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LA BENEDICTION DES CIERGES

APRÈS l'Office de Tierce, l'Eglise pratique, en ce jour, la bénédiction solennelle des Cierges, que l'on compte pour une des trois

f)rincipales qui ont lieu dans le cours de 'année: les deux autres sont celle des Cendres, et celle des Rameaux. L'intention de cette cérémonie se rapporte au jour même de la Purification de la sainte Vierge ; en sorte

3ue si l'un des Dimanches de Septuagésime, e Sexagésime, ou de Quinquagésime, tombe le deux février, la fête est remise au lendemain ; mais la bénédiction des Cierges, et la Procession qui en est le complément, demeurent fixes au deux février.

Afin de réunir sous un même rite les trois grandes Bénédictions dont nous parlons, l'Eglise a ordonné, pour celle des Cierges, l'usage de la même couleur violette qu'elle emploie dans la bénédiction des Cendres et dans celle des Rameaux ; en sorte que cette solennelle fonction, qui sert à marquer d'une manière inviolable le jour auquel s'est accomplie la Purification de Marie, doit s'exécuter tous les ans, le deux février, sans qu'il soit dérogé à la couleur prescrite pour les trois Dimanches dont nous venons de parler. L'origine de cette cérémonie est assez

5g6 La Purification de la très sainte Vierge.

difficile à assigner d'une manière précise. Selon Baronius, Thomassin, Baillet, etc., elle aurait été instituée, vers la tin du v* siècle, par le Pape saint Gélase, pour donner un sens chrétien aux restes de 1 antique fête des Lupercales, dont le peuple de Rome avait encore retenu quelques usages superstitieux. Il est du moins certain q"ue saint Gélase abolit, à cette époque, les derniers vestiges de la tête des Lupercales qui, comme l'on sait, était célébrée au mois de février, dans les siècles du paganisme. Innocent IIÎ, dans un de ses Sermons sur la fête de la Purification, enseigne que l'attribution de la cérémonie des Cierges au deux février est due à la sagesse des P'ontifes romains, lesquels auraient appliqué au culte de la sainte Vierge les res'tes d'un usage religieux des anciens Romains, qui allumaient des flambeaux en mémoire des torches à la lueur desquelles Gérés avait, selon la fable, parcouru les sommets de l'Etna, cherchant sa fille Proserpine enlevée par Pluton ; mais on ne trouve pas de fête en l'honneur de Gérés, au mois de février, sur le Calendrier des anciens Romains. Il nous semble donc plus exact d'adopter le sentiment de D. Hugues Ménard, Rocca, Henschenius et Benoît XIV, qui tiennentque la fête antique connue en février sous le nom d'Amburbalia, et dans laquelle les païens parcouraient la ville en portant des flambeaux, a donné occasion aux souverains Pontifes de lui substituer un rite chrétien qu'ils ont uni à la célébration de la fête dans laquelle le Christ, Lumière du monde, est présenté au Temple par la Vierge-mère.

La Bénédiction des Cierges. Sgj

Le mystère de cette cérémonie a été fréquemment expliqué par les liturgistes depuis le vii^ siècle. Selon saint Ives de Chartres, dans son deuxième Sermon sur la fête d'aujourd'hui, la cire des cierges, formée du suc des tleurs par les abeilles, que l'antiquité a toujours considérées comme un type de la virginité, signifie la chair virginale du divin Enfant, lecjuel n'a point altéré, dans sa conception ni dans sa naissance, l'intégrité de Marie. Dans la flamme du cierge, le saint Evêque nous apprend à voir le symbole du Christ qui est venu illuminer nos ténèbres. Saint Anselme, dans ses Enarrations sur saint Luc, développant le même mj^stère, nous dit qu'il y a trois choses à considérer dans lo Cierge : la cire, la mèche et la flamme. La cire, dit-il, ouvrage de l'abeille virginale, est la chair du Christ ; la mèche, qui est intérieure, est l'âme ; la flamme, qui Drille en la partie supérieure, est la divinité.

