Conciles d'Agde, d'Orléans I et IV, d'Epaone, etc
2o6 Le Saint Jour de Pâques.
De nos jours encore, au sein de nos villes dont un si grand nombre ont perdu le cachet du christianisme, les églises sont remplies ! en cette fêle de Pâques Les plus vastes ne i' suffisent pas à contenir la foule qui les \ assiège. Beaucoup d'hommes qui, dans tout \ le cours de l'année, passent indifférents de- ] vant le seuil de la maison de Dieu, le franchissent en ce jour. Dernière trace du chris- • tianisme universel qui a survécu à tant de | faux systèmes, à tant de calculs matériels ; I disons aussi, dernière attraction de cet aimant vainqueur qui réside en notre divin ressuscité. Beaucoup, au moment de quitter cette vie, éviteront le naufrage, en criant 5 vers Jésus, que la Pâque annuelle, si incom- | plètemcnt fêtée par eux, les avait du moins | empêchés d'oublier; mais beaucoup aussi, | hélas ! feront naufrage, parce que n'ayant | pas, en ce jour, accompli la justice envers | leur libérateur, ils ont contraint de se mon- | trer juste celui qui, tant de fois, en cette fête } de Pâques, les convia à sa miséricorde. ? Prions Dieu qu'elle ne s'éteigne pas, « cette mèche qui fume encore »; ou'il n'achève pas de se rompre, « ce roseau déjà éclaté » (Isai. XLii, 3) ; et reposons nos regards sur les beaux spectacles que nous olfi-e la foi antique, cette foi précieuse qui vit en nous, par la divine miséricorde, et qui trouvera des fidèles, et des fidèles nombreux, jusqu'à la fin des temps.
3'lais avant de nous réunir à l'assemblée sainte, donnons un souvenir aux Martyrs de la Pâque. Un jour, la grande solennité fut consacrée par le sang des fidèles; et la sainte
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Eglise en garde la mémoire dans les fastes du Martyrologe. En 459, on célébrait la Pâque le cinq d'Avril ; c'était l'époque où les Eglises d'Afrique étaient ravagées par les Vandales , hérétiques ariens conduits par leurs rois Genséric et Hunnéric. Les fidèles de la ville de Régia s'étaient rassemblés dans l'église pour célébrer la Résurrection du Christ; et atin d'éviter le contact des hérétiques , ils en avaient fermé les portes. Les ariens, conduits par un de leurs prêtres, forcent l'entrée du saint temple et se précipitent en armes sur la multitude des tidèles, A ce moment, un Lecteur, du haut de TAmbon, exécutait la mélodie de V Alléluia; une flèche meurtrière, lancée sur lui par l'un de ces barbares, l'atteint à la gorge ; il tombe, et va achever au ciel le chant )oyeux qu'il avait commencé sur la terre. Les Vandales font main basse sur les catholiques ; l'église est inondée de leur sang ; un grand nombre sont entraînés par les hérétique's hors du temple; mais c'est pour être immolés ensuite par ordre du conquérant; il n'y eut que les enfants d'épargnés. Unissons-nous à la sainte Eglise qui, chaque année, le cinq Avril, glorifie ces nobles victimes de la Pàque.
20 s Le Saint Jour de Pâques.
A LA MESSE
1 'heurr de Tierce a rassemblé dans la Ba- *^ silique tout le peuple de la cité. Le soleil, qui s'est levé joyeux, semble verser une lumière plus vive ; le pavé de l'église est jonché de fleurs. Au-dessous des mosaïques de l'abside, dont les émaux scintillent d'un éclat nouveau, les murs sont tapissés de draperies précieuses; des guirlandes de feuillage pendant en festons de l'arc triomphal, courent le long des colonnes de la grande nef, et de là se répandent sous les nefs latérales. De nombreuses lampes, alimentées de l'huile la plus pure, brûlent autour de l'autel, suspendues au ciborium. Porté sur son élégante colonne, le Cierge Pascal, qui n'a pas éle éteint depuis les premières heures de la soirée d'hier, lance sa flamme toujours vive, et embaume le lieu saint des parfums dont sa mèche est imprégnée. Symbole mystérieux du Christ- Lumière, il réjouit les regards des fidèles, et semble dire à tous : « Alléluia ! Le Christ est ressuscité. «
Mais ce qui, plus que tout le reste, intéresse l'assemblée sainte, c'est le groupe nombreux des néophytes couverts de leurs robes blanches, comme les Anges qui ont apparu au sépulcre; c'est en ces jeunes et nobles recrues que se réfléchit le plus vivement le mystère du Christ sortant du tombeau. Hier encore ils étaient morts par le péché; main- | tenant ils sont pleins de vie, d'une vie nou- | velle qui est le fruit de la victoire du Rédempteur sur la mort. Heureuse pensée de
La Messe. 2oq
la sainte Eglise, d'avoir choisi pour le jour de leur régénération celui-là même où l'Homme-Dieu a conquis pour nous l'immortalité.
