Enarrat. in Psalm. LXin
2, In Matth. Homil. Lxxxix.
38n Le Vendredi de PdqiœF.
humainement inexplicable, et qui les accompagna jusqu'au sem des capitales les plus civilisées, où ils tirent de nombreuses conquêtes. Disons encore que les prodiges les plus frappants venaient conhrjner leur témoignage, et réunir autour d'eux dans la foi de la Résurrection de leur maître des multitudes de toute langue et de toute nation; qu'enfin, lorsqu'ils ^disparurent de la terre, après avoir scellé de leur sang le grand fait dont ils étaient dépositaires', ils avaient répandu dans toutes les régions du monde, et bien au delà des frontières de l'Empire romain, la semence de leur doctrine, qui germa promptement et produisit une moisson dont la terre entière se vit bientôt couverte. Tout ceci n'engendre-t-il pas la plus ferme de toutes les certitudes sur le fait étonnant dont ces hommes étaient porteurs ? Les récuser, ne serait-ce pas récuser en même temps les lois de la raison ? O Christ! votre résurrection est certaine comme votre mort; la vérité a pu seule faire parler vos Apôtres; seule elle peut expliquer le succès de leur prédication.
Mais le témoignage des Apôtres a cessé ; et un autre ténioignage non moins imposant, celui de l'Eglise, est venu continuer le premier, et il proclame avec non moins d'autorité que Jésus n'est plus parmi les morts. L'Eglise attestant la résurrection de Jésus, c'est la voix de toutes ces centaines de millions d'hommes qui, chaque année depuis dix-huit siècles, ont fêté la Pâque. En face de ces milliards de témoignages de foi, y at-il place pour le daute ? Qui ne se sent écrasé
Le Vendredi de Pâques. 38 1
sous le poids de cette acclamation qui n'a pas fait défaut une seule année, depuis que la parole des Apôtres est venue l'ouvrir ? Et dans cette acclamation, il est juste de distin-
§uer la voix de tant de milliers d'hommes octes et profonds qui ont aimé à sonder toute vérité, et n'ont donné leur adhésion à la foi qu'après avoir tout pesé dans leur raison; de tant de millions d'autres qui n'ont accepté le joug d'une croyance si peu favorable aux pa'ssions humaines, que parce qu'ils ont vu clairement que nulle sécurité après cette vie n'était possible en dehors des devoirs qu'elle impose; entin, de tant de millions d'autres qui ont soutenu et protégé la société humaine par leurs vertus, et qui ont été la gloire de notre race, uniquement parce qu'ils "ont fait profession de croire au Dieu mort et ressuscité pour les hommes.
Ainsi s'enchaîne d'une façon sublime l'incessant témoignage de l'Eglise, c'est-à-dire de la portion la plus éclairée et la plus morale de l'humanité, à celui des premiers témoins que le Christ daigna se choisir luimêmie : en sorte que ces deux témoignages n'en font qu'un seul. Les Apôtres attestèrent ce qu'ils avaient vu; nous, nous attestons, et nous attesterons jusqu'à la dernière génération, ce que les Apôtres ont prèclié. Les Apôtres s'assurèrent par eux-mêmes au fait qu'ils avaient à annoncer ; nous nous assurons de la véracité de leur parole. Après expérience, ils crurent ; et après expérience, nous aussi nous croyons. Ils ont été assez heureux pour voir, dès ce monde, le Verbe de vie, pour l'entendre, pour le toucher de leurs
382 Le Vendredi de Pâques.
mains (I Jqhan. i) ; nous, nous voyons et nous entendons l'Eglise qu'ils avaient établie en tous lieux, mais qui ne faisait encore que sortir du berceau, lorsqu'ils furent enlevés de la terre. L'Eglise est le complément du Christ, qui l'avait annoncée aux Apôtres comme devant couvrir le monde, bien que sortie du faible grain de sénevé. Sur ce sujet, saint Augustin, dans un de ses Sermons sur la Pâque", dit ces admirables paroles : « Nous ne voyons pas encore le Christ; mais nous voyons l'Eglise; croyons donc au Christ. Les Apôtres, ail contraire, virent le Christ; mais ils ne voyaient l'Eglise que par la foi. L'une des deux choses leur était montrée, et l'autre était l'objet de leur croyance; il en est de même pour nous. Croyons au Christ que nous ne voyons pas encore ; et en nous tenant attachés à l'Eglise aue nous voyons, nous arriverons à celui dont la vue ne nous est que diftérée •. »
Ayant donc, ô Christ, par une si magnifique attestation, la certitude de votre Résurrection glorieuse, comme nous avons celle de votre rnort sur l'arbre de la croix, nous confessons que vous êtes le grand Dieu, l'auteur et le souverain Seigneur de toutes choses. Votre mort vous a abaissé, et votre résurrection vous a élevé; et c'est vous-même qui avez été l'auteur de votre abaissement et de votre élévation. Vous aviez dit devant vos ennemis : « Personne ne m'ôte la vie ; c'est moi-même qui la dépose ; j'ai le pouvoir de la quitter, et j'ai aussi celui de la reprendre »
A la Messe. 383
(JoHAN. X, i8); un Dieu pouvait seul réaliser cette parole : vous l'avez accomplie dans toute son étendue ; en confessant votre Résurrection, nous confessons donc votre Divinité : rendez digne de vous Thumbie et heureux hommage de notre foi.
La Station, à Rome, est dans l'Eglise de Sainte-Marie ad Martyres. Cette Eglise est l'ancien Panthéon d'Agrippa, dédié autrefois à tous les faux dieux, "et concédé par Tempereur Phocas au pape saint Boniface IV, qui le consacra à la Mère de Dieu et à tous les Martyrs. Nous ignorons en quel sanctuaire de Rome avait lieu auparavant la Station d'aujourd'hui. Quand elle fut tixée à cette Eglise, au vii^ siècle, les néophytes, réunis pour la seconde fois de cette Octave dans un temple dédié à Marie, devaient sentir combien l'Eglise avait à cœur de nourrir dans leurs ànies la confiance tiliale en celle qui était devenue leur Mère, et qui est chargée de conduire elle-même à son Fils tous ceux qu'il appelle par sa grâce à devenir ses frères.
A LA MESSE
L'Introït, tiré des Psaumes, rappelle aux néophytes le passage de la mer Rouge, et la puissance de ses eaux pour la délivrance d'Israël. Ces grands souvenirs continuent d'attirer l'attention de l'Eglise durant toute l'Octave de la Pâque.
Le Vendredi de Pâques.
EDUXIT eos Dominus in spe, alléluia : et inimicos eorum operuit mare. Alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Attendite, popule meus, lepem meani : inclinate aurem vestram in verba oiis mei. Gloria Patri. Eduxit.
LE Seigneur les a fait sortir pleins d'espérance, alléluia ; et la mer a submergé leurs ennemis. .Alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Mon peuple, écoute ma loi : incline ton oreille aux paroles de ma bouche.
Gloire au Pcre. Le Seigneur.
La Pâque est la reconciliation de l'homme avec Dieu ; car le Père ne peut rien refuser à un vainqueur tel que son Fils ressuscité. L'Eglise demande, dans la Collecte, que nous demeurions toujours dignes d'une si belle alliance, en conservant tidèlement en nous le cachet de la régénération pascale.
COLLECTE
OMNIPOTENS scmpiterne Deus, qui paschalc Sacramentum in rcjonciliationis humanœ fœdere contulisti : da mcntibus nostris , ut quod professionc celebramus, imitemur effeetu. Per Dominum nostrum Jesum Christum.
Amen.
DIEU tout-puissant et éternel, qui par le mystère de la Pàque avez formé un pacte de reconciliation avec l'humanité ; accordez-nous de reproduire dans nos actions les vérités que nous Îrofessons en celte fête. Par ésus-Christ notre Seigneur.
On ajoute ensuite l'une des deux Collectes ci-dessus, à la Messe du Mercredi, page 323.
A la Messe.
Lecture de l'Epître de saint Pierre , Apôtre. I Chap.