Autrefois, les fidèles s'empressaient d'apporter eux-mêmes des cierges à l'Eglise, le jour de la Purification, afin qu'ils fussent bénis avec ceux que les prêtres et les ministres portent à la Procession ; cet usage est encore observé en beaucoup de lieux. Il est à désirer que les Pasteurs des âmes recommandent fortement cette coutume, et qu'ils la rétablissent ou la soutiennent partout où il est besoin. Tant d'efforts que l'on a faits pour ruiner, ou du moins pour appauvrir le culte extérieur, ont amené insensiblement le plus triste affaiblissement du sentiment religieux, dont l'Eglise possède seule la source dans la Liturgie. Il est nécessaire aussi que les

5gS La Purification de la très sainte Vierge.

fidèles sachent que les cierges bénis au jour de la Chandeleur, car tel est le nom populaire de la fête de la Purification, emprunté à la cérémonie même dont nous parlons ; que ces cierges, disons-nous, sont bénis, non seulement pour servir à la Procession, mais encore pour l'usage des chrétiens qui, en les gardant avec respect dans leurs maisons, en les portant avec eux, tant sur la terre que sur les eaux, comme dit l'Eglise, attirent des bénédictions particulières du ciel. On doit allumer aussi ces cierges de la Chandeleur auprès du lit des mourants, comme un souvenir de l'immortalité que le Christ nous a méritée, et comme un signe de la protection de Marie.

Tout étant préparé, le Prêtre commence à l'autel la cérémonie de la bénédiction des Cierges.

f. Dominus vobiscum.

^. Et cum spiritu tuo.

OREMUS

DOMINE sancte, Pater omnipotens , aeterne Deus, qui omnia ex nihilo creasti, et jussu tuo per opéra apum hune liquorem ad perfectionem cerei

Eervenire fecisti ; et qui odierna die petitionem justi Simeonis implesti :

te hurailiter deprecamur, ut has candelas ad usus hominum , et sanitatem corporum et animarum, sive in terra, sive in

f. Le Seigneur soit avec vous,

^. Et avec votre esprit PRIONS.

SEIGNEUR saint, Père toutpuissant, Dieu éternel, qui avez créé toutes choses du néant, et avez ordonné que la cire confectionnée par les abeilles devînt propre à former les cierges, et qui, aujourd'hui , avez accorde la demande du juste Siniéon ; nous vous prions humblement de daigner bénir et sanctifier, par l'invocation de votre saint Nom, et par l'intercession de la bienheu-

La Bénédiction des Cierges.

reuse Marie toujours Vierge, dont nous célébrons dévotement la fête, et par les prières de tous vos Saints, ces cierges , pour l'usage des hommes, et pour la santé des corps et des âmes, soit sur fe terre, soit sur les eaux ; exaucez du ciel votre sanctuaire, et du trône de votre Majesté, les voix de votre peuple ici

E résent, qui désire les porter onorablement dans ses mains, et vous louer par ses chants ; enfin soyez propice à tous ceux qui vous implorent, puisque vous les avez rachetés par le précieux sang de votre Fils qui, étant Dieu, vit et règne avec vous , en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Amen.

PRIONS

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez voulu que votre Fils unique, présenté aujourd'hui dans votre Temple, fût reçu sur les bras de saint Siméon ; nous supplions votre clémence de bénir, de sanctifier, et d'allumer au feu de la céleste bénédiction, ces cierges que nous, vos serviteurs, désirons porter allumés, après les avoir reçus pour la gloire de votre saint Nom . afin que, les offrant à vous, notre Dieu et Seigneur, rendus dignes et enflammés du feu sacré de votre très

aquis, per invocationem tui sancti Nominis , et per intercessionem beatse Mariae semper Virginis, cujus hodie festa dévote celebrantur, et per preces omnium Sanctorum tuorum , benedicere et sanctificare digneris ; et hujus plebis tuœ. quae illas honorifice in manibus desiderat portare, teque cantando laudare, exaudias voces de coelo sancto tuo , et de sede Majestatis tus ; et propitius sis omnibus damantibus ad te, quos redemisti pretioso sanguine Filii tui, qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti, Deus , per omnia saecula sajculorum.

Amen.

OREMUS

Omnipotens sempiterne Deus, qui, hodierna die, Unigenitum tuum, ulnis sancti Simeonis in Templo sancto tuo suscipiendum praesentasti :

tuam supplices deprecamur clementiam, ut has candelas , quas nos famuli tui, in tui Nominis magnificentiam s u s c ipientes, gestare cupimus luce accensas, benedicere et sanctificare, atque lumine supernaî benedictionis accendere digneris ; quatenus eas tibi Domino

6oo La Purification de la très sainte Vierge.

nostro oft'erendo, digni et sancto igné dulcissimae charitatis tuae succensi.

in Templo sancto gloriae tuae reprassentari mereamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum.

Amen.

