‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 243 sur 249 · I. Gant. IV · texte numérisé non relu

I. Gant. IV

Le Samedi Saint. y3 1

et s'il attendait pour exercer ce pouvoir divin le moment où tous les catéchumènes auront été régénérés, on arriverait au grand jour avant d'avoir accompli tous les mystères de cette sainte nuit. Il se borne donc à conférer par lui-même le saint Baptême à quelques élus, hommes, femmes et enfants, et laisse aux prêtres le soin de recueillir le reste de la moisson du Père de famille. Dans le Baptistère, est un lieu spécial appelé Chrismariurriy parce que c'est là que le Pontife doit conférer le sacrement du Chrême; il s'y rend, et monte sur le trône qui lui a été préparé. On le revêt de nouveau des ornements sacrés qu'il avait déposés pour descendre à la fontaine ; et tout aussitôt on amène à ses pieds les néophytes qu'il vient de baptiser, et successivement ceux qui sont régénérés par le ministère des prêtres. Il remet à chacun d'eux une robe blanche qu'ils porteront jusqu'au Samedi suivant, et il leur dit : « Recevez le vêtement blanc, saint et immaculé ; et portez-le au tribunal de notre Seigneur Jésus- Christ pour avoir la vie éternelle. » Les néophytes, ayant reçu cet éloquent symbole, se retirent sous les tentes qui ont été dressées dans le Baptistère ; ils y dépouillent leurs vêtements trempés d'eau, en prennent d'autres qui leur ont été préparés, et avec l'aide de leurs parrains ou de leurs marraines, se revêtent par-dessus de la robe blanche qu'ils ont reçue de l'Evêque. Ils retournent alors au Chrismarium, où le sacrement de la Confirmation va leur être conféré solennellement par le Pontife.

Le Samedi Saint.

La confirmation.

EUDi, au milieu des solcnités de la consécration du Chrême, le Pontife rappelait à Dieu lui-même, dans un langage sublime, que lorsque les eaux eurent accompli leur ministère, en purifiant la terre, la Colombe parut sur le monde renouvelé, portant en son bec le rameau d'olivier qui annonçait la paix et le règne de celui qui a emprunté à l'Onction le nom sacré c^u'il porte à jamais. Nos néophytes, purifies aussi dans l'eau, attendent maintenant aux pieds du Pontife les faveurs de la divine Colombe, et le gage de paix dont l'olive est le symbole. Déjà le Chrême sacré a été répandu sur leur tête; mais il n'était alors que le signe de la dignité à laquelle ils venaient d'être élevés. A ce moment, il ne signifie plus seulement la grâce, il l'opère dans les âmes; mais il n'est pas au pouvoir du Prêtre de donner cette onction qui confirme le chrétien; elle réclame la main sacrée du Pontife, de qui seul aussi procède la consécration du Chrême.

Devant lui sont rangés les néophytes: les hommes d'un côté, les femmes de l'autre; les enfants entre les bras de leurs parrains et de leurs marraines. Les adultes appuient leur pied droit sur le pied droit de ceux qui leur ont servi de père ou de mère, marquant par ce signe d'union la filiation de la grâce dans l'Eglise.

A la vue de ce troupeau tendre et fidèle réuni autour de lui, le Pasteur se réjouit dans son cœur, et se levant bientôt de son trône, il s'écrie : « Que l'Esprit-Saint descende en vous,

Le Samedi Saint. 7 3 3

et que la vertu du Très-Haut vous garde de tout péché ! )) Puis imposant les mains, il appelle sur eux l'Esprit aux sept dons, à (jui seul appartient de confirmer dans les néophytes les grâces qu'ils ont reçues dans les eaux de la divine fontaine.

Conduits par leurs répondants, ils s'approchent ensuite du Pontife, les uns après les autres, saintement avides de recevoir la plénitude du caractère de chrétien. L'Evêque ayant plongé son pouce dans le vase qui contient le Chrême, marque chacun d'eux au front du sceau ineftaçable, en disant : « Je vous marque du signe de la Croix, et je vous confirme du Chrême du salut, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Et donnant sur leur joue un léger soufflet, qui était chez les anciens le signe de Faflfranchissement d'un esclave, il les introduit dans la liberté complète des enfants de Dieu, en leur disant : « La paix soit avec vous ! » Les ministres du Pontife entourent la tête des nouveaux confirmés d'une bandelette destinée à garantir de tout contact profane la partie du front qui a reçu l'impression du Chrême sacré. Le néophyte doit garder durant sept jours ce bandeau, et ne le déposer qu'avec la robe blanche dont il vient de se revêtir.

Cependant, au milieu de tous ces sublimes mystères, les heures de la nuit se sont succédé ; et le moment approche de célébrer, par un sacrifice de joie, l'instant suprême où le Christ va sortir du tombeau. Il est temps que le Pasteur reconduise au temple saint son neureux troupeau qui vient de prendre un si glorieux accroissement. Il est temps de don-

j34 Le Samedi Saintr

ncr à ces chères brebis la nourriture divine à laquelle ellcsont droit désormais. Les portes du Baptistère s'ouvrent, et laproccssion se met en marche vers la Basilique, l.e Cierge pascal, colonne de feu, précècie Tessaim des néophytes, dont les robes blanches reçoivent les premiers rayons de l'aurore. Le peuple fidèle suit le Pontife et le clergé, qui rentrent triomphants dans l'église. Durant la marche, on chante de nouveau le cantique de Moïse, après le passage de la mer Rouge L'Evéaue se rend au Secrétarium, où il seVevêt des nabits sacrés, tout resplendissants de la pompe pascale; et durant cet intervalle, les chantres exécutent la dernière Litanie, dont les invocations se répètent trois fois. Dans la liturgie actuelle, on ne chante plus qu'une seule fois la Litanie, dans tout le cours de cette Fonction ; elle accompagne le retour du clergé au chœur, après la oénédiction des Fonts, et les invocations ne s'y répètent que deux fois. Dans les églises qui ne possèdent pas de Fonts baptismaux, on chante cette Litanie après l'Oraison qui suit la douzième Prophétie ; et jusqu'à l'invocation qui commence par le mot Peccatores, le Célébrant et ses ministres se tiennent prosternés sur les marches de l'autel, implorant la bénédiction céleste pour les néophytes que l'Eglise enfante aujourd'hui, sur les divers pomts de la terre. Nous donnons ici la Litanie telle qu'elle se chante actuellement, avec les divers accroissements dont elle s'est enrichie par le cours des siècles.

Le Samedi Saint.

Page 1