MES bien-aimés, le Christ est mort une fois pour nos péchés, le juste pour les iniustes. afin qu'il pût nous ofiFrir à Dieu, étant mort en sa chair, mais ayant été ressuscité par l'Esprit. C'est par cet Esprit qu'il alla prêcher aux âmes qui étaient retenues en prison , et qui autrefois avaient été incrédules, lorsque aux jours de Noé ils s'attendaient à la patience de Dieu, pendant la fabrication de l'Arche, dans laquelle si peu de personnes, savoir huit seulement, furent sauvées au milieu des eaux. C'était la figure du baptême auquel vous devez d'être maintenant sauvés ; lequel ne consiste pas dans la purification des souillures du corps , mais dans la réponse que vous faites quand on vous demande si vous voulez garder en D et ce salut vous est donné par Christ notre Seigneur, qui est
Lectio Epistolœ beati Pétri Apostoli. I Cap.
CHARissiMl , Christus semel pro peccatis nostris mortuus est, justus pro injustis, ut nos offerret Deo, mortificatus quidem carne, vivificatus autem Spiritu. In quo et his. qui incarcère erant, spiritibus veniens prasdicavit : qui increduli fuerant aliquando, quando exspectabant Dei patientiam in diebus S^oe, cum fabricaretur arca : in qua pauci, id est octo animae salvae factae sunt per aquam.
Quod et vos nunc similis formae salvos facit baptisma : non carnis depositio sordium, sed conscienticB bonas interrogatio in Deum, per resurrectionera .Jesu Christi Domini nostri, qui est in dextera Dei.
eu une conscience pure ; la résurrection de Jésusà la droite de Dieu.
C'est encore TApôtre saint Pierre que nous entendons aujourd'liui dans l'Epître ; et ses enseignements sont d'une haute importance pour "nos néophytes. L'Apôtre leur rappelle d'abord la visite que fit naguère Tàme du
386 Le Vendredi de Fàques.
Rédempteur à ceux qui étaient captifs dans j les régions inférieures de la terre, et parmi j lesquels elle rencontra plusieurs de ceux qui j autrjfois avaient été victimes des eaux du j déluge, et qui avaient trouve leur salut sous | ces vaLues vengeresses; parce que ces hommes, î incréaules d'abord aux menaces de Nôé, mais bientôt abattus pur l'imminence du fléau, regrettèrent leur faute, et en implorèrent sincèrement le pardon. De là, l'Apotre élève la pensée des auditeurs vers les heureux habitants de l'Arche, qui représentent nos néophytes, auxquels nous avons vu traverser l'eau, non pour périr sous cet élément, mais pour devenir, ainsi que les rils de Noé, les pères d'une nouvelle génération d'enfants de Dieu. Le Baptême n'est donc pas, a;outc l'Apôtre, un bain vulgaire ; il est la purification des âmes, à la condition que ces âmes auront été sincères dans l'engagement solennel qu'elles ont pris, sur les Bords de la fontaine sacrée, d'être tidèlcs au Christ qui les sauve, et de renoncer à Satan et à tout ce qui est de lui. L'Apotre termine en nous montrant le mystère de la Résurrection de Jésus-Christ comme la source de la grâce du Baptême, dont l'Eglise a, pour cette raison, attaché l'administration solennelle à la célébration même de la Pâque.
l-I jF.r. dics qunm fec l)i-min is : exsult( mus et lœicmur in en.
'^. Benedictiis qui vcnit in nomine Domini :
C^ 'est le joir que le Seigneur a faii : passun— le dans les transports de l'allcgrcsse.
f. Héni soit celui qui vient au nom du Seigneur 1 Le
A la Messe.
Seigneur Dieu a répandu sur no-is sa lumière.
Alléluia, alléluia.
i^. Dites parmi les nations :
Le Seigneur règne par le bois.
Deus Dominus, et illuxit nobis.
Àlle'.uia, alléluia.
f. Dicite in gentibus :
quia Dominus regnavit a ligno.
On chante ensuite la Séquence de la Messe du jour de Pâques, F/c^/mf^Fdt^c/zcj//, page 219.
EVANGILE
La suite du saint Evangile selon saint Matthieu.
Chap. xxvnu
EN ce temps-là. les onze disciples s'en allèrent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait commandé de se trouver. Et le voyant ils l'adorèrent ; mais quelques-uns éprouvèrent du doute. Et Jésus s'approchant.
leur parla et leur dit : Toute puissan>;e m'a été donnée au ciel et sur la terre ; allez donc et instruisez toutes les nations , les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; leur enseignant à garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous le-^ jours jusqu'à la consommation du m.;nJe.
Sequentia sancti Evangelii secundum Matthn?um. Cap. xxviii,
IN illo tempore : Undecimdiscipuli abierunt in Galilaeam. in montem, ubi constituerat illis Jésus. Et videntes eum adoraverunt ; quidam autem dabitaverunt. Et accedens Jésus locutus est eis. dicens : Data est mihi omnis potestas in cœlo, et in terra. Euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti :
docen^es eos servare omnia qasccumque mandavi vobis : et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem saeculi.
Dans ce passage de l'Evangile, saint Matthieu, celui des Evangélistes qui a raconté le plus brièvement la Résurrection du Sauveur, résume en quelques mots les relations de Jésus ressuscité avec ses disciples en Galilée.
388 Le Vendredi de Pâques.
Ce fut là qu'il daigna se faire voir non seulement aux Apôtres, mais encore à beaucoup d'autres personnes. L'Evangéliste ne manque pas de remarquer qu'il y en eut plusieurs qui d'avance étaient disposés à croire, et quelques-uns qui passèrent d'abord par le doute. Il nous montre ensuite le Sauveur donnant à ses Apôtres la mission d'aller prêcher sa doctrine dans le monde entier; et comme il ne doit plus mourir, il s'engage à demeurer avec eux jusqu'à la fin des temps. Mais les Apôtres ne vivront pas jusqu'au dernier jour du monde : comment donc s'accomplira la promesse ? C'est que les Apôtres, ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure, se continuent dans l'Eglise; le témoignage des Apôtres et celui de l'Eglise s'enchaînent l'un a l'autre d'une manière indissoluble; et Jésus-Christ veille à ce que ce témoignage unique soit aussi fidèle qu'il est incessant. Nous avons aujourd'hui même sous les yeux un monument de sa force invincible. Pierre, Paul, Jean, ont prêché dans Rome la Résurrection de leur maître, et ils y ont jeté les fondements du christianisme ; et cinq siècles après, l'Eglise, qui n'a cessé de continuer leurs conquêtes, recevait en hommage des mains d'un empereur le temple vide et dépouillé de tous les faux dieux, et le successeur de Pierre le dédiait à Marie, Mère de Dieu, et à toute cette légion de témoins de la Résurrection que l'on appelle les Martyrs. L'enceinte de ce vaste temple réunit en ce jour l'assemblée des fidèles. A la vue de ce superbe édifice qui a vu le feu des sacrifices païens s'éteindre faute d'aliment, et qui, après trois siècles d'aban-
A la Messe.
don, comme pour expier son passé impie, maintenant purifié par l'Eglise, reçoit dans ses murs le peuple chrétien, comment nos néophytes ne diraient-ils pas : « 11 est vraiment ressuscité, le Christ qui, après être mort sur une croix, triomphe ainsi des Césars et des dieux de l'Olympe ? »
j L'Offertoire estformé des paroles de l'Exode, dans lesquelles le Seigneur fait à son peuple le commandement de célébrer, chaque année, le jour anniversaire de son Passage. S'il en est ainsi pour un événement qui n'avait qu'une portée terrestre et figurative, avec quelle fidélité et cruelle allégresse les chrétiens doivent-ils célébrer l'an'niversaire de cet autre Passage du Seigneur, dont les conséquences embrassent l'éternité tout entière, et dont l'heureuse réalité a mis au néant toutes les figures !
OFFERTOIRE
CE jour vous demeurera en mémoire, alléluia; et vous en ferez une fête solennelle au Seigneur dans toutes vos générations, un jour de précepte à jamais. Alléluia, alléluia , alléluia.
