I. I Cor. XV
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L'anniversaire de ce sublime événement est donc chaque année le grand jour, le jour d"allégresse, le jour par excellence ; c'est à lui qu'aspire l'année tout entière; c'est sur lui qu'elle est fondée. Mais comme ce jour est saint entre tous, puisqu'il nous ouvre les portes de la vie céleste, dans laquelle nous entrerons ressuscites comme le Christ, l'Eglise n'a pas voulu qu'il vînt luire sur nous avant que nous eussions purilié nos corps par le jeûne et réparé nos âmes par la componction. C'est dans ce but qu'elle a institué la pénitence quadragésimale, et qu'elle nousa même avertis, dès la Septuagésime, que le temps était venu d'aspirer aux joies pures de la Pàque, et de nous disposer aux sentiments que son approche doit inspirer. Voici que nous avons achevé cette carrière de préparation, et le Soleil de la Résurrection se lève sur nous.
Mais il ne suffisait pas de fêter le jour solennel qui a vu le Christ-Lumière échapper aux ombres du tombeau ; un autre anniversaire réclamait aussi notre culte de reconnaissance. Le Verbe incarné est ressuscité le premier jour de la semaine, le jour où. Verbe incréé du Père, il avait commencé, quatre mille ans auparavant, l'œuvre de la création, en appelant la lumière du sein du chaos et en la séparant des ténèbres, inaugurant ainsi le premier des jours. Dans la Pàque, notre divin ressuscité consacre donc une seconde fois le dimanche; et désormais le samedi va cesser d'être le jour sacré. Notre résurrection en Jésus-Christ accomplie au dimanche met le comble à la gloire de ce premier des jours;
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le précepte divin du sabbat va succomber avec toute la loi mosaïque ; et les saints apôtres vont intimer désormais à tout fidèle de célébrer comme jour sacré le premier jour de la semaine, en lequel la gloire de la première création s'unit à ccUe'de la divine régénération.
La résurrection de l'Homme-Dicu devant donc s'accomplir, et s'étant, en eftet, accomplie un dimanche, sa commémoration annuelle ne pouvait avoir lieu un autre jour de la semaine. De là résultait la nécessité de séparer la Pâque des chrétiens de celle des Juifs qui, fixée irrévocablement au quatorze de la lune de mars, anniversaire de la sortie d'Egypte, tombait successivement à chacun des jours de la semaine. Cette Pâque n'était qu'une figure ; la nôtre est la réalité devant laquelle l'ombre s'efface. Il fallut donc que l'Eglise brisât ce dernier lien avec la synagogue, et proclamât son émancipation, en plaçant la plus solennelle de ses fêtes à un )our qui ne se rencontrât jamais avec celui auquel les Juifs célébraient leur Pâque désormais stérile d'espérances. Les Apôtres déterminèrent que dorénavant la Pâque pour les chrétiens ne serait plus au quatorze de la \ lime de mars, ce jour fût-il même un di- \ manche, mais que nous la célébrerions dans
Itoul l'univers le dimanche qui suivrait le jour où le calendrier périmé de la synagogue I continuait à la placer.
1 Néanmoins, en considération du grand nombre de Juifs qui avaient reçu le baptême et qui formèrent d'abord le noyau de l'Eglise chrétienne, afin de ménager leur susccpti-
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bilité, il fut résolu que l'on n'appliquerait qu'avec prudence et successivement la loi relative au jour de la nouvelle Pâque. Au reste, Jérusalem ne devait pas tarder à succomber sous les coups des Romains, selon la prédiction du Sauveur ; et la nouvelle ville qui s'élèverait sur ses ruines et qui recevrait la colonie chrétienne, aurait aussi son Eglise, mais une Eglise entièrement dégagée de l'élément judaïque, que la justice de Dieu avait si clairement repoussé en ces lieux mêmes. La plupart des Apôtres, dans leurs prédications lointaines et dans la fondation des Eglises qu'ils établirent en tant de régions, au delà même des limites de l'empire" romain, n'eurent pas à lutter contre les habitudes juives ; leurs principales recrues se composèrent de gentils. Saint Pierre qui, dans le concile de Jérusalem, avait proclamé la destruction du joug mosaïque, leva dans Rome l'étendard de l'alîranchissement ; et l'Eglise, qui devenait par lui Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne connut jamais d'autre Pâque que celle qui réunit inviolablement au dimanche le souvenir du premier jour du monde, et la mémoire de la glorieuse résurrection du Fils de Dieu et de nous tous qui sommes ses membres.
