GRADUEL
LE Christ s'est fait obéissant pour nous jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix.
j^. C'est pourquoi Dieu l'a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom.
CHRISTUS factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem Crucis.
f. Propter quod et Deus exaltavit illum, et dédit illi nomen, quod est super omne nomen.
EVANGILE
La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap.
xni
AVANT le jour de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. Et le souper étant fini, lorsque déjà le diable avait mis dans le cœur de Judas Iscariote" de le trahir, Jésus sachant que son Père avait tout remis entre ses mains, et qu'il était sorti de Dieu, et retournait à Dieu, se leva de table, ôta ses vêtements, et, ayant
Êris un linge, il se ceignit.
Insuite il mit de l'eau dans un bassin, et commença à laver les pieds de ses disci-
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xni.
ANTE diem festum Paschae sciens Jésus, quia venit hora ejus, ut transeat ex hoc mundo ad Patrem : cum dilexisset suos, qui erant in mundo, in finem dilexit eos. Et cœna facta, cum diabolus jam misisset in cor, ut traderet eum Judas Simonis Iscariotas :
sciens quia omnia dédit ei Pater in manus, et
2uia a Deo exivit et ad >eum vadit, surgit a cœna, et ponit vestimenta sua. Et cum accepisset linteum, praecinxit se. Deinde misit aquam in pelvim, et cœpit la-
vare pcdes discipulorum, et cxtcrgere lintco, quo erat prœcinclus. Venil ergo ad Simonem Pctrum, et dicit ci Pclrus :
Domine, tu mihi lavas pedes ! Respondit Jésus, et dixit ei : Quod ego facio, tu ncscis modo :
scies autem nostca. Dicit ei Petrus : Non lavabis mihi pedes in aeternum.
Respondit ei Jésus : Si non lavcro te, non habebis partem raecum. Dicit ei Simon Petrus :
Domine, non tantum pedes meos, sed et manus et caput. Dicit ei Jésus :
Qui lotus est, non indiget nisi ut pedes lavet, sed est mundus totus.
Et vos mundi estis, sed non omnes. Sciebat enim quisnam esset qui traderet eum ; propterea dixit:
Non estis mundi omnes.
Postquam ergo lavit pedes eorum, accepit vestimenta sua : et cum re-cubuisset iterum, dixit eis : Scitis quid fecerim vobis ? Vos vocatis me Magister et Domine : et bene dicitis : sumetenim.
Si ergo ego lavi pedes ves-tros, Dominus et Magister, et vos debetis alter alterius lavare pedes. Exemplumenim dedi vobis, ut quemadmod faciatis.
f>lcs, cl à les essuyer avec le inge dont il était ceint. li vint donc à Simon Pierre ; et Pierre lui dit : Vous, Seigneur, vous me laveriez les pieds ! Jésus lui dit: Ce que je fais, tu l'ignores présentement ; mais tu le sauras plus tard. Pierre lui dit :
Jamais vous ne me laverez les pieds. Jésus lui répondit :
Si je ne te lave, tu n'auras point de part avec moi.
Simon Pierre lui dit : Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. Jésus lui dit :
Celui qui est déjà lavé n'a besoin que de laver ses pieds, et il est pur et net dans tout le reste ; pour vous, vous êtes purs ; mais non pas tous.