OREMUS

Domine Jesu Christe, lux vera, quœ illuminas omnem hominem venientem in hune mundum :

effunde benedictionem tuam super hos cereos, et sanctifica eoslumine gratis? tuae; et concède propitius, ut sicut haec luminaria, igné visibili accensa, nocturnas depellunt tenebras ; ita corda nostra invisibili igné, id est Sancti Spiritus splendore illustrata, omnium vitiorum caecitate careant : ut purgato mentis oculo, ea cernere possimus quae tibi sunt placita, et nostrae saluti uti- 4ia : quatenus post hujus saeculi caliginosa discrimina, ad lucem indeficientem pervenire raereamur. Per te, Christe Jesu, Salvator mundi, qui in Trinitate perfecta vivis et régnas Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.

OREMUS

Omnipotens sempiterne Deus, qui per Moysen

douce charité, nous méritions d'être présentés dans le Temple saint de votre gloire.

Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

PRIONS

Seigneur Jésus-Christ, vrfiie lumière qui illuminez tout homme venant en ce monde, répandez votre bénédiction sur ces cierges, et sanctifiez-les de la lumière de votre grâce ; et de même que ces luminaires, allumés à un feu visible, chassent les ténèbres, daignez faire que nos cœurs, illuminés d'un feu invisible, c'est-à-dire de la splendeur du Saint-Esprit, soient délivrés de l'aveuglement de tous les vices, afin que l'œil de notre àme étant purifié, nous puissions voir les choses qui vous sont agérables et utiles à notre salut, et mériter, après les ombres et les dangers de ce siècle, d'arriver à la lumière qui ne s'éteint jamais ; par vous, ô Jésus-Christ, Sauveur du monde, qui, dans la Trinité

Birfaite, vivez et régnez leu, dans tous les siècles des siècles. Amen.

PRIONS

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez fait préparer

La Bénédiction des Cierges. ùoi

par Moïse , votre serviteur, une très pure liqueur d'huile pour fournir au luminaire qui devait brûler continuellement devant votre Majesté ; daignez répandre la grâce de votre bénédiction sur ces cierges, afin que pendant qu'ils nous donneront la lumière extérieure, la lumière de votre Esprit soit octroyée par vous intérieurement à notre âme. Par notre Seigneur Jésus- Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous en l'unité du même Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Amen.

Seigneur Jésus-Christ, qui, apparaissant aujourd'hui au milieu des hommes, dans la substance de notre chair^ avez été présenté au Temple par vos parents ; vous, que le vénérable vieillard Siméon, tout rayonnant de la lumière de votre Esprit, a reconnu, a reçu et a béni : faites que nous aussi, illuminés et instruits par la lumière du même Saint-Esprit, nous vous reconnaissions avec vérité, et vous aimions avec fidélité, vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père, en l'unité du même Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen,

famulurn tuum, purissimum olei liquorem ad luminaria ante conspectum tuum jugiter concinnanda praeparari jussisti : benedictionis tuae gratiam super hos cereos benignus infunde ; quatenus sic administrent lumen exterius ut, te donante, lumen Spiritus tui nostris non desit mentibus interius. Per Dominum nostrum Jesura Christum Filium tuum, qui tecum vivit et régnât in unitate ejusdem Spiritus Sancti, Deus, per omniasœcula saeculorum.

Amen.

OREiMUS.

Domine Jesu Christe, qui hodierna die, in nostras carnis substantia inter homines apparens, a parentibus in Templo es prœsentatus ; quem Simeon venerabilis senex, luraine Spiritus tui irradiatus, agnovit, suscepit, et benedixit : praesta propitius, ut ejusdem Spiritus Sancti gratia illuminati atque edocti, te veraciter agnoscamus et fideliter diligamus.

Qui cum Deo Pâtre, in unitate ejusdem Spiritus Sancti, vivis et régnas, Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.

6o2 La Purification de la très sainte Vierge.

Après ces Oraisons, le célébrant asperge d'eau bénite et encense les Cierges ; on procède ensuite à leur distribution. A ce moment, l'Eglise, émue à la vue des symboles glorieux qui lui rappellent les caractères de l'Emmanuel, s'unit aux transportsdu vieillard Siméon, qui, tenant en ses feras l'Enfant de la Vierge, le proclama la Lwm/è»-e des nations. Elle emprunte son beau Cantique, répétant après chaque Verset une Antienne formée des dernières paroles dont il se compose.

UMEN ad revelationem gentium, et gloriam piebis tuae Israël.

Ant.L

Ant.

L sera la Lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d'Israël.

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