ERIT vobis ha?c dies memorialis, alléluia:
et diem festum celebrabitis solemnem Domino in progenies vestras :
legitimum sempiternum diem. AUeluia, alléluia, alléluia.
La sainte Eglise, dans la Secrète, off"re à Dieu le Sacrifice qui s'apprête, en faveur de ses nouveaux enfants ; elle demande qu'il serve au rachat de leurs péchés. Mais leurs péchés n'existent plus ? Il est vrai qu'ils ont été lavés dans la fontaine du salut : mais la
Le Vendredi de Pâques.
science divine prévoyait cette offrande d'aujourd'hui, et c'est en vue d'elle que la miséricorde a été octroyée, avant même que la condition eût été remplie dans le temps.
SECRETE
HOSTIAS , quassiimus Domine , placatus assume : quas et pro rcnatoruin expiatione peccati deferimus, et pro acceleratione cœlestis auxilii. Per Dominum nostrum Jesum Christum.
GRÉEZ, s'il VOUS plnît, Seigneur , les hosties que nous vous offrons pour l'expiation des péchés de nos nouveau-nés, et pour hâter l'envoi du secours céleste.
Par Jésus-Christ noire Seigneur. Amen.
On ajoute une des Secrètes ci-dessus, page 33 1.
L'Antienne de la Communion proclame en triomphe le commandement du Sauveur à ses Apôtres et à son Eglise, d'enseigner toutes les nations, et de baptiser tous les peuples ; c'est là le titre de leur mission ; mais l'usage que les Apôtres en ont fait et aue l'Eglise continue d'en faire, depuis dix-nuit siècles, montre assez riue celui qui a parlé ainsi est vivant et qu'il ne mourra plus.
COMMUNION
pYATA est mihi omnis *-^ potestas in cœlo et in terra, alléluia : euntes docete omnes gentes, baptizantes eos in noniine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Alléluia, alléluia.
'j oiiTE puissance m'a été ' donnée au ciel et sur la terre, alléluia; allez et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Pèic, et du Fils, et du Saint- Esprit. Alléluia, allekiia.
L'Eglise, après avoir nourri ses enfants du
Le Vendredi de Pâques.
pain de l'éternité, continue dans la Postcommunion à demander pour eux la rémission de ces fautes que l'homme conmiet dans le temps, et qui le perdraient pour toujours, si les mérites de la mort et de la Résurrection du Seigneur n'étaient pas sans cesse présents aux yeux de la divine justice.
POSTCOMMLXION.
DAIGNEZ, Seigneur, jeter un regard sur votre peuple; et puisque, dans votre bonté, vous venez de le renouveler par le Mystère éternel, veuillez aussi lui faire rémission des offenses qu'il a commises dans le temps. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
On ajoute une des deux Postcommunions ci-dessus, page 332.
HESPICE, quœsumus - Domine , populum tuum : et quem ssternis dignatus es renovare mysteriis . a temporalibus culpis dignanter absolve.
Per Dom'num nos^rum Jesum Chrislum. Amen.
Le sixième jour est arrivé, le jour qui vit la main du Fils de Dieu façonner avec l'argile le corps de l'homme, et d'un souffle de vie animer cette créature appelée à régner sur l'univers visible. Un seul commandement du Verbe divin avait suffi pour faire sortir de la terre tous les animaux qui vivent sur sa surface; mais lorsque, vers la tin de cette grande journée, le Créateur se fut dit • « Faisons l'homme à notre image », il sembla se recueillir, et ce ne fut plus seulement le commandement qu'il employa ; il daigna se faire l'artisan de son ouvrage.
Le Vendredi de Paquet.
Adorons cette souveraine bonté envers notre race, et, dans notre reconnaissance, célébrons le Vendredi comme le jour dans lequel le Fils de Dieu mit le complément à l'œuvre qu'il avait commencée le Dimanche, en installant dans ses honneurs le roi de la Création. Cependant ce jour a vu le Verbe divin faire plus encore pour l'homme. Il l'a vu revêtu de cette même humanité, ouvrage de ses mains, mourir attaché à une croix, pour sauver l'homme révolté et perdu par sa révolte. Jour sacré dans lequel s'unissent notre création et notre rédemption, tu nous parles de l'amour du Fils de Dieu pour nous plus éloquemment encore que de sa puissance ! Exprimons nos sentiments en ce jour, par cette touchante prière que la Liturgie mozarabe emploie le Vendredi de l'Octave de Pâques.
CAPITULA
DEUS, Dei Filins, qui hominem, quem sexto die formasti ex nihiio, sexta aetate sœculi redemisti sanguine tuo : et qui tune bt'ne conditus maie cecidit ; nunc in melius reformatus surrexit : da nobis, ut ita veraciter redemptionis nostrœ mysterium pcrpendamus , qualiter in morte et resurreclionc tua perenniter gloricmur : ut qui tempore salutis , mundo occurrens, mortcm noslram moriendo devicisti, ab
ODiEU, Fils de Dieu, qui avez racheté par votre sang, au sixième âge du monde, l'homme que vous aviez tiré du néant le sixième jour; qui, créé dans le bien, se précipita dans le mal ; et qui a été en ces jours régénéré dans le mieux : faites que nous soyons si sincèrement pénétrés du mystère de notre rédemption, que nous méritions de nous glorifier toujours dans votre mort et dans votre résurrection. Daignez enfin, vous qui, au jour marqué pour le salut, êtes venu au secours de ce monde, ci
Le Vendredi de Pâques.
avez vaincu notre mort en mourant vous-même , nous délivrer de l'éternelle damnation du jugement.
aeterna nos libères damnatione judicii.
Ecoutons aujourd'hui les accents de l'Eglise arménienne célébrant la Résurrection du Sauveur. Sa voix retentit à travers treize siècles, dans ces strophes qu'une main fraternelle a bien voulu extraire et traduire, pour l'embellissement de notre œuvre, du livre des Hymnes de cette antique Eglise qui est désigné sous le nom de Charagan. Le sentiment est le même que celui qui s'exprime dans les autres Liturgies; mais on y trouve le cachet du génie "arménien, avec le parfum de l'antiquité, et un lyrisme mâle et imposant qui surpasse en beauté celui de l'Eglise grecque.
IN RESURRECTIONE DOMINI.
AUJOURD HUi est ressuscite d'entre les morts l'Epoux immortel et céleste : à toi la nouvelle joyeuse, ô Epouse.
Eglise de la terre ! Bénis ton Dieu, ô Sion, avec une voix d'allégresse.
Aujourd'hui l'ineffable Lumière de lumière a illuminé tes enfants ; illumine-toi, Jérusalem ; car le Christ, ta lumière, est ressuscité.
Aujourd'hui les ténèbres de l'ignorance ont été dissipées par la triple lumière; et
ODIE rcsurrexit
mortuis sponsus immortalis et cœlestis : tibi nunlium gaudii, o sponsa e terra Écclesia ; benedic voce exsultationis Deum tuum. Sion.
Hodie inenarrabile Lumen de lumine illuminavit pueros tuos ; illuminare . Jérusalem, quia resurrexit lumen tuum Christus,
Hodie tenebrae inscitias depulsœ sunt trina luce, et tibi orta est lux
Le Vendredi de Pâques.
scientiœ, resurgcns a mortuis Christus.
Hodie Pascha nostrum pcr immolationem Christi ; peragamiis festum in exsiiltatione, renovati nos a vetustaie peccati, dicentes : Christus resurrcxit a mortuis.
Hodie Anp;clus reful-
fens, e cœlis descenens, deterruit custodes, et sanctis mulieribus prœdicabat dicens :
Christus resurrexit a mortuis.
Hodie magnum nuntium Adœ protoplastaj fuit datum : Surge, qui dormis", illuminavit te Christus, Deus patrum nostrorura.
Hodie vocem nuntiiad Evœ aures sonant filiae unguentiferae ; Vidimus resurrectum resurrectionem tuam Christum, Deum patrum nostrorum.
Hodie Angeli de cœlis desi-'cndentes annuntiant hominibus : Resurrexit crucilîxus, et suscitavit vos sccum.
Hodie Phase aerumnarum exitus Israël comtttutasti in salutis animarum Pascha, sancta resurrcctione lua, Christe.