Car il savait qui le trahirait:
c'est pourquoi il dit : Vous n'êtes pas tous purs. Après qu'il leur eut lavé les pieds, et qu'il eut repris ses vêtements, s'élant remis à table, il leur dit : Savez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien : car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car je vous ai donné l'exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi, um ego feci vobis, ita et vos
Le Jeudi Saint, . 45 y
L'action du Sauveur lavant les pieds à ses disciples avant de les admettre à la participation de son divin mystère, renferme une leçon pour nous. Tout à l'heure l'Apôtre nous disait : « Que l'homme s'éprouve luimême )); Jésus dit à ses disciples: « Pour vous, vous êtes purs ». Il est vrai qu'il ajoute: « mais non pas tous ». De même l'Apôtre nous dit « qu'il en est qui se rendent coupables du corps et du sang du Seigneur». Craignons le sort de ceux-là, et éprouvons-nous nousmêmes ; sondons notre conscience avant d'approcher de la table sacrée. Le péché mortel, l'affection au péché mortel, transformeraient pour nous en poison l'aliment qui donne la vie à l'âme. Mais si nous devons respecter assez la table du Seigneur, pour ne pas nous y présenter avec la souillure qui fait perdre à l'âme la ressemblance de Dieu et lui donne les traits hideux de Satan, nous devons aussi, par respect pour la sainteté divine qui va descendre en nous, purifier les taches légères qui la blesseraient. « Celui qui est déjà lavé, dit le Seigneur, n'a besoin que de laver ses pieds. » Les pieds sont les attaches terrestres dans lesquelles nous sommes si souvent exposés à pécher. Veillons sur nos sens, sur les mouvements de notre âme. Purifions ces taches par une confession sincère, par la pénitence, par le regret et l'humiliation; afin que le divin Sacrement, entrant en nous, soit reçu dignement, et qu'il opère dans toute la plénitude de sa vertu.
Dans l'Antienne de l'Offertoire, le chrétien fidèle, appuyé sur la parole du Christ qui lui a promis le Pain de vie, se livre à la
Le Jeudi Saint.
joie. Il rend grâces pour cet aliment di\ iri qui sauve de la mort ceux qui s'en nourri> sent.
OFFERTOIRE
DEXTERA Domini fecit virtutem, dexlera Domini exaltavit me : non moriar, sed vivam, et narrabo opéra Domini.
LA droite du Seigneur a signalé sa force; la droite du Seigneur m'a élevé en gloire. Je ne mourrai poinf, mais je vivrai, et je raconterai les oeuvres du î^eigncur.
L'Eglise, dans la Secrète, rappelle au Pure céleste que c'est aujourd'hui même qu'a été institué l'auguste Sacrifice qu'elle célèbre en
ce moment.
1PSE tibi, quaesumus Domine sancte. Pater omnipotens,aeterne Deus, Sacrificium nostrum reddat acceptum, qui discipulis suis in sui commemorationem hoc fieri hodierna traditione monstravit, Jésus Christus Filiustuus Dominus noster: Qui tecum vivit et régnât. Amen.
SEIGNEUR saint, Père toutpuissant, Dieu éternel, que notre Sacrifice vous soit rendu agréable par Jésus- Christ, votre Fils, notre Seigneur, qui, en l'instituant en ce jour, a enseigné à ses disciples de le célébrer en mémoire de lui ; Qui, étant Dieu, vit et règne avec vous dans les siècles des siècles.
Amen.
Le Prêtre, après avoir communié sous les deux espèces, et placé dans un calice l'Hostie réservée pour le lendemain, distribue au clergé la sainte Eucharistie; et lorsque les fidèles l'ont reçue à leur tour, le chœur chante l'Antienne suivante qui rappelle le m)^stère du lavement des pieds:
Le Jeudi Saint.
COMMUNION
LE Seigneur Jésus, quand il eut soupe avec ses disciples, leur lava les pieds, et leur dit : Vous savez ce que je viens de vous faire, moi votre Seigneur et Maître?
Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez de même.
DOMINUS Jésus postquam cœnavit cum discipulis suis, lavit pedes eorum, et ait illis :
Scitis quid fecerim vobis, ego Dominus et Magister ? Exemplum dedi vobis, ut et vos ita faciatis.
La sainte Eglise demande pour nous, dans la Postcommunion , que nous conservions jusque dans l'éternité le don qui vient de nous être conféré.
POSTCOMMUNION.
REFECTI vitalibus alimentis, quaesumus Domine Deus noster : ut quod tempofe nostrae mortalitatis exequimur, immortalitatis tuas munere consequamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
FAITES, s'il vous plaît, Seigneur notre Dieu, qu'étant rassasiés de cette nourriture de vie, nous recevions par votre grâce, au sein de l'immortalité, ce que nous célébrons dès le temps même de notre vie mortelle. Par Jésus- Christ notre Seigneur.
Amen.
