TRAIT
OUTES les nations, louez
le Seigneur ; tous les
peuples, proclamez sa gloire.
f. Car sa miséricorde s'est
aflfermie sur nous, et la vérité
Le Samedi Saint.
ejus : et veritas Domini manel in aeternum.
du Seigneur demeure éternellement.
Pendant que le chœur chante ce cantique de David sur un mode qui retient encore quelque accent de tristesse, le Diacre se dirige vers Tambon, d'où il doit faire entendre les paroles du saint Evangile. Les Acolytes ne l'accompagnent pas avec leurs flambeaux ; mais le thuriféraire le précède avec l'encens. C'est encore ici une allusion aux événements de cette grande matinée. Les femmes sont venues au tombeau avec des parfums ; mais la foi de la résurrection ne brillait pas dans leurs âmes. L'encens figure leurs parfums ; l'absence des flambeaux signifie que cette foi n'était pas encore en elles.
EVANGILE
La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap.
xxvni.
APRES le Sabbat, à la première lueur du jour qui suit le Sabbat, Marie-Madeleine et une autre Marie vinrent pour voir le sépulcre. Et tout à coup il se fit un grand tremblement de terre. Car l'Ange du Seigneur descendit du ciel ; et s'approchant, il roula la pierre et s'assit dessus. Son visage était comme l'éclair, et son vêtement comme la neige. Les gardes, à sa vue, frappés d'épouvante, devinrent comme morts. Et l'Ange dit aux femmes : Vous, ne craignez
Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. xxvni.
V ESPERE autem Sabbati quae lucescit in prima Sabbati : venit Maria Magdalene , et altéra Maria videre sepulcrum. Et ecce terrae motus factus est magnus. Angélus enim Domini descendit de cœlo, et accedens revolvit lapidem, et sedebat super eum. Erat autem aspectus ejus, sicut fulgur : et vestimentun.
ejus, sicut nix. Prae timoré autem ejus, exterriti sunt custodes : et facti sunt velut mortui.
Le Samedi Saint.
Respondcns autem Angélus, dixit mulieribus :
Nolite timere vos. Scio cnim, quod Jesum, qui crucifixus est, quœritis.
Non est hic. Surrexit enim, sicut dixii: vcnite, et videte locum, ubi positus erat Dominus. Et cito euntes, dicite disci-
Êulis ejus, quia surrexit.
t ecce praecedit vos in Galilaeam. Ibi eum videbitis, ecce pracdixi vobis.
point ; car je sais cjue vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est point ici.
car il est ressuscité, comme il l'avait dit : venez, et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis. Et allez promptemcnt dire à ses disciples qu'il est ressuscité. Il sera avant voui en Galilée ; c'est là que vous le verrez : je vous le dis à l'avance.
Après la lecture de l'Evangile, le Pontif« n'entonne point le majestueux Symbole de la foi. La sainte Eglise le réserve pour la Messe solennelle qui réunira de nouveau le peuple fidèle. Elle suit heure par heure les phases du divin mystère, et veut rappeler en ce moment l'intervalle qui s'écoula avant que Ic^' Apôtres, qui devaient annoncer partout la foi de la résurrection, lui eussent eux-mêmes rendu hommage.
Après avoir donné le salut au peuple, le Pontife se prépare à offrir à la majesté divine le pain et le vin qui vont servir au Sacrifice ; et par une dérogation à Tusage observé dans toutes les Messes, le chœur des chantres n'exécute pas la solennelle Antienne connue sous le nom d'Offertoire. Chaaue jour, cette Antienne accompagne la marche des fidèles vers l'autel, lorsqu'ils vont présenter le pain et le vin qui doivent leur être rendus, dans la communion, transformés au corps et au sang de Jésus-Christ. Mais la fonction s'est
Le Samedi Saint.
déjà beaucoup prolongée ; si l'ardeur des âmes est toujours la même, la fatigue des corps se fait sentir, et les petits enfants que l'on tient à jeun pour la communion annoncent déjà par leurs cris la souffrance qu'ils éprouvent. Le pain et le vin, matière du divin Sacrifice, seront aujourd'hui fournis pair l'Eglise; et les néophytes n'en viendront pas moms s'asseoir à la table du Seigneur, bien qu'ils n'aient pas présenté eux-mêmes le pain et le vin à la barrière sacrée.
Après avoir fait l'offrande, et encensé le pain et le vin préparés, puis l'autel lui-même, le Pontife résume les vœux de l'assistance dans la Secrète, qui est suivie de la Préface pascale.
DAIGNEZ, Seigneur, recevoir les prières de votre peuple avec les hosties que nous vous offrons, afin que, sanctifiées par le mystère pascal, elles opèrent en nous, par votre grâce, le secours qui conduit à l'éternité. Par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit,
j^. Dans tous les siècles des siècles.
% Amen.
j^. Le Seigneur soit avec vous ;
R). Et avec votre esprit.
f. Les coeurs en haut !
Ri- Nous les avons vers le Seigneur.