Hodie pro sanguini-
la lumière de la science s'est levée, le Christ ressuscitant d'entre les morts.
Aujourd'hui est notre Pàqiie, par l'immolation du Christ ; nous t( us, renouvelés du vieil homme et du péché, faisons fête avec transport ; disons : Le Chrif^test ressuscité d'entre les morts.
Aujourd'hui l'Ange des- >
cendu du ciel et tout écla- ( tant de splendeur a elTrayé
les gardes ; il a parlé aux >
saintes femmes, et leur a dit : j
Le Christ est ressuscité ;
d'entre les morts. '<
Aujourd'hui la grande nou- j
velle a été apportée à Adam
le premier créé : Toi qiii dors, lève-toi; le Christ, Dieu de nos pères, vient t'éclairer.
Aujourd'hui la voix de ses filles qui portent des parfums retentit aux oreilles d'Eve : Nous avons vu ressuscité celui qui est ta résurrection , le Christ Dieu de nos pères.
Aujourd'hui les Anges descendant du ciel disent aux hommes : Le crucifié est ress'iscité, et il vous fait ressusciter avec lui.
Aujourd'hui, par ta sainte résurrection, ô Christ, tu as changé la Phase des misères d'Israël dans la Pàque qui sauve les âmes.
Aujourd'hui, en place du
Le Vendredi de Pâques.
sang des agneaux sans raison, tu nous as donné, ô Agneau de Dieu, ton sang qui opère le salut.
Aujourd'hui, à la place du rachat des premiers-nés, tu as substitué le rachat des captifs, toi qui es le premierné d'entre les morts, les prémices de la vie à ceux qui dormaient.
Aujourd'hui les Anges dans les cieux partagent la joie des hommes ; ils descendent des régions célestes . el viennent dire à ce monde :
Triomphez maintenant; le Christ est ressuscité d'entre les morts.
Aujourd'hui l'Ange qui veille assis sur la pierre, faisait entendre sa voix éclatante aux saintes femmes qui portaient leurs parfams ; il leur ordonnait d'aller dire aux disciples : Triomphez maintenant ; le Christ est ressuscite d'entre les morts.
Aujourd'hui celui qui est la Pierre de la foi et Jean le bien-aimé couraient ensemble au sépulcre du ressuscité ; et racontant ce qu'ils ont vu, ils disent : Le Christ est ressuscité d'entre les mo^ts.
Aujourd'hui, nous aussi, dans noire allégresse, illuminons-nous des splendeurs d'une telle fête : Dieu est apaisé ; donnons-nous le
bus irrationabiiium aguorum mactatorum, donasti nobis, Agn s Dei, sancuinem tuum salutare.
Hodie pro primogenitorum redempii'.ne redemisti captivos, primitias vitae dormientium, et primogenitus mortuo-
Hodie Angeli in cœlis laetantur cum hominibus, et descendentes de cœlis annuntiant mundo : Exsultate : hodie Christus resurre^it a m-^rtuis.
Hodie vigil secus pe tram, thuriferis sanctis mulieribus, buccinabat voce exsultationis, ut referrent discipulis : Exsultaîe; hodie Christus resurrexit a moftuis.
Hodie Petra fidei et Johannes dilectus vice versa currebant in monumentum resurrecti , quod videntes narrabant:
Christus resurrexit a mortuis.
Hodie nos quoque délectantes clareamus festo hoc ; placato Dec, invicem amplectamur in amore, ac unitim excla-
Le Vendredi de Pâques.
memus : Christus rcsurrexit a mortuis.
baiser avec amour, et crions ensemble : Le Christ est ressuscité d'entre les morts.
Nous terminons cette journée par une Séquence tirée du répertoire d'Adam de Saint-Victor, dont nous n'avons pas encore épuisé toutes les richesses. Plusieurs des traits que renferme cette pièce la désignaient à notre choix pour le Vendredi de l'Octave.
SEQUENCE
SEXTA passus feria, Die Christus tertia Resurrexit ; Surgens cum victoria, CoUocat in gloria Quos dilexit.
Pro fideli populo, Crucis in patibulo
Immolatur ; Clauditur in tumulo, Tandem in diluculo
Suscitatur.
Christi crux et passio Nobis est pricsidio,
Si credamus ; Christi resurrectio Facit ut a vitio
Resurgamus.
Hostia sufficiens Christus fuit moriens
Pro peccato ; Sanguinis effusio Abluit nos, impio
Triumphato.
Morte sua
simphci
AU sixième jour le Christ avait souffert ; au troisième jour il ressuscite. Victorieux, il se lève ; et il associe à sa gloire ceux qu'il aime.
Pour son peuple fidèle, il s'immole sur le gibet de la croix ; on l'enferm.e dans le tombeau, et il ressuscite au point du jour
La croix du (Christ et sa passion, c'est là notre sauvegarde, si nous sommes fermes dans la foi ; la résurrection du Christ nous donne de sortir du péché.
Mourant pour nos crimes, le Christ fut notre hostie de réparation ; son sang versé est pour nous le bain qui purifie; sa force terrasse notre ennemi.
Il est mort une fois; c'en
Le Vendredi de Pâques.
est assez pour nous arracher à notre double mort; il nous fraie le sentier de la vie, apaisant pour toujours nos gémissements et nos lamentations.
Ce fort Lion montre aujourd'hui sa puissance en sortant du tombeau, en renversant par les armes de la justice le prince d'iniquité.
C'est le Seigneur lui-même qui a fait ce jour, dans lequel il lave notre crime, dans lequel la mort succombe, la vie est restituée et l'ennemi abattu.
Chantons d'un cœur pur un double Alléluia ; car en ce jour le péché est effacé, et la vie nous est promise dans le siècle futur.
Quand le soir du monde sera venu, daignez, ô Christ, ressusciter vos fidèles ; en attendant, rendez-leur salutaire ce jour consacré à vos erandeurs. Amen.
Nostrae morti duplici Fert medelam ;
\'^itce pandit aditum.
Ncstrum sanat gemitum Et querelam.
Léo fortis hodie Dat signum potentije,
Resurgendo, Principem nequitiae, Per arma justitiœ,
Devincendo.
Diem istam Dominus Fecit. inqua facinus
Mundi lavit.
In qua mors occiditur.
In qua vita redditur,
Hostis ruit.
Geminatum igitur Alléluia canitur,
Corde puro ; Quia culpa toUitur Et vita promittitur
In futuro.
In hoc mundi vespere, Fac tuos resurgere, Jesu Christe ; Salutaris omnibus Sit tuis fidelibus
Dies iste. Amen,
I L SAMllI >l i)\: r*Al,)l 'hS.
HjEC dies quam fecit Dom'nis : exsallemu3 et la'tcmar in ea.
C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dnns les transports de l'allégrc&se.
''^■^E septième jour de la plus
'^^\ joyeuse des semaines s'est levé,
~' ^^1 apportant avec lui le souvenir
"^^ du repos du Seigneur, après
son œuvre de six jours. Il nous
retrace en même temps ce
second repos que le même Seigneur voulut prendre, comme un guerrier assuré de la victoire, avant de livrer le combat décisif à son adversaire. Repos dans un sépulcre, sommeil d'un Dieu qui ne s'était laissé vaincre par la mort que pour rendre son réveil plus funeste à cette cruelle ennemie. Aujourd'hui que ce sépulcre n'a plus rien à rendre, qu'il a vu sortir , de ses flancs le vainqueur qu'il re pouvait retenir, il convenait que nous nous arrêtions à le contempler, à lui rendre nos hommages; car ce sépulcre est saint, et sa vue ne peut qu'accroître notre
Le Samedi de Pâques. Sgg
amour envers celui qui daigna dormir quelques heures à son ombre.
Isaïe avait dit: « Le rejeton de Jessé sera comme l'étendard autour duquel se rallieront les peuples; les nations l'entoureront de leurs hommages ; et son sépulcre deviendra glorieux. » (Isai. xi, io.) L'oracle est accompli ; il n'est pas une nation sur la terre qui ne renferme des adorateurs de Jésus ; et tandis que les tombeaux des autres hommes, quand le temps ne les a pas détruits et égalés au sol, restent comme un trophée de la mort, celui de Jésus est toujours debout et proclame la vie.
