Capituhr. lib. VI
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tard de rendre les prisonniers à la liberté, parce que l'on était dans la Semaine /J^/^îews^, et tout près de la fête de Pâques i.
Un dernier vestige de cette miséricordieuse législation se conserva jusqu'à la fin, dans les usages du Parlement de Paris. Le Palais, depuis des siècles, ne connaissait plus ces longues et chrétiennes vacations qui, dans d'autres temps, s'étaient étendues au Carême tout entier. C'était seulement le Mercredi saint que les cours commençaient à vaquer, pour ne se rouvrir qu'après le Dimanche de Quasimodo. Le Mardi saint, dernier jour d'audience, le Parlement se transportait aux prisons du Palais, et l'un des Grands-Présidents, ordinairement le dernier reçu, tenait la séance avec la chambre. On interrogeait les prisonniers, et, sans aucun jugement, on délivrait ceux dont la cause semblait favorable, ou qui n'étaient pas criminels au premier chef.
Les révolutions qui se sont succédé sans interruption depuis plus de cent ans ont eu le résultat vanté de séculariser la France, c'està-dire d'effacer de nos mœurs publiques et de notre législation tout ce qu'elles avaient emprunté d'inspirations au sentiment surnaturel du christianisme. Depuis, on s'est mis à répéter aux hommes sur tous les tons Qu'ils sont égaux entre eux. Il eût été superflu de chercher à convaincre de cette vérité les peuples chrétiens dans les siècles de foi, lorsqu'ils voyaient les princes, à l'approche des grands anniversaires qui rappellent si vivement la justice et la miséricorde divi-
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ncs, abdiquer, pour ainsi dire, le sceptre, s'en remettre à Dieu lui-même du châtiment des coupables, et s'asseoir au banquet pascal de la fraternité chrétienne, à côté ae ces hommes qu'ils retenaient dans les fers, au nom de la société, quelques jours auparavant. La pensée d'un Dieu aux yeux duquel tous les nommes sont pécheurs, d'i;n Dieu de qui seul procèdent la justice et le pardon, planait, en ces jours, sur les nations; et l'on pouvait, en toute vérité, dater les fériés de la grande Semaine à la manière de certains diplômes de ces âges de foi : « Sous le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ » : Régnante Domino nostro Jesu Christo.
Au sortir de ces jours de sainte et chrétienne égalité, les sujets répugnaient-ils à reprendre le joug de la soumission envers les princes? Songeaient-ils à profiter de l'occasion pour rédiger la charte des droits de l'homme? Nullement : la même pensée qui avait humilié devant la croix du Sauveur les faisceaux de la justice légale révélait au peuple le devoir d'obéir aux puissances établies de Dieu. Dieu était la raison du pouvoir et en même temps celle de la soumission; et les dynasties pouvaient se succéder, sans que le respect de l'autorité s'amoindrît dans les cœurs. Aujourd'hui la sainte Liturgie n'a plus cette action sur la société; la religion est réfugiée, comme un secret, au fond des âmes fidèles; les institutions politiques ne sont plus que l'expression de l'orgueil humain qui veut commander, ou qui refuse d'obéir.
Et cependant, cette société du iv* siècle qui produisait comme spontanément, par le
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seul esprit chrétien, ces lois miséricordieuses que nous venons de rappeler, était encore aemi-païenne! La nôtre a été fondée par le christianisme; lui seul a civilisé nos pères les barbares : et nous nommons progrès cette marche en sens inverse à toutes les garanties d'ordre, de paix et de moralité qu'il avait inspirées aux législateurs! Quand donc renaîtra cette foi de nos pères qui seule pourrait rétablir les nations sur leurs bases ? Quand les sages de ce monde en auront-ils fini avec les utopies humaines qui n'ont d'autre but que de flatter ces passions funestes, que les mystères de Jésus-Christ accomplis en ces jours réprouvent si hautement ? Ajoutons encore un trait à ce que nous avons rapporté sur les ordonnances des empereurs chrétiens pour la Semaine sainte. Si l'esprit de charité et le désir d'imiter la miséricorde divine obtenaient d'eux la délivrance des prisonniers, ils ne pouvaient manquer de s'intéresser au sort des esclaves, en ces jours où Jésus-Christ a daigné affranchir le genre humain par son sang. L'esclavage, fils du péché, et institution fondamentale de l'ancien monde, avait été frappé à mort par la prédication de l'Evangile; mais il était réservé aux particuliers de l'éteindre successivement par l'application dii principe de la fraternité chrétienne. De même que Jésus- Christ et les Apôtres n'en avaient pas exigé l'abolition subite, ainsi les princes chrétiens s'étaient bornés à encourager cette abolition par leurs lois. Nous en trouvons une preuve solennelle au Code de Justinien, où, après avoir interdit les procédures durant la grande
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Semaine et celle qui la suit, le prince ajoute cette disposition touchante : « Il sera néanmoins permis de donner la liberté aux esclaves; et aucun des actes nécessaires pour leur affranchissement ne sera réputé contrevenir à cette loi '. » Au reste, par cette mesure charitable, Justinien ne faisait cju'appliquer à la quinzaine de Pâques la loi miséricordieuse qu'avait portée Constantin, dès le lendemain du triomphe de l'Eglise, en défendant toutes procédures le dimanche, sauf celles qui auraient pour objet la liberté des esclaves.
Longtemps avant la paix de Constantin, l'Eglise avait songé aux esclaves, en ces jours où se sont accomplis les mystères cie la rédemption universelle. Leurs maîtres chrétiens devaient les laisser jouir d'un repos complet durant la quinzaine sacrée. Telle est la loi canonique portée dans les Constitutions Apostoliques, recueil dont la compilation est antérieure au iv^ siècle. « Durant la grande Semaine qui précède le jour de Pâques, y est-il dit, et durant celle qui le suit, les esclaves se reposent, parce que l'une est la semaine de la Passion du Seigneur, et l'autre, celle de sa Résurrection, et qu'ils ont besoin d'être instruits sur ces mystères -. »
Enfin, le dernier caractère des jours où nous allons entrer est l'aumône plus abon^ dante, et les œuvres de miséricorde plus fréquentes. Saint Jean Chrysostome nous l'atteste pour son temps, et remarque avec éloge que