La Messe étant terminée, une Procession solennelle se dirige vers le lieu où doit reposer l'Hostie sainte, qui sera consommée demain. Le célébrant la porte sous le dais, comme à la fête du très saint Sacrement; mais aujourd'hui le corps sacré du Rédempteur contenu dans le calice est voilé, et non entouré de rayons comme au jour de ses triomphes. Adorons ce divin Soleil de justice, dont nous saluâmes le lever avec tant d'allégresse; il décline vers son couchant; encore
Le Jeudi Saint.
quelques heures, et sa lumière va s'éteindre. Les ombres alors couvriront la terre; et ce ne seru que le troisième jour que nous le verrons reparaître tout brillant d'un éclat nouveau,
Pendant la marche vers le reposoir , le chœur chante TH^ymne du Saint-Sacrement si connue des tidcles.
ph.NGE, lingua, gloriosi * Corporis mysterium, Sanguinisque pretiosi, Quem in mundi pretium, Fructus ventris generosi, Rex efFudit gentium.
Nobis datus, nobis natus Ex intacta Virgine, Et in mundo conversatus, Sparso verbi semine, Sui moras incolatus Miro clausitordine.
In supremae nocte cœ-
nae Ivecurabens cum fratri-
bus, Observata lege plene Cibis in legalibus, Cibum turbas duodenae Se dat suis manibus.
Verbum caro, panem
verum Verbo carnem efficit :
Fitque sanguis Christi
merum :
Et si sensus déficit,
/^HANTE, ô ma langue, le ^^ mystère du glorieux corps et du sang précieux que le Roi des nations, fils dune noble mère, a versé pour la rédemption du monde.
Il nous fut donné; pour nous il naquit de la \'ierge sans tache : il vécut avec les hommes, et après avoir jeté la semence de sa parole, il termina son pèlerinage par une admirable merveille.
Dans la nuit de la dernière cène, étant à table avec ses frères, après avoir observé ce que prescrivait la loi pour les nourritures légales, il se donne lui-même de ses propres mains, pour nourriture, aux douze qu'il a choisis.
Le Verbe fait chair change d'une seule parole le pain en sa chair divine; le vin devient le propre sang du Christ; et si la raison défaille à comprendre un tel
prodige, la foi suffit pour rassurer un cœur fidèle.
Adorons prosternés un si grand Sacrement ; que les rites antiques cèdent la place à ce nouveau m^tère ; et que la foi supplée à la faiblesse de nos sens.
Gloire, honneur et louange, puissance, actions de grâces et bénédiction soient au Père et au Fils; pareil hommage à celui qui procède de l'un et de l'autre.
Amen.
Ad firmandum cor since-
rum Sola fides sufficit.
Tantum ergo Sacramentum Veneremur cernui :
Et antiquum documen-
tum Novo cedat ritui :
Praestet fides supplemen-
tum Sensuum defectui.
Genitori, Genitoque Laus et jubilatio, Salus, honor, virtus quo-
que Sit et benedictio:
Procedenti ab utroque Compar sit laudatio.
Amen.
Arrivé au lieu où doit être déposée l'Hostie sainte, le célébrant l'ayant encensée, le diacre prend le calice qui la contient et le renferme pour le soustraire à tous les regards. On prie quelques instants, et bientôt le cortège retourne au chœur en silence. Tout aussitôt commencent les Vêpres. Aujourd'hui et demain, cet Office si solennel aux jours de fêtes a perdu sa pompe accoutumée. Les Psaumes Y sont -récités sans chant, sans même une mfîexion. C'est l'Eglise veuve de son Epoux s'enveloppant de son deuil comme d'un vêtement.
Le Jeudi Saint.
A VEPRES.
LE premier Psaume renferme une allusion au Calice du salut que le Rédempteur a préparé pour son E^glise , en répandant son
Eropre sang qu'il lui donne aujourd'hui pour reuvage.
Ant /^^ alicem saluta- I f. 1 E prendrai le calice
■ ^^^ ris accipiam, ' *J du salut, et j'invo-
et nomen Domini invo- querai le nom du Seigneur, caboc 1