Quel tombeau que celui qui réveille des pensées de gloire, et dont les grandeurs avaient été prédites tant de siècles à'Tavance 1 Quand les temps sont accomplis, Dieu suscite dans Jérusalem un homme pieux, Joseph d'Arimathie. qui secrètement, mais d'un cœur sincère, devient le disciple de Jésus. Ce magistrat songe à se faire creuser un tombeau; et c'est à l'ombre des remparts de la ville, sur le versant de la colline du Calvaire, qu'il fait tailler dans la roche vive deux chambres sépulcrales, dont l'une sert de vestibule à l'autre. Joseph pensait travailler pour lui-même : et c'était pour la dépouille d'un Dieu qu'il préparait ce funèbre asile; il songeait à la fin commune de toute créature humaine depuis le péché : et les décrets divins portaient que Joseph ne reposerait pas dans ce tombeau, et que ce tombeau deviendrait pour les hommes le titre de l'immortalité.
Jésus expire sur la croix, au milieu des
40 0 Le Samedi de f agites.
insultes de son peuple; toute la ville est soulevée contre le fils de David, qu'elle avait accueilli peu de jours auparavant au cri de l'Hosannah; c'est à ce moment même que, bravant les fureurs de la cité déicide, Joseph se rend cliez le gouverneur romain pour réclamer l'honneur d'ensevelir le corps du supplicié. 11 ne tarde pas d'arriver avec Nicodème sur le Calvaire; et lorsqu'il a détaché de la croix les membres de la divine victime, il a la gloire de déposer ce corps sacré sur la table de pierre qu'il avait fait préparer pour lui-même : heureux d'en faire honmiage au maître pour lequel il venait de confesser son attachement jusque dans le Prétoire de Ponce-Pilate. O homme véritablement digne des respects de l'humanité tout entière dont vous teniez la place dans ces augustes funérailles, nous ne doutons pas qu'un regard reconnaissant de la Mère des douleurs ne vous ait récompensé du sacrifice que vous faisiez si volontiers pour son Fils .
Les Evangélistes insistent avec une intention marquée sur les conditions du sépulcre. Saint Matthieu, saint Luc, saint .lean, nous disent qu'il était neuf, et qu'aucun corps mort n'y avait encore été déposé. Les saints Pères sont venus ensuite, et nous ont expliqué le mystère, à la gloire du saint tombeau. Ils nous ont enseigné la relation que ce sépulcre, qui rendit l'Hommc-Dieu à la vie immortelle, devait avoir avec le seiu virginal oui l'enfanta pour être la victime du monde ; et ils en ont tiré cette conséquence, que le Seigneur notre Dieu, quand il se choisit un asile dans sa créature, tient à le trou-
Le Samedi de Pâques. 401
ver libre et digne de sa souveraine sainteté. Honneur donc au tombeau de notre Rédempteur d'avoir présenté, dans son être matériel, un rapport mystérieux avec l'incomparable et vivante pureté de la Mère de Jésus !
Durant les heures qu'il conserva son précieux dépôt, quelle gloire égalait alors la sienne sur la terre ! Quel trésor fut confié à sa garde ! Sous sa voûte silencieuse reposait dans ses linceuls, mouillés des larmes de Marie, le corps qui avait été la rançon du monde. Dans son étroite enceinte, les saints Anges se pressaient, faisant la garde auprès de la dépouille de leur créateur, adorant son divin repos, et aspirant à Theure où l'Agneau égorgé allait se lever Lion redoutable. Mais quel^prodige inouï éclata sous la voûte de l'humble caverne, lorsque l'instant décrété éternellement étant arrivé, Jésus plein de vie pénétra, plus prompt que l'éclair, les veines de la roche, et s'élança au grand jour ! Bientôt, c'est la main de l'Ange qui vient arracher la pierre de l'entrée, afin de révéler le départ du céleste prisonnier; ce sont ensuite d'autres Anges qui attendent Madeleine et ses compagnes. Elles arrivent et font retentir cette voûte de leurs sanglots; Pierre et Jean y pénètrent à leur tour. Vraiment ce lieu est saint entre tous : le Fils de Dieu a daigné l'habiter; sa Mère y a été vue en pleurs; il a été le rendez-vous des Esprits célestes ; les plus saintes âmes de la terre l'ont consacré par leurs visites empressées, l'ont rendu le théâtre de leurs plus dévots sentiments. O sépulcre du Fils de Jessé, vous êtes véritablement glorieux 1
40 2 Le Samedi de Pâques.
L'enfer la voit , cette gloire! et il voudrait l'eflacer de la terre. Ce tombeau désespère son orgueil ; car il rappelle d'une manière trop éclatante la défaite qu'a essuyée la mort, fille du péché. Satan croit avoir accompli son odieux dessein lorsque Jérusalem ayant succombé sous les coups des Romains, une ville nouvelle et toute païenne s'élève sur les ruines avec le nom d'yElia. Mais le nom de Jérusalem ne périra pas plus que la gloire du saint tombeau. En vain des ordres impies prescrivent d'amonceler la terre autour du monument , et d'élever sur ce monticule un temple à Jupitei-, en môme temps que sur le Calvaire lui-même un sanctuaire à l'impure Vénus, et sur la grotte de la Nativité un autel à Adonis ; ces constructions sacrilèges ne feront que désigner d'une manière plus précise les lieux sacrés à l'attention des chrétiens. On a voulu tendre un piège, et tourner au profit des faux dieux les hommages dont les disciples du Christ avaient coutume d'entourer ces lieux : vain espoir ! les chrétiens ne les visiteront plus, tant qu'ils seront souillés par la présence des infâmes idoles; mais ils tiendront l'œil fixé sur ces vestiges d'un Dieu, vestiges ineffaçables pour eux ; et ils attendront en patience qu'il plaise au Père de glorifier encore son Fils.
Lorsque l'heure a sonné, Dieu envoie à Jérusalem une impératrice chrétienne, mère d'un empereur chrétien, pour rendre visibles de nouveau les traces adorables du passage de notre Rédempteur. Lmule de Madeleine et de ses compagnes, Hélène s'avance sur le
Le Samedi de Pâques. 40 3
lieu où fut le tombeau. Il fallait une femme pour continuer les grandes scènes du matin de la Résurrection. Madeleine et ses compagnes cherchaient Jésus; Hélène, qui l'adore ressuscité, ne cherche que son tombeau ; mais un même amour les transporte. Par les ordres de la pieuse impératrice, l'impie sanctuaire de Jupiter s'écroule, la terre amoncelée est écartée; et bientôt le soleil éclaire de nouveau le trophée de la victoire de Jésus. La défaite de la mort était donc une seconde fois proclamée par cette réapparition du sépulcre glorieux. Bientôt un temple magnilîque s'élève aux dépens du trésor impérial, et porte le nom de Basilique de la Résurrection. Le monde entier s'émeut à la nouvelle d'un tel triomphe; le paganisme déjà croulant en ressent un ébranlement auquel il ne résiste plus; et les pieuses pérégrinations des chrétiens vers le sépulcre glorihé commencent pour ne plus s'arrêter qu'au dernier jour du monde.
Durant trois siècles, Jérusalem demeura la ville sainte et libre, éclairée des splendeurs du saint tombeau ; mais les conseils de la justice divine avaient arrêté gue l'Orient, foyer inépuisable de toutes les hérésies, serait châtié et soumis à l'esclavage. Le Sarrasin vient inonder de ses hordes enthousiastes la terre des prodiges; et les eaux de ce déluge honteux n'ont reculé un moment que pour se répandre avec une nouvelle impétuosité sur cette terre qui leur semble abandonnée pour longtemps encore. Mais ne craignons pas pour la tombe sacrée ; elle demeurera toujours debout. Le Sarrasin
404 le Samedi de Pâques.
aussi la révère; car à ses yeux elle est le sépulcre d'un grand propViéte. Pour approcher d'elle, le clirétien devra payer un triout ; mais elle -est en sûreté; on verra même un ca'ife offrir en hommage à notre CharlemaLne les clefs de cet ' auguste sanctuaire, montrant par cet acie de courtoisie la vénération que lui inspire à lui-même la grotte sacrée, autant que le respect dont il est pcnitré envers le plus grand des grinces chrétiens. Ainsi le sépulcre continuait d'apparaître glorieux, à travers même les tribulations qui, à penser humainement, auraient dû l'effacer de la terre.
