I. Concil. Galiiee, t. I
Le Temps Pascal.
finit par triompher de quelques oppositions qui s'étaient élevées dans l'ii^cosse et dans l'Irlande, dont les Eglises avaient été égarées par des Cycles fautifs. Enfin la science se trouva assez avancée au xvi° siècle, pour permettre au pape Grégoire XIII d'entreprendre et de consommer la réforme du calendrier. Il s'agissait de rétablir l'équinoxe au 2 1 mars, selon la disposition du concile de Nicée. Par une bulle du 24 février i58i, le Pontife opéra cette mesure, en retranchant dix jours de l'année suivante, du 4 au i5 octobre ; il restaurait ainsi l'œuvre de Jules César, qui, en son temps, avait aussi porté ses soins éclairés sur les supputations astronomiques. Mais la Pàquc était l'idée fondamentale et le but de la réforme opérée par Grégoire XIII. Les souvenirs du concile de Nicee et ses règlements planaient toiijours sur cette question capitale de l'année liturgique ; et le Pontife romain donnait ainsi, encore une fois, l'intimation de la Pâque à l'univers, non plus pour une année, mais pour de longs siècles. Les nations hérétiques sentirent malgré elles la puissance divine de l'Eglise dans cette opération solennelle qui intéressait du même coup la vie religieuse et la vie civile; elles protestèrent contre le calendrier, comme elles avaient protesté contre la règle de la foi. L'Angleterre et les Etats luthériens de l'Allemagne préférèrent garder longtemps encore le calendrier fautif que la science repoussait, plutôt que d'accepter de la main d'un pape une réforme que le monde reconnaissait indispensable. Aujourd'hui la Russie est la seule des
Historique du Temps Pascal. ii
nations européennes qui persiste, par antipathie pour la Rome de saint Pierre, à rester en retard de dix à douze jours sur le monde civilisé.
Tous ces détails, que nous sommes forcé d'abréger extrêmement, montrent assez l'importance que l'on doit attacher à la date de la fête de Pâques ; et le Ciel a plus d'une fois manifesté par des prodiges qu'il n'était pas indifférent à cette date sacrée. A l'époque où la confusion des Cycles et l'imperfection des mo}^ens astronomiques amenèrent tant d'incertitudes sur le véritable siège de l'équinoxe du printemps, des faits miraculeux suppléèrent plus d'une fois aux indications que ni la science ni l'autorité ne pouvaient plus fournir avec certitude. Paschasinus, évêque de Lilybée en Sicile, dans une lettre adressée à saint Léon le Grand, en 444, atteste que, sous le pontitîcat de saint Zozime, Honorius étant consul pour la onzième fois et Constantius pour la seconde, une intervention céleste vint révéler le vrai jour de la Pâque à une population simple et religieuse. Au sein de montagnes inaccessibles et d'épaisses forêts, il y avait dans un coin écarté de la Sicile un village nommé Meltine. Son église était des plus pauvres, mais Dieu la regardait dans sa bonté; car chaque année, durant la nuit pascale, au moment où le |?rêtre se dirigeait vers le baptistère pour en bénir l'eau, la fontaine sacrée se trouvait miraculeusement remplie, sans qu'il existât aucuns canaux, ni aucune source voisine pour l'alimenter. L'administration du baptême étant terminée, l'eau disparaissait d'elle-même, et
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laissait le bassin à sec. Or il arriva, en l'année qui vient d'être indiquée, que durant la nuit de Pâques, pour laquelle le peuple, trompé par une fausse supputation, s'était rassemblé, la lecture des prophéties étant achevée, quand le prêtre se rendit, avec son troupeau, au baptistère, la fontaine apparut sans eau. Les catéchumènes attendirent vainement la présence de l'élément par lequel la régénération devait leur être conférée , et ils se retirèrent au lever du jour. Le 22 avril suivant (dix des calendes de mai), la fontaine se trouva remplie jusqu'aux bords, attestant que ce jour était la véritable Pâque pour cette année ^
Cassiodore, écrivant, au nom du roi Athalaric, à un personnage nommé Sévère, raconte un autre prodige qui avait lieu annuellement, dans un but semblable, la nuit de Pâques, en Lucanie, près de la petite île de Leucothée, dans un lieu appelé Marcilianum. f II y avait là une large fontaine, dont les eaux I étaient d'une si admirable pureté, qu'elles \ imitaient la transparence de l'air. On l'avait choisie pour l'administration du baptême dans la nuit de Pâques. A peine le prêtre avait-il commencé les solennelles prières de la bénédiction sous la voûte naturelle qui couvrait cette fontaine, que l'eau, paraissant prendre part aux transports de la joie pascale, croissait dans le bassin; en sorte que si elle s'élevait auparavant jusqu'à la cinquième marche, on la voyait monter jusqu'à la septième, comme pour aller au-devant des mer-