Coloss. I
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il n'oflrc qu'une idée de honte el d'ignominie. Le Seigneur avait dit dans l'ancienne alliance : « Maudit celui qui est suspendu au bois K » L'Agneau oui nous sauve a daigné affronter cette malédiction : mais, par là même, combien nous devient cher ce bois autrefois infâme, désormais sacré ! Le voilà devenu l'instrument de notre salut, le gage sublime de l'amour du Fils de Dieu pour nous. C'est pourquoi l'Eglise va lui rendre chaque jour, en notre nom, les plus chers hommages; et nous, nous joindrons nos adorations aux siennes. La reconnaissace envers le Sang qui nous a rachetés, une tendre vénération envers la sainte Croix, seront donc, durant cette quinzaine, les sentiments qui occuperont particulièrement nos cœurs.
Mais que ferons-nous pour l'Agneau luimême, pour celui qui nous donne ce sang, et qui embrasse avec tant d'amour la croix de notre délivrance? N'est-il pas juste que nous nous" attachions à ses pas ; que, plus fidèles que les Apôtres lors de sa Passion, nous le suivions jour par jour, heure par heure, dans la Voie douloureuse? Nous lui tiendrons donc fidèle compagnie, dans ces derniers jours où il est réduit à fuir les regards de ses ennemis; nous envierons le sort de ces quelques familles dévouées qui le recueillent dans leurs maisons, s'exposant par cette hospitalité courageuse à toute la race des Juifs ; nous compatirons aux inquiétudes mortelles de la plus tendre des mères; nous pénétrerons par la pensée dans
Deut. XXI, 23.
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cet horrible Sanhédrin où se trame l'affreux complot contre la vie du Juste. Tout à coup l'horizon, si chargé de tempêtes, semblera un moment s'éclaircir, et nous entendrons le cri d'Hosanna retentir dans les rues et les places de Jérusalem. Cet hommage inattendu au fils de David, ces palmes, ces voix naïves des enfants hébreux, feront trêve un instant à tant de noirs pressentiments. Notre amour s'unira à ces hommages rendus au Roi d'Israël qui visite avec tant de douceur la fille de Sion, pour remplir l'oracle prophétique; mais (^ue ces joies subites seront de peu de durée, et que nous retomberons promptement dans la tristesse !
Le traître disciple ne tardera pas à consommer son odieux marché ; la dernière Pâque arrivera enfin, et nous verrons l'agneau figuratif s'évanouir en présence du véritable Agneau, dont la chair nous sera donnée en nourriture et le sang en breuvage. Ce sera la Cène du Seigneur. Revêtus de la robe nuptiale, nous y prendrons place avec les disciples; car ce jour est celui de la réconciliation qui réunit à une même table le pécheur repentant et le juste toujours fidèle. Mais le -temps presse : il faudra partir pour le fatal jardin; c'est là que nous pourrons apprécier le poids de nos iniquités, à la vue des défaillances du cœur de Jésus, qui en est oppressé jusqu'à demander grâce. Puis tout à coup, au milieu d'une nuit sombre, les valets et la soldatesque , conduits par l'infâme Judas, mettront leurs mains impies sur le Fils de l'Eternel ; et les légions d'Anges qui l'adorent resteront comme désar-
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mées en présence d'un tel forfait. Alors commencera cette série d'injustices dont les tribunaux de Jérusalem seront l'odieux théâtre : le mensonge, la calomnie, la soif du sang innocent, les lâchetés du gouverneur romain, les insultes des valets et des soldats, les cris tumultueux d'une populace aussi ingrate que cruelle: tels sont les incidents dont se rempliront les heures rapides qui doivent s'écouler depuis l'instant où le Rédempteur aura été saisi par ses ennemis, jusqu'à celui où il gravira, sous sa croix, la colline du Calvaire. Nous verrons de près toutes ces choses ; notre amour ne nous permettra pas de nous éloigner dans ces moments ou, au milieu de tant d'outrages, le Rédempteur traite la grande affaire de notre salut.
Enfin, après les soufflets et les crachats, après la sanglante flagellation, après le cruel opprobre du couronnement d'épines, nous nous mettrons en marche à la suite du Fils de l'homme ; et c'est à la trace de son sang que nous reconnaîtrons ses pas. Il nous faudra fendre les flots d'un peuple avide du supplice de l'innocent, entendre les imprécations qu'il vomit contre le fils de David. Arrivés au lieu du sacrifice, nous verrons de nos yeux l'auguste Victime, dépouillée de ses vêtements, clouée au bois sur lequel elle doit expirer, élevée dans les airs, entre le ciel et la terre, comme pour être plus exposée encore aux insultes des pécheurs. Nous nous approcherons de l'Arbre de vie, afin de ne perdre ni une seule goutte du san^ qui purifie, ni une des paroles que, par intervalles, le Rédemp-
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teur fera descendre jusqu'à nous. Nous compatirons à sa Mère, dont le cœur est transpercé du glaive de douleur, et nous serons près d'elle au moment où Jésus expirant nous léguera à sa tendresse. Enfin, après les trois heures de son agonie, nous le verrons pencher la tête, et nous recevrons son dernier soupir.
Et c'est là ce qui nous reste : un corps inanimé et meurtri, des membres ensanglantés et roidis par le froid de la mort; c'est tout ce qui nous reste de ce Fils de l'homme dont nous avions salué avec tant d'allégresse la venue en ce monde ! Il ne lui a pas suffi, à lui. Fils de l'Eternel, de « s'anéantir, en prenant la forme d'esclave 1 »; cette naissance dans la chair n'était que le début de son sacrifice: son amour devait l'entraîner jusqu'à la mort , et jusqu'à la mort de la croix. Il avait vu qu'il n'obtiendrait le nôtre qu'au prix d'une si généreuse immolation, et son cœur n'a pas reculé. « Maintenant donc, nous dit saint Jean, aimons Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier 2. )) Tel est le but que l'Eglise se propose dans ces solennels anniversaires. Après avoir abattu notre orgueil et nos résistances par le spectacle effrayant de la justice divine, elle entraîne notre cœur à aimer enfin celui qui s'est livré, en notre place , aux coups de cette inflexible justice. Malheur à nous , si cette grande semaine ne produisait pas dans nos âmes un juste retour envers celui qui avait
Philipp. II, 7.