SUSCITE , qusesumus Domine, preces populi tui cum oblationibus hostiarum : ut Paschàlibus initiata mysîeriis, âd aeternitatis nobis medelam, te opérante profîciant. PerDominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecura vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti Deus.
j^. Per omnia saecula s:eculorum,
1^. Amen.
j^. Dominus vobiscum.
r). Et cum spiritu tuo.
j^. Sursum corda.
R). Habemus ad Dominum.
Le Samedi Saint:
j^. Gratias agamus Domino Dco nostro.
1^. Dignum et justum est.
VERE dignum et justum est, aequum et salutare, te quidem Domine, omni tempore, sed in iiac potissimum nocte gloriosius praedicare, cum Pascha nostrum immolatus est Christus. Ipse enim verus est Agnus, qui abstulit peccata mundi : qui mortem nostram moriendo destruxit, et vitam resurgendo reparavit. Et ideo cum Angelis et Archangelis, cum Thronis et Dominationibus, cum(jue omni militia cœlestis exercitus, hymnum glorias tuae canimus, sine fine dicentes: Sanctus ! Sanctus ! Sanctus l
Le Canon s'ouvre, et le mystère divin s'opère. Rien n'est changé dans l'ordre des cérémonies sacrées, jusqu'au moment qui précède la communion. C'est un usage qui remonte aux temps apostoliques, que les fidèles, avant de participer au corps et au sang du Seigneur, se donnent mutuellement le baiser fraternel, en prononçant ces paroles : « La paix soit avec vous ! » A cette première Messe pascale, on omet cette touchante coutume. Ce n'est qu'au soir du jour de sa résurrection que Jésus adressa ces mêmes paroles à ses disciples rassemblés, La sainte
j^. Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.
f^. C'est une chose digne et juste.
OUI, c'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous louer, Seigneur, en tout temps, mais surtout et avec plus de gloire en cette nuit où le Christ, notre Pâque, est immolé. Car il est le véritable Agneau qui a ôté les péchés du monde ; qui a détruit notre mort par la sienne, et nous a rendu la vie en ressuscitant lui-même.
Donc, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec l'armée entière des cieux, nous chantons l'hymne de votre gloire, disant sans jamais cesser : Saint ! Saint ! Saint !
Le Samedi Saint. j4j
Eglise, pleine de respect pour les moindres circonstances de la vie de son céleste Epoux, aime à les retracer dans sa conduite. C'est par le même motif qu'elle omet aujourd'hui le chant de VAgnus Dei^ qui, du reste, ne date que du vir siècle, et qui présente à sa troisième répétition ces paroles : « Donnez-nous la paix. »
Mais le moment est venu auquel les néophytes vont, pour la première fois, goûter le pain de vie et boire le breuvage céleste que le Christ a institués à la dernière Cène. Initiés par Peau et TEsprit-Saint, ils ont désormais le droit de s'asseoir au banquet sacré ; et la tunique blanche qui les couvre annonce assez que leur âme a revêtu la robe nuptiale exigée des convives au festin de l'Agneau. Ils s'approchent du saint autel avec joie et respect. Le Diacre leur donne le corps du Seigneur, et leur présente ensuite le calice du sang divin. Les petits enfants sont admis; aussi ; et le Diacre, plongeant son doigt dans la coupe sacrée, fait tomber dans leur bouche innocente quelques gouttes de la divine liqueur. Enfin, pour montrer que, dans ces premières heures de leur baptême, tous sont « semblables à de tendres enfants qui viennent de naître », comme parle le prince des Apôtres, on donne à tous, après la Communion sainte, un peu de lait et un peu de miel, symboles de l'enfance, et en même temps souvenir de la terre promise par le Seigneur à son peuple.
Enfin, tout étant accompli, l'Evêque achève les^ prières du Sacrifice, en demandant au Seigneur l'esprit de concorde entre tous les
74^ ^^ Samedi Saint.
frères qu'une mûmc Fâque a réunis dans la participation aux mOmes mystères. La même Eglise les a portes dans son sein maternel, la même fontaine les a enfantés à la vie ; ils sont les membres d'un même Chef divin ; le môme Esprit les a marqués de son sceau, le même Père céleste les réunit dans son adoption. Le signal ayant été donné par le Diacre, au nom du Pontife, l'assemblée se sépare, et les fidèles, sortant de l'Eglise, se retirent dans leurs maisons, en attendant que l'heure du Sacrifice solennel les rassemble de nouveau, pour célébrer avec plus de pompe encore la fête des fêtes, la Pâque de la Résurrection.
LES VEPRES.
