croix, et dont ils déposaient les membres roidis et sanglants entre les bras de la plus désolée des mères. L'atfreuse agonie de la veille, lorsqu'il luttait avec les répugnances de son humanité, à la vue du calice qu'il était appelé à épuiser; le brisement qu'avait éprouvé son cœur par suite de la trahison de l'un des siens et de l'abandon des autres; les outrages et les violences dont il fut assailli durant de longues heures; l'effroyable flagellation que Pilate lui ht subir, dans le but d'apitoyer un peuple altéré de meurtre; la croix, avec ses clous ouvrant quatre sources d'où le sang s'échappait à grands flots; les angoisses du cœur de l'agonisant, à la vue de sa mère éplorée à ses pieds; une soif ardente qui consumait rapidement les dernières ressources de la vie; enfin le coup de lance traversant la poitrine, et allant atteindre le cœur et faire sortir de son enveloppe les dernières gouttes de sang et d'eau : tels furent les titres de la mort pour revendiquer une si noble victime. C'est afin de vous glorifier, 6 Chri'st, que nous les rappelons aujourd'hui : pardonnez à ceux pour lesquels vous avez daigné mourir, de n'oublier aucune des circonstances d'une mort si chère. Ne sont-elles pas aujourd'hui les plus solides assises du monument de votre résurrection .''
Il avait donc véritablement conquis la mort, ce vainqueur d'une nouvelle espèce qui s'était montré à la terre. Un fait surtout restait acquis à son histoire : c'est que sa carrière, passée tout entière dans une obscure