‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 7 sur 249 · MYSTIQUE DU TEMPS DE LA PASSION ET DE LA SEMAINE SAINTE · texte numérisé non relu

MYSTIQUE DU TEMPS DE LA PASSION ET DE LA SEMAINE SAINTE

A sainte Liturgie abonde en mystères, en ces jours où l'Eglise célèbre les anniversaires de tant de merveilleux événements; mais la plus grande partie de cette mystique se rapportant à des rites et à des cérémonies propres à des jours spéciaux, nous en traiterons à mesure que Toccasion s'en présentera. Notre but, ici, est seulement de dire quelques mots sur les coutumes mystérieuses de l'Eglise dans les deux semaines auxquelles ce volume est consacré.

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons exposé, dans notre Carême, sur le mystère du Quadragénaire; la sainte carrière de l'expiation poursuit son cours, jusqu'à ce que le jeûne des hommes pécheurs ait atteint la durée de celui que l'Homme-Dieu a accompli sur la montagne. La troupe des fidèles du

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Christ continue à combattre, sous l'armure spirituelle, les ennemis invisibles du salut ; assistée des Anges de lurnière, elle lutte corps à corps avec les esprits de ténèbres, par la componction du cœur et par la mortification de la chair.

Troisobjets, comme nous l'avons dit, préoccupent spécialement l'Eglise pendant le Carême : la Passion du Rédempteur dont nous avons, de semaine en semaine, pressenti les approches ; la préparation des catéchumènes au baptême qui doit leur être conféré dans la nuit de Pâques; la réconciliation des pénitents publics, auxquels l'Eglise ouvrira de nouveau son sein, le Jeudi de la Cène du Seigneur. Chaque jour qui s'écoule rend plus vives ces trois grandes préoccupations de la sainte Eglise.

Le Sauveur, en ressuscitant Lazare à Béthanie, aux portes de Jérusalem, a mis le comble à la rage de ses ennemis. Le peuple s'est ému en voyant reparaître dans les rues de la cité ce mort de quatre jours; il se demande si le Messie opérera de plus grands prodiges, et s'il n'est pas temps enfin déchanter Hosanna au fils de David. Bientôt il ne sera plus possible d'arrêter l'élan des enfants d'Israël. Les princes des prêtres et les anciens du peuple n'ont pas un instant à perdre, s'ils veulent empêcher la proclamation de Jésus de Nazareth, roi des Juifs. Nous allons assister à leurs infâmes conseils ; le sang du Juste va être vendu et payé à deniers comptants. La divine Victime, livrée par un de ses disciples, sera jugée, condamnée, immolée; et les circonstances de ce drame sublime ne seront

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plus l'objet d'une simple lecture; la sainte Liturgie les représentera, de la façon la plus expressive, sous les yeux du peuple fidèle.

Les catéchumènes n'ont plus aue peu de temps à soupirer vers la fontaine de vie. Leur instruction se complète chaque jour; les figures de l'ancienne alliance achèvent de se dérouler à leurs regards; et bientôt ils n'auront plus rien à apprendre sur les mystères de leur salut. Dans peu de jours on leur livrera le Symbole ac la foi. Initiés aux grandeurs et aux humiliations du Rédempteur, ils attendront avec les fidèles l'instant de sa glorieuse résurrection; et nous les accompagnerons de nos vœux et de nos chants, à l'heure solennelle où, plongés dans la piscine du salut, et ayant laisse toutes leurs souillures dans les eaux régénératrices, ils remonteront purs et radieux pour recevoir les dons de l'Esprit divin, et participer à la chair sacrée de l'Agneau qui ne cioit plus mourir.

La réconciliation des pénitents avance aussi à grands pas. Sous le cilice et la cendre, ils poursuivent leur œuvre d'expiation. Les consolantes lectures que nous avons déjà entendues continueront de leur être faites, et rafraîchiront de plus en plus leurs âmes. L'approche de l'immolation de l'Agneau accroît leur espoir; ils savent que le sang de cet Agneau est d'une vertu infinie, et qu'il efface tous les péchés. Avant la résurrection du libérateur, ils auront recouvré l'innocence perdue; le pardon descendra sur eux assez à temps pour qu'ils puissent encore s'asseoir, heureux prodigues, à la table du Père de

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famille, le jour même où il dira à ses convives: « J'ai désiré d'un désir ardent manger avec vous cette Pâque i. »

Telles sont en abrégé les scènes augustes qui nous attendent ; mais, en même temps, nous allons voir la sainte Eglise, veuve désolée, s'abîmer de plus en plus dans les tristesses de son deuil. Naguère elle pleurait les péchés de ses enfants; maintenant elle pleure le trépas de son céleste Epoux. Dès longtemps déjà le joyeux Alléluia est banni de ses cantiques ; elle supprimera désormais jusqu'à ce cri de gloire qu'elle consacrait encore à l'adorable Trinité. A moins qu'elle ne célèbre la mémoire de quelque Saint, dont la fête se rencontrerait encore jusqu'au samedi de la Passion, elle s'interdira, en partie d'abord, et bientôt totalement, jusqu'à ces paroles qu'elle aimait tant à redire: « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ! » Ses chants sont devenus trop lugubres, et ce cri de jubilation irait mal à la désolation qui a submergé son cœur.

Ses lectures, aux offices de la nuit, sont prises dans Jérémie, le plus lamentable des Prophètes. La couleur de ses vêtements est toujours, celle qu'elle a adoptée au jour où elle imposa les cendres sur le front humilié de ses enfants ; mais quand sera arrivé le redoutable Vendredi, le violet ne suffira plus à sa tristesse; elle se couvrira de vêtements noirs, comme ceux qui pleurent le trépas d'un mortel ; car son Epoux est véritablement mort en ce jour. Les péchés des hommes et

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