DANS les siècles où l'Eglise célébrait la grande Veille de Pâques, dont nous venons de donner la description, le Samedi saint n'avait pas l'Office de Vêpres. La Veille commençait vers l'heure de None, et se poursuivait, comme on l'a vu, jusqu'aux premières heures de la matinée du lendemain. Ce ne fut que plus tard, lorsque la coutume eut autorisé l'anticipation de la Messe de la nuit de Pâques à la matinée du Samedi saint, que l'on songea à disposer un Office des Vêpres pour ce dernier jour de la Semaine sainte. La matinée étant entièrement remplie par les grands rites que nous avons exposés, l'Eglise résolut d'adopter pour cet Office une forme très brève, et empreinte en même temps du caractère joyeux qui convient après le retour de TAUeluia. Ces Vêpres furent dis*
Le Samedi Saint.
posées de manière à faire corps avec la Messe. On les entonne après la Communion, et la Postcommunion sert pour conclure à la fois la Messe et les Vêpres. C'est cette même Oraison qui terminait autrefois la grande Veille pascale, et que nous avons rappelée tout à l'heure.
Aussitôt que la Communion est accomplie à l'autel, on entonne au chœur l'Antienne suivante, sous laquelle on chante le petit Psaume qui la suit :
Ant./^
LLELUIA , alléluia, alléluia.
PSAUME nations, louez
ALLELUIA, alléluia,
, alle-
Ant.
luia.
LAUDATE Dominum om- , nés gentes : * laudate eum omnes populi.
Quoniam confirmata est super nos misericordia ejus : * et Veritas Domini manet in aeternum.
Gloria Patri, etc.
Ant. Alléluia , alléluia, alléluia.
On ne chante pas d'autre Psaume à cet Office; et on omet le Capitule, l'Hymne et le Verset, pour passer de suite au Magnificat.
ANTIENNE DE Magnificat.
TOUTES les le Seigneur ; tous les peuples, proclamez sa gloire.
Car sa miséricorde s'est affermie sur nous , et la vérité du Seigneur demeure éternellement.
Gloire au Père, etc.
Ant. Alléluia, alléluia, alléluia.
APRÈS le Sabbat, à la première lueur du jour qui suit le Sabbat, Marie-Madeleine et une autre Marie vinrent pour voir le sépulcre, alléluia.
V ESPERE autem Sabbati, quas lucescit in prima Sabbati , venit Maria Magdalene, et altéra Maria videre sepulcrum, alléluia.
Le Célébrant encense l'autel à l'ordinaire pendant le Cantique évan^éliaue ; et lorsque l'Antienne a été répétée, il cnante à l'autel l'Oraison suivante :
POSTCOMMUNION.
"PiRiTUM nobis , Do-
infunde • ut quos sacraraentis Paschalibus satiasti, tua facias pietate concordes. PerDominum nosirum Jesum Chrisium Filium tuum. Amen.
EPANDEZ sur nous , Seigneur, l'esprit de votre afin que ceux qui
charité
ont été nourris par vous dans le mystère pascal conservent désormais entre eux, par votre secours , une parfaite concorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
L'Oraison terminée, le Diacre, en donnant aux fidèles le signal de se retirer, ajoute à la formule ordinaire deux Alléluia; et cette pratique s'observe à la fin de toutes les Messes, jusqu'à samedi prochain inclusivement.
j^. Retirez-vous, la Messe est finie, alléluia, alléluia.
f^. Rendons grâces à Dieu, alléluia, alléluia.
La Messe se conclut par la bénédiction du Célébrant, et par la lecture accoutumée de l'Evangile de saint Jean.
Telle est la fonction de ce grand jour, qui n'a presque rien perdu sous le rapport des prières et des cérémonies, mais qui néanmoins, avec l'anticipation actuelle des heures et l'absence de la célébration du Baptême, avait besoin d'être rapprochée, comme nous l'avons fait, des usages de l'antiquité, pour recouvrer toute sa grandeur et toute sa signification.
f. Ite Missa est,
alle-
luia, alléluia.
R). Deo gratias, luia, alléluia.
alle-
Le Samedi Saint. j5j
Dans le courant de l'après-midi, selon l'usage des lieux, le Curé visite toutes les maisons de sa paroisse, et les asperge avec l'eau baptismale qui a été tirée des Fonts, avant l'mfusion de l'Huile sainte. Cette pieuse coutume, qui s'exerce peu dans nos contrées, rappelle le commandement que Dieu fit à son peuple, en la première Pâque, de sanctifier par le sang de l'Agneau leurs maisons pour le passage de l'Ange ; et elle attire sur nos demeures une protection particulière de Dieu.
LE SOIR
A description des pompes baptismales nous a distraits de la pensée du Christ renfermé dans le tombeau; cependant l'heure de sa résurrection n'est pas arrivée ; et il nous est utile de méditer quelques instants encore sur le mystère des trois jours durant lesquels l'âme du Rédempteur demeura séparée de son corps. Ce matin, nous sommes allés visiter le sépulcre au sein duquel repose la dépouille mortelle du Fils de Dieu ; nous avons adoré ce sacré corps, auquel Madeleine et ses compagnes se préparent à aller rendre demain, dès le grand matin, de nouveaux, devoirs. En ce moment, il convient d'offrir nos hommages à l'âme sainte de Jésus. Elle n'habite point le tombeau où son corps est étendu ; suivons-la dans les lieux où elle réside, en attendant qu'elle vienne ranimer les membres sacrés dont ja mort l'a séparée pour un temps.