‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 5 sur 249 · Const. Apost. lib. I. c. xviii · texte numérisé non relu

Const. Apost. lib. I. c. xviii

(') La Passion et la Semaine sainte.

leur vie ; et quand on se rappelle avec quelle rigueur le Carême avait déjà sévi, durant cinq semaines entières, sur les appétits sensuels, on conçoit la joie simple et naïve avec laquelle était accueillie la fête de Pâques, qui venait apporter en même temps la régénération de l'ame et le soulagement du corps.

Nous avons rappelé, dans le volume précédent, les dispositions du Code Théodosien qui prescrivaient de surseoir à toutes procédures et à toutes poursuites quarante jours avant Pâques. La loi de Gratien et de Théodose, donnée sur ce sujet en 38o, fut développée par Théodose en 38q , et rendue propre aux jours où nous somrnes par un nouveau décret qui interdisait même les plaidoiries durant les sept jours qui précédaient la fête de Pâques et les sept qui la suivaient. On rencontre, dans les Homélies de saint Jean Chrysostome et dans les Sermons de saint Augustin , plusieurs allusions à cette loi encore récente , qui déclarait que chacun des jours de cette quinzaine aurait désormais, dans les tribunaux, le privilège du Dimanche.

Mais les princes chrétiens ne se bornaient pas à arrêter l'action de la justice humaine en ces jours de miséricorde; ils voulaient aussi rendre un hommage sensible à la bonté paternelle de Dieu , qui a daigné pardonner au monde coupable par les mérites de son Fils immolé. L'Eglise allait ouvrir de nouveau son sein aux pécheurs repentants, après avoir rompu les liens du péché dont ils étaient captifs; les princes chrétiens avaient à cœur d'imiter leur Mère, et ils ordonnaient que

La Passion et la Semaine sainte. y

Ton brisât les chaînes des prisonniers,, que l'on ouvrît les cachots, et que Ton rendît à la liberté les malheureux qui gémissaient sous le poids des sentences portées par les tribunaux de la terre. Il n'y avait d'exception que pour les criminels dont les délits atteignaient gravement la famille ou la société. Le grand nom de Théodose paraît encore ici avec honneur. Au rapport de saint Jean Chrysostome 1, cet empereur envoyait dans les villes des lettres de rémission ordonnant l'élargissement des prisonniers, et accordant la vie aux condamnés à mort, afin de sanctifier les jours qui précédaient la fête de Pâques. Les derniers empereurs établirent en loi cette disposition ; c'est le témoignage que leur rend saint Léon, dans un de ses Sermons : « Les empereurs romains, dit-il, observent déjà depuis longtemps cette sainte institution, par laquelle on les voit, en l'honneur de la Passion et de la Résurrection du Seigneur, abaisser le faîte de leur puissance, relâcher la sévérité de leurs lois, et faire grâce à un grand nombre de coupables : voulant se montrer par cette clémence les imitateurs de la bonté céleste, en ces jours où elle a daigné sauver le monde. Que le peuple chrétien, à son tour, ait à cœur d'imiter ses princes, et que l'exemple donné par le souverain porte les sujets à une mutuelle indulgence ; car les lois domestiques ne doivent pas être plus rigoureuses que les lois publiques. Il faut donc que l'on se remette les torts, que l'on rompe les liens,

I. Homil. in magn. Hebdovi. Homil. xxx. in Gènes. Homil, VI. ad popuL Antioch.

8 La Passion et la Semaine sainte.

gue l'on pardonne les offenses, que Ton étouffe les ressentiments, afin que, tant du côté de Dieu (^ue du cote de l'homme, tout contribue à rétablir en nous l'innocence de vie qui convient à l'auguste solennité que nous attendons '. »

Cette amnistie chrétienne n'est pas seulement décrétée au Code Théodosien ; nous en retrouvons la trace dans les monuments du droit public de nos pères. Sous la première race de nos rois, saint Eloi, évêque de Noyon, dans un sermon prononcé le Jeudi saint, s'exprime ainsi : « En ce jour où l'Eglise accorde l'indulgence aux pénitents et l'absolution aux pécheurs, les magistrats se relâchent de leur sévérité et pardonnent aux coupables. Dans le monde entier, on ouvre les prisons. Les princes font grâce aux criminels ; les maîtres pardonnent à leurs esclaves 2. » Sous la seconde race, on voit par les Capitulaires de Charlemagne que les évoques avaient le droit d'exiger des juges, pour l'amour de Jésus- Christ, est-il dit, la délivrance des prisonniers dans les jours qui précédaient la Pàque 3, et de leur interdire, à ces m agistrats, l'entrée de l'Eglise, s'ils refusaient d'obéir *. Enfin, sous la troisième race, nous trouvons l'exemple de Charles VI, qui, ayant eu à réprimer une rébellion à laquelle s'étaient livrés les habitants de Rouen , ordonna plus

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