A Rome, la Station était autrefois dans la Basilique de Sainte-jMarie -Majeure. Cette reine des nombreuses églises dédiées à la Mère de Dieu dans la "ville sainte, était
désignée pour la fonction de ce jour par une \
adniirable délicatesse. Rome faisait hom- :
mage de la solennité pascale à celle qui, \
plus que toute créature, eut droit d'en res- \
sentir les joies, et pour les angoisses que î
son cœur maternel avait endurées, et pour ;
sa fidélité à conserver la foi de la résurrec- \
tion durant les longues et cruelles heures \
que son divin Fils aut passer dans l'humi- 1
liaiion du tombeau. Depuis, la solennité de \
la Messe papale a été transférée dans la ï
Basilique de Saint-Pierre, plus vaste et plus ;:
en rapport avec l'immense concours de ndè- \
les que le monde chrétien tout entier députe \
aux solennités pascales de Rome. Néanmoins '^
le Missel romain continue d'indiquer Sainte- j'
Marie-Majeure comme l'église de la Station 5
d'aujourd'hui ; et les indulgences sont de- ;
meurées les mêmes en faveur de ceux qui ■
prennent part aux fonctions qui s'y célèbrent, ;
Il est l'heure de Tierce (neuf heures du 5
matin) ; on commence aussitôt l'Office qui j
correspond à cet instant de la journée, et |
qui précède toujours la Messe solennelle. |
Les trois divisions du Psaume cxviii qui le '
composent, se trouvent ci-dessus, page m ; '
mais en ce jour, et pendant toute la semaine, ; la sainte Eglise, jalouse de conserver la
HMC dies quam fccit Dominus : cxsultcmus et lœtemur inca.
2 10 Le Saint Jour de Pâques.
forme antique à l'Office de Pâques, omet l'Hymne oui précède ordinairement les Psaumes, et n admet ni le Capitule, ni le Répons bref. La psalmodie étant terminée, on ajoute sur un mode grave et mélodieux la triomphante Antienne que l'iiglise répète sans cesse durant toute cette solennelle Octave :
C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.
L'Office de Tierce se termine par la Collecte de la Messe, ci-après, page 216.
A la différence des autres dimanches de l'année, on ne bénit pas l'eau aujourd'hui pour l'Aspersion. Il y a quelques heures à peine, le Pontife a sanctifié cet élément avec les rites les plus sublimes, avant de l'employer à la régénération de nos néophytes. L'eau qui va servir à purifier l'assemblée sainte a été puisée dans la fontaine même dont ils sont sortis tout éclatants de blancheur. Pendant qu'on la répand sur les fidèles, le chœur chante l'Antienne suivante :
VIDI aquam cgredientem de templo a latere dextro, allehiia : cl omncs, ad quos pervenit aqua ista, salvi facti sunt, Cl dicenl : Alléluia, alléluia.
Ps. Confitemini Domino , quoniam bonus :
quoniam in sœculum misericordia ejus.
JAI VU une eau qui sortait du temple, au colc droit, alléluia ; et tous ceux que cette eau a touchés ont été sauvés, et ils diront : All«luia, alléluia.
Ps. Louez 1* Seigneur, parce qu'il est bon , et sa miséricorde est à jamais.
La Messe.
Gloire au Père. J'ai vu une eau.
"fr. Montrez-nous , Seigneur, votre miséricorde , alléluia.
»^. Et donnez-nous le Sauveur que vous nous avez destiné, alléluia.
Gloria Patri. Vidi aquam.
y. Ostende nobis, Domine , misericordiam tuam. alléluia.
'sç.. Et Salutare tuumda nobis, alléluia.
Exaucez-nous . Seigneur saint , Père tout-puissant , Dieu éternel ; et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde , favorise.
protège , visite et défende tous ceux qui sont reunis en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Exaudi nos , Domine sancte . Pater omnipotens , reterne Deus : et mittere digneris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui custodiat , foveat , protegat , visitet atquc defendat omnes habitantes in hoc habitaculo.
Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Dans les Eglises des Gaules et des autres contrées occidentales, on chanta longtemps, à la Procession qui précédait la Messe, d'admirables strophes de saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers Nous les donnerons ici, persuadé qu'elles seront agréables au pieux lecteur, et qu'elles l'aideront à entrer dans l'esprit de la grande solennité à laquelle elles servaient à préparer nos pères. On y retrouve l'enthousiasme qui a dicté le Vexilla régis et l'Hymne du saint Chrême ; c'est la même diction, ferme, énergique, un peu rude ; mais c'est aussi la même" piété, le même enthousiasme et la même richesse d'images et de sentiment. Le chant qui accompagnait ces paroles est venu jusqu'à nous sur les manuscrits, et respire la majesté et l'onction.
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