Sa gloire parut avec plus d'éclat encore, lorsque, à la voix du Père de la chrétienté, l'Occident tout entier se leva soudain en armes, et marcha, sous la bannière de la croix, à la délivrance de Jérusalem. L'amour du saint tombeau était dans tous les cœurs, son nom sur toutes les lèvres; et dès le premier choc, le Sarrasin, contraint de reculer à son tour, laissa la place aux croisés. La Basilique d'Hélène vit alors un sublime spectacle: le pieux Godefroi de Bouillon sacré avec l'huile sainte roi de Jérusalem, à l'ombre du sépulcre du Christ, et les saints Mystères célébrés pour la première fois, avec la langue et les rites de Rome, sous les lambris orientaux de la Basilique constantinicnne. Mais ce règne de Japhet sous les tentes de Sem ne se perpétua pas. D'un côté, l'étroite politique de nos princes d'Occident n'avait pas su comprendre le prix d'une telle conquête; de l'autre, la perfidie de l'empire grec ne se donna pas de relâche qu'elle n'eut amené,
Le Samedi de Pâques. 40 5
par ses noires trahisons, le retour du Sarrasin dans les murs sans défense de Jérusalem. Cette période n'en fut pas moins Tune des gloires prédites par Isaïe au saint tombeau; elle ne sera pas la dernière.
xAujourd'hui, profané par les sacrifices OiTerts dans son enceinte par les mains sacrilèges du schisme et de l'hérésie; confié, à de"s heures rares et comptées, aux hommages légitimes de Tunique Epouse de celui qui daigna se reposer dans son sein, le divin sépulcre attend le jour où son honneur sera encore une fois vengé. Sera-ce que l'Occident, redevenu dociîe à la foi, viendra renouer sur cette terre les grands souvenirs qu'y a laissés sa chevalerie? Sera-ce que l'Orient lui-même, renonçant à une scission qui ne lui a valu que la servitude, tendra la main à la Mère et à la Maîtresse de toutes les Eglises, et scellera sur le roc immortel de la Résurrection une réconciliation qui serait la ruine de l'islamisme? Dieu seul le sait; mais nous avons appris de sa divine et infaillible parole qu'avant la fin des temps, l'antique Israël doit revenir au Dieu qu'il a méconnu et crucifié; que Jérusalem sera relevée par la main des Juifs devenus chrétiens. Alors la gloire du sépulcre du fils de Jessé s'élèvera "au-dessus de tout; mais le fils de Jessé lui-même ne tardera pas à paraître; la terre sera au moment de rendre nos corps pour la résurrection générale ; et le dernier accomplissement de la Pâque se trouvera lié ainsi avec le dernier et suprême honneur qu'aura reçu la tombe sacrée. En nous éveillant de nos sépulcres, nous la chercherons du
4of) Le Samedi de Pâques.
regard ; et il nous sera doux de la contempler alors comme le point de départ et comme le principe de cette immortalité dont nous serons déjà en possession. En attendant l'heure où nous devrons entrer dans l'habitation passagère qui gardera nos corps, vivons dans l'amour du sépulcre du Christ;
3ue son honneur soit le nôtre; et héritiers e cette foi sincère et ardente qui animait nos pères et les arma pour venger son injure, remplissons ce devoir particulier de la Pàque, qui consiste à comprendre et à goûter les magniticences du Sépulcre glorieux.
Cette journée, dans la Liturgie, est appelée le Samedi in albis, ou plus exactement in albis deponendis ; parce que c'était aujourd'hui que les néopnytes devaient déposer les robes planches qu'ils avaient portées durant toute l'Octave. L'Octave, en effet, avait commencé pour eux plus tôt que pour les autres fidèles; car c'était dans la nuit dit Samedi saint qu'ils avaient été régénérés, et qu'on les avait ensuite couverts de ce vêtement, symbole de la pureté de leurs âmes. C'était donc sur le soir du Samedi suivant, après l'Office des Vêpres, qu'ils le quittaient, comme nous le raconterons plus loin.
La Station, à Rome, est aujourd'hui dans la Basilique de Latran, l'Eglise Mère et Maîtresse, qu'avoisine le Baptistère de Constantin, où les néophytes ont reçu, il y a htiit jours, la grâce de la régénération. La Basilique qui les réunit aujourd'hui est celle-là même de laquelle ils partirent, sous les om-
Le Samedi de Fdqiies.
bres de la nuit, se dirigeant vers la fontaine du salut, précédés du cierge mystérieux qui éclairait leurs pas; c'est "celle où étant de retour sous leurs habits blancs, ils assistèrent pour la première fois à la célébration entière du Sacritice chrétien, et participèrent au corps et au sang du Rédempteur. Nul jautre lieu ne convenait mieux que celui-ci pour la Station de ce jour, dont les impressions doivent se conserver durables dans le cœur des néophytes, qui sont au moment de rentrer dans la vie commune. La sainte Eglise, dans ces dernières heures où ses nouveau-nés se pressent autour d'elle, comme autour d'une mère, les considère avec complaisance; elle couve de son regard ces précieux fruits de sa fécondité, qui lui inspiraient, durant ces jours, de si touchants et de si mélodieux cantiques.
Tantôt elle se les représentait se levant du divin banquet et vivifiés par la chair de celui qui est à la fois sagesse et douceur j et elle chantait ce Répons:
E la bouche du Sage découle le miel, alléluia ; qu'il est doux ce miel sous sa langue ! alléluia ; * Un rayon de mie distille de ses lèvres. Alléluia.
y. La Sagesse repose dans son cœur, et la prudence est dans les paroles de sa bouche. * Un rayon de miel distille de ses lèvres. Alléluia.
E ore prudentis procedit mel, alléluia ; dulcedo mellis estsublinguaejus, alléluia ; ' Favus distillans labia ejus. Alléluia.
f. Sapientia requiescit in corde ejus, et prudentia in sermone oris illius. * Favus dislillans labia ejus. Alléluia.
Tantôt elle s'attendrissait en voyant trans-
Le Samedi de Pâques.
tonnes en tendres agneaux ces hommes qui avaient vécu jusqu'alors de la vie du siècle, et qui recommençaient leur carrière avec l'innocence des enfants; et elle disait dans un langage pastoral :
•j, ] STi sunt agni no- ^' ' velli qui annuntiaverunt Alléluia: modo venerunt ad fontes ; * Repleti sunt claritate.
Alléluia, allcluia.
^. \n conspectu Agni amicti sunt stolis albis.
et palmœ in mnnibus corum. * Repleti sunt claritate. Alléluia, alléluia.
sont là ces aneaux nouvelets qui nous ont annoncé l'Allc- Kiia ; ils sortent à l'instant de la fontaine ; * Ils sont tout brillants de lumière. Allcluia, allcluia.
f. Compagnons de l'Agneau, ils sont vêtus de robes blanches et tiennent des palmes dans leurs mains. * Ils sont tout brillants de lumière. Allcluia, allcluia.
D'autres fois elle se prenait à contempler avec un saint orgueil l'éclat des vertus que le saint Baptême avait infusées dans leurs âmes, la pureté sans tache qui les rendait brillants comme la lumière; et sa voix pleine d'enthousiasme célébrait ainsi leur beauté :
fil (^ ANDIDI facti
'■ V V sunt Nazarœi cius,alleluia; splcndorem Dco dederunt, allcluia ;* Et sicut lac coagula ti ?.unt. Allcluia, allcluia.
i^. Candidiores nive, nitidiorcs lacté, rubicundiorcs ebore antique, sapphiro pulchriores. * Kt sicut lac coagulati sunt. Allcluia, allcluia.
fil C^ U'iLS sont blancs '■ V^ les Nazaréens de mon Christ! aliel lia , leur éclat rend gloire à Dieu ; alléluia ; * Leur blancheur est celle du lait le plus pur.
Allcluia, allcluia.
j^. Plus blancs que la neige, plus purs que le lait, plus vermeils q;ie l'ivoire antique, plus beaux que le saphir ; '* Leur blancheur est celle du lait le plus pur. Alléluia, allcluia.
A la Messe.
Ces trois Répons tont encore partie des Offices de la sainte Eglise au Temps pascal.
A LA MESSE
L'Introït est formé des paroles du Psaume civ, dans lesquelles Israël glorifie le Seigneur d'avoir ramené son peuple de l'exil. Par ce peuple nous devons entendre nos néophytes qui étaient exilés du ciel à cause de la faute originelle et de leurs péchés personnels; le Baptême leur a rendu tous leurs droits à cette heureuse patrie, en les établissant dans TEglise.
{ E Seigneur a fait sortir L son peuple dans les transports de la joie, alléluia, et ses élus dans l'allégresse.
Alléluia, alléluia.
Ps. Louez le Seigneur et invoquez son Nom : publiez ses œuvres dans toutes les nations. Gloire au Père. Le Seiîrnear.
EDUXiT Dominus populum suum in exsultatione, alléluia : et electos suos in laetitia.
Alléluia, alléluia.
Ps. Confitemini Domino, et invocate Nomen ejus : annjntiate inter gentes opéra ejus. Gloria Patri. Eduxit.
Au moment de voir expirer la Semaine pascale, l'Eglise demande au Seigneur, dans la Collecte, que les joies que ses enfants ont goûtées en ces jours leur ouvrent le chemin aux joies plus grandes encore de la Pàque éternelle.
COLLECTE
FAITES, s'il vous plaît, Dieu 1 /^ tout-puissant, que nous | ^^
ON'CEDE, quaesumus omnipotens Deus :
Le Samedi de Pâques.
ut qui fcsta paschalia vcnerando cgimus, per hacc contingeread gaudia îeterna mereamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen
qui avons célébré religieusement CCS fêtes de la Pâque, nous méritions d'arriver par elles aux joies de réternité.
Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
sum Christum. Amen. gncur. Amen.
On ajoute ensuite une des deux Collectes ci-dessus, page 323.
Lectio Epistolae bcati Pétri Apostoli. I Cap. n.
CHARissiMl, Déponentes igitur omnem malitiam, et omnem dolum, et simulationes, et invidias, et omnes detractiones, sicut modo geniti infantes, rationabile, sine dolo lac concupiscite, ut in eo crescatis in salutem : si tamen gustastis quoniam dulcis est Dominus. Ad quem accedentes lapidem vivum , ab hominibus quidem reprobatum, a Deo autem electum et honorificatum : et ipsi tamquam lapides vivi superœdificamini, domus spiritualis, sacerdotium sanctum , oITerre spirituaics hoslias, acceptabiles Deo per Jesum Christum.
Proptcr quod continet Scriptura : Ecce pono in Sion lapidem summum angularem, electum, prc-
Lecture de l'Epitre du bienheureux Pierre , Apôtre.
•I Ch.\p. II.
MES bien-aimés, étant affranchis de toute malice, de toute tromperie et dissimulation, de l'envie et de la médisance; devenus semblables à des enfants nouveau-nés, aspirez au lait spirituel et pur qui vous donnera de croître pour le salut, si vous savez goûter combien le Seigneur est doux. Et vous approchant de lui comme de la pierre vivante, que les hommes ont bien pu rejeter, mafs que Dieu lui-même a choisie et mise en honneur; vous aussi , comme autant de pierres vivantes , laissezvous édifier par-dessus , pour former la maison spirituelle, le sacerdoce saint, oftVant à Dieu des hosties ui lui soient agréables par
lésus-Christ. C'est
pour-
quoi il est dit dans 1 Ecriture : « Voici que je place
A la Messe.
dans Sion une pierre principale, angulaire, choisie et précieuse ; et celui qui croira en elle ne sera pas confondu. » Cette pierre est donc source d'honneur à vous qui croyez; quant à ceux qui ne croient pas , cette pierre rejetée par les architectes, et devenue la tête de l'angle, leur est une pierre qui les fait tomber , eux qui heurtent contre la parole et ne croient point à ce pour quoi ils avaient été préparés. Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple conquis, chargé de publier les grandeurs de celui qui vous a appelés du sein des ténèbres à son admirable lumière ; vous qui autrefois n'étiez point son peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous qui n'aviez point obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde.
tiosum : et qui crediderit in eum non confundetur.
Vobis igitur honor credentibus : non credentibus autem, lapis quem reprobaverunt asditicantes , hic factus est in caput anguli : et lapis offensionis , et petra scandali his, qui otfendunt verbo, nec credunt in quo et positi sunt.
Vos autem genus electum, regale sacerdotium, gens sancta , populus acquisitionis : ut virtutes annuntietis ejus qui de tenebris vos vocavit in admirabile lumen suum. Qui aliquando non populus, nunc autem populus Dei : qui non consecuti misericordiam, nunc autem raisericordiam consecuti.
Les néophytes ne pouvaient entendre, en ce jour, une exhortation mieux appropriée à leur situation que celle que nous adresse à tous le prince des Apôtres, dans ce passage de sa première Epître. Saint Pierre avait adressé cette lettre à de nouveaux baptisés; aussi avec quelle douce paternité il épanchait les sentiments de son cœur sur ces « enfants nouveau-nés »! La vertu qu'il leur recommande, c'est la simplicité qui sied si
412 Le Samedi de Pâques.
bien à ce premier âge; la doctrine dont ils ont été instruits, c'est un lait qui les nourrira et leur donnera la croissance; ce qu'il faut goûter, c'est le Seigneur; et le Seigneur est plein de douceur.
L Apôtre insiste ensuite sur un des principaux caractères du Christ: il est la pierre fondamentale et angulaire de l'édiiice de Dieu. C'est sur lui seul que doivent s'établir les fidèles, qui sont les pierres vivantes du temple éternel. Lui seul leur donne la solidité et la résistance; et c'est pour cela que, devant retourner à son Père, il a choisi et établi sur la terre une autre Pierre, une Pierre toujours visible qu'il s'est unie à lui-même, et à laquelle il a communiqué sa propre j solidité. La modestie de l'Apôtre l'empêche \ d'insister sur ce que le saint Evangile ren- \ ferme de glorieux pour lui à ce sujet; mais \ quiconque connaît les paroles du Christ à \ Pierre va jusqu'au fond de la doctrine. t
Si l'Apôtre ne se glorifie pas lui-même, i quels titres magni'iques il nous reconnaît en ' retour, à nous" baptisés! Nous sommes « la ( race choisie et sainte, le peuple que Dieu s'est conquis, un peuple de Rois et de Prêtres ». En effet, quelle différence du baptisé avec celui qui ne lest pas! Le ciel ouvert à l'un est fermé à l'autre; l'un est esclave du démon, et l'autre roi en Jésus- Christ Roi, dont il est devenu le propre frère; \ l'un liistement isolé de Dieu, et l'autre lui j offrant le Sacrifice souverain par les mains de | Jésus-Christ Prêtre. Et tous ces dons nous ont été conférés par une miséricorde entiè- ' rement gratuite; ils n'ont point été méri-
A la Messe.
tés par nous. Otfrons-en donc à notre Père adoptif d'humbles actions de grâces; et, nous reportant au jour où, nous aussi, nous fûmes néophytes, renouvelons les promesses qui furent faites en notre nom, comme la condition absolue à laquelle de si grands biens nous étaient octroyés.
A partir de ce jour, l'Eglise cesse, jusqu'à la fin du Tem.ps pascal, d'employer, entre l'Epître et l'Evangile, la forme d'u Répons appelé Graduel. Elle y substitue le chant repété de V Alléluia, qui présente moins de gravité, mais exprime un plus vif sentiment d'allégresse. Dans les six premiers jours de la solennité pascale, qui sont en rapport avec les six jours de la création, elle n'a pas voulu déroger à la majesté de ses chants ; maintenant que le repos du Seigneur est arrivé, que son œuvre est acheAée, elle se livre avec plus d'abandon à la sainte liberté qui la transporte. -
LLELUI.A, allcluia.
f. C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.
Alléluia.
f. Enfants, louez le Seigneur; célébrez son saint Nom.
IXELUI.A, aileluin.
f. Hase dies quam fecit Dominus : exsultemus et laetemur in ea.
Alléluia,
f. Laudate pueri Dominum, laudate Nomen Domini.
On chante ensuite la Séquence de la Messe du jour de Pâques, Victimce Faschali, page
Le Samedi de Pâques.
EVANUILE.
Scquentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xx.
T N illo tempore . Una 1 sabbati Maria Magdalene venit mane, cum aJhuc tenebrœ essent. ad monumentum : et vidit lapidem sublatum a monumento. Cucuriit ergo, et venit ad Simoncm Petruiii et ad alium discipuliim, qiicm amabat Jésus, et dicit illis : Tulerunt Dominum de inonumento , et iiescimus ubi posuerunt eum. Exiit ergo Petrus, et illc aliiis discipulus, et venerunt ad monumentum. Cunebant autem duo simul, et ille alius discipulus prœcucurrit citius Petro, et venit primus ad monumentum. Et cum se inclinasset, vidit posita linteamina, non tamen introivit. Venit ergo Simon Petrus scquens eum, et introivit in monumentum, et vidit linteamina posita, et sudarium, quod fucrat super caput ejus non cum linteaminibus positum, sed separatim invoiutum in unum locum. Tune ergo introivit et ille discipulus, qui venerat primus
La suite du sairi^ Evangile selon saint Jean. Chap. xx.
EN ce temps-là , le jour d'après le Sabbat, Marie- Madeleine vint dès le matin au sépulcre, lorsque les ténèbres régnaient encore ; et elle vit que la pierre du sépulcre avait été ôtée. Elle courut donc, et vint à Simon Pierre et à cet autre disciple que Jésus aitnait , et elle leur dit : Ils ont ehlevé le Seigneur du sépulcre, et nous ne savons où ils l'ont mis. Pierre sortit avec l'autre disciple, et ils vinrent au sépulcre. Tous deux ensemble couraient ; mais cet autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre. Et s'étant baissé, il vit que les linceuls étaient à terre; mais cependant il n'entra pas; Simon Pierre, qui le suivait , étant donc arrivé, entra dans le sépulcre, et vit les linges posés à terre, et le suaire qui avait été sur sa tête, qui n'était pas avec les linceuls, mais plié et posé en un lieu à pari.
Alors cet autre disciple qui était arrive le premier au sépulcre entra aussi , et il vit et crut ; car ils ne savaient pas ce que l'Ecriture ensei-
A la Messe.
gne, qu'il fallait qu'il ressuscitât d'entre les morts.
ad monumentum : et vidit, et credidit : nondura enim sciebant Scripturam. quia oportebat eum a mortuis resurgere.
Cet épisode de la matinée du jour de Pâques a été réservé pour aujourd'hui par la sainte Eglise, parce qu'on y voit figurer saint Pierre, dont la voix s'est déjà fait entendre dans l'Epître. Ce jour est le dernier auquel les néophytes assistent au Sacrifice revêtus de la robe blanche; demain, leur extérieur n'aura plus rien qui les distingue des autres fidèles. Il importe donc d'insister auprès d'eux sur le fondement de l'Eglise, fondement sans lequel l'Eglise ne pourrait se soutenir, et sur lequel ils'doivent être établis, s'ils veulent conserver cette foi dans laquelle ils ont été baptisés, et qu'il leur faut garder pure jusqu'à la fin pour obtenir le salut éternel. Or cette foi se maintient inébranlable en tous ceux qui sont dociles à l'enseignement de Pierre, et qui révèrent la dignité de cet Apôtre. Nous apprenons d'un Apôtre même, dans ce {passage du saint Evangile, le respect et la déférence qui sont dus à celui que Jésus a chargé de paitre le troupeau tout entier, agneaux et brebis. Pierre et Jean courent ensemble au tombeau de leur Maître; Jean, plus jeune que Pierre, arrive le premier. Il regarde dans le sépulcre ; mais il n'entre pas. Pourquoi cette humble réserve dans celui qui est le disciple bien-aimé du Maître? Qu'attend-il?— Il attend celui que Jésus a préposé à eux tous, celui qui est leur Chef, et à qui il appartient d'agir en chef.
Le Samedi de Pâques.
Pierre arrive enfin ; il entre dans le tombeau; il constate l'état des choses, et ensuite Jean pénètre à son tour dans la grotte. Admirab e enseignement que Jean lui-même a voulu nous donner, en écrivant de sa propre main ce récit mystérieux ! C'est toujours à Pierre de précéder, déjuger, d'agir en maître; et c'est au chrétien de le suivre, de l'écouter, de lui rendre honneur et obéissance. Et comment n'en serait-il pas ainsi, quand nous voyons un Apôtre même, et un tel Apotrc, agir ainsi envers Pierre, et lorsque celui-ci n'avait encore reçu que la promesse tles clefs du Royaume descieux, qui ne lui furent données effectivement que dans les jours qui suivirent?
Les paroles de l'Offertoire sont tirées du Psaume cxvii, qui est par excellence le Psaume de la Résurrection. Elles saluent le divin triomphateur qui se lève comme un astre éclatant, et vient verser sur nous ses bénédictions.
Ol IKRTOUtK
ENliUlCTUS qui VCIllt in nomine Domini :
benediximus vobis de domo Domini : Deiis Dominus, et iiliixit nobis.
Alléluia, alléluia.
ÉNI soit celui qui Aient au nom du Seigneur ; nous qui sommes de la maison du Seigneur, nous vous bénissons ; Dieu est le Seigneur, et il a répandu sur nous la lumière. Alléluia , alléluia.
Dans la Secrète, l'Eglise nous enseigne c]uc | l'action des divins mystères que nous célébrons dans le cours de l'année, est incessante
A la Messe.
sur les fidèles. Ces mystères apportent tour à tour avec eux une nouvelle vie et une nouvelle allégresse; et c'est par leur succession anniversaire dans la sainte Liturgie que l'Eglise arrive à maintenir en elle la vitalité, qu'ils lui ont conférée par leur accomplissement dans leur temps.
CONCEDE , quaesumus Domine, semper nos per hcec mysteria Paschalia gratulari : ut continua nostrœ reparationis operatio, perpétuas nobis fiât causa lastitiœ. Per Dominum nostrum Jesum Christura. Amen.
FAITES, s'il vous plaît, Seigneur, que ces mystères de la Pàque soient désormais pour nous une source d'actions de grâces à vous rendre ; et que l'œuvre de notre régénération, qui est continuelle, soit en nous le principe d'une joie sans fin.
Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On ajoute une des deux Secrètes ci-dessus, page 33 1.
Nos néophytes doivent, en ce jour même, déposer leurs habits blancs; quel sera donc désormais leur vêteiuent ? Le Christ luimême, qui s'est incorporé à eux par le Baptême. C'est le Docteur des Gentils qui leur confirme cette espérance dans l'Antienne de la Communion.
COMMUNION
Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ.
Alléluia.
.MNES qui in Christo baptizati estis , Christum induistis. Alléluia.
Dans la Postcommunion, l'Eglise insiste
4i8 Le Samedi de Pâques.
encore sur le don de la foi. Sans la foi, le christianisme cesse d'exister; mais la divine Eucharistie, qui est le mystère de la foi, a la vertu de la nourrir et de la développer dans les âmes.
POSTCOMMUNION.
N] ous venons d'être nour- « ris du Lion de notre rédemption ; daignez faire, Seigneur, que par cet instrument du salut éternel, la véritable foi s'accroisse toujours en nous. Par Jésus- Christ notre Seigneur.
Amen.
On ajoute une des deux Postcommunions ci-dessus, page 3 '3 2.
kEDEMPTiONis nostra?
muncre vegetali , quaesumus Domine : ut hoc perpeture salutis auxilio, fidessemper vcra proficiat. Per Dominum nostrum Jesum C^hristum. Amen.