‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 199 sur 249 · JOHAN. XII · texte numérisé non relu

JOHAN. XII

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comme un témoin insensible, refuse tout à coup sa lumière ; et une nuit épaisse étend SCS ténèbres sur la terre entière. Les étoiles paraissent au ciel, les mille voix de la nature s'éteignent et le monde semble prct à retomber dans le chaos. On dit que le célèbre Denys de TAréopage d'Athènes, qui fut plus tard l'heureux aisciplc du Docteur des Gentils, s'écria, au moment de cette affreuse éclipse : 0 Ou le Dieu de la nature est dans la souflrancc, ou la machine de ce monde est au moment de se dissoudre ». Phlégon, auteur païen, qui écrivait un siècle après, rappelle encore l'épouvante que répandirent dans l'empire romain ces ténèbres inattendues, dont l'invasion vint tromper tous les calculs des astronomes.

Un phénomène si imposant, témoignage trop visible du courroux céleste, glace de crainte les plus audacieux blasphémateurs. Le silence succède à tant de clameurs. C'est alors que celui des deux voleurs, dont la croix était à la droite de celle de .^ésus, sent le remords et l'espérance naître à la fois dans son cœur. Il ose reprendre son compagne n avec lequel tout à l'heure il insultait l'innccent : « Ne crains-tu point Dieu, lui dit-il, toi non plus qui subis la même condamnation ? Pour nous, c'est justice ; car nous recevons ce que nos actions méritent; mais celui-ci, il n'a rien fait de mal ». Jésus défendu par un voleur, en ce moment où les docteurs de la loi juive, ceux qui sont assis dans la chaire de Moïse, n'ont pour lui que des outrages! Rien ne fait m eux sentir le degré d'aveuglement auquel la Synagogue

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est arrivée. Dimas, ce larron, cet abandonné, figure en ce moment la gentilité qui succombe sous le poids de ses crimes, mais qui bientôt se purifiera en confessant la divinité du crucifie. Il tourne péniblement sa tète vers la Croix de Jésus, et s'adressant au Sauveur : « Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi quand vous serez entré dans votre royaume. » Il croit à la royauté de Jésus, à cette royauté que les prêtres et les magistrats de sa nation tournaient tout à l'heure en dérision. Le calme divin, la dignité de l'auguste victime sur le gibet, lui ont révélé toute sa grandeur ; il lui donne sa foi, il implore d'elle avec confiance un simple souvenir, lorsque la gloire aura succédé à l'humiliation. Quel chrétien la grâce vient de faire de ce larron! Et cette grâce, qui oserait dire qu'elle n'a pas été demandée et obtenue par la Mère de miséricorde, en ce moment solennel où elle s'offre dans un même sacrifice avec son fils ? Jésus est ému de rencontrer dans un voleur supplicié pour ses crimes cette foi cju'il a cherchée en vain dans Israël ; il repond à son humble prière : « En vérité, je te le dis, aujourd'hui même tu seras avec moi dans le Paradis ^ ». C'est la deuxième parole de Jésus sur la Croix.

L'heureux pénitent la recueille dans la joie de son cœur; il garde désormais le silence, et attend dans l'expiation l'heure fortunée c}ui doit le délivrer.

Cependant Marie s'est approchée de la Croix sur laquelle Jésus est attaché. Il n'est

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