Une seule province de l'Eglise, l'Asie-Mineure, refusa longtemps de s'unir à cet imposant concert. Saint Jean, qui fit un long séjour à Ephèse, où il termina même sa vie, avait cru pouvoir ne pas exiger des nombreux chrétiens que les synagogues avaient fournis à l'Eglise dans ces contrées, le renoncement à la coutume judaïque dans la célébration de
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la Pâque ; et les fidèles sortis de la gentilité qui vinrent accroître la population"^ de ces florissantes chrétientés, arrivèrent à se passionner jusqu'à l'excès pour une coutume qui se rattachait aux origines des Eglises de l'Asie-Mineure. Avec le cours des^ années cependant, cette anomalie produisait un scandale ; on y sentait comme une odeur de judaïsme, et l'unité du culte chrétien soutirait d'une divergence qui empêchait les fidèles d'être unanimes dans les joies de la Pâque et dans les saintes tristesses qui la précèdent. Le pape saint Victor, qui gouverna l'Eglise dès l'an i85, porta sa sollicitude sur un tel abus, et pensa que le moment était venu de faire triompher l'unité extérieure sur un point aussi essentiel et aussi central dans le culte chrétien. Déjà, sous le pape saint Anicet, vers l'an i5o, le Siège apostolique avait tenté, par des négociations amicales, d'amener les Eglises de l'Asie-Mineure à la pratique universelle ; rien n'avait pu triompher d'un préjugé qui se fondait sur une tradition réputée sacrée dans ces régions. Saint Victor crut pouvoir réussir mieux que ses prédécesseurs ; et afin d'influencûr les Asiatiques Èar le témoignage unanime de toutes les glises, il donna l'ordre de réunir des conciles dans les divers pays où l'Evangile avait pénétré, et d'y examiner la question de la Pâque. L'accord fut parfait en tous lieux ; el l'historien Eusèbe, qui écrivait un siècle et demi après, atteste que, de son temps, on gardait encore la mémoire des décisions qu'avaient rendues, dans cette affaire, outre le concile de Rome, ceux des Gaules, de l'A-
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chaïe, du Pont, de la Palestine et de l'Osrhoène en Mésopotamie. Le concile d'Ephèse, présidé par Polycrate, évêque de cette ville, résista seul aux vues du Pontife et aux exemples de l'Eglise entière.
Victor, jugeant que cette opposition ne pouvait être tolérée plus longtemps, publia une sentence qui séparait de la communion du Saint-Siège les Eglises réfractaires de l'Asic-Mineure. Cette peine sévère, qui ne venait qu'après de longues instances de la part de Rome pour amener à tîéchir les préjugés asiatiques, excita la commisération de plusieurs évèques. Saint Irénée, qui occupait alors le siège de Lyon, intervint auprès du Pape en faveur de ces Eglises qui n'avaient péché, selon lui, que par défaut de lumières ; et il obtint la révocation d'une mesure dont la rigueur semblait disproportionnée à la faute. Cette indulgence produisit son effet ; au siècle suivant, saint Anatolius, évêque de Laodicée, dans son livre de la Pâque écrit en 276, atteste que les Eglises de l'Asie-Mineure s'étaient rangées déjà depuis quelque temps à la pratique romaine.
Par une coïncidence bizarre, vers la même époque, les Eglises de Syrie, de Cilicie et de Mésopotamie donnèrent le scandale d'une nouvelle séparation sur la célébration de la Pâque. On les vit abandonner la coutume chrétienne et apostolique, pour reprendre en ce point le rite judaïque du quatorze de la lune de mars. Ce schisme dans la liturgie affligea l'Eglise ; et l'un des premiers soins au concile de Nicée fut de promulguer l'obligation universelle de célébrer la Pâque au di-
manche. Le décret fut rendu à l'unanimité ; et les Pères du concile ordonnèrent que, « toute controverse étant mise de côté, les frères de l'Orient solenniseraient la Pâque au même jour que les Romains, les Alexandrins, et tous les autres tidèles K » La question paraissait si i^rave, comme intéressant l'essence même de la liturgie chrétienne, que saint Athanase, résumant les raisons qui avaient amené la convocation du concile de Nicée, assigne comme motifs de sa tenue la condamnation de l'hérésie arienne et l'unité à rétablir dans la solennité de la Pâque-.
Le concile de Nicée régla aussi que l'évéque d'Alexandrie serait chargé de faire faire les calculs astronomiques qui aidaient chaque année à déterminer le jour précis de la Pâque, et qu'il enverrait au Pape le résultat des recherches qu'auraient opérées les savants de cette ville, qui passaient pour les plus assurés dans leurs supputations. Le Pontife romain adresserait ensuite à toutes les Eglises des lettres d'intimation pour la célébration uniforme de la grande fête du christianisme. Ainsi, l'unité de l'Eglise paraissait par l'unité de la sainte Liturgie ; et la Chaire apostolique, fondenient de la première, était en même temps le moyen de la seconde. Au reste, déjà avant le concile de Nicée, le Pontife romain était dans l'usage d'adresser à toutes les Eglises, chaque année, une encyclique pascale portant l'intimation du jour auquel la solennité